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Fiche de révision

Chute de la personne âgée

Une chute n'est pas un accident : c'est un symptôme, et le seul dont on cherche à la fois la cause et les conséquences.

Situation de départ 27Catégorie IItem R2C 130Item R2C 133

Entretien et interrogatoire

L'interrogatoire répond à deux questions qui n'ont rien à voir l'une avec l'autre : pourquoi est-elle tombée, et que s'est-il passé pendant qu'elle était au sol.

Reconstituer la chute pas à pas, avec les mots de la personne et, quand c'est possible, ceux d'un témoin. Que faisait-elle, où, à quelle heure, y a-t-il eu un malaise avant, une perte de connaissance, une sensation de tête vide en se levant, un faux pas, un obstacle. La distinction entre la chute mécanique et la chute par malaise est la première bifurcation, et elle ne se fait pas sans questions précises.

Chiffrer le temps passé au sol. C'est la donnée la plus prédictive de la gravité et la plus souvent absente des dossiers. Une station au sol prolongée expose à la rhabdomyolyse, à l'insuffisance rénale, à l'hypothermie, aux escarres et à la pneumopathie d'inhalation, indépendamment de la cause de la chute.

Reprendre l'ordonnance ligne par ligne, avec les dates d'introduction et de modification. Un traitement introduit ou augmenté dans les semaines précédentes est la cause modifiable la plus fréquente, et elle ne se voit qu'en regardant les dates.

Chercher enfin les chutes antérieures, la peur de retomber, et ce que la personne a cessé de faire depuis. La peur de retomber est un facteur de récidive à elle seule.

Le piège

« Je me suis pris les pieds dans le tapis » clôt l'enquête si on l'accepte. La question qui suit est : et pourquoi le tapis, ce jour-là, alors qu'il est là depuis vingt ans.

À retenir

  • Chute mécanique ou chute par malaise : la première bifurcation, et elle se fait par des questions précises.
  • Chiffrer le temps passé au sol : la donnée la plus prédictive et la plus souvent absente.
  • Reprendre l'ordonnance avec les dates : un traitement récent est la cause modifiable la plus fréquente.
  • La peur de retomber est un facteur de récidive à elle seule.

En pratique

  • Circonstances et lieu
  • Malaise ou perte de connaissance
  • Sensation en se levant
  • Temps passé au sol chiffré
  • Capacité à se relever seule
  • Ordonnance avec les dates
  • Chutes antérieures
  • Peur de retomber

Examen clinique

L'examen cherche deux choses : ce que la chute a cassé, et ce qui l'a provoquée.

Commencer par les conséquences traumatiques, en sachant qu'elles se manquent chez le sujet âgé. Rechercher une douleur et une impotence de hanche, un raccourcissement avec rotation externe du membre, une douleur du rachis, un hématome du cuir chevelu, une plaie. Une fracture du col peut se voir chez quelqu'un qui marche encore : l'absence de déformation n'écarte rien, et une impotence douloureuse suffit à demander une imagerie.

Mesurer la pression artérielle couchée puis debout, à une et trois minutes. C'est l'examen le plus rentable de toute la démarche, il coûte cinq minutes, et il est presque toujours omis. Une baisse d'au moins vingt millimètres de systolique ou dix de diastolique définit l'hypotension orthostatique.

Examiner ensuite ce qui fait tomber : force musculaire des membres inférieurs, sensibilité des pieds, vision, audition, état des pieds et des chaussures, matériel d'aide à la marche et son état.

Évaluer enfin la marche et l'équilibre par une épreuve simple, chronométrée, du type lever d'une chaise, marche de quelques mètres, demi-tour et retour. Une épreuve reproductible vaut mieux qu'une impression, parce qu'elle se compare à la fois suivante.

À retenir

Vingt millimètres de mercure de systolique ou dix de diastolique en passant debout : le seuil de l'hypotension orthostatique, et la mesure se fait à une et à trois minutes.

À retenir

  • Une fracture du col peut se voir chez quelqu'un qui marche encore.
  • Pression artérielle couchée puis debout à une et trois minutes : cinq minutes, presque toujours omis.
  • Regarder les pieds et les chaussures fait partie de l'examen d'une chute.
  • Une épreuve de marche chronométrée se compare à la fois suivante, une impression non.

