Aller au contenu
Toutes les fiches
Urgences

Fiche de révision

Hypothermie

Situation de départ 45Catégorie IItem R2C 332Item R2C 331Item R2C 367

Cette fiche vous apprend à mesurer la température centrale avec un instrument qui lit les valeurs basses, à juger le risque d'arrêt cardiaque sur la conscience et les signes de vie, et à orienter tôt vers un centre d'assistance extracorporelle quand les critères sont présents. Elle suit l'ordre de la prise en charge : la mesure, le stade, l'orientation, l'arrêt, le réchauffement, puis la cause et le premier bilan.

SommaireEnviron 9 min
  1. Le diagnostic dépend d'un instrument qui lit les valeurs basses
  2. Sans thermomètre, la conscience classe ; les signes de vie se cherchent 1 minute
  3. Orienter tôt, et manipuler sans déclencher l'arrêt
  4. Un arrêt hypothermique se réanime jusqu'au réchauffement
  5. Réchauffer selon le stade, sans laisser les soins refroidir
  6. Pourquoi cette personne a-t-elle eu froid ?
  7. Glycémie, rythme, et ce que la biologie dit du pronostic
  8. À retenir pour la station

Le diagnostic dépend d'un instrument qui lit les valeurs basses

L'hypothermie est une température centrale inférieure à 35 °C, et son diagnostic dépend d'un instrument. Les mesures périphériques, cutanée, orale, axillaire ou tympanique par infrarouge, dépendent de l'environnement et ne reflètent pas la température centrale dans l'hypothermie.

La température centrale se mesure au plus près du cœur et du cerveau. Une sonde épitympanique à thermistance chez le patient qui n'est pas intubé, une sonde œsophagienne chez le patient intubé, une sonde vésicale à l'hôpital : le site et l'instrument de mesure se précisent avec la valeur.

Le frisson rassure s'il est présent, parce qu'il indique en général une température d'au moins 30 °C. Son absence ne dit rien : il peut être supprimé par l'épuisement, les sédatifs ou un traumatisme, et il ne sert pas à juger la profondeur de l'hypothermie.

« La température tympanique par infrarouge ne reflète pas la température centrale dans le froid : je la mesure avec une sonde œsophagienne. »

Sans thermomètre, la conscience classe ; les signes de vie se cherchent 1 minute

Quand la température ne peut pas être mesurée, la conscience situe le stade, selon le système suisse révisé. Une personne alerte est au stade 1 ; une personne qui répond à la voix, confuse comprise, au stade 2 ; une personne qui ne répond qu'à la douleur, ou inconsciente avec des signes de vie, au stade 3 ; une personne inconsciente sans signe de vie, au stade 4.

L'examen cherche aussi une cause visible, et les gelures. Un traumatisme ou une intoxication se repèrent, et ils faussent le classement par la conscience vers un risque apparent plus élevé.

Les signes de vie se recherchent pendant 1 minute au plus, sans conclure trop vite : le pouls carotidien ou fémoral, et surtout la respiration. Une rigidité ne prouve pas le décès chez un patient hypotherme.

« Il répond à la voix mais il est confus : c'est un stade 2, avec un risque d'arrêt modéré. »

Orienter tôt, et manipuler sans déclencher l'arrêt

L'orientation se décide tôt, sur des critères chiffrés. Un arrêt cardiaque, une température centrale inférieure à 30 °C, ou inférieure à 32 °C chez une personne âgée ou polypathologique, une pression systolique inférieure à 90 mmHg ou une arythmie ventriculaire font transférer directement vers un centre d'assistance circulatoire extracorporelle. Le transfert se demande dès qu'un de ces critères est présent.

Chez un patient hypotherme, un arrêt peut être déclenché par les soins eux-mêmes. Un mouvement brusque, un geste invasif ou le refroidissement qui se poursuit au début du réchauffement suffisent à le provoquer. Le patient se manipule donc avec douceur, et se transporte à l'horizontale.

Les premiers gestes l'isolent du froid. Les vêtements mouillés se retirent à l'abri, et le corps entier s'isole du froid, du vent et de l'humidité.

« Température centrale sous 30 °C, bradycardie, pression systolique sous 90 mmHg : je demande au régulateur un transfert direct vers un centre qui dispose d'une assistance extracorporelle. »

Un arrêt hypothermique se réanime jusqu'au réchauffement

Une personne hypotherme en arrêt se réanime et se réchauffe. Chez elle, la survie et le pronostic neurologique sont meilleurs que chez une personne normotherme, y compris en asystolie ou sans témoin.

Ce qui ne contre-indique pas le réchauffement se connaît : une asystolie, un arrêt sans témoin, une température très basse, une longue durée sans circulation, des pupilles fixes et dilatées, un âge avancé ou un traumatisme. La réanimation ne se commence pas, ou s'arrête, devant une directive valable, des signes de mort irréversible comme des lividités fixées, ou un danger pour les sauveteurs.

La réanimation s'adapte au froid. Sous 30 °C, une fibrillation ventriculaire qui persiste après 3 chocs fait différer les chocs suivants jusqu'à une température supérieure à 30 °C, et l'adrénaline et l'amiodarone ne se donnent pas. Entre 30 et 35 °C, l'intervalle de l'adrénaline passe à 6 à 10 minutes.

Le massage est continu, et il se poursuit pendant le transport. Sous 28 °C, quand la réanimation continue est impossible pendant le sauvetage, au moins 5 minutes de massage alternent avec 5 minutes au plus sans massage, et avec 10 minutes au plus sous 20 °C.

