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Hépato-gastro-entérologie

Fiche de révision

Constipation

S'entraîner sur cette situation
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Cette fiche vous apprend à séparer une constipation ancienne et stable, qui se traite, d'une constipation qui s'installe chez quelqu'un dont le transit était régulier, et qui s'explore. Elle suit le déroulé d'une consultation : ce que le patient décrit, ce qui ne peut pas attendre, ce que l'examen apporte, puis ce que vous décidez et ce que vous lui expliquez.

SommaireEnviron 14 min
  1. Comprendre ce que le patient appelle constipation
  2. Situer les difficultés dans le temps
  3. Reconnaître ce qui ne relève plus de la consultation
  4. Relire l'ordonnance, puis chercher le terrain
  5. Examiner l'abdomen, puis la marge anale
  6. Chercher un signe d'alarme avant de demander un examen
  7. Nommer le mécanisme avant de choisir un traitement
  8. Construire le traitement dans l'ordre, puis l'expliquer
  9. À retenir pour la station

Comprendre ce que le patient appelle constipation

Commencez par demander au patient ce qu'il entend par « constipation », et invitez-le à décrire la difficulté qu'il rencontre. Précisez ensuite la fréquence des selles, leur consistance, l'effort de poussée et la sensation d'évacuation incomplète. Ces informations vous permettent de partir de sa description avant de résumer le problème avec un terme médical.

Le mot ne désigne pas la même chose pour chacun. Pour l'un, c'est ne pas aller aux toilettes chaque jour ; pour l'autre, c'est pousser longtemps ; pour un troisième, c'est ne pas se sentir vidé. Une fréquence de 3 selles par jour à 3 selles par semaine reste dans la normale, et c'est la gêne ressentie, non le rythme, qui définit la constipation.

Faire décrire ce qui se passe vaut mieux que d'accepter le mot, et la description sépare déjà le transit lent du trouble de l'évacuation. Vous pouvez aider le patient à préciser son récit par des questions simples, en reprenant ses propres mots.

« Quand vous dites constipé, cela veut dire quoi pour vous : pousser, attendre, ou y aller rarement ? »

Situer les difficultés dans le temps

Demandez ensuite depuis quand le transit a changé. Faites préciser au patient comment il fonctionnait auparavant et ce qui lui paraît différent aujourd'hui. Rassemblez ces éléments dans une chronologie compréhensible, qui évite de disperser l'ancienneté, le changement récent et le transit habituel.

Dater est la question la plus rentable de l'entretien. Une constipation ancienne et stable n'a pas la même signification qu'une constipation qui s'installe chez quelqu'un dont le transit était régulier, et la seconde fait regarder le côlon. Une installation récente, en particulier après 50 ans, fait rechercher un obstacle colique.

Dans le même mouvement, passez les signes d'alarme en revue, nommément. Ce sont eux qui décideront des examens, et le chapitre qui leur est consacré dit ce que chacun impose.

« Il y a un an, c'était comment ? Et avant cela ? »

Reconnaître ce qui ne relève plus de la consultation

Une constipation qui s'accompagne d'un arrêt des gaz et de vomissements n'est plus une constipation, et la démarche des autres chapitres ne s'y applique plus. Demandez l'arrêt des gaz séparément de l'arrêt des selles, parce que le patient ne fait pas la différence de lui-même.

L'occlusion associe l'arrêt des matières et des gaz, des vomissements, des douleurs, une distension et un tympanisme, chez quelqu'un dont l'abdomen porte parfois des cicatrices. Elle impose l'hospitalisation, une voie veineuse, l'arrêt de toute alimentation, une sonde gastrique en cas de vomissements et un avis chirurgical. Aucun laxatif ne se donne devant une suspicion d'occlusion, et un lavement encore moins.

Une défense, une contracture ou une fièvre chez une personne constipée font évoquer une perforation, qui relève d'une prise en charge chirurgicale immédiate. Chez la personne âgée, un fécalome peut en être la cause, et un tableau confusionnel inexpliqué justifie à lui seul un toucher rectal.

