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Fiche de révision

Douleur aiguë post-opératoire

Une douleur qui ne se comporte pas comme prévu est une complication jusqu'à preuve du contraire, et ce qui manque le plus aux prescriptions n'est pas une molécule mais une échelle, une surveillance et un critère d'appel.

Situation de départ 34Catégorie IItem R2C 135Item R2C 134

Entretien et interrogatoire

Une douleur postopératoire se mesure avant de se traiter, et elle se mesure deux fois : au repos et à la mobilisation.

⚠️ La mesure au repos seule fait sous-traiter. Un patient à trois sur dix immobile peut être à huit dès qu'il tousse ou se lève, et c'est la douleur à la mobilisation qui empêche de respirer, de marcher et de récupérer.

Ce qui se demande sur la douleur : intensité chiffrée avec une échelle adaptée, siège, type, ce qui la déclenche et ce qui la soulage, et surtout son évolution depuis le retour de bloc.

⚠️ L'évolution est le renseignement le plus important. Une douleur qui décroît est attendue ; une douleur qui augmente heure après heure malgré les traitements ne relève plus de la prescription, elle relève de l'examen.

Ce qui se demande sur les traitements reçus : ce qui a été donné, à quelle heure, et avec quel effet et pendant combien de temps.

Ce qui se demande sur le terrain : douleur chronique préexistante, consommation habituelle d'antalgiques ou d'opioïdes, expérience douloureuse antérieure mal vécue, anxiété, et ce que le patient attend.

Chez le patient qui ne peut pas s'exprimer, âgé, confus, non francophone, une échelle d'hétéro-évaluation se substitue à l'auto-évaluation et se prescrit comme telle.

Le piège

Évaluer la douleur au repos et conclure qu'elle est contrôlée. Le patient qui n'ose pas bouger a une douleur non traitée.

À retenir

  • La douleur se mesure au repos et à la mobilisation : la seconde est celle qui compte.
  • L'évolution depuis le retour de bloc est le renseignement le plus important.
  • Une douleur qui augmente malgré les traitements relève de l'examen, pas de la prescription.
  • L'effet et la durée d'effet des doses reçues se demandent, pas seulement leur nombre.
  • Chez un patient qui ne peut pas s'exprimer, une échelle d'hétéro-évaluation se prescrit.

En pratique

  • Intensité au repos et à la mobilisation
  • Évolution heure par heure depuis le bloc
  • Traitements reçus, heures et effet réel
  • Siège et type de la douleur
  • Douleur chronique et opioïdes habituels
  • Attentes et expérience antérieure
  • Échelle adaptée au patient

Examen clinique

⚠️ Une douleur postopératoire mal contrôlée s'examine, et c'est ce que le téléphone empêche de faire.

Les constantes d'abord : fréquence cardiaque, pression artérielle, fréquence respiratoire, saturation, température, et le niveau de sédation, qui se cote comme la douleur.

Le site opératoire : pansement, saignement, tension des tissus, hématome, rougeur, écoulement, désunion.

⚠️ Le membre opéré : couleur, chaleur, œdème, tension des loges, sensibilité, motricité, pouls, et surtout la douleur à l'étirement passif des muscles de la loge, qui est le signe le plus précoce d'un syndrome des loges. Le pouls et la motricité conservés ne rassurent pas : leur perte est tardive.

L'abdomen, après chirurgie abdominale : distension, défense, bruits, et la recherche d'un globe vésical, cause banale, fréquente et immédiatement réversible d'agitation et de douleur postopératoires.

Les points d'appui et les dispositifs : sonde, drain, perfusion, plâtre ou bandage circulaire trop serré.

L'examen neurologique du territoire opéré cherche un déficit qui orienterait vers une atteinte nerveuse.

Chez un patient sous analgésie locorégionale, s'ajoutent le niveau du bloc, la motricité du territoire concerné et l'aspect du point de ponction ou du cathéter. ⚠️ Un bloc qui s'étend au lieu de régresser, ou un déficit qui apparaît, se signale immédiatement à l'anesthésiste et ne s'attribue jamais à un reliquat d'anesthésie.

Ce qui se documente : l'heure, les constantes, le score de douleur et ce qui a été trouvé, parce que la comparaison décide.

Urgence

Douleur croissante et disproportionnée après chirurgie d'un membre, avec loge tendue et douleur à l'étirement passif : syndrome des loges jusqu'à preuve du contraire, avis chirurgical immédiat.

