Fiche de révision
Nausées
Une nausée isolée est médicamenteuse jusqu'à preuve du contraire, et les situations où elle annonce quelque chose de grave ne sont presque jamais digestives.
Sommaire
Entretien et interrogatoire
La première précision est de savoir de quoi l'on parle : une nausée sans vomissement, une nausée qui précède des vomissements, ou un dégoût alimentaire ne décrivent pas la même chose et le patient emploie souvent le même mot.
L'horaire oriente : matinale, elle évoque une grossesse ou une hypertension intracrânienne ; postprandiale, un trouble de la vidange gastrique ; permanente, une cause métabolique ou médicamenteuse ; aux changements de position, une origine vestibulaire.
⚠️ L'ordonnance se relit en entier, et c'est la question la plus rentable. Opioïdes, antibiotiques, metformine, antidépresseurs, traitements du cancer, digitaliques, anti-inflammatoires : la liste est longue, et une nausée qui débute dans les jours suivant une introduction ou une augmentation est médicamenteuse jusqu'à preuve du contraire. L'automédication et les compléments comptent aussi.
⚠️ Chez toute femme en âge de procréer, la question de la grossesse se pose systématiquement, quelle que soit la contraception déclarée.
Les signes associés font le tri : douleur abdominale, transit, céphalées, vertiges, troubles visuels, douleur thoracique, soif, amaigrissement, fièvre.
Le terrain compte : diabète, insuffisance rénale, cancer connu, chirurgie digestive, migraine, anxiété, chimiothérapie en cours.
À retenir
- Nausée, vomissement et dégoût alimentaire portent souvent le même mot chez le patient.
- L'horaire oriente : matinale, postprandiale, permanente, positionnelle.
- Une nausée qui suit une introduction de traitement est médicamenteuse jusqu'à preuve du contraire.
- La question de la grossesse se pose quelle que soit la contraception déclarée.
- Les signes associés font le tri mieux que la nausée elle-même.
En pratique
- Nausée isolée ou avec vomissements
- Horaire et circonstances
- Ordonnance complète et automédication
- Grossesse chez toute femme en âge de procréer
- Céphalées, vertiges, douleur thoracique
- Terrain et traitements en cours
Examen clinique
L'examen d'une nausée isolée est le plus souvent normal, et il sert à écarter ce qui ne l'est pas.
Les constantes d'abord : pression artérielle couchée et debout, fréquence cardiaque, température. Une hypotension orthostatique oriente vers une déshydratation ou une insuffisance surrénale.
L'état d'hydratation : pli cutané, muqueuses, diurèse, poids comparé.
L'abdomen : palpation, recherche d'une défense, d'un météorisme, d'une cicatrice, auscultation des bruits, et toucher rectal si un obstacle est suspecté.
⚠️ L'examen neurologique n'est pas optionnel : conscience, raideur de nuque, nystagmus, examen des paires crâniennes, déficit focal, et fond d'œil devant des céphalées associées, à la recherche d'un œdème papillaire.
L'œil se regarde devant une nausée avec douleur oculaire ou vision floue : un œil rouge et dur avec une pupille en semi-mydriase est un glaucome aigu, et c'est une urgence.
L'examen cardiovasculaire ne s'oublie pas : une nausée peut être le premier signe d'un infarctus inférieur, en particulier chez le diabétique et chez la femme.
Chez l'enfant et le nourrisson, l'examen recherche une déshydratation et une cause chirurgicale.
À retenir
- Une hypotension orthostatique oriente vers une déshydratation ou une insuffisance surrénale.
- L'examen neurologique fait partie de l'examen d'une nausée.
- Un fond d'œil se discute devant des céphalées associées.
- Un œil rouge et dur avec vision floue est un glaucome aigu.
- Une nausée peut être le premier signe d'un infarctus inférieur.
En pratique
- Pression artérielle couchée et debout
- État d'hydratation et poids
- Abdomen complet
- Examen neurologique et nystagmus
- Fond d'œil si céphalées
- Examen cardiovasculaire
Synthèse paraclinique
⚠️ Le premier examen chez une femme en âge de procréer est un test de grossesse, et il se fait avant tout autre, y compris avant une imagerie.
