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Fiche de révision

Coma et troubles de conscience

Trois gestes avant tout raisonnement : la glycémie capillaire, les pupilles, et la protection des voies aériennes.

Situation de départ 28Catégorie IItem R2C 343Item R2C 336

Entretien et interrogatoire

La personne ne répond pas, et l'interrogatoire se fait quand même : il se fait auprès de tous ceux qui sont là, et il se fait pendant que la prise en charge commence.

Les quatre questions qui changent la conduite, dans cet ordre : comment cela a-t-il commencé, brutalement ou progressivement ; qu'y avait-il avant, céphalée, fièvre, convulsion, traumatisme, déficit ; qu'est-ce qui a été pris, médicaments, alcool, toxiques, et en quelle quantité ; quel est le terrain, diabète, épilepsie, cirrhose, insuffisance rénale, cancer, immunodépression, dépression.

Les sources, et elles sont multiples : la famille, le témoin, les pompiers ou l'équipe qui a transporté, le voisin qui a appelé, le médecin traitant, le dossier hospitalier, la pharmacie. L'ordonnance et les boîtes de médicaments valent une consultation entière, et quelqu'un peut aller les chercher pendant que d'autres soignent.

Reconstituer une chronologie précise : dernière fois vue normale, heure exacte si elle est connue, durée depuis, évolution rapide ou fluctuante. Cette heure décide de certains traitements, et elle se demande dès la première minute.

Chercher ce qui oriente vers un toxique : boîtes vides, ordonnance récente, lettre, contexte psychiatrique, alcool, monoxyde de carbone avec plusieurs personnes atteintes dans le même lieu.

Chercher ce qui oriente vers une cause neurologique : céphalée brutale, déficit, convulsion, traumatisme même mineur chez une personne anticoagulée ou âgée.

Ne pas oublier le contexte social : hypothermie et intoxication chez une personne sans abri, isolement, maltraitance, canicule.

Retenir la faute la plus fréquente : attendre d'avoir compris pour agir. L'interrogatoire se mène en parallèle, jamais avant, et il se distribue à plusieurs personnes.

Le piège

Un traumatisme crânien mineur oublié par tout le monde, chez une personne anticoagulée, explique un trouble de conscience plusieurs jours plus tard. La question se pose même quand personne n'y pense.

À retenir

  • L'interrogatoire se fait auprès des témoins, pendant la prise en charge.
  • Quatre questions : comment, avant, quoi de pris, quel terrain.
  • L'heure de la dernière fois vue normale décide de certains traitements.
  • L'ordonnance et les boîtes valent une consultation entière.

En pratique

  • Mode d'installation, brutal ou progressif
  • Symptômes précédant le trouble
  • Toxiques et médicaments pris
  • Terrain et antécédents
  • Dernière fois vue normale, à l'heure près
  • Ordonnance et boîtes récupérées
  • Traumatisme même mineur
  • Contexte social et environnemental

Examen clinique

L'examen suit un ordre fixe, et les trois premiers gestes ne sont pas un examen, ce sont des actes de sécurité.

Ce qui passe avant tout : dégager les voies aériennes, apprécier la ventilation, mesurer la saturation, prendre le pouls et la pression, et faire une glycémie capillaire. Une hypoglycémie se corrige en trente secondes et ressemble à tout.

Coter la profondeur, avec le score de Glasgow, en donnant les trois composantes séparément et non le seul total : ouverture des yeux, réponse verbale, réponse motrice. Un score de 8 ou moins fait discuter la protection des voies aériennes.

Les pupilles, qui sont le second geste : taille, symétrie, réactivité. Une mydriase unilatérale aréactive est un engagement jusqu'à preuve du contraire. Des pupilles en myosis serré orientent vers les opioïdes ou une atteinte protubérantielle.

Chercher la latéralisation : asymétrie du tonus, de la réponse motrice, des réflexes, déviation de la tête et des yeux, asymétrie faciale.

Chercher un syndrome méningé : raideur de nuque, purpura, fièvre. Un purpura fébrile impose une antibiothérapie immédiate, avant tout examen et avant tout transport.

Examiner le reste du corps, ce que l'urgence fait oublier : température, points de piqûre, haleine, cyanose ou coloration anormale, plaies, hématomes du cuir chevelu, otorragie, morsure de langue, perte d'urines, escarres, signes d'hépatopathie, marbrures.

