Fiche de révision
Hypotonie / malaise du nourrisson
L'enfant va parfaitement bien quand vous l'examinez, et c'est précisément pour cela que la décision est difficile.
Sommaire
Entretien et interrogatoire
Tout se joue sur le récit de ceux qui ont vu, et ce récit se recueille une fois, correctement, parce qu'il se déforme à chaque fois qu'on le redemande.
Faire raconter l'épisode minute par minute, sans interrompre, puis reprendre ce qui manque : où était l'enfant, dans quelle position, éveillé ou endormi, avant, pendant ou après un repas ; ce qui a été vu en premier ; la couleur, du visage et des lèvres ; le tonus, mou ou raide ; les yeux, ouverts, révulsés, fixes ; la respiration, absente, bruyante, normale ; la durée, en demandant de la comparer à quelque chose plutôt que de l'estimer ; et surtout ce qui a mis fin à l'épisode, un simple appel, une stimulation, des manœuvres.
Reprendre l'histoire de l'enfant : terme de naissance, poids, difficultés néonatales, courbe de poids, développement, épisodes antérieurs même minimes, reflux, encombrement, fièvre récente, toux.
Reprendre l'histoire de la famille : mort inattendue d'un enfant, maladie du cœur, troubles du rythme, surdité congénitale, épilepsie, consanguinité.
Reprendre l'environnement : conditions de couchage, literie, partage du lit, tabagisme, température de la pièce, mode de garde, personnes présentes.
Demander ce qui a été donné à l'enfant, y compris par un tiers, y compris ce qui semble anodin.
Retenir que certaines questions se posent sans accuser personne : les circonstances exactes, les épisodes antérieurs et la cohérence du récit avec ce que l'on examine font partie du soin, et se posent du même ton que les autres.
À retenir
- Le récit du témoin se recueille une fois, complètement, avant qu'il ne se déforme.
- Ce qui a mis fin à l'épisode pèse autant que ce qui s'est passé pendant.
- L'histoire familiale cherche des morts inattendues et des troubles du rythme.
- Les questions sur les circonstances se posent du même ton que toutes les autres.
En pratique
- Récit minute par minute, sans interruption
- Position, sommeil, repas, contexte
- Couleur, tonus, yeux, respiration
- Durée comparée à une action concrète
- Ce qui a mis fin à l'épisode
- Terme, poids, épisodes antérieurs
- Antécédents familiaux de mort inattendue
- Couchage, literie, tabac, personnes présentes
Examen clinique
L'examen est complet et l'enfant est entièrement déshabillé, couche comprise. Un examen partiel devant un malaise inexpliqué n'a aucune valeur, ni pour trouver, ni pour éliminer.
Commencer par les constantes : fréquence cardiaque, fréquence respiratoire, saturation, température, temps de recoloration cutanée, et glycémie capillaire, qui se corrige immédiatement quand elle est basse. Peser et mesurer, et reporter sur la courbe du carnet.
Le neurologique : tonus axial et des membres, qualité du contact et de la poursuite oculaire, réactivité, fontanelle, périmètre crânien reporté sur la courbe, mouvements anormaux.
Le cardiorespiratoire : auscultation, souffle, palpation des pouls fémoraux, foie, coloration, encombrement, pauses respiratoires observées, signes de lutte.
La peau et les muqueuses, sur un enfant nu et sous une bonne lumière : ecchymoses, quelle qu'en soit la taille, notées avec leur siège ; une ecchymose chez un nourrisson qui ne se déplace pas seul n'a rien de banal. Frein de lèvre, oreilles, cuir chevelu.
L'abdomen, une défense ou une masse orientant tout autrement.
Retenir que cet examen est normal dans la grande majorité des cas, et que sa normalité ne dit rien de l'épisode : elle documente l'état présent, elle ne reconstitue pas celui d'il y a une heure.
À retenir
- L'enfant est examiné entièrement nu, couche comprise, ou il n'est pas examiné.
- La glycémie capillaire fait partie des constantes, pas des examens.
- Une ecchymose chez un nourrisson qui ne se déplace pas seul n'est jamais banale.
- Un examen normal documente le présent et ne reconstitue pas l'épisode.
