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Fiche de révision

Hyperthermie / fièvre

La fièvre ne dit rien de la gravité : ce qui la dit est ce qu'elle fait au reste du corps.

Situation de départ 44Catégorie IItem R2C 147Item R2C 158

Entretien et interrogatoire

L'interrogatoire d'une fièvre cherche trois choses : depuis quand, où est le foyer, et sur quel terrain elle survient.

Dater et mesurer. Depuis combien de jours, mesurée ou ressentie, avec quel appareil et à quel endroit. Une fièvre de moins de cinq jours, une fièvre qui dure au-delà de trois semaines, et une fièvre chez une personne fragile n'ouvrent pas les mêmes démarches. Les frissons intenses, ceux qui font claquer les dents et secouent le lit, orientent vers un passage de germes dans le sang.

Chercher le foyer, appareil par appareil, et non en attendant que la personne le désigne : toux et expectoration, brûlures urinaires et douleur lombaire, douleur abdominale et diarrhée, maux de gorge, otalgie, céphalées et raideur de nuque, douleur d'un membre, rougeur cutanée, douleur dentaire.

Le terrain, qui décide plus que le foyer : âge, grossesse, immunodépression, corticothérapie ou immunosuppresseurs, chimiothérapie récente, absence de rate, diabète, cirrhose, insuffisance rénale, matériel implanté, valve, prothèse, cathéter.

Les expositions : voyage récent et sa destination, contage, morsure ou piqûre, contact animal, aliments à risque, toxicomanie, rapports sexuels non protégés, milieu professionnel.

Les traitements déjà pris, dont un antibiotique récent qui décapite un tableau, et les antipyrétiques qui masquent la courbe.

Retenir la question à ne jamais omettre : avez-vous voyagé, et où, parce qu'un paludisme se traite en heures et se manque en une question. Elle se pose au passé large, dans les trois derniers mois, et elle porte aussi sur les escales, les visites à la famille et les séjours courts, que les gens ne comptent pas comme des voyages.

Urgence

Fièvre au retour d'une zone d'endémie palustre : c'est un paludisme jusqu'à preuve du contraire, et la recherche se fait le jour même, quelle que soit l'heure.

À retenir

  • Des frissons intenses orientent vers un passage de germes dans le sang.
  • Le terrain décide plus que le foyer : immunodépression, splénectomie, matériel implanté.
  • Un antibiotique déjà pris décapite le tableau sans guérir l'infection.
  • « Avez-vous voyagé, et où » : un paludisme se manque en une question.

En pratique

  • Durée et mode de mesure
  • Frissons intenses
  • Revue des appareils
  • Immunodépression et corticoïdes
  • Matériel implanté
  • Voyage et destination
  • Contage et expositions
  • Antibiotique ou antipyrétique déjà pris

Examen clinique

L'examen répond d'abord à la question de la gravité, ensuite seulement à celle du foyer.

Les constantes, toutes, parce que ce sont elles qui gradent : fréquence respiratoire, qui est le paramètre le plus précocement anormal et le moins souvent mesuré, pression artérielle, fréquence cardiaque, saturation, conscience, diurèse. Une fréquence respiratoire élevée chez une personne fébrile est un signe de gravité en soi, avant toute autre anomalie.

Chercher les signes de mauvaise perfusion : marbrures, extrémités froides, temps de recoloration allongé, confusion ou somnolence inhabituelle.

Le purpura, cherché sur tout le tégument, personne déshabillée. Un purpura fébrile qui ne s'efface pas à la pression est une urgence absolue.

Chercher le foyer, méthodiquement : auscultation pulmonaire, palpation abdominale, fosses lombaires, gorge, tympans, aires ganglionnaires, peau et parties molles, articulations, points d'appui, cicatrices, sites de cathéter, examen neurologique avec raideur de nuque.

Chez la personne âgée, la fièvre peut manquer et l'hypothermie la remplacer ; une chute, une confusion ou une aggravation fonctionnelle inexpliquée peuvent être la seule manifestation d'une infection.