Une nausée isolée, récente, expliquée par une introduction médicamenteuse, ne demande aucun examen. L'arrêt ou l'adaptation du traitement suffit à faire le diagnostic.
Le bilan de première intention lorsqu'il est justifié comporte un ionogramme avec natrémie et kaliémie, une calcémie corrigée, une glycémie, une créatinine et un bilan hépatique. L'hypercalcémie est une cause classique de nausée isolée et elle ne se trouve que si on la dose.
Selon le contexte s'y ajoutent : un électrocardiogramme devant une nausée inexpliquée chez un patient à risque cardiovasculaire, une cortisolémie devant une hypotension et une hyponatrémie, une thyréostimuline, une recherche de corps cétoniques chez un diabétique, un dosage de digoxinémie chez un patient traité.
L'imagerie ne se prescrit pas devant une nausée isolée : elle répond à une hypothèse, obstacle digestif, hypertension intracrânienne, et se choisit selon elle.
Ce qui ne se prescrit pas : un bilan large sans hypothèse, ni une endoscopie devant une nausée récente sans signe d'alarme.
À retenir
- Le test de grossesse précède tout autre examen chez une femme en âge de procréer.
- Une nausée expliquée par un médicament ne demande aucun examen.
- L'hypercalcémie est une cause classique et ne se trouve que si on la dose.
- Un électrocardiogramme se discute devant une nausée inexpliquée à risque cardiovasculaire.
- L'imagerie répond à une hypothèse, elle ne la remplace pas.
En pratique
- Test de grossesse
- Ionogramme, calcémie corrigée, créatinine
- Glycémie et corps cétoniques si diabète
- Électrocardiogramme selon le terrain
- Dosages médicamenteux si traitement concerné
- Imagerie seulement sur hypothèse
Iconographie
Stratégie diagnostique
Six familles se partagent les causes, et la première est la plus fréquente et la moins cherchée.
⚠️ Les causes médicamenteuses et toxiques dominent : opioïdes, antibiotiques, metformine et autres antidiabétiques, antidépresseurs, chimiothérapies, digitaliques, anti-inflammatoires, et l'alcool. Le lien se fait sur la chronologie, pas sur la vraisemblance.
Les causes digestives : gastroparésie, en particulier chez le diabétique ancien, obstacle, ulcère, pathologie biliaire, hépatite.
Les causes neurologiques et vestibulaires : migraine, dont la nausée fait partie de la définition, vertige d'origine vestibulaire, et hypertension intracrânienne, dont la nausée matinale avec céphalées est le tableau.
Les causes métaboliques et endocriniennes : hypercalcémie, insuffisance rénale, acidocétose, hyponatrémie, insuffisance surrénale, hyperthyroïdie.
La grossesse, chez toute femme en âge de procréer, et sa forme sévère avec amaigrissement et déshydratation.
Les causes psychiques et fonctionnelles viennent en dernier, après avoir écarté les autres, et non à leur place.
⚠️ À part, les causes qui n'ont rien de digestif et qui tuent : infarctus du myocarde inférieur, glaucome aigu, intoxication au monoxyde de carbone lorsque plusieurs personnes du même foyer sont concernées.
À retenir
- Les causes médicamenteuses dominent et se reconnaissent sur la chronologie.
- Une nausée matinale avec céphalées évoque une hypertension intracrânienne.
- L'hypercalcémie et l'insuffisance surrénale donnent des nausées isolées.
- Une cause fonctionnelle se retient après les autres, jamais à leur place.
- Plusieurs personnes nauséeuses dans un même foyer font penser au monoxyde de carbone.
En pratique
- Chronologie par rapport aux traitements
- Signes digestifs associés
- Céphalées et signes neurologiques
- Calcémie, natrémie, fonction rénale
- Grossesse
- Contexte collectif et exposition au monoxyde
Urgence vitale
Cinq situations font d'une nausée banale une urgence, et aucune ne se reconnaît sur la nausée elle-même.