Réévaluer, et noter l'heure de chaque évaluation. Un trouble de conscience se juge sur son évolution, et une aggravation entre deux mesures vaut plus qu'un chiffre isolé.

Retenir les trois gestes qui passent avant tout raisonnement : la glycémie capillaire, les pupilles, et la protection des voies aériennes.

Urgence

Purpura et fièvre chez quelqu'un dont la conscience se trouble : antibiothérapie immédiate, sur place, avant l'examen, avant le scanner et avant le transport. Chaque minute compte et le geste est simple.

À retenir

  • Glycémie capillaire, pupilles, voies aériennes : avant tout raisonnement.
  • Le score de Glasgow se donne en trois composantes, pas en un total.
  • Une mydriase unilatérale aréactive est un engagement jusqu'à preuve du contraire.
  • Un trouble de conscience se juge sur son évolution, notée avec l'heure.

En pratique

  • Voies aériennes, ventilation, saturation
  • Pouls, pression, température
  • Glycémie capillaire
  • Score de Glasgow en trois composantes
  • Pupilles : taille, symétrie, réactivité
  • Signes de latéralisation
  • Raideur de nuque et purpura
  • Examen du corps entier et réévaluation horodatée

Synthèse paraclinique

Les examens se demandent tous ensemble et se lisent dans un ordre, parce que certains changent la conduite en quelques minutes.

Ce qui se fait au lit et sans attendre : glycémie capillaire, électrocardiogramme, gaz du sang avec lactate, ionogramme, calcémie, créatinine, numération, hémostase, bilan hépatique, ammoniémie selon le contexte, recherche de toxiques, alcoolémie, dosage de l'hémoglobine liée au monoxyde de carbone quand le contexte l'évoque.

L'imagerie cérébrale, dont la question n'est pas si mais quand : sans délai devant un déficit focal, une mydriase, un traumatisme, une anticoagulation, une céphalée brutale, une crise, ou un coma inexpliqué. Un scanner sans injection répond aux urgences chirurgicales et hémorragiques ; l'imagerie par résonance magnétique voit ce que le scanner ne voit pas, et elle vient ensuite.

La ponction lombaire, devant une suspicion d'infection du système nerveux central, après l'imagerie quand il existe un signe de localisation, des troubles de conscience profonds ou une immunodépression, et jamais avant l'antibiothérapie quand celle-ci est indiquée.

L'électroencéphalogramme, devant une suspicion d'état de mal non convulsif, qui est une cause de coma facile à manquer et qui se traite.

Deux pièges d'interprétation. Une alcoolémie positive n'explique pas un coma, elle accompagne souvent autre chose, et beaucoup de traumatismes crâniens sont manqués ainsi. Et une hypoglycémie corrigée qui ne réveille pas la personne signifie qu'elle n'était pas la cause, ou qu'elle a duré trop longtemps.

Retenir la règle qui structure : on ne choisit pas entre les examens, on les lance ensemble et on hiérarchise leur lecture. La glycémie et le scanner ne sont pas concurrents, ils ont des délais différents.

Le piège

« Il a bu » est l'explication la plus coûteuse de la médecine d'urgence. Elle est souvent vraie, elle n'est presque jamais suffisante, et c'est sous elle que passent les hématomes sous-duraux.

À retenir

  • Les examens se lancent ensemble, leur lecture se hiérarchise.
  • L'imagerie cérébrale : la question n'est pas si mais quand.
  • Une alcoolémie positive n'explique jamais un coma à elle seule.
  • Un état de mal non convulsif est une cause de coma qui se traite.

En pratique

  • Glycémie capillaire immédiate
  • Ionogramme, calcémie, créatinine, hépatique
  • Gaz du sang et lactate
  • Toxiques, alcoolémie, monoxyde de carbone
  • Électrocardiogramme
  • Imagerie cérébrale et son délai justifié
  • Ponction lombaire selon l'ordre
  • Électroencéphalogramme si doute

Iconographie

Sans objet pour cette situation : L'imagerie cérébrale figure dans la section synthèse, où se pose la question de son indication et de son délai. Sa lecture relève des situations de départ neurologiques qui la portent en propre.

Stratégie diagnostique

Deux questions organisent la démarche, et la première se pose à l'examen, pas au scanner.

