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Gériatrie

Fiche de révision

Perte d'autonomie progressive

S'entraîner sur cette situation
Situation de départ 31Catégorie IItem R2C 133Item R2C 132Item R2C 130

Cette fiche vous apprend à faire sortir d'un entretien, puis d'un bilan simple, les causes corrigibles d'un déclin, au lieu de conclure au vieillissement. Elle suit l'ordre d'une consultation : nommer les activités, lire la pente, regarder la personne faire, relire l'ordonnance, puis raisonner et organiser.

SommaireEnviron 12 min
  1. Nommer chaque activité, et demander qui la fait
  2. Lire la forme de la pente, et compter les chutes
  3. Regarder la personne faire, et mesurer debout
  4. Lire l'ordonnance avant d'élargir le bilan
  5. Raisonner en 3 étages, et chercher les 3 tableaux
  6. Corriger avant de compenser
  7. Transmettre en posant une question
  8. À retenir pour la station

Nommer chaque activité, et demander qui la fait

Une question générale reçoit une réponse générale. « Vous vous débrouillez ? » obtient « oui, très bien » de quelqu'un qui ne cuisine plus, dont la fille prépare le pilulier et ouvre le courrier. Ces pertes ne sont pas cachées : elles ne sont simplement pas vécues comme des pertes.

La seule façon de les recueillir est de nommer l'activité et de demander qui la fait. Le nom de l'activité déclenche le souvenir, et la question « qui » fait apparaître l'aide déjà en place, que personne ne déclare comme telle.

L'ordre des pertes est presque constant, et il commande l'entretien. Les activités instrumentales se perdent avant les activités de base : un entretien qui commence par se laver et s'habiller vérifie ce qui se perd en dernier, et conclut à tort que la personne est autonome.

Les activités instrumentales, à nommer une par une :

  • Téléphoner.
  • Faire les courses.
  • Préparer les repas.
  • Utiliser les transports.
  • Gérer les médicaments.
  • Gérer l'argent et le courrier.

La gestion des médicaments et celle de l'argent sont les 2 plus précoces, et les plus riches en information. Une erreur de prise ou une facture impayée dit un trouble cognitif que personne n'a encore nommé.

« Avant de parler à votre fille, êtes-vous d'accord pour que je lui pose quelques questions ? »

Lire la forme de la pente, et compter les chutes

La forme de la pente oriente autant que sa profondeur. Une perte régulière désigne une maladie chronique qui avance ; une perte par paliers désigne des événements, une hospitalisation, un deuil, une chute, un médicament introduit.

Une perte installée en quelques semaines change la démarche. Fluctuante et accompagnée d'un trouble de l'attention, elle fait chercher un syndrome confusionnel et sa cause avant tout autre diagnostic : c'est une situation aiguë, pas un déclin.

Les chutes se comptent, et elles ont un seuil. Au moins 2 chutes au cours d'une période de 12 mois définissent des chutes répétées, qui ouvrent leur propre recherche de signes de gravité et de facteurs de risque.

Demandez si la personne s'est relevée seule. Une impossibilité de se relever du sol, un syndrome post-chute ou une augmentation récente de la fréquence des chutes comptent parmi les signes de gravité qui font agir sans attendre.

La peur d'être placée organise le récit. Une personne qui tient à son logement minimise, et se ferme si l'institution est évoquée trop tôt. Demander ce qu'elle veut pour la suite, avant de proposer quoi que ce soit, ouvre la conversation plutôt que de la fermer.

« Depuis quand est-ce ainsi, et y a-t-il eu un moment où cela a basculé ? »

« Combien de fois êtes-vous tombée cette année, et avez-vous pu vous relever seule ? »

Regarder la personne faire, et mesurer debout

Regarder faire donne ce qu'aucune question n'obtient. Le lever de chaise sans les bras, quelques mètres de marche et un demi-tour prennent le temps d'une fin de consultation, ne demandent aucun matériel, et se répètent d'une fois sur l'autre. Ils donnent un chiffre comparable, ce qu'une impression ne donne pas.

Les seuils existent et se retiennent : 20 secondes au timed up and go test, et un appui unipodal tenu moins de 5 secondes. Ces 2 chiffres transforment une observation en donnée transmissible.

L'hypotension orthostatique se rate quand on la mesure mal. Une seule mesure prise aussitôt après le lever passe à côté de la baisse tardive. Elle est le plus souvent médicamenteuse, et sa correction rend de la stabilité.

La bouche et les pieds sont les 2 régions que l'examen saute le plus. Une prothèse qui ne tient plus explique une perte de poids ; des ongles non coupés et des chaussures inadaptées expliquent une marche qui se raccourcit. Testez aussi grossièrement la vue et l'audition, et pesez la personne pour comparer au dossier.