Le fécalome n'est pas une urgence vitale, mais il se complique, et chacune de ces complications se cherche :

  • Une rétention aiguë d'urines par compression.
  • Une confusion, en particulier chez la personne âgée.
  • Une incontinence par regorgement, que l'on prend pour une diarrhée.
  • Une ulcération de la muqueuse rectale.

Ce qui doit faire revenir se remet par écrit. Dites au patient que l'arrêt des gaz, les vomissements et un ventre qui devient dur imposent de consulter sans attendre.

« Votre ventre est tendu et vous ne passez plus de gaz : je ne vous donne pas de laxatif, je vous hospitalise. »

Relire l'ordonnance, puis chercher le terrain

L'ordonnance se relit, elle ne se demande pas. « Prenez-vous des médicaments » obtient un non chez quelqu'un qui prend du fer, du calcium et un antiacide achetés sans ordonnance. Nommez-les un par un et demandez aussi l'armoire à pharmacie : la cause médicamenteuse est la plus fréquente des causes retrouvées, et la plus facile à corriger.

Les médicaments constipants à chercher nommément, sur l'ordonnance et dans l'automédication :

  • Les opioïdes, dont les antalgiques des paliers supérieurs.
  • Les anticholinergiques.
  • Le fer, souvent pris sans ordonnance.
  • Le calcium et les antiacides à base d'aluminium.
  • Les inhibiteurs calciques.

Le terrain ferme l'entretien. Cherchez une hypothyroïdie, un diabète ancien, une maladie neurologique, un antécédent obstétrical, une chirurgie pelvienne ou une immobilisation récente, qui ralentissent le transit ou gênent l'évacuation.

Le contexte compte autant que la maladie. Demandez les apports en fibres et en eau, l'activité physique, l'accès aux toilettes et la retenue volontaire, qui expliquent à eux seuls une part des constipations que vous verrez en station comme en consultation.

« Prenez-vous du fer, du calcium, des antiacides ou des médicaments contre la douleur ? »

Examiner l'abdomen, puis la marge anale

L'examen d'une constipation est court, et l'essentiel s'y joue en 2 temps. L'abdomen d'abord : distension, cicatrices, palpation des 4 quadrants, masse, sensibilité, matité, orifices herniaires et bruits hydro-aériques.

Le toucher rectal ne se saute pas parce qu'il gêne. Il s'annonce, s'explique, se fait avec l'accord de la personne et dans le respect de son intimité. Le sauter fait manquer un fécalome, une tumeur du bas rectum et un trouble de l'évacuation, dont les prises en charge n'ont rien de commun.

Il donne ce qu'aucun autre examen ne remplace : une fissure, une pathologie hémorroïdaire, une fistule, un prolapsus, le tonus sphinctérien, le contenu de l'ampoule, une masse palpable et du sang sur le doigtier. Dites ce que contient l'ampoule, et ce que ce contenu oriente.

Une ampoule vide fait penser à un trouble de la progression ; pleine de selles dures, à un trouble de l'évacuation ; pleine chez quelqu'un qui n'éprouve pas le besoin, à une atteinte de la sensibilité rectale. Demandez de pousser pendant l'examen : un sphincter qui se contracte au lieu de se relâcher signe un asynchronisme ano-rectal, et rien d'autre ne le montre en consultation.

Chez la personne âgée, une fausse diarrhée avec incontinence par regorgement chez quelqu'un de constipé fait chercher un fécalome, et ce diagnostic se fait au doigt. Inspectez la marge anale avant le toucher : une fissure explique à elle seule une retenue volontaire.

« Je vais examiner l'anus et faire un toucher rectal : dites-moi si vous êtes d'accord, je vous explique avant. »

« Poussez comme pour aller à la selle pendant que mon doigt est en place. »

Chercher un signe d'alarme avant de demander un examen

La question n'est pas quel examen demander devant une constipation, mais s'il existe un signe d'alarme. S'il n'y en a aucun, une constipation chronique typique ne demande aucun examen complémentaire : on traite et on réévalue, et l'abstention se dit avec sa raison. S'il y en a un, l'examen est le plus souvent le même, et c'est la coloscopie.