Première question : y a-t-il un signe de localisation ? Un déficit, une asymétrie pupillaire, une asymétrie du tonus ou de la réponse motrice oriente vers une cause structurelle : hémorragie, ischémie, hématome, tumeur, abcès, engagement. Sans signe de localisation, une cause diffuse est plus probable : métabolique, toxique, infectieuse, épileptique, anoxique.

Seconde question : y a-t-il de la fièvre ? Fièvre et trouble de conscience font chercher une infection du système nerveux central jusqu'à preuve du contraire, et une antibiothérapie s'envisage avant la preuve.

Les causes qu'on ne pardonne pas de manquer, parce qu'elles se traitent en minutes : hypoglycémie, méningite bactérienne avec ou sans purpura, intoxication au monoxyde de carbone, surdosage en opioïdes, état de mal non convulsif, hématome extra-dural ou sous-dural, hyponatrémie sévère.

Les causes fréquentes : intoxication médicamenteuse volontaire ou accidentelle, alcool, accident vasculaire cérébral, épilepsie et phase post-critique, sepsis, encéphalopathie hépatique ou urémique, troubles hydro-électrolytiques, hypoxie et hypercapnie.

Chez la personne âgée, la confusion aiguë a presque toujours plusieurs causes qui s'additionnent : infection, iatrogénie, douleur, rétention urinaire, fécalome, déshydratation, changement d'environnement. Chercher une seule cause y est une erreur de méthode.

Ce qui ressemble à un coma et n'en est pas : état de mal non convulsif, syndrome de désefférentation motrice où la conscience est conservée, cause psychiatrique, qui reste un diagnostic d'élimination.

Retenir les deux règles. Signe de localisation : imagerie sans délai. Et fièvre : on n'attend pas la preuve pour traiter.

Moyen mnémotechnique

Le sucre, les pupilles, la fièvre, le focal. Quatre questions dans les deux premières minutes, et chacune conduit à un geste différent.

À retenir

  • Signe de localisation ou non : la première question se pose à l'examen.
  • Fièvre et trouble de conscience : traiter avant la preuve.
  • Chez la personne âgée, la confusion a presque toujours plusieurs causes.
  • Une cause psychiatrique reste un diagnostic d'élimination.

En pratique

  • Signe de localisation recherché
  • Fièvre et syndrome méningé
  • Hypoglycémie écartée
  • Toxiques envisagés
  • État de mal non convulsif envisagé
  • Causes multiples envisagées chez la personne âgée
  • Cause psychiatrique en dernier

Urgence vitale

Un trouble de conscience est une urgence par lui-même, indépendamment de sa cause, parce qu'il supprime la protection des voies aériennes.

Les cinq premières minutes, dans l'ordre : appeler à l'aide et déclencher le renfort ; libérer les voies aériennes ; oxygéner et mesurer la saturation ; poser la personne en position latérale de sécurité si elle ventile et n'est pas traumatisée ; poser une voie veineuse ; faire la glycémie capillaire et resucrer si elle est basse ; scoper.

Ce qui s'administre sans attendre le diagnostic, quand le contexte l'indique : glucose devant une hypoglycémie, antidote spécifique devant un surdosage en opioïdes évident, oxygène à haut débit devant une suspicion d'intoxication au monoxyde de carbone, antibiotique devant un purpura fébrile, vitamine B1 avant tout apport glucosé chez une personne dénutrie ou alcoolique.

Ce qui fait intuber : incapacité à protéger les voies aériennes, score de Glasgow bas, hypoventilation, agitation empêchant les soins, nécessité de transport avec un état instable. La décision appartient au réanimateur, l'alerte appartient à celui qui est là.

En cas de traumatisme ou de doute : immobilisation du rachis cervical jusqu'à preuve du contraire.

Ce qui se surveille en continu : conscience réévaluée et horodatée, pupilles, saturation, pression, fréquence cardiaque, glycémie, température.

Ce qui se transmet à l'appel, et qui tient en sept points : l'heure de début, l'état de conscience avec ses trois composantes, les pupilles, les constantes, la glycémie, ce qui a été donné, et ce que l'on suspecte.

Retenir la règle : on traite ce qui se traite avant de savoir ce que c'est. Le sucre, l'oxygène, l'antidote et l'antibiotique n'attendent aucun résultat.

Urgence

Glycémie capillaire dans la première minute. C'est le geste le plus rapide, le moins cher et le plus rentable de toute la médecine d'urgence, et il se saute encore.