En pratique
- Enfant entièrement déshabillé
- Constantes complètes et glycémie capillaire
- Poids, taille, périmètre crânien sur les courbes
- Tonus, contact, fontanelle
- Auscultation cardiaque et pouls fémoraux
- Foie, coloration, signes de lutte
- Peau entière, ecchymoses notées et situées
- Frein de lèvre, oreilles, cuir chevelu
Synthèse paraclinique
Le bilan d'un premier malaise se prescrit large mais raisonné, parce que l'épisode est passé et qu'on ne le reverra pas.
Immédiatement, au lit : glycémie capillaire, et saturation continue dès l'arrivée.
En première intention : numération, protéine C réactive, ionogramme, calcémie, urée et créatinine, gaz du sang avec lactate, bandelette et examen des urines. Et un électrocardiogramme complet, avec mesure du QT corrigé, parce qu'un syndrome du QT long se révèle par un malaise et se traite.
Selon le contexte respiratoire : recherche du virus respiratoire syncytial et recherche de coqueluche par amplification génique, une coqueluche du très jeune nourrisson se manifestant par des quintes suivies d'apnées plutôt que par une toux classique.
Selon les points d'appel : ponction lombaire si le contexte infectieux l'impose, recherche de toxiques, bilan métabolique spécialisé, enregistrement prolongé du rythme cardiaque.
Ce qui n'est pas systématique : l'électroencéphalogramme, l'imagerie cérébrale et le fond d'œil ne se demandent pas devant tout épisode, mais ils cessent d'être optionnels devant un récit incohérent, une ecchymose inexpliquée ou un examen neurologique anormal.
Retenir que la normalité de ce bilan ne renvoie pas l'enfant à la maison : elle écarte des causes, elle ne supprime pas le motif d'admission, qui est l'épisode lui-même.
À retenir
- L'électrocardiogramme avec QT corrigé fait partie du bilan de première intention.
- La coqueluche du très jeune nourrisson se manifeste par des apnées, non par la toux.
- Imagerie et fond d'œil ne sont pas systématiques, mais cessent d'être optionnels.
- Un bilan normal écarte des causes et ne supprime pas le motif d'admission.
En pratique
- Glycémie capillaire et saturation continue
- Numération, protéine C réactive, ionogramme
- Calcémie, fonction rénale, gaz du sang
- Bandelette et examen des urines
- Électrocardiogramme avec QT corrigé
- Recherche de coqueluche et de virus respiratoire
- Examens de seconde ligne guidés par le contexte
- Imagerie discutée devant tout élément discordant
Iconographie
Stratégie diagnostique
La première question n'est pas la cause, c'est la gravité. Un épisode qui a comporté une modification du tonus, une modification de la coloration ou une anomalie de la respiration, et qui a nécessité une intervention pour y mettre fin, est un malaise grave, quel que soit l'état de l'enfant ensuite.
Les critères qui pèsent : un âge de moins de trois mois, une prématurité, un épisode survenu pendant le sommeil, une durée prolongée, la nécessité d'une stimulation vigoureuse, la répétition des épisodes, un antécédent familial de mort inattendue, un examen anormal.
Les causes se cherchent ensuite, et elles se rangent par appareil : digestive, avec le reflux, dont le rôle est souvent invoqué et rarement démontré ; respiratoire, avec la coqueluche, le virus respiratoire syncytial et l'obstruction ; neurologique, avec la crise convulsive ; cardiaque, avec les troubles du rythme et les malformations ; métabolique, avec l'hypoglycémie ; infectieuse ; toxique ; et traumatique, y compris infligée.
Attribuer l'épisode à un reflux est l'erreur la plus fréquente, parce que presque tous les nourrissons régurgitent : la coïncidence est facile, elle ferme le raisonnement, et elle a fait renvoyer chez eux des enfants qui sont revenus.
Retenir que dans une bonne moitié des cas aucune cause n'est retrouvée, et que cela ne change rien à la conduite : l'absence de cause n'est pas une preuve de bénignité, c'est une raison supplémentaire de surveiller.
À retenir
- La gravité se juge sur l'épisode raconté, jamais sur l'examen qui suit.
- Une intervention nécessaire pour mettre fin à l'épisode le classe comme grave.
- Attribuer le malaise à un reflux est l'erreur la plus fréquente et la plus coûteuse.
- Ne pas trouver de cause n'est pas une preuve de bénignité.