À retenir

  • Le niveau de sédation se cote au même titre que la douleur.
  • La douleur à l'étirement passif est le signe le plus précoce d'un syndrome des loges.
  • Un pouls perçu et une motricité conservée ne rassurent pas : leur perte est tardive.
  • Un globe vésical est une cause banale, fréquente et immédiatement réversible.
  • Un bandage ou un plâtre circulaire trop serré se cherche et se desserre.

En pratique

  • Constantes et niveau de sédation
  • Site opératoire et pansement
  • Membre : loges, sensibilité, motricité, pouls
  • Douleur à l'étirement passif
  • Globe vésical recherché
  • Dispositifs et bandages circulaires
  • Bloc, motricité et point de ponction si locorégionale
  • Observations horodatées

Synthèse paraclinique

Sans objet pour cette situation : Aucun examen complémentaire n'évalue une douleur postopératoire, qui se mesure cliniquement. Les examens éventuels explorent une complication suspectée et relèvent de la situation correspondante.

Iconographie

Sans objet pour cette situation : Aucune imagerie n'intervient dans l'évaluation d'une douleur postopératoire. Une imagerie répond à une hypothèse de complication et se prescrit dans ce cadre.

Stratégie diagnostique

⚠️ La question n'est pas « quel antalgique ajouter » mais « cette douleur est-elle celle que j'attendais ».

Une douleur attendue est maximale dans les premières heures, décroît régulièrement, siège au site opératoire, et répond au traitement, même partiellement.

⚠️ Une douleur qui n'est pas celle attendue a quatre caractères, dont un seul suffit à faire examiner : elle augmente au lieu de décroître ; elle est disproportionnée par rapport au geste ; elle ne répond pas aux morphiniques ; ou elle change de siège ou de type.

Les complications à envisager dépendent du geste. Après chirurgie d'un membre : syndrome des loges, ischémie, compression par un dispositif, atteinte nerveuse, hématome. Après chirurgie abdominale : hémorragie, lâchage d'anastomose, péritonite, occlusion, ischémie. Dans tous les cas : rétention urinaire, infection du site, et douleur neuropathique postopératoire précoce.

Les causes non chirurgicales ne s'oublient pas : anxiété majeure, sevrage en opioïdes ou en alcool chez un patient consommateur, et douleur d'un autre organe survenant par coïncidence.

Une analgésie réellement insuffisante existe aussi, et elle se reconnaît à ce qu'elle répond quand on la traite correctement.

⚠️ La règle pratique : une douleur qui ne se comporte pas comme prévu se voit, elle ne se prescrit pas par téléphone.

À retenir

Une douleur qui ne se comporte pas comme prévu se voit, elle ne se prescrit pas par téléphone.

À retenir

  • La question est de savoir si cette douleur est celle qu'on attendait.
  • Quatre caractères doivent faire examiner : elle augmente, elle est disproportionnée, elle ne répond pas, elle change.
  • Les complications à envisager dépendent du geste réalisé.
  • Une rétention urinaire est banale, fréquente et immédiatement réversible.
  • Un sevrage en opioïdes ou en alcool peut se manifester par une douleur incontrôlable.

En pratique

  • Comportement de la douleur comparé à l'attendu
  • Réponse réelle aux traitements donnés
  • Complications propres au geste envisagées
  • Globe vésical écarté
  • Sevrage envisagé chez un consommateur
  • Décision d'examiner prise explicitement

Urgence vitale

Deux urgences opposées encadrent ce champ : trop peu de traitement et trop.

⚠️ Le syndrome des loges est la première. Après chirurgie ou traumatisme d'un membre, une douleur croissante, disproportionnée, résistante aux morphiniques, avec une loge tendue et une douleur exquise à l'étirement passif, impose un avis chirurgical immédiat. Les paresthésies sont précoces ; l'abolition du pouls et la paralysie sont tardives. Ce qui se fait sans attendre : desserrer tout bandage ou plâtre circulaire, mettre le membre au niveau du cœur et non surélevé, et appeler.

⚠️ La dépression respiratoire sous morphinique est la seconde. Elle est précédée d'une sédation croissante, et c'est pourquoi le niveau de sédation se surveille avec la fréquence respiratoire. Devant une somnolence anormale avec bradypnée : arrêt du morphinique, stimulation, oxygène, appel, et administration de l'antagoniste selon le protocole en vigueur, avec une surveillance prolongée, sa durée d'action étant plus courte que celle de la plupart des morphiniques.

Les autres urgences se manifestent aussi par la douleur : hémorragie postopératoire avec tachycardie et hypotension, péritonite, ischémie de membre, infection profonde.