En pratique

  • Recherche de fracture du col
  • Rachis et crâne
  • Pression artérielle couché puis debout
  • Force des membres inférieurs
  • Sensibilité des pieds
  • Vision et audition
  • Chaussures et aide à la marche
  • Épreuve de marche chronométrée

Synthèse paraclinique

Le bilan biologique ne cherche pas la cause de la chute, qui est clinique : il mesure ses conséquences et dépiste les facteurs corrigeables.

Devant une station au sol prolongée, les créatine-kinases et la créatinine sont les deux examens qui décident : une rhabdomyolyse peut conduire à une insuffisance rénale aiguë, et elle est indolore chez une personne qui a mal partout. L'ionogramme, la calcémie et la numération complètent.

Chercher les facteurs corrigeables qui font tomber : anémie, hyponatrémie, hypoglycémie, dysthyroïdie, carence en vitamine D. Chacun a un traitement, et chacun se dépiste par un examen simple.

Doser ce que les traitements imposent : concentration d'un médicament à marge étroite, taux de prothrombine chez une personne sous anticoagulant qui a fait un traumatisme crânien, glycémie chez un diabétique traité.

Retenir ce que le bilan ne fait pas. Il ne remplace ni la mesure de la pression artérielle debout, ni la relecture de l'ordonnance, qui sont les deux gestes les plus rentables et ne coûtent rien. Un bilan complet chez une personne dont personne n'a regardé le traitement est un bilan qui passera à côté.

Urgence

Sous anticoagulant, un traumatisme crânien même sans perte de connaissance impose une imagerie cérébrale et une surveillance : l'hématome peut se constituer en plusieurs heures.

À retenir

  • Créatine-kinases et créatinine devant toute station au sol prolongée.
  • Une rhabdomyolyse est indolore chez quelqu'un qui a mal partout.
  • Anémie, hyponatrémie, hypoglycémie, vitamine D : quatre facteurs corrigeables à dépister.
  • Aucun bilan ne remplace la pression debout et la relecture de l'ordonnance.

En pratique

  • Créatine-kinases
  • Créatinine et ionogramme
  • Numération et calcémie
  • Glycémie
  • Taux de prothrombine si anticoagulant
  • Vitamine D

Iconographie

L'imagerie se demande sur des indications précises, et non par précaution générale.

La radiographie du bassin et de la hanche s'impose devant toute douleur ou impotence, et devant l'impossibilité de se remettre debout. Elle se demande de face et de profil. Retenir que des clichés normaux n'écartent pas une fracture du col : une fracture engrenée ou une fracture de contrainte peut ne pas se voir, et une douleur persistante avec impotence justifie une imagerie en coupes ou par résonance magnétique.

L'imagerie cérébrale s'impose devant un traumatisme crânien avec perte de connaissance, un trouble de la vigilance, un déficit focal, un vomissement, une plaie du scalp étendue, et systématiquement chez une personne sous anticoagulant ou antiagrégant, même sans symptôme.

La radiographie du rachis se demande devant une douleur rachidienne, en sachant qu'un tassement vertébral ostéoporotique peut survenir pour un traumatisme minime.

Retenir enfin ce qui ne se demande pas : une imagerie systématique du corps entier chez une personne qui n'a mal nulle part, qui se relève seule et qui marche, n'apporte rien et retarde la sortie.

Le piège

Renvoyer une personne dont la radiographie de hanche est normale mais qui ne peut toujours pas s'appuyer. L'impotence prime sur le cliché, et une imagerie en coupes est due.

À retenir

  • Des clichés normaux n'écartent pas une fracture du col : la clinique décide de poursuivre.
  • Imagerie cérébrale systématique sous anticoagulant, même sans symptôme.
  • Un tassement vertébral peut survenir pour un traumatisme minime.
  • Pas d'imagerie systématique chez qui n'a mal nulle part et marche.

En pratique

  • Bassin et hanche si douleur ou impotence
  • Face et profil
  • Imagerie en coupes si impotence persistante
  • Scanner cérébral si traumatisme crânien
  • Systématique sous anticoagulant
  • Rachis si douleur

Stratégie diagnostique

Une chute chez une personne âgée n'a presque jamais une cause unique : elle a un facteur déclenchant, des facteurs prédisposants, et un environnement. Chercher « la » cause fait manquer les deux tiers du problème.

Distinguer d'abord ce qui a déclenché. Un malaise avec perte de connaissance oriente vers une cause cardiaque, neurologique ou métabolique et impose sa propre démarche. Une chute sans malaise, en se levant, oriente vers l'hypotension orthostatique. Une chute au cours de la marche, sur un obstacle, oriente vers les facteurs prédisposants.