En pratique
- Tonus, coloration, respiration pendant l'épisode
- Intervention nécessaire pour y mettre fin
- Âge, terme, sommeil, durée, répétition
- Antécédent familial de mort inattendue
- Huit familles de causes passées en revue
- Reflux non retenu par simple coïncidence
- Cohérence du récit avec l'examen
- Absence de cause reconnue comme telle
Urgence vitale
Un malaise grave du nourrisson s'hospitalise, et la question ne se discute pas devant un premier épisode. C'est la règle centrale de cette situation, et elle heurte le bon sens de tout le monde, parce que l'enfant qu'on regarde va très bien.
Ce que l'hospitalisation apporte : une surveillance continue de la saturation et de la fréquence cardiaque, la détection des pauses respiratoires, la réalisation du bilan, la répétition de l'examen, et l'observation d'une éventuelle récidive par des yeux entraînés plutôt que par des parents terrifiés.
À l'arrivée, l'ordre habituel : libération des voies aériennes si nécessaire, oxygène si la saturation est basse, glycémie capillaire, monitorage, voie veineuse selon l'état, température. Un enfant qui présente encore des anomalies au moment où on le voit relève d'une prise en charge immédiate et d'un avis de réanimation pédiatrique.
Si l'enfant est retrouvé sans réaction et sans respiration normale, la réanimation débute sans délai, avec ses particularités pédiatriques : cinq insufflations initiales, puis quinze compressions pour deux insufflations à deux sauveteurs, sur un plan dur, avec appel simultané des secours.
Dire aux parents, au moment même où la décision est prise, que l'enfant est gardé parce que l'épisode raconté l'impose, et non parce qu'on a trouvé quelque chose d'anormal. La distinction paraît subtile et elle ne l'est pas : elle décide de ce qu'ils comprendront de tout ce qui suivra, et elle évite qu'ils passent la nuit à chercher ce qu'on leur cache.
Retenir que le motif d'admission est l'épisode, pas l'examen : ce que l'on a vu à la maison ne se rejoue pas en consultation, et une sortie décidée sur un examen normal repose sur une information qu'on n'a pas.
À retenir
- Un premier malaise grave du nourrisson s'hospitalise, sans discussion.
- La surveillance vaut par la détection des pauses, qu'aucun parent ne peut assurer.
- Le motif d'admission est l'épisode raconté, jamais l'examen du moment.
- La réanimation du nourrisson commence par cinq insufflations.
En pratique
- Décision d'hospitaliser posée d'emblée
- Monitorage cardiorespiratoire et saturation
- Voies aériennes et oxygène si nécessaire
- Glycémie capillaire immédiate
- Température et voie veineuse selon l'état
- Avis de réanimation si anomalie persistante
- Réanimation pédiatrique connue et applicable
- Motif d'admission écrit en clair au dossier
Stratégie de prise en charge
La conduite tient en quatre temps, et le premier est celui qu'on saute.
Expliquer avant d'agir. Des parents qui ont cru leur enfant mort une minute plus tôt entendent mal, retiennent peu, et se sentent souvent coupables. Leur dire pourquoi l'enfant est gardé alors qu'il va bien, combien de temps, ce qui sera fait, et qu'ils n'ont rien fait de mal, prend trois minutes et change tout le séjour.
Surveiller. Vingt-quatre à quarante-huit heures selon l'évolution, avec un monitorage continu, un examen répété, et la consignation de tout nouvel épisode.
Traiter ce qui est trouvé, et seulement cela : un traitement prescrit sans cause identifiée donne l'illusion d'une réponse et retarde la vraie.
Préparer la sortie, qui n'est pas un retour à l'état antérieur. La sortie suppose une surveillance normale, un bilan cohérent, des parents à qui l'on a expliqué la conduite à tenir en cas de récidive, un rendez-vous de réévaluation fixé, et le médecin traitant informé. La formation des parents aux gestes de premier secours du nourrisson se propose systématiquement, et elle se propose comme une compétence utile, pas comme une précaution inquiétante.
Retenir que ce qui est expliqué aux parents conditionne ce qui se passera la fois suivante, et que la fois suivante, ils seront seuls.
À retenir
- Expliquer pourquoi on garde un enfant qui va bien est le premier soin.
- Des parents qui se croient coupables ne retiennent rien tant qu'on ne les détrompe pas.
- Un traitement sans cause identifiée donne l'illusion d'une réponse.
- La formation aux gestes de premier secours se propose à chaque famille.