Retenir la règle qui hiérarchise tout : la valeur de la température ne dit rien de la gravité. Une fièvre à 40 °C bien tolérée est moins inquiétante qu'une fièvre à 38 °C avec des marbrures et une polypnée. C'est vrai aussi de l'inverse : une absence de fièvre chez une personne âgée, dénutrie ou sous corticoïdes n'écarte pas une infection grave, et l'hypothermie y est de mauvais pronostic.

Urgence

Fièvre et purpura ne s'effaçant pas à la pression : purpura fulminans jusqu'à preuve du contraire. Antibiothérapie immédiate, avant tout transport et tout prélèvement.

À retenir

  • La fréquence respiratoire est le paramètre le plus précocement anormal et le moins mesuré.
  • Un purpura fébrile qui ne s'efface pas à la pression est une urgence absolue.
  • Chez la personne âgée, une confusion ou une chute peut être la seule manifestation.
  • La valeur de la température ne dit rien de la gravité.

En pratique

  • Fréquence respiratoire mesurée
  • Pression artérielle et fréquence cardiaque
  • Conscience
  • Marbrures et temps de recoloration
  • Recherche de purpura, patient déshabillé
  • Examen appareil par appareil
  • Raideur de nuque
  • Sites de cathéter et cicatrices

Synthèse paraclinique

Les examens dépendent entièrement de la gravité et du terrain, et la première décision est de savoir s'il en faut.

Aucun examen chez un adulte jeune sans comorbidité, avec une fièvre de moins de cinq jours, un foyer évident et bénin, et un examen rassurant. Cette abstention est une décision, et elle s'explique à la personne.

Un bilan minimal devant une fièvre sans foyer, une durée prolongée, un terrain fragile : numération, protéine C réactive, ionogramme, créatinine, bilan hépatique, bandelette urinaire.

Des hémocultures avant toute antibiothérapie, devant des frissons intenses, une fièvre élevée, un terrain fragile, un matériel implanté ou une suspicion de sepsis. Elles se prélèvent avant, jamais après, et leur oubli prive de la seule chance d'identifier le germe.

Un lactate devant toute suspicion de sepsis : c'est un marqueur de retentissement tissulaire, et il grade.

Les prélèvements du foyer suspecté : examen cytobactériologique des urines, radiographie de thorax, ponction lombaire, prélèvements cutanés, écouvillonnage.

Un frottis et une recherche de paludisme en urgence devant toute fièvre au retour d'une zone d'endémie, même avec un autre foyer plausible.

Retenir l'ordre qui sauve : hémocultures puis antibiotique, et non l'inverse, sauf devant un purpura fulminans où l'antibiotique passe avant tout.

Le piège

Une fièvre au retour de voyage avec un foyer évident ne dispense pas de chercher un paludisme : les deux coexistent, et seul le second tue en quelques jours.

À retenir

  • L'abstention d'examens est une décision, et elle s'explique.
  • Les hémocultures se prélèvent avant l'antibiotique, jamais après.
  • Le lactate grade le retentissement tissulaire d'un sepsis.
  • Devant un purpura fulminans, l'antibiotique passe avant tout prélèvement.

En pratique

  • Décision d'examiner ou non, argumentée
  • Numération et protéine C réactive
  • Hémocultures avant antibiotique
  • Lactate si suspicion de sepsis
  • Bandelette et examen des urines
  • Radiographie de thorax si point d'appel
  • Recherche de paludisme si voyage

Iconographie

Sans objet pour cette situation : Les examens d'imagerie se demandent selon le foyer suspecté et relèvent des situations de départ des symptômes correspondants. Leur indication figure dans la section synthèse.

Stratégie diagnostique

Trois questions, et l'ordre est le contraire de celui qu'on suit spontanément.

Est-ce grave ? Cette question se tranche sur les constantes et la perfusion, avant tout diagnostic. Elle décide de la vitesse de tout le reste.

Y a-t-il un foyer ? La revue des appareils suffit dans la grande majorité des cas. Les foyers les plus fréquents sont respiratoires, urinaires, digestifs, cutanés et oto-rhino-laryngologiques, et cet ordre change avec l'âge.