Chez la personne âgée, le signe d'appel est souvent muet. Une infection urinaire, une pneumonie ou un infarctus peuvent se présenter par une chute ou une confusion, sans fièvre ni douleur thoracique. L'examen cherche donc un foyer même quand la plainte n'en désigne aucun.

« Levez-vous de la chaise sans vous aider des bras, marchez jusqu'à la porte et revenez. »

Lire l'ordonnance avant d'élargir le bilan

Un bilan court a plus de valeur qu'un bilan large, à condition de savoir ce qu'il cherche. Numération, ionogramme avec calcémie, créatinine, glycémie, bilan hépatique, protéine C réactive, thyréostimuline, albumine et vitamines usuelles couvrent les causes fréquentes, silencieuses et corrigibles.

L'exercice consiste à dire, ligne par ligne, ce que le résultat écarte. Une thyréostimuline normale écarte une dysthyroïdie, une protéine C réactive normale écarte une inflammation évolutive : un résultat normal reste un résultat, à condition de nommer l'hypothèse qu'il ferme.

L'ordonnance explique une partie des anomalies, et elle se lit d'abord. Une natrémie inférieure à 135 mmol/L chez une personne âgée est le plus souvent médicamenteuse, diurétiques thiazidiques et psychotropes en tête. Un hypnotique pris depuis des années entretient la somnolence diurne et ralentit la marche sans qu'aucune ligne du bilan ne le montre.

La dénutrition se diagnostique sur des critères, pas sur l'albumine seule. Chez une personne de 70 ans ou plus, elle associe 1 critère phénotypique, une perte de poids d'au moins 5 % en 1 mois ou un indice de masse corporelle inférieur à 22 kg/m2, à 1 critère étiologique comme une réduction des apports.

Les carences sont l'anomalie la plus rentable du bilan, parce qu'elles sont fréquentes, sans symptôme propre, et qu'elles se corrigent. Une carence en vitamine B12 explique aussi des paresthésies des pieds et une abolition des réflexes achilléens.

« Cette prise de sang est normale, et voilà ce que chaque ligne écartait. »

« Votre sodium est bas : je regarde d'abord votre ordonnance avant de chercher plus loin. »

Raisonner en 3 étages, et chercher les 3 tableaux

Chercher une cause unique est une erreur de méthode dans cette situation. Une perte d'autonomie se décrit par les facteurs qui préparent le terrain, celui qui a précipité le décrochage, et ceux qui entretiennent la perte.

Le premier étage ne se change pas, le deuxième se traite, et c'est sur le troisième qu'on peut le plus. Ce qui entretient, douleur, dénutrition, peur de tomber, déconditionnement, isolement, absence d'aide, est aussi ce qu'on regarde le moins.

3 tableaux se confondent et coexistent. Le syndrome confusionnel est aigu, fluctuant, marqué par un trouble de l'attention ; le trouble cognitif s'installe sur des mois ; la dépression imite les 2. Il faut les chercher tous les 3 plutôt que d'en choisir un.

Un test cognitif passé au mauvais moment ne conclut rien. Pendant une infection ou au décours immédiat d'une hospitalisation, il mesure l'épisode aigu : il s'évalue à distance.

Ce qui doit accélérer la démarche se reconnaît vite :

  • Une perte installée en quelques semaines.
  • Une confusion.
  • Une fièvre.
  • Un déficit neurologique focal.
  • Une chute avec traumatisme.
  • Un amaigrissement.
  • Des idées noires.

Un déficit sensoriel, une douleur, une iatrogénie, une dénutrition et une dépression se corrigent et rendent de l'autonomie. Ils se passent en revue avant de conclure à une maladie neurodégénérative, parce que cette conclusion ferme la recherche.

« Il n'y a pas une cause mais 3 : ce qui a préparé, ce qui a déclenché, ce qui entretient. »

Corriger avant de compenser

Corriger vient avant compenser, et l'ordre a des conséquences. Alléger l'ordonnance, traiter la douleur, corriger la vue et l'audition, soigner la bouche, corriger une dénutrition et ses carences, traiter une dépression : chacune de ces actions rend une part d'autonomie, et aucune n'est remplacée par une aide à domicile.

La réhabilitation est ce qui se prescrit le moins et rend le plus. Kinésithérapie, activité physique adaptée, travail de l'équilibre et de la force, ergothérapie pour l'adaptation du logement. Elle demande une prescription datée, une durée et un objectif, comme un médicament.

Chez quelqu'un qui fait des chutes répétées, les interventions qui marchent sont connues : réviser l'ordonnance, corriger les facteurs de risque identifiés, faire porter des chaussures adaptées, et travailler l'équilibre et la force. Elles s'additionnent plutôt qu'elles ne se remplacent.

La compensation vient ensuite, et elle se règle. Aides techniques ajustées à la taille de la personne, barres d'appui, siège de douche, téléalarme, pilulier, puis l'aide humaine. Distinguez ce que la personne accepte de ce qu'elle refuse : une aide imposée n'est pas utilisée.