Les signes d'alarme, qui imposent une exploration :

  • Du sang dans les selles.
  • Un amaigrissement.
  • Une anémie, connue ou découverte.
  • Une masse abdominale ou rectale.
  • Un antécédent familial au premier degré de cancer colorectal.
  • Un changement récent du transit, en particulier après 50 ans.

Le bilan biologique ne cherche pas la constipation, il cherche ce qui l'explique. Demandez une numération, la thyréostimuline, la calcémie, la kaliémie et la glycémie : une hypothyroïdie, une hypercalcémie ou une hypokaliémie ralentissent le transit, et leur correction dispense d'un traitement au long cours.

Une anémie ferriprive est la situation où une explication plausible est la plus dangereuse. Chez un adulte, elle impose l'exploration digestive haute et basse, quelle que soit la cause alternative disponible. Qualifiez l'anémie sur le volume globulaire et la ferritine avant de la commenter.

Le dépistage organisé n'est pas une réponse à un symptôme. Il s'adresse aux personnes de 50 à 74 ans sans symptôme et à risque moyen, par un test immunologique fécal tous les 2 ans, et un test positif conduit à la coloscopie. Quelqu'un qui saigne relève de la coloscopie d'emblée.

Les explorations fonctionnelles viennent en seconde ligne, quand la cause n'est pas retrouvée et que le traitement échoue : temps de transit des marqueurs, manométrie ano-rectale, défécographie. Elles séparent le transit lent du trouble de l'évacuation, et cette séparation change le traitement.

« L'hémoglobine est basse avec une ferritine effondrée : cela impose une exploration digestive haute et basse. »

« Ce bilan n'explique pas la constipation, et c'est une information : il n'y a pas de cause générale. »

Nommer le mécanisme avant de choisir un traitement

Une constipation se range dans 4 familles, et la démarche consiste à écarter les 3 premières avant de retenir la quatrième. L'ordre compte, parce que l'obstacle est la seule famille dont le retard coûte des années de vie.

Les 4 familles, dans l'ordre où elles se cherchent :

  1. L'obstacle : cancer colorectal, sténose, compression, et chez l'enfant une malformation.
  2. La cause médicamenteuse, la plus fréquente des causes retrouvées et la plus facile à corriger.
  3. La cause générale ou neurologique : hypothyroïdie, hypercalcémie, hypokaliémie, diabète ancien, maladie de Parkinson, sclérose en plaques, lésion médullaire.
  4. Le trouble fonctionnel, de loin le plus fréquent, qui se pose sur des critères positifs.

Le trouble fonctionnel se subdivise en 2 mécanismes que la conduite distingue : le transit lent, où les selles progressent mal, et le trouble de l'évacuation, où elles arrivent et ne sortent pas. Le second se reconnaît à l'effort de poussée, à la sensation d'évacuation incomplète et au recours à des manœuvres digitales.

Un diagnostic posé par défaut n'a pas été posé. Le diagnostic de constipation fonctionnelle repose sur des critères positifs et sur l'absence de signe d'alarme, et vous devez pouvoir énoncer les arguments qui vous y conduisent.

Chez l'enfant, la constipation est fonctionnelle dans la grande majorité des cas, et elle s'installe souvent après une exonération douloureuse qui entretient la rétention. Un retard d'émission du méconium au-delà de 24 heures de vie, une constipation présente depuis la naissance ou un retard de croissance font évoquer une maladie de Hirschsprung.

« Vous poussez longtemps et vous ne vous sentez pas vidée : cela ressemble à un problème d'évacuation. »

« Rien dans votre histoire ni dans votre examen n'oriente vers un obstacle, et c'est ce que je voulais écarter d'abord. »

Construire le traitement dans l'ordre, puis l'expliquer

Le traitement se construit dans un ordre, et l'ordre compte autant que le contenu. Corrigez d'abord ce qui est corrigeable : le médicament en cause quand il peut l'être, la cause générale quand il y en a une, et le fécalome avant tout le reste, parce qu'aucun laxatif oral ne produit son effet sur une ampoule pleine.

