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Fiche de révision

Distension abdominale

Un ventre distendu contient du liquide, du gaz, une masse ou un enfant : la percussion sépare les quatre en trente secondes.

Situation de départ 3Catégorie IItem R2C 280Item R2C 279

Entretien et interrogatoire

L'interrogatoire cherche d'abord la vitesse, puis le contenu, puis le terrain.

En combien de temps. Une distension installée en quelques heures avec douleur et arrêt des matières et des gaz n'a rien de commun avec une augmentation progressive du tour de taille sur trois mois. Faire préciser un repère objectif : la ceinture, un vêtement qui ne ferme plus, un poids noté.

Ce qui l'accompagne : douleur et son type, vomissements, arrêt du transit, diarrhée, sang dans les selles, fièvre, essoufflement quand la distension devient importante, prise ou perte de poids, œdèmes des jambes.

Le terrain hépatique, qui est le plus rentable : consommation d'alcool, quantifiée sans jugement et sur une semaine ordinaire, hépatite virale connue ou facteurs d'exposition, surpoids et syndrome métabolique, traitements hépatotoxiques.

Le terrain néoplasique et cardiaque : antécédent de cancer, notamment digestif, ovarien ou mammaire, insuffisance cardiaque connue, maladie rénale.

Chez la femme en âge de procréer, la date des dernières règles se demande systématiquement, et c'est la question la plus vite oubliée d'une distension abdominale.

Ce que la personne a déjà fait : régime, laxatifs, automédication, et depuis quand elle ne va plus à la selle, en jours plutôt qu'en impressions.

Retenir que la question la plus rentable est celle du délai, parce qu'elle sépare l'urgence de la consultation programmée avant même l'examen.

Interroger l'entourage quand la personne minimise ou ne sait pas dire. Un conjoint remarque un ventre qui grossit et un teint qui change bien avant que la personne ne s'en plaigne, et il date les choses plus sûrement qu'elle. C'est particulièrement vrai quand l'alcool est en cause, où le récit du patient est presque toujours en dessous de la réalité, sans mensonge délibéré.

Le piège

Une grossesse se cherche devant toute distension abdominale chez une femme en âge de procréer, y compris quand elle paraît improbable.

À retenir

  • Faire préciser un repère objectif : ceinture, vêtement, poids noté.
  • Quantifier l'alcool sans jugement, sur une semaine ordinaire.
  • La date des dernières règles est la question la plus vite oubliée.
  • Le délai sépare l'urgence de la consultation programmée avant tout examen.

En pratique

  • Vitesse d'installation
  • Repère objectif du volume
  • Arrêt du transit
  • Vomissements
  • Consommation d'alcool quantifiée
  • Antécédent de cancer
  • Dernières règles
  • Poids et œdèmes

Examen clinique

La percussion sépare les quatre contenus possibles en trente secondes, et c'est le geste central de cette situation.

Du liquide : matité déclive des flancs, mobile avec les changements de position, avec un tympanisme péri-ombilical. Ce caractère mobile est ce qui distingue l'ascite d'une masse ou d'un globe. Le signe du flot complète, sans être indispensable.

Du gaz : tympanisme diffus, ventre sonore partout, avec des bruits hydro-aériques augmentés ou au contraire un silence auscultatoire selon le stade d'une occlusion.

Une masse ou un utérus : matité fixe, à limite supérieure convexe, ne se déplaçant pas avec la position.

Compléter systématiquement : recherche d'une hernie et d'un orifice herniaire, notamment étranglé, toucher rectal, examen des aires ganglionnaires, palpation du foie et de la rate, recherche d'une circulation veineuse collatérale, d'angiomes stellaires, d'un ictère.

Chercher les signes de gravité : défense ou contracture, fièvre, déshydratation, retentissement respiratoire, instabilité hémodynamique.

Mesurer et noter : poids et périmètre abdominal, qui serviront de référence pour juger de l'évolution.

Retenir la faute qui coûte le plus : ne pas chercher un orifice herniaire chez quelqu'un dont le ventre se distend avec des vomissements, parce qu'une hernie étranglée se voit et se palpe, et qu'elle se répare. Elle se cherche debout autant que couché, et en faisant tousser : une hernie réductible en décubitus disparaît de l'examen si on ne fait l'examen que couché.