Recenser ensuite les facteurs prédisposants, qui s'additionnent : troubles de la marche et de l'équilibre, faiblesse musculaire, déficit sensoriel, troubles cognitifs, dénutrition, arthrose, neuropathie, dépression, et surtout la polymédication, dont le risque croît avec le nombre de lignes de l'ordonnance.

Examiner l'environnement : éclairage, sol, tapis, escaliers, salle de bains, chaussage, aides techniques inadaptées ou absentes.

Retenir les classes médicamenteuses qui font tomber, parce que les nommer permet de les chercher : psychotropes, antihypertenseurs, hypoglycémiants, tout ce qui abaisse la pression ou altère la vigilance.

Conclure en énonçant les trois niveaux plutôt qu'un seul : ce qui a déclenché, ce qui prédisposait, ce qui a favorisé.

Moyen mnémotechnique

Trois niveaux à énoncer : ce qui a déclenché, ce qui prédisposait, ce qui a favorisé. Une réponse à un seul niveau est une réponse incomplète.

À retenir

  • Une chute a un déclencheur, des facteurs prédisposants et un environnement, jamais une cause unique.
  • Chute en se levant : penser d'abord à l'hypotension orthostatique.
  • Le risque croît avec le nombre de lignes de l'ordonnance.
  • Psychotropes, antihypertenseurs et hypoglycémiants : les trois classes à chercher en premier.

En pratique

  • Malaise recherché
  • Circonstance du lever
  • Facteurs prédisposants recensés
  • Nombre de lignes de l'ordonnance
  • Classes à risque identifiées
  • Environnement du domicile
  • Trois niveaux énoncés

Urgence vitale

Quatre situations font d'une chute une urgence, et elles se reconnaissent sans examen complémentaire.

La station au sol prolongée. Au-delà d'une heure, et davantage encore au-delà de trois, elle expose à la rhabdomyolyse avec insuffisance rénale, à l'hypothermie, à la déshydratation, aux escarres et à la pneumopathie d'inhalation. C'est un critère de gravité en soi, indépendant de la cause de la chute et de ses conséquences traumatiques.

Le traumatisme crânien sous anticoagulant. L'hématome peut se constituer en plusieurs heures, et l'absence de symptôme initial ne préjuge de rien : imagerie et surveillance sont dues.

La chute par malaise avec perte de connaissance. Elle n'est plus une chute, c'est une syncope, et elle relève de la démarche correspondante : électrocardiogramme immédiat, recherche d'une cause cardiaque, hospitalisation si le contexte l'impose.

La répétition rapprochée enfin. Plusieurs chutes en quelques semaines traduisent une décompensation en cours et justifient une évaluation sans délai, même si aucune chute n'a fait de dégât.

Dans les quatre cas, la conduite commence de la même façon : constantes complètes température comprise, glycémie capillaire, électrocardiogramme, et recherche d'un traumatisme.

Urgence

Rhabdomyolyse après station au sol : elle est indolore chez quelqu'un qui a mal partout, et elle se dépiste par un dosage, pas par l'examen.

À retenir

  • La station au sol prolongée est un critère de gravité en soi.
  • Traumatisme crânien sous anticoagulant : imagerie et surveillance, même sans symptôme.
  • Une chute par perte de connaissance est une syncope et change de démarche.
  • Des chutes répétées en quelques semaines traduisent une décompensation en cours.

En pratique

  • Temps passé au sol
  • Température
  • Glycémie capillaire
  • Électrocardiogramme
  • Anticoagulant et traumatisme crânien
  • Perte de connaissance
  • Chutes répétées

Stratégie de prise en charge

La prise en charge se joue sur trois plans, et celui qu'on oublie est le troisième.

Traiter les conséquences. Réduire une fracture, corriger une déshydratation, une rhabdomyolyse, une hypothermie, traiter une plaie, prendre en charge la douleur, qui est sous-évaluée chez la personne âgée et d'autant plus qu'elle a des troubles cognitifs.

Corriger la cause, et d'abord ce qui se corrige le jour même. Reprendre l'ordonnance est l'intervention la plus efficace et la moins coûteuse : arrêter ou diminuer ce qui fait tomber, en concertation avec le prescripteur, réduit réellement le risque de récidive. Corriger ensuite ce qui se corrige à moyen terme : vue, audition, chaussage, dénutrition, carence en vitamine D, douleur chronique.