Ce qui se fait devant une douleur postopératoire non contrôlée : constantes, sédation, examen du site et du membre, recherche d'un globe, et décision. Aucune de ces étapes ne se fait au téléphone.

Urgence

Somnolence croissante avec fréquence respiratoire basse sous morphinique : arrêt, stimulation, oxygène, appel, et antagoniste selon protocole avec surveillance prolongée.

Le piège

Attendre la disparition du pouls pour évoquer un syndrome des loges. C'est un signe tardif, et le membre est alors déjà compromis.

À retenir

  • Le syndrome des loges se reconnaît sur l'étirement passif, pas sur le pouls.
  • Desserrer un bandage circulaire est un geste immédiat qui ne se délègue pas au lendemain.
  • La dépression respiratoire est précédée d'une sédation croissante.
  • L'antagoniste des morphiniques a une durée d'action plus courte que la plupart d'entre eux.
  • Aucune des étapes de l'évaluation ne se fait au téléphone.

En pratique

  • Score de sédation et fréquence respiratoire
  • Étirement passif de la loge testé
  • Bandages et plâtres desserrés
  • Membre au niveau du cœur
  • Globe vésical recherché
  • Appel du chirurgien sans délai si doute

Stratégie de prise en charge

Une prescription antalgique postopératoire a une architecture, et elle est toujours la même.

⚠️ L'antalgique de base est systématique, à heures fixes, et non « si douleur ». Attendre le retour de la douleur pour la traiter rend son contrôle plus difficile et consomme davantage de morphinique.

L'analgésie associe plusieurs mécanismes d'action complémentaires, ce qui réduit la part des morphiniques et leurs effets indésirables. L'analgésie locorégionale, lorsqu'elle est réalisée, en fait partie et modifie les besoins.

Les interdoses se prescrivent avec un intervalle minimal et un nombre maximal.

⚠️ La surveillance se prescrit avec le morphinique : niveau de sédation, fréquence respiratoire, douleur cotée. Un morphinique prescrit sans surveillance est une prescription incomplète.

Ce qui accompagne systématiquement : un laxatif, la constipation sous morphinique étant constante, et un antiémétique prévu chez les patients à risque.

Le terrain modifie tout : fonction rénale, antécédent digestif, âge, insuffisance respiratoire, apnées du sommeil, opioïdes habituels. Une prescription antalgique se lit avec la fiche de terrain à côté.

Les moyens non médicamenteux font partie de la prescription : installation, immobilisation, froid, mobilisation précoce.

Ce qui s'écrit enfin : l'objectif chiffré, les critères qui doivent faire appeler, le relais par voie orale anticipé, et l'heure de réévaluation.

À retenir

Objectif chiffré, surveillance, critères d'appel et heure de réévaluation : ce sont ces quatre lignes qui manquent le plus souvent, pas une molécule.

À retenir

  • L'antalgique de base est systématique et à heures fixes, jamais « si douleur ».
  • Un morphinique prescrit sans surveillance est une prescription incomplète.
  • Un laxatif accompagne systématiquement un morphinique.
  • Une prescription antalgique se lit avec la fiche de terrain à côté.
  • Sans critère d'appel écrit, l'équipe décide seule ou n'appelle pas.

En pratique

  • Antalgique de base systématique
  • Association de plusieurs mécanismes
  • Interdoses avec intervalle et nombre maximal
  • Surveillance prescrite avec le morphinique
  • Laxatif et antiémétique
  • Terrain pris en compte
  • Objectif, critères d'appel et réévaluation écrits

Procédure et geste technique

Sans objet pour cette situation : Cette situation ne comporte pas de geste technique évalué chez le candidat. Les techniques d'analgésie locorégionale relèvent de praticiens formés et d'un autre apprentissage.

Annonce et information

Sans objet pour cette situation : Cette situation ne comporte pas d'annonce diagnostique. L'information donnée au patient avant et après l'intervention relève de l'éducation et y est traitée.

Éducation et prévention

⚠️ L'information la plus efficace se donne avant l'intervention, en consultation d'anesthésie : ce qui va être proposé, comment la douleur sera mesurée, ce qu'il faut signaler, et le fait que demander un antalgique n'est ni une faiblesse ni un dérangement. Beaucoup de patients attendent d'être à huit sur dix pour appeler.

Ce qui se transmet sur l'échelle : à quoi elle sert, comment l'utiliser, et qu'elle se donne au repos et en bougeant.

Ce qui se transmet sur le rythme : les antalgiques de base se prennent à heures fixes, y compris quand la douleur est supportable, parce qu'attendre le retour de la douleur rend son contrôle plus difficile.