Urgence

Ventre distendu, douloureux, avec défense ou contracture, fièvre ou instabilité : c'est un abdomen chirurgical jusqu'à preuve du contraire, et l'avis ne se diffère pas.

À retenir

  • Une matité mobile avec la position signe du liquide, et rien d'autre.
  • Une matité fixe à limite supérieure convexe oriente vers une masse ou un utérus.
  • Chercher les orifices herniaires devant toute distension avec vomissements.
  • Noter poids et périmètre abdominal : ce sont les références de l'évolution.

En pratique

  • Percussion systématique
  • Recherche d'une matité déclive mobile
  • Auscultation des bruits
  • Orifices herniaires
  • Toucher rectal
  • Foie, rate, signes d'hépatopathie
  • Défense ou contracture
  • Poids et périmètre notés

Synthèse paraclinique

Deux examens tranchent, et l'un des deux est un geste.

L'échographie abdominale confirme la présence de liquide, en apprécie l'abondance, examine le foie, les voies biliaires, les reins, cherche une masse et une thrombose porte. Elle est l'examen de première intention, non irradiant et disponible.

La ponction d'ascite exploratrice est le geste décisif de toute ascite nouvelle, et de toute ascite qui change. Elle se fait avant de traiter et sans attendre. Elle donne, en quelques heures, le compte des cellules, la formule, la protidémie du liquide, et une mise en culture.

Ce qu'elle cherche en priorité : l'infection du liquide d'ascite. Elle se définit par un nombre de polynucléaires neutrophiles élevé dans le liquide, elle est souvent pauvre en symptômes chez une personne cirrhotique, et elle ne se diagnostique que si on ponctionne. Ne pas ponctionner une ascite fébrile, douloureuse ou qui se dégrade est la faute la plus fréquente de cette situation.

Le reste selon l'orientation : bilan hépatique et hémostase, créatinine et ionogramme, numération, marqueurs et sérologies virales, dosage de l'hormone de grossesse chez la femme en âge de procréer, scanner devant une suspicion d'occlusion ou de cause néoplasique.

Ce que le liquide raconte, au-delà de l'infection. La comparaison de l'albumine du liquide et de celle du sang distingue les ascites liées à une hypertension portale, où l'écart est grand, de celles qui ne le sont pas, où il est faible. Cette distinction oriente vers deux familles de causes entièrement différentes, et elle se lit sur un compte rendu sans avoir à retenir de valeur : c'est l'écart qui compte, pas le chiffre absolu. Un liquide riche en polynucléaires signe l'infection, un liquide riche en cellules tumorales signe la carcinose, un liquide hémorragique fait chercher un traumatisme ou une tumeur.

Retenir la hiérarchie : on échographie pour voir, on ponctionne pour savoir.

À retenir

On échographie pour voir, on ponctionne pour savoir. L'imagerie ne dit rien de l'infection du liquide, et c'est elle qui tue.

À retenir

  • La ponction exploratrice est le geste décisif de toute ascite nouvelle.
  • Elle se fait avant de traiter, et sans attendre.
  • L'infection du liquide d'ascite est souvent pauvre en symptômes.
  • Une ascite fébrile ou qui se dégrade se ponctionne, toujours.

En pratique

  • Échographie abdominale
  • Ponction exploratrice
  • Compte cellulaire et formule
  • Mise en culture
  • Bilan hépatique et hémostase
  • Créatinine et ionogramme
  • Test de grossesse si applicable

Iconographie

Sans objet pour cette situation : L'échographie et le scanner sont traités dans la section synthèse, où se pose la question de leur indication. Aucune lecture d'image n'est propre à cette situation au deuxième cycle.

Stratégie diagnostique

Une seule question ouvre la démarche : qu'y a-t-il dans ce ventre ? Quatre réponses, et la percussion les sépare.

Du liquide. Ascite par hypertension portale, le plus souvent cirrhotique ; ascite d'origine cardiaque, néoplasique, infectieuse ou pancréatique ; plus rarement syndrome néphrotique ou entéropathie exsudative.