En pratique
- Explication donnée avant les gestes
- Culpabilité des parents nommée et levée
- Surveillance monitorée de vingt-quatre heures au moins
- Nouveaux épisodes consignés
- Traitement limité à ce qui est trouvé
- Conduite à tenir en cas de récidive expliquée
- Rendez-vous de réévaluation fixé
- Formation aux gestes de premier secours proposée
Procédure et geste technique
Annonce et information
Éducation et prévention
Les règles de couchage sont la mesure de santé publique qui a le mieux marché en pédiatrie, et elles se redisent à chaque occasion, sans supposer qu'elles sont connues.
Le couchage : sur le dos, toujours, y compris pour la sieste et y compris chez un enfant qui régurgite ; sur un matelas ferme, adapté au lit, sans espace sur les côtés ; dans une gigoteuse et sans couverture ; sans oreiller, sans tour de lit, sans cale, sans peluche ; dans la chambre des parents les premiers mois, mais dans son propre lit, le partage du lit augmentant le risque, en particulier chez un nourrisson de moins de quatre mois ou si un adulte a fumé, bu ou pris un traitement sédatif.
La température de la pièce, autour de dix-neuf degrés, et un enfant qui n'est pas trop couvert.
Le tabac, pendant la grossesse et après : c'est le facteur de risque modifiable le mieux établi, et l'aide au sevrage se propose aux deux parents.
L'allaitement, quand il est possible, réduit le risque.
La vaccination de l'entourage contre la coqueluche protège un nourrisson trop jeune pour être vacciné lui-même, et cette stratégie se propose aux parents, aux frères et sœurs et aux personnes qui gardent l'enfant.
Retenir que ces conseils ne se donnent pas à la sortie, sur le pas de la porte : ils se donnent assis, en vérifiant que ce qui est décrit correspond à ce qui se passe réellement à la maison.
À retenir
- Le couchage sur le dos vaut aussi pour l'enfant qui régurgite.
- Dans la chambre des parents, oui ; dans leur lit, non.
- Le tabac est le facteur de risque modifiable le mieux établi.
- Vacciner l'entourage protège un nourrisson trop jeune pour l'être lui-même.
En pratique
- Couchage sur le dos, sans exception
- Matelas ferme et adapté, lit vide
- Gigoteuse, sans couverture ni oreiller
- Chambre des parents, lit séparé
- Température de la pièce vérifiée
- Sevrage tabagique proposé aux deux parents
- Allaitement encouragé quand il est possible
- Vaccination coqueluche de l'entourage
Communication interprofessionnelle
Le récit de l'épisode est la donnée la plus précieuse du dossier, et c'est celle qui se perd le plus vite. Il s'écrit tel qu'il a été dit, entre guillemets si nécessaire, avec le nom de qui l'a rapporté, plutôt que reformulé en termes médicaux qui ajoutent une interprétation à chaque transmission.
À l'appel du régulateur, quatre éléments : l'âge en semaines, ce qui a été observé, ce qui a mis fin à l'épisode, et l'état actuel.
Au service qui reçoit : le récit intégral, l'heure de l'épisode, l'examen complet avec ce qui a été cherché et non trouvé, les constantes, la glycémie, et ce qui a déjà été prélevé.
Au médecin traitant et à la protection maternelle et infantile, à la sortie, avec ce qui reste à surveiller et le rendez-vous fixé.
Quand quelque chose ne concorde pas entre le récit et l'examen, ou quand une lésion inexpliquée apparaît, la conduite est de ne pas enquêter seul : l'avis d'un pédiatre référent se demande le jour même, et la protection de l'enfant relève d'une démarche collective, avec ses voies propres, l'information préoccupante et le signalement.
Retenir que le doute se partage et ne se garde pas, et qu'un professionnel qui transmet une inquiétude fondée sur des constatations écrites ne prend pas de risque, ni pour lui ni pour la famille.
À retenir
- Le récit s'écrit tel qu'il a été dit, avec le nom de qui l'a rapporté.
- Quatre éléments suffisent au régulateur : âge, épisode, fin, état actuel.
- Une discordance entre récit et examen ne s'explore jamais seul.
- Le doute se partage le jour même, avec des constatations écrites.
En pratique
- Récit consigné mot à mot, source nommée
- Heure de l'épisode notée
- Appel au régulateur en quatre éléments
- Transmission de l'examen, y compris des négatifs
- Constantes, glycémie et prélèvements transmis
- Courrier au médecin traitant à la sortie
- Protection maternelle et infantile informée
- Avis pédiatrique le jour même si discordance