⚠️ Ce qui se transmet à la sortie : la durée prévue du traitement, une quantité limitée d'opioïde lorsqu'il y en a un, l'absence de renouvellement automatique, la conduite en cas de douleur persistante, et la constipation à prévenir.

Ce qui se prévient : la douleur chronique après chirurgie, dont une douleur aiguë postopératoire intense et prolongée est un facteur de risque connu. Bien traiter la douleur des premiers jours est une mesure de prévention à part entière.

Ce qui doit faire appeler après la sortie : une douleur qui augmente, une fièvre, une rougeur, un écoulement, un membre qui gonfle ou change de couleur, une impossibilité d'uriner.

À retenir

Bien traiter la douleur des premiers jours prévient la douleur chronique postchirurgicale : c'est un argument à donner au patient comme à l'équipe.

Le piège

Laisser un patient sortir avec un opioïde sans durée, sans quantité limitée et sans consigne de décroissance.

À retenir

  • L'information la plus efficace se donne avant l'intervention.
  • Beaucoup de patients attendent d'être à huit sur dix pour appeler.
  • Les antalgiques de base se prennent à heures fixes, même si la douleur est supportable.
  • Une douleur aiguë intense et prolongée est un facteur de risque de douleur chronique.
  • À la sortie, la quantité d'opioïde est limitée et le renouvellement n'est pas automatique.

En pratique

  • Information donnée avant l'intervention
  • Échelle expliquée, au repos et en bougeant
  • Rythme fixe des antalgiques de base
  • Durée et quantité limitées à la sortie
  • Constipation prévenue
  • Signes devant faire appeler après la sortie

Communication interprofessionnelle

La douleur postopératoire se gère à trois, et le maillon faible est le téléphone de nuit.

⚠️ Recevoir un appel est un exercice qui s'apprend : identifier l'appelant et le service, identifier le patient et l'intervention, situer le problème, poser les questions qui manquent, décider, transmettre, faire reformuler. Ce qui n'est pas demandé n'existe pas : l'appelant décrit ce qu'on lui demande de décrire, et rarement plus.

⚠️ Certaines questions ne viennent jamais spontanément dans une transmission téléphonique : l'aspect du membre, la tension d'une loge, la douleur à l'étirement passif, l'existence d'un globe. Elles se demandent, et elles se font faire pendant l'appel.

Certaines consignes ne peuvent pas attendre l'arrivée du médecin et se donnent au téléphone : desserrer un bandage, remettre un membre à plat, ne pas redonner d'interdose, refaire les constantes.

La reformulation clôt l'appel : faire redire les consignes est ce qui les transforme en actions.

À l'équipe se transmettent l'objectif chiffré, la surveillance et les critères d'appel, écrits sur la prescription et non seulement dits.

Au chirurgien se transmet toute suspicion de complication, avec le motif exact et le degré d'urgence, qui se dit et ne s'écrit pas.

Au patient revient une information cohérente entre ce que dit l'équipe et ce que dit le médecin.

À retenir

Un appel bien conduit contient trois moments : ce que je demande, ce que je décide, ce que je fais redire.

À retenir

  • Ce qui n'est pas demandé au téléphone n'existe pas.
  • L'aspect du membre et l'étirement passif se font faire pendant l'appel.
  • Certaines consignes se donnent au téléphone parce qu'elles ne peuvent pas attendre.
  • Faire redire les consignes est ce qui les transforme en actions.
  • Le degré d'urgence se dit, il ne s'écrit pas.

En pratique

  • Appelant, patient et intervention identifiés
  • Questions manquantes posées
  • Examen demandé et fait pendant l'appel
  • Consignes immédiates données
  • Décision d'examiner annoncée
  • Consignes reformulées par l'appelant
  • Chirurgien prévenu si suspicion

Sources

  • R2C, item 135 : Thérapeutiques antalgiques, médicamenteuses et non médicamenteuses
  • R2C, item 134 : Bases neurophysiologiques, mécanismes physiopathologiques d'une douleur aiguë et d'une douleur chronique
  • Collège des enseignants d'anesthésie-réanimation et de médecine périopératoire, chapitre « Douleur postopératoire », et collège français des chirurgiens orthopédistes, chapitre « Syndrome des loges »
  • Recommandations en vigueur sur la prise en charge de la douleur postopératoire, sur l'analgésie multimodale, sur la surveillance des morphiniques, sur la prescription d'opioïdes à la sortie et sur la prévention de la douleur chronique postchirurgicale. La date de la version consultée fait partie de la source