Du gaz. Occlusion, mécanique ou fonctionnelle, dont la cause se cherche selon l'âge et les antécédents : bride sur ventre opéré, hernie étranglée, tumeur colique, fécalome, volvulus.

Une masse. Tumeur, kyste ovarien, globe vésical, gros foie, grosse rate, anévrisme.

Un enfant. La grossesse se cherche systématiquement chez la femme en âge de procréer, et le diagnostic se manque encore régulièrement.

Ce qui décide de l'ordre : la vitesse d'installation et les signes de gravité. Une distension aiguë avec douleur, vomissements et arrêt du transit fait chercher une occlusion et un abdomen chirurgical avant tout le reste. Une distension progressive et indolore fait chercher du liquide et sa cause.

Retenir enfin que le diagnostic de la cause ne dispense pas de la ponction : une ascite cirrhotique connue qui se majore peut être infectée, et son tableau ressemble à celui de la veille.

Une dernière catégorie mérite d'être connue parce qu'elle se manque : la distension sans contenu anormal, chez quelqu'un dont le ventre est ballonné par des gaz sans occlusion, dans un trouble fonctionnel intestinal. C'est fréquent, c'est bénin, et c'est un diagnostic d'élimination : il se pose une fois les quatre contenus écartés, jamais avant, et surtout jamais chez une personne dont le tour de taille augmente réellement.

Moyen mnémotechnique

Liquide, gaz, masse, enfant. Quatre contenus, une percussion, trente secondes, et la démarche est orientée.

À retenir

  • Quatre contenus possibles : liquide, gaz, masse, enfant.
  • La vitesse d'installation décide de l'ordre des hypothèses.
  • Distension aiguë avec vomissements et arrêt du transit : chercher l'occlusion d'abord.
  • Connaître la cause d'une ascite ne dispense jamais de la ponctionner.

En pratique

  • Contenu identifié à la percussion
  • Vitesse d'installation prise en compte
  • Signes chirurgicaux cherchés
  • Cause hépatique envisagée
  • Cause néoplasique envisagée
  • Grossesse écartée
  • Ponction décidée si liquide

Urgence vitale

Trois tableaux ne peuvent pas attendre, et deux d'entre eux sont chirurgicaux.

L'occlusion intestinale. Douleur, vomissements, arrêt des matières et des gaz, distension. Elle impose une voie veineuse, une sonde gastrique en cas de vomissements, une correction hydro-électrolytique, une imagerie et un avis chirurgical. La recherche d'un orifice herniaire fait partie de l'examen initial et peut transformer une occlusion en une intervention simple.

La péritonite. Défense ou contracture, fièvre, altération de l'état général. C'est une urgence chirurgicale, et l'antibiothérapie ne se substitue pas au geste.

L'infection du liquide d'ascite. Elle ne ressemble à rien : fièvre parfois absente, douleur discrète, aggravation de l'état général, encéphalopathie, insuffisance rénale qui se creuse. Elle se diagnostique par la ponction et par elle seule, et l'antibiothérapie se débute sans attendre la culture une fois le compte cellulaire connu.

Le retentissement mécanique d'une ascite très abondante : gêne respiratoire, qui justifie une ponction évacuatrice de soulagement, avec compensation.

Retenir la règle qui structure tout : devant une ascite fébrile, douloureuse, ou chez quelqu'un dont l'état se dégrade sans explication, on ponctionne. L'absence de fièvre n'écarte rien.

Urgence

Une personne cirrhotique dont l'état se dégrade sans explication a une infection d'ascite jusqu'à preuve du contraire. La preuve est une ponction, pas une imagerie.

À retenir

  • L'orifice herniaire se cherche d'emblée : il change l'intervention.
  • L'infection du liquide d'ascite ne ressemble à rien et se diagnostique par la ponction.
  • L'absence de fièvre n'écarte pas une infection d'ascite.
  • Une ascite très abondante peut gêner la respiration et justifier une évacuation.