« Il est hypotherme et en asystolie, sans lividités fixées : on continue le massage pendant le transport. »

Réchauffer selon le stade, sans laisser les soins refroidir

Le réchauffement suit le stade. Au stade 1, chez une personne non blessée, le réchauffement passif suffit le plus souvent : sortir du froid, isoler, proposer à manger et des boissons chaudes sucrées, et encourager les mouvements actifs.

Aux stades 2 et 3, le réchauffement devient actif. Il associe l'isolation du corps entier, la protection contre le vent et l'humidité, les vêtements mouillés coupés à l'abri, des sources de chaleur posées sur le tronc sans contact avec la peau, et un transport à l'horizontale.

Les soins refroidissent aussi. L'exposition, l'analgésie et les perfusions abaissent la température. Les solutés intraveineux ne réchauffent pas, mais se chauffent à 40 °C pour ne pas refroidir, et le froid diminue la volémie par fuite plasmatique et par la diurèse.

Le réchauffement interne n'est nécessaire qu'en cas d'hypothermie réfractaire ou d'arrêt cardiaque. Le réchauffement extracorporel se fait alors par oxygénation par membrane extracorporelle, et le score HOPE aide à juger si une personne en arrêt en bénéficiera.

« Il est alerte et frissonne : on le met à l'abri, au sec, avec une boisson chaude et sucrée. »

Pourquoi cette personne a-t-elle eu froid ?

Une hypothermie est primaire ou secondaire, et la forme secondaire a une cause à traiter. Primaire, elle survient par exposition au froid chez une personne saine. Secondaire, elle est déclenchée par une maladie, une intoxication ou un traumatisme, et la cause se traite en même temps que le froid.

Les causes d'une hypothermie secondaire se recherchent : accident vasculaire cérébral, traumatisme crânien, insuffisance surrénale ou hypophysaire, acidocétose, brûlures, médicaments et toxiques. Un traumatisme, une hypothermie secondaire ou des sédatifs diminuent aussi le frisson, et exposent à une hypothermie sévère et à l'arrêt cardiaque.

Une personne blessée, intoxiquée ou malade se refroidit vite, même par temps doux. Le froid touche d'abord les personnes sans abri et dépendantes de l'alcool ou des drogues. Chez une personne retrouvée au sol dans son logement, l'hypothermie est un signe : elle signale le temps passé au sol, et ce qui a fait tomber.

Les circonstances se demandent aux témoins : où la personne a été trouvée, depuis quand, dans l'eau ou au sec, vêtue comment. Une personne immergée dans une eau à moins de 15 °C peut faire un arrêt cardiaque en 30 minutes, et le vent et l'humidité accélèrent le refroidissement.

« Quand l'avez-vous vu pour la dernière fois en bonne santé, et où l'avez-vous trouvé ? »

« Prend-il des médicaments pour dormir, boit-il de l'alcool, a-t-il une maladie des glandes surrénales ? »

Glycémie, rythme, et ce que la biologie dit du pronostic

La glycémie fait partie du premier bilan, et la glycémie capillaire se mesure devant toute conscience altérée. Une hypoglycémie se corrige par du glucose, et sans glycémie capillaire disponible, du glucose peut se donner d'emblée à une personne hypotherme dont la conscience est altérée.

L'électrocardiogramme d'une hypothermie montre une bradycardie, un allongement des intervalles et parfois une onde J. Le rythme, lui, se surveille en continu.

En arrêt hypothermique, la biologie entre dans le pronostic. Le sexe masculin, une température initiale plus élevée, un pH bas et une kaliémie élevée sont associés à une moindre survie, et ces éléments entrent dans les outils qui aident à décider d'un réchauffement extracorporel.

« La glycémie capillaire est basse : je donne du glucose en même temps que je réchauffe. »

À retenir pour la station

Mesurez la température centrale avec une sonde, épitympanique, œsophagienne ou vésicale : un thermomètre ordinaire ne lit pas une hypothermie profonde. Sans mesure, situez le stade sur la conscience, et cherchez les signes de vie pendant 1 minute au plus. Un arrêt, une température sous 30 °C, ou sous 32 °C chez une personne âgée, une systolique sous 90 mmHg ou une arythmie ventriculaire font transférer directement vers un centre d'assistance extracorporelle. Manipulez avec douceur. Une personne hypotherme en asystolie se réanime et se réchauffe : sous 30 °C, ni adrénaline ni amiodarone, et les chocs se diffèrent après 3 chocs inefficaces. Puis cherchez pourquoi elle a eu froid.

Sources

  1. 1
    Accidental Hypothermia: 2021 Update (Ouvre un nouvel onglet)

    International Journal of Environmental Research and Public Health (auteurs de la commission médicale de l'ICAR). International Journal of Environmental Research and Public Health, 2022, vol. 19, n° 1, article 501 (doi:10.3390/ijerph19010501).

    Passages utilisés : 3, Pathophysiology, et table 1 des hypothermies secondaires ; 4, Diagnosis, et table 4 de la mesure de la température centrale ; Table 3, système suisse révisé ; 5, Treatment, out of hospital ; Patient referral and transport ; Cardiac arrest, defibrillation, drugs and intermittent CPR ; Rewarming and extracorporeal life support

    Appuie : Examen clinique, Urgence vitale, Entretien et interrogatoire, Stratégie de prise en charge, Stratégie diagnostique, Synthèse paraclinique

  2. 2

    Urgences

    Collège national des universitaires de médecine d'urgence (CNUMU). 5e édition actualisée, R2C (Éditions Med-Line, collection Référentiels EDN, R2C).

    Passages utilisés : Item 332 ; Item 367

    Appuie : Synthèse paraclinique