À retenir

  • Un trouble de conscience est une urgence par lui-même.
  • Le sucre, l'oxygène, l'antidote et l'antibiotique n'attendent aucun résultat.
  • Vitamine B1 avant tout apport glucosé chez une personne dénutrie.
  • La conscience se réévalue et s'horodate.

En pratique

  • Aide appelée, renfort déclenché
  • Voies aériennes libérées, oxygène
  • Position latérale de sécurité si indiquée
  • Voie veineuse posée
  • Glycémie capillaire et resucrage si besoin
  • Antidotes et antibiotique selon le contexte
  • Rachis immobilisé si doute traumatique
  • Surveillance horodatée et transmission structurée

Stratégie de prise en charge

Une fois la personne en sécurité, trois choses s'organisent, et la troisième s'oublie.

Traiter la cause, une fois nommée, avec l'équipe qui en a la charge.

Prévenir les complications de l'immobilité et de l'inconscience : protection oculaire, prévention des escarres, prévention thromboembolique, soins de bouche, sonde gastrique et alimentation selon la durée, prévention des rétractions.

Informer les proches, et c'est ce qu'on oublie. Ils sont là, ils ne savent rien, et personne ne leur parle parce que tout le monde soigne. Dire ce qui se passe, ce qu'on cherche, ce qu'on ne sait pas encore, et quand on reviendra les voir prend trois minutes et change tout pour eux.

Recueillir auprès d'eux ce qui manque encore : directives anticipées, personne de confiance, traitements, ce que la personne aurait voulu. Ce recueil se fait sans leur faire porter une décision qui ne leur revient pas.

Décider de l'orientation : réanimation, unité de surveillance continue, service spécialisé, avec la question de l'accueil et du délai.

Tenir le dossier, ce qui est ici un acte de soin : horaires, scores successifs, pupilles, gestes faits, produits administrés avec leur heure et leur dose, personnes jointes. Une réanimation dont la chronologie n'est pas écrite ne se relit pas.

Retenir que le trouble de conscience est la situation où la traçabilité vaut un examen : ce sont les valeurs successives, avec leur heure, qui disent si la personne s'aggrave.

À retenir

Dire à la famille ce qu'on cherche, ce qu'on ne sait pas encore, et à quelle heure on reviendra leur parler, coûte trois minutes et évite qu'ils passent quatre heures à imaginer le pire dans un couloir.

À retenir

  • Les complications de l'inconscience se préviennent dès la première heure.
  • Les proches sont là et personne ne leur parle : cela prend trois minutes.
  • La traçabilité horodatée vaut un examen.
  • Ce sont les valeurs successives qui disent l'aggravation.

En pratique

  • Cause traitée avec l'équipe concernée
  • Protection oculaire et soins de bouche
  • Prévention des escarres et thromboembolique
  • Proches informés et rendez-vous donné
  • Directives anticipées et personne de confiance
  • Orientation décidée
  • Chronologie et doses tracées
  • Scores successifs horodatés

Procédure et geste technique

Sans objet pour cette situation : La position latérale de sécurité, la pose de voie veineuse et la ponction lombaire relèvent des situations de départ qui les portent en propre. Ce qui est ici évalué est l'ordre des gestes, traité dans la section urgence.

Annonce et information

Sans objet pour cette situation : L'annonce d'un pronostic grave et les décisions de limitation sortent du périmètre du deuxième cycle (D44). L'information donnée aux proches pendant la prise en charge figure dans la section prise en charge.

Éducation et prévention

Sans objet pour cette situation : Aucune éducation n'est propre à cette situation dans sa phase aiguë. La prévention des récidives appartient aux situations de départ des causes, épilepsie, diabète, intoxications.

Communication interprofessionnelle

Sans objet pour cette situation : L'appel du réanimateur et le contenu de la transmission figurent dans la section urgence, où ils prennent leur sens et leur délai. Les isoler ferait réviser deux fois la même chose.

Sources

  • R2C, item 343 : État confusionnel et trouble de conscience chez l'adulte et chez l'enfant
  • R2C, item 336 : Coma non traumatique chez l'adulte et chez l'enfant
  • R2C, item 337 : Principales intoxications aiguës
  • Collège des enseignants de neurologie, chapitre « Coma et troubles de conscience »
  • Recommandations en vigueur sur la prise en charge initiale des troubles de conscience et sur les méningites bactériennes. La date de la version consultée fait partie de la source