Prévenir la récidive, qui est le plan oublié. Rééducation de l'équilibre et de la marche, activité physique adaptée, aide technique correctement réglée, aménagement du domicile, téléalarme, et surtout apprendre à se relever, geste qui change tout le pronostic d'une chute suivante.

Décider du lieu. Une personne qui vit seule, qui n'a pas pu se relever, ou dont l'entourage ne peut pas assurer la surveillance, ne rentre pas le soir même parce que son bilan est normal.

Organiser enfin le suivi : réévaluation à distance courte, et transmission écrite au médecin traitant.

À retenir

Le lieu de sortie se décide sur la capacité à se relever et sur l'entourage disponible, pas sur la normalité du bilan.

À retenir

  • Reprendre l'ordonnance est l'intervention la plus efficace et la moins coûteuse.
  • Apprendre à se relever change le pronostic de la chute suivante.
  • La douleur est sous-évaluée chez la personne âgée, davantage encore si elle a des troubles cognitifs.
  • Un bilan normal ne suffit pas à décider d'un retour au domicile le soir même.

En pratique

  • Conséquences traumatiques traitées
  • Douleur évaluée et traitée
  • Ordonnance révisée avec le prescripteur
  • Vue, audition, chaussage
  • Rééducation prescrite
  • Apprentissage du relever
  • Aménagement du domicile
  • Lieu de sortie décidé

Procédure et geste technique

Sans objet pour cette situation : Aucun des 35 gestes techniques éligibles du référentiel ne se rattache à cette situation. La réduction d'une fracture et la pose d'une contention relèvent des situations de départ correspondantes, qui portent leurs propres stations.

Annonce et information

Sans objet pour cette situation : Ce qui s'annonce après une chute est une perte d'autonomie ou une entrée en institution, deux sujets qui touchent au handicap et que D44 place hors du programme du 2ᵉ cycle. L'information sur les mesures de prévention est traitée dans la section éducation.

Éducation et prévention

La prévention de la récidive se joue sur des mesures simples, et son obstacle principal n'est pas le manque d'information mais la peur.

Nommer la peur de retomber. Elle suit une première chute chez une majorité de personnes, elle conduit à restreindre les déplacements, et cette restriction produit une perte musculaire qui augmente le risque de retomber. Le dire explicitement, à la personne et à son entourage, désamorce un cercle qui se met en place en quelques semaines.

Prescrire l'activité physique comme un traitement, avec des chiffres. Les programmes qui associent travail de l'équilibre et renforcement des membres inférieurs réduisent réellement les chutes ; le repos ne protège de rien.

Apprendre à se relever du sol. Ce geste s'enseigne, se répète, et il transforme une chute suivante en incident plutôt qu'en station au sol de trois heures.

Aménager le domicile avec des mesures concrètes plutôt que des principes : éclairage sur le trajet des toilettes, retrait des tapis, barre d'appui, chaussage fermé et à semelle fine, hauteur du lit et du fauteuil.

Impliquer l'entourage sans le culpabiliser, et proposer la téléalarme, qui ne prévient pas la chute mais raccourcit la station au sol.

Vérifier enfin ce qui a été retenu en le faisant redire.

À retenir

L'éclairage du trajet vers les toilettes est la mesure d'aménagement la plus rentable : la majorité des chutes nocturnes surviennent sur ce trajet.

À retenir

  • La peur de retomber restreint les déplacements, ce qui augmente le risque de retomber.
  • L'activité physique se prescrit avec des chiffres ; le repos ne protège de rien.
  • Apprendre à se relever transforme la chute suivante en incident.
  • La téléalarme ne prévient pas la chute, elle raccourcit la station au sol.

En pratique

  • Peur de retomber nommée
  • Activité physique prescrite avec des chiffres
  • Apprentissage du relever
  • Éclairage nocturne
  • Tapis et obstacles
  • Chaussage
  • Téléalarme proposée
  • Reformulation par la personne

Communication interprofessionnelle

Sans objet pour cette situation : La révision de l'ordonnance avec le prescripteur et l'organisation du retour au domicile sont traitées dans la section stratégie de prise en charge, où elles se décident. Ce qui resterait ici, structurer une transmission, vaut de toute situation.

Sources

  • R2C, item 130 : La personne âgée malade, particularités sémiologiques, psychologiques et thérapeutiques
  • R2C, item 133 : Autonomie et dépendance chez le sujet âgé
  • Collège national des enseignants de gériatrie : chapitre « Chutes de la personne âgée »
  • HAS, recommandation sur l'évaluation et la prise en charge des personnes âgées faisant des chutes répétées