⚠️ L'infarctus du myocarde de topographie inférieure peut se présenter par des nausées et une gêne épigastrique, sans douleur thoracique typique, en particulier chez le diabétique, la femme et le sujet âgé. Un électrocardiogramme devant une nausée inexpliquée chez un patient à risque ne se discute pas.
⚠️ L'hypertension intracrânienne associe céphalées, aggravation matinale et à l'effort, vomissements en jet et signes neurologiques. Un œdème papillaire au fond d'œil impose une imagerie sans délai.
L'acidocétose diabétique : nausées, douleurs abdominales, polyurie, déshydratation, respiration ample. Une glycémie capillaire et une recherche de corps cétoniques tranchent en quelques minutes.
L'insuffisance surrénale aiguë : nausées, vomissements, hypotension, hyponatrémie avec hyperkaliémie, chez un patient traité par corticoïdes au long cours ou après leur arrêt.
⚠️ L'intoxication au monoxyde de carbone : céphalées et nausées touchant plusieurs personnes du même lieu, ou s'améliorant à l'extérieur. La question du chauffage se pose l'hiver, et l'oxygène se donne sans attendre le dosage.
Ce qui se fait devant une nausée inexpliquée avec signes généraux : constantes, glycémie, électrocardiogramme, ionogramme et calcémie.
À retenir
- Un infarctus inférieur peut se présenter par des nausées sans douleur thoracique.
- Une nausée matinale avec céphalées impose un examen neurologique et un fond d'œil.
- Une glycémie capillaire et des corps cétoniques tranchent une acidocétose en minutes.
- Corticoïdes au long cours et hypotension font évoquer une insuffisance surrénale.
- Des nausées collectives ou qui cèdent dehors font penser au monoxyde de carbone.
En pratique
- Constantes complètes
- Électrocardiogramme selon le terrain
- Glycémie capillaire et corps cétoniques
- Ionogramme et calcémie
- Examen neurologique et fond d'œil si céphalées
- Contexte collectif et chauffage
Stratégie de prise en charge
⚠️ Le premier traitement est de retirer la cause, et il est souvent suffisant. Devant une nausée médicamenteuse, l'arrêt, la substitution ou l'adaptation du traitement responsable vaut mieux que l'ajout d'un antiémétique par-dessus.
Lorsqu'un traitement symptomatique est nécessaire, il se choisit selon le mécanisme : les antiémétiques n'ont pas tous les mêmes cibles, et prescrire au hasard expose aux effets indésirables sans le bénéfice attendu.
⚠️ Les précautions comptent autant que les indications : certains antiémétiques exposent à des effets neurologiques, dystonies aiguës en particulier chez l'enfant et l'adulte jeune, et d'autres à des troubles du rythme. Les indications, les durées et les contre-indications relèvent des recommandations en vigueur, et les durées de prescription sont courtes.
Devant des nausées de grossesse : mesures diététiques, repos, et traitements dont l'usage est encadré au premier trimestre. Une forme sévère avec amaigrissement et déshydratation relève d'une prise en charge hospitalière.
Devant des nausées de chimiothérapie : la prévention vaut mieux que le traitement, et les protocoles sont établis par l'équipe qui traite.
Ce qui se corrige en parallèle : la déshydratation, les troubles ioniques, et la dénutrition lorsque les nausées durent.
Le suivi se planifie : ce qui doit faire revenir, et quand réévaluer.
À retenir
- Retirer la cause vaut mieux qu'ajouter un antiémétique par-dessus.
- Un antiémétique se choisit selon le mécanisme, pas au hasard.
- Certains exposent à des dystonies aiguës, d'autres à des troubles du rythme.
- Une forme sévère de nausées gravidiques relève de l'hôpital.
- En chimiothérapie, la prévention vaut mieux que le traitement.
En pratique
- Cause médicamenteuse recherchée et retirée
- Antiémétique choisi selon le mécanisme
- Durée de prescription courte
- Contre-indications vérifiées
- Déshydratation et troubles ioniques corrigés
- Réévaluation programmée
Procédure et geste technique
Annonce et information
Éducation et prévention
Ce qui se transmet dépend de la cause, et quelques mesures valent dans presque toutes les situations.