En pratique

  • Recherche de défense ou contracture
  • Orifices herniaires
  • Arrêt du transit
  • Voie veineuse et correction ionique
  • Sonde gastrique si vomissements
  • Ponction devant toute ascite suspecte
  • Antibiothérapie sans attendre la culture
  • Avis chirurgical

Stratégie de prise en charge

La prise en charge d'une ascite obéit à trois principes, et le troisième est celui qu'on oublie.

Traiter la cause, ce qui commande tout le reste : sevrage de l'alcool dans la cirrhose alcoolique, traitement antiviral dans les hépatites, prise en charge de l'insuffisance cardiaque, chirurgie ou traitement oncologique dans les ascites néoplasiques.

Traiter le symptôme : restriction sodée expliquée en termes concrets, aliments plutôt que grammes ; diurétiques adaptés progressivement, avec une surveillance du poids, de la fonction rénale et de la kaliémie ; ponction évacuatrice pour les ascites abondantes ou mal tolérées, avec compensation.

Surveiller ce que le traitement provoque, et c'est le troisième principe : le poids se pèse tous les jours et la perte se cible, une perte trop rapide dégradant la fonction rénale. La kaliémie et la créatinine se contrôlent après chaque changement de dose.

Prévenir les complications : dépistage des varices œsophagiennes, prévention de l'infection du liquide dans les situations à risque, vaccinations, éviction des médicaments néphrotoxiques et des anti-inflammatoires, qui aggravent l'ascite et la fonction rénale.

Organiser le suivi et le dire clairement : poids quotidien noté, consultation rapprochée, et les signes qui doivent faire revenir, fièvre, douleur abdominale, confusion, diminution des urines.

Retenir que l'anti-inflammatoire est le médicament le plus dangereux pour une personne qui a de l'ascite, et qu'il se trouve dans toutes les armoires à pharmacie. Le dire par son nom, et pas seulement en recommandant la prudence, est ce qui fait la différence : personne ne se reconnaît dans « les médicaments qui peuvent nuire au rein », tout le monde se reconnaît dans le nom d'une boîte qu'il a chez lui.

À retenir

Le poids quotidien est le meilleur outil de surveillance d'une ascite traitée, et le seul dont la personne dispose chez elle. Il se prescrit comme un examen.

À retenir

  • Traiter la cause commande tout le reste.
  • La restriction sodée s'explique en aliments, pas en grammes.
  • Une perte de poids trop rapide sous diurétique dégrade la fonction rénale.
  • L'anti-inflammatoire est le médicament le plus dangereux ici, et il est partout.

En pratique

  • Cause traitée
  • Restriction sodée expliquée concrètement
  • Diurétiques et progression
  • Poids quotidien prescrit
  • Kaliémie et créatinine de contrôle
  • Ponction évacuatrice si besoin
  • Anti-inflammatoires proscrits
  • Signes de reconsultation écrits

Procédure et geste technique

Sans objet pour cette situation : La ponction d'ascite ne figure pas parmi les gestes du deuxième cycle. Son indication et son interprétation, qui en relèvent, sont traitées dans les sections synthèse et urgence vitale.

Annonce et information

Sans objet pour cette situation : L'annonce d'une cirrhose ou d'un cancer relève de l'annonce d'une maladie grave, que D44 place hors du périmètre du deuxième cycle. L'information sur le traitement et la surveillance figure dans la section prise en charge.

Éducation et prévention

Sans objet pour cette situation : L'éducation porte ici sur la restriction sodée, le poids quotidien et l'éviction des anti-inflammatoires, qui sont des éléments du traitement et sont traités comme tels dans la section prise en charge. Le sevrage de l'alcool relève de la situation de départ qui lui est consacrée.

Communication interprofessionnelle

Sans objet pour cette situation : L'appel au chirurgien devant un abdomen aigu figure dans la section urgence vitale, et l'orientation vers l'hépatologue dans la section prise en charge, où elles se décident l'une et l'autre.

S'entraîner sur cette situation

Sources

  • R2C, item 280 : Ascite
  • R2C, item 279 : Cirrhose et complications
  • Collège des enseignants d'hépato-gastro-entérologie, chapitres « Ascite » et « Cirrhose »
  • Recommandations en vigueur sur la prise en charge de l'ascite et de l'infection du liquide d'ascite. La date de la version consultée fait partie de la source