Sur quel terrain ? Une immunodépression, une splénectomie, une valve, une prothèse, un cathéter, une grossesse, un retour de voyage transforment une fièvre banale en situation à part, et cette question doit être posée avant de conclure à une virose.

Les tableaux à ne pas manquer, chacun pour une raison différente : le purpura fulminans, où le traitement précède tout ; le paludisme grave, qui tue en quelques jours ; la neutropénie fébrile, qui est une urgence même sans signe de gravité ; la méningite, l'endocardite chez un porteur de valve, l'infection sur cathéter ou sur prothèse.

Ce qui n'est pas infectieux et se manifeste par une fièvre : maladie thromboembolique, maladie inflammatoire, cancer, médicament, coup de chaleur, syndrome malin des neuroleptiques.

Retenir la faute la plus fréquente : conclure à une virose sans avoir posé la question du terrain, parce que la conclusion est juste neuf fois sur dix et catastrophique la dixième. Le raisonnement correct ne consiste pas à douter de tout, mais à s'accorder trente secondes pour vérifier qu'aucune des six ou sept situations à part ne s'applique, avant de conclure comme on l'aurait fait de toute façon.

Moyen mnémotechnique

Est-ce grave, y a-t-il un foyer, sur quel terrain. La première question se pose en trente secondes et commande la vitesse des deux autres.

À retenir

  • La question de la gravité se pose avant celle du diagnostic.
  • La question du terrain se pose avant de conclure à une virose.
  • Une neutropénie fébrile est une urgence même sans signe de gravité.
  • Une fièvre n'est pas toujours infectieuse : thrombose, médicament, cancer.

En pratique

  • Gravité évaluée en premier
  • Revue systématique des appareils
  • Terrain et immunodépression
  • Matériel implanté
  • Voyage
  • Causes non infectieuses envisagées
  • Conclusion argumentée

Urgence vitale

Le sepsis est une urgence de la même famille qu'un infarctus ou qu'un accident vasculaire cérébral, et il se reconnaît sur des signes simples.

Ce qui doit alerter : une conscience altérée, une fréquence respiratoire élevée, une pression artérielle basse, des marbrures, une diurèse qui se tarit, un lactate augmenté. Ces signes ne demandent aucun examen pour être vus, et ils comptent davantage que le chiffre de la température.

Ce qui se fait dans l'heure, et cette heure est la seule chose à retenir : oxygène si nécessaire, deux voies veineuses, hémocultures, remplissage vasculaire par un soluté isotonique, antibiothérapie probabiliste sans attendre les résultats, lactate, et appel du réanimateur.

Le purpura fulminans est le seul cas où l'antibiotique précède tout, y compris le transport et les prélèvements : une fièvre avec un purpura qui ne s'efface pas à la pression impose une injection immédiate, où que l'on soit.

La neutropénie fébrile est une urgence par elle-même : toute fièvre chez une personne en aplasie impose des hémocultures et une antibiothérapie dans l'heure, sans attendre de signe de gravité.

Ce qui ne traite pas : les antipyrétiques traitent l'inconfort, pas l'infection, et une fièvre qui baisse sous paracétamol n'a rien prouvé.

Retenir la formule : chaque heure sans antibiotique dans un choc septique coûte des vies, et l'attente d'un résultat n'est presque jamais une raison valable.

Urgence

Fièvre, conscience altérée, polypnée et pression basse : c'est un sepsis. Voies veineuses, hémocultures, remplissage, antibiotique dans l'heure, appel du réanimateur.

À retenir

  • Les signes de sepsis se voient sans aucun examen et priment sur la température.
  • Hémocultures puis antibiothérapie dans l'heure, sans attendre les résultats.
  • Le purpura fulminans est le seul cas où l'antibiotique précède les prélèvements.
  • Une fièvre qui baisse sous paracétamol n'a rien prouvé.

En pratique

  • Constantes complètes et conscience
  • Lactate
  • Deux voies veineuses
  • Hémocultures avant antibiotique
  • Remplissage par soluté isotonique
  • Antibiothérapie probabiliste dans l'heure
  • Appel du réanimateur
  • Antibiotique immédiat si purpura

Stratégie de prise en charge

Trois décisions, et la première n'est pas celle du médicament.