Les mesures de première intention sont un traitement, pas des conseils. Elles associent l'augmentation progressive des fibres, l'hydratation, l'activité physique et la présentation aux toilettes à heure régulière après un repas, sans attendre l'envie et sans la retenir quand elle vient. Annoncez les ballonnements en même temps que vous proposez les fibres : une augmentation rapide en provoque, et c'est ce qui fait abandonner.

Les laxatifs viennent ensuite, dans un ordre. Les osmotiques sont le traitement médicamenteux de première intention, prescrits avec une dose et une durée ; les laxatifs de lest s'y associent ; les stimulants gardent leur place en usage ponctuel, leur emploi quotidien prolongé entretenant une dépendance à l'effet et masquant l'échec du traitement de fond ; les suppositoires et les lavements servent un trouble de l'évacuation.

Un trouble de l'évacuation relève de la rééducation ano-rectale par rétrocontrôle, et non d'une augmentation des laxatifs oraux. Chez l'enfant, le traitement associe une évacuation initiale puis un entretien poursuivi plusieurs mois, avec un apprentissage du passage aux toilettes sans contrainte ni punition ; un arrêt précoce expose à la rechute, et c'est le cercle rétention-douleur qu'il faut expliquer aux parents.

La réévaluation se date avant la fin de la consultation : 4 à 6 semaines, sur la fréquence, la consistance, l'effort et la satisfaction. Ce qui n'a pas bougé fait rediscuter le mécanisme, et non augmenter la dose.

Ce qu'il faut défaire tient en une phrase : aller à la selle chaque jour n'est pas une norme, et beaucoup de gens se traitent pour une constipation qu'ils n'ont pas. Dites la fourchette normale, laissez au patient l'horaire, la position, l'activité physique et la boisson, et proposez le dépistage organisé à qui n'a aucun symptôme et relève de la tranche d'âge.

« De 3 selles par jour à 3 par semaine, tout est normal : vous n'avez pas à aller aux toilettes chaque jour. »

« Le macrogol, 1 sachet par jour pendant 4 semaines, et nous jugeons sur la consistance des selles. »

À retenir pour la station

Datez avant de traiter. Une constipation ancienne et stable se traite ; une constipation qui s'installe chez quelqu'un dont le transit était régulier s'explore, et un laxatif donné trop tôt la masque.

Faites le toucher rectal après l'avoir expliqué : il donne le fécalome, la tumeur du bas rectum et le trouble de l'évacuation. Devant un signe d'alarme, demandez une coloscopie et non un test de dépistage. Devant un arrêt des gaz avec des vomissements, ne donnez ni laxatif ni lavement. Et quand vous prescrivez, donnez une dose, une durée, un objectif et une date de réévaluation.

S'entraîner sur cette situation

Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.

Sources

  1. 1
    Cours en ligne officiels R2C HGE (Ouvre un nouvel onglet)

    Collégiale des universitaires en hépato-gastroentérologie (CDU-HGE). Plateforme pédagogique en ligne du deuxième cycle, accès payant.

    Passages utilisés : Item 283, Constipation chez l'enfant et l'adulte (avec le traitement) ; Item 301, Tumeurs du colon et du rectum ; Item 354, Syndrome occlusif de l'enfant et de l'adulte

    Appuie : Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Synthèse paraclinique, Stratégie diagnostique, Urgence vitale, Stratégie de prise en charge, Éducation et prévention

  2. 2

    Cancérologie

    Collège national des enseignants en cancérologie (CNEC). 4e édition actualisée, R2C (Éditions Med-Line, collection Référentiels EDN, R2C).

    Passages utilisés : Item 290, Épidémiologie, facteurs de risque, prévention et dépistage des cancers ; Item 301, Tumeurs du colon et du rectum

    Appuie : Synthèse paraclinique, Éducation et prévention

  3. 3
    Pédiatrie (Ouvre un nouvel onglet)

    Collège national des pédiatres universitaires (CNPU) ; Collège national hospitalier et universitaire de chirurgie pédiatrique (CNHUCP). 9e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Item 283, Constipation chez l'enfant et l'adulte

    Appuie : Stratégie diagnostique, Stratégie de prise en charge