Les droits s'instruisent tôt, parce que l'évaluation médico-sociale, l'allocation d'autonomie et l'affection de longue durée ne produisent pas d'effet le jour de la demande. Les proches aidants font partie du plan : leur épuisement se demande, et le répit se propose avant qu'il ne se manifeste.

La réévaluation se fait sur des mesures répétables : le poids, la vitesse de marche, le temps du lever de chaise, le nombre de chutes. Une impression d'ensemble ne se compare pas d'une consultation à l'autre.

« Avant d'installer des aides, je retire 2 médicaments et je fais corriger votre vue. »

Transmettre en posant une question

Le maintien à domicile est un travail d'équipe dont les membres se voient rarement ensemble. Médecin traitant, infirmière, kinésithérapeute, aide à domicile, portage de repas, pharmacien, assistante sociale, ergothérapeute, et le proche aidant, qui en fait partie. Aucun d'eux ne dispose du dossier des autres.

Le support partagé est ce qui coûte le moins et change le plus. Un cahier laissé au domicile, où chacun écrit ce qu'il a vu et ce qu'il a fait, permet de constater une pente que personne ne verrait à partir d'un seul passage.

Une transmission utile dit ce qui a changé, et ce qu'on demande. Le niveau d'autonomie mesuré et daté, les traitements arrêtés et leur motif, les souhaits de la personne, puis la question posée au correspondant et le délai dans lequel la réponse est attendue.

Une transmission qui décrit sans demander laisse le destinataire choisir ce qu'il fait de l'information. Poser la question explicitement est ce qui transforme un compte rendu en décision partagée.

« Je vous demande une évaluation à domicile sous 15 jours : voilà ce qui a changé depuis mars. »

À retenir pour la station

Nommez chaque activité et demandez qui la fait. Les activités instrumentales, dont la gestion des médicaments et celle de l'argent, se perdent avant les activités de base : un entretien qui commence par les activités de base vérifie ce qui se perd en dernier.

La forme de la pente oriente : régulière pour une maladie qui avance, en paliers pour des événements, installée en quelques semaines pour un syndrome confusionnel. Comptez les chutes, et sachez qu'au moins 2 sur 12 mois ouvrent leur propre évaluation.

L'ordonnance lue ligne par ligne rapporte plus qu'un bilan élargi, et un résultat normal reste un résultat quand on dit ce qu'il écarte. Enfin, corriger vient avant compenser : la vue, la bouche, la douleur, l'humeur, les carences et l'ordonnance rendent de l'autonomie avant toute aide technique.

S'entraîner sur cette situation

Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.

Sources

  1. 1

    Gériatrie

    Collège national des enseignants de gériatrie (CNEG). 5e édition, Réussir son DFASM, Connaissances clés (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Item 133, Autonomie et dépendance chez le sujet âgé ; Item 132, Troubles cognitifs du sujet âgé ; Item 130, La personne âgée malade

    Appuie : Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Synthèse paraclinique, Stratégie diagnostique, Stratégie de prise en charge, Communication interprofessionnelle

  2. 2
    Évaluation et prise en charge des personnes âgées faisant des chutes répétées (Ouvre un nouvel onglet)

    Haute Autorité de santé (HAS). Recommandation de bonne pratique, adoptée en avril 2009.

    Passages utilisés : Messages clés ; Première étape, rechercher les signes de gravité ; Deuxième étape, rechercher les facteurs de risque ; Troisième étape, proposer les interventions

    Appuie : Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Stratégie diagnostique, Stratégie de prise en charge

  3. 3
    Prise en charge de l'hypotension orthostatique (Ouvre un nouvel onglet)

    Société française d'hypertension artérielle (SFHTA), Société française de gériatrie et gérontologie (SFGG), European Federation of Autonomic Societies (EFAS). Consensus d'experts, décembre 2014.

    Passages utilisés : Définition de l'hypotension orthostatique ; Technique de mesure, repos couché et mesures à 1 et 3 minutes

    Appuie : Examen clinique

  4. 4
    Manuel de néphrologie (Ouvre un nouvel onglet)

    Collège universitaire des enseignants de néphrologie (CUEN). 11e édition, 2025 à 2026 (Ellipses, collection Les référentiels EDN).

    Passages utilisés : Chapitre « Hyponatrémie »

    Appuie : Synthèse paraclinique

  5. 5

    Nutrition

    Collège des enseignants de nutrition (CEN). 5e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Chapitre « Dénutrition de la personne âgée »

    Appuie : Synthèse paraclinique, Stratégie de prise en charge

  6. 6
    PILLY Étudiant 2023 (Ouvre un nouvel onglet)

    Collège des universitaires de maladies infectieuses et tropicales (CMIT). 2e édition, réforme R2C (Alinéa Plus).

    Passages utilisés : Chapitre « Infections urinaires »

    Appuie : Synthèse paraclinique