Sur l'alimentation : des repas fractionnés et légers, des aliments froids ou tièdes qui sentent moins, l'éviction des odeurs déclenchantes, et une hydratation par petites quantités répétées plutôt que par grands volumes.
⚠️ Sur les traitements : signaler toute nausée apparue après une introduction ou une augmentation, et ne pas arrêter seul un traitement essentiel. Beaucoup d'arrêts silencieux commencent par une nausée dont personne n'a été informé.
Sur la grossesse : les nausées du premier trimestre sont fréquentes et régressent le plus souvent, et ce qui doit alerter est l'amaigrissement, l'impossibilité de boire et la réduction des urines.
Sur la chimiothérapie : la prise du traitement préventif se fait comme prescrite, y compris les jours où le patient se sent bien, et une nausée non contrôlée se signale plutôt que se subit.
⚠️ Ce qui doit faire consulter sans attendre : une nausée avec douleur thoracique ou gêne à l'effort, avec céphalées inhabituelles, avec vision floue et œil rouge, avec impossibilité de boire, ou accompagnant plusieurs personnes du même foyer.
Ce qui se rappelle enfin : une nausée qui dure sans cause trouvée se réévalue, elle ne se traite pas indéfiniment.
À retenir
- Repas fractionnés, aliments tièdes, hydratation en petites quantités répétées.
- Une nausée apparue après un nouveau traitement se signale sans arrêter seul.
- Amaigrissement et impossibilité de boire sont les signes d'alerte de la grossesse.
- En chimiothérapie, le traitement préventif se prend même les jours où l'on va bien.
- Une nausée qui dure sans cause trouvée se réévalue, elle ne se traite pas indéfiniment.
En pratique
- Conseils alimentaires et hydratation
- Signalement de toute nausée après un nouveau traitement
- Signes d'alerte de la grossesse
- Observance du traitement préventif en chimiothérapie
- Signes devant faire consulter sans attendre
- Date de réévaluation
Communication interprofessionnelle
Ce symptôme circule mal entre les prescripteurs, parce que chacun le rattache à ce qu'il traite et qu'aucun ne relit l'ordonnance entière.
⚠️ Au prescripteur du traitement suspect se transmet ce qui a été observé et depuis quand, avec la chronologie. Un patient sous chimiothérapie, sous morphinique et sous antibiotique a trois prescripteurs, et le premier informé n'est pas toujours celui qui peut agir.
Au pharmacien se signale la nausée apparue après une délivrance : il repère les associations, il connaît les formes disponibles, et il voit le patient plus souvent que le médecin.
⚠️ Au dispositif de pharmacovigilance se déclare tout effet indésirable, y compris banal. Une nausée n'est pas déclarée parce qu'elle paraît sans gravité, alors qu'elle est une cause fréquente d'arrêt silencieux de traitements essentiels, et c'est ce signal qui manque.
À l'équipe d'oncologie se signale toute nausée non contrôlée sous traitement préventif : le protocole se modifie, et attendre la cure suivante fait perdre une occasion.
Au médecin traitant revient la réévaluation d'une nausée qui dure, et la révision périodique de l'ordonnance entière.
Ce qui s'écrit : la chronologie exacte, les traitements en cours avec leurs dates d'introduction, ce qui a été essayé, et ce qui a été arrêté.
À retenir
- Un patient a souvent plusieurs prescripteurs, et le premier informé ne peut pas toujours agir.
- Le pharmacien voit le patient plus souvent que le médecin.
- Une nausée ne se déclare pas parce qu'elle paraît banale : c'est ce signal qui manque.
- Une nausée mal contrôlée en chimiothérapie se signale avant la cure suivante.
- La chronologie des introductions est ce qui s'écrit en premier.
En pratique
- Prescripteur du traitement suspect informé
- Pharmacien alerté
- Effet indésirable déclaré
- Équipe d'oncologie prévenue avant la cure suivante
- Chronologie et dates d'introduction écrites
S'entraîner sur cette situation
Aucune station ne couvre encore cette situation.