Où la personne va-t-elle ? Un adulte jeune avec un foyer bénin et un examen rassurant rentre chez lui avec des consignes. Une personne fragile, un foyer non identifié, un signe de gravité, un isolement rendant la surveillance impossible font hospitaliser. Cette décision se prend sur le terrain autant que sur le tableau.

Faut-il un antibiotique ? La majorité des fièvres aiguës de l'adulte jeune sont virales et n'en demandent aucun. Prescrire un antibiotique par précaution est une décision, pas une neutralité : elle sélectionne des résistances, expose à des effets indésirables et décapite un tableau qu'il faudra réexplorer. Quand il est indiqué, il est probabiliste, dirigé sur le foyer et le terrain, et sa durée est fixée à la prescription.

Traiter l'inconfort : paracétamol, hydratation, repos. Découvrir la personne, ne pas la couvrir, et abandonner les gestes inutiles hérités de l'habitude.

Organiser la réévaluation, qui est le vrai filet de sécurité d'un retour à domicile : à quelle échéance, par qui, et quels signes doivent faire revenir avant. Ces signes se donnent par écrit et en langage ordinaire : essoufflement, taches sur la peau, confusion, incapacité à boire, fièvre qui dure au-delà du délai annoncé.

Retenir que le retour à domicile n'est sûr que s'il est daté : « revenez si ça ne va pas mieux » n'est pas une consigne. Ce qui en est une : « si vous avez encore de la fièvre après-demain, vous rappelez ce numéro ». Une échéance, un signe, un interlocuteur. Le reste est de la politesse, et la personne l'entend comme telle.

Expliquer une abstention prend plus de temps qu'une ordonnance, et c'est pour cela qu'on prescrit. Dire pourquoi un antibiotique ne servirait à rien, ce qu'on attend des jours suivants, et à quoi on reconnaîtra que la situation change, occupe deux minutes de consultation et évite une prescription inutile ainsi que la consultation de rattrapage qui l'aurait suivie.

À retenir

La réévaluation est le filet de sécurité de tout retour à domicile fébrile. Elle se date, elle se confie à quelqu'un de nommé, et les signes d'alerte s'écrivent.

À retenir

  • La décision d'orientation se prend sur le terrain autant que sur le tableau.
  • Prescrire un antibiotique par précaution est une décision, pas une neutralité.
  • Un antibiotique décapite un tableau qu'il faudra réexplorer.
  • « Revenez si ça ne va pas mieux » n'est pas une consigne.

En pratique

  • Orientation décidée et justifiée
  • Indication d'antibiotique argumentée
  • Durée fixée à la prescription
  • Antipyrétique et hydratation
  • Réévaluation datée
  • Personne chargée du suivi nommée
  • Signes d'alerte écrits

Procédure et geste technique

Sans objet pour cette situation : Les gestes de cette situation, hémocultures, voie veineuse, ponction lombaire, relèvent des situations de départ qui les portent en propre ou de la conduite d'urgence, traitée dans la section urgence vitale.

Annonce et information

Sans objet pour cette situation : Aucune annonce n'appartient à cette situation. L'explication de l'abstention d'antibiotique et les consignes de retour figurent dans la section prise en charge, où elles se décident.

Éducation et prévention

Sans objet pour cette situation : Le bon usage des antibiotiques et la vaccination relèvent des situations de départ qui leur sont consacrées. Ce qui est propre à cette situation, les consignes de reconsultation, figure dans la section prise en charge.

Communication interprofessionnelle

Sans objet pour cette situation : L'appel au réanimateur et la transmission figurent dans la section urgence vitale, où ils se décident. Les isoler ici ferait réviser deux fois la même chose sous un intitulé différent.

Sources

  • R2C, item 147 : Fièvre aiguë chez l'enfant et l'adulte
  • R2C, item 158 : Sepsis et choc septique de l'enfant et de l'adulte
  • Collège des universitaires de maladies infectieuses et tropicales, chapitres « Fièvre aiguë » et « Sepsis »
  • Recommandations en vigueur sur la reconnaissance du sepsis et les délais d'antibiothérapie. La date de la version consultée fait partie de la source