Fiche de révision
Syndrome polyuro-polydypsique
Trois examens simples, dans un ordre fixe, règlent la question : la glycémie, l'osmolalité des urines et la natrémie.
Sommaire
Entretien et interrogatoire
Le premier travail est de vérifier qu'il s'agit d'une polyurie, et non d'une envie fréquente d'uriner par petites quantités. La question qui tranche n'est pas « combien de fois » mais « combien en tout », et la réponse se mesure : un recueil des vingt-quatre heures, avec un récipient gradué, règle en un jour ce qu'un interrogatoire ne règle jamais.
Faire préciser les nuits. Se lever plusieurs fois pour uriner de gros volumes n'a pas le même sens qu'une envie nocturne sans volume. Une polyurie qui réveille oriente vers une cause organique, celle de la potomanie s'interrompant souvent pendant le sommeil.
Dater le début et sa brutalité. Une installation en quelques jours évoque une cause aiguë, une installation progressive une cause métabolique ou médicamenteuse.
Reprendre l'ordonnance, et chercher explicitement le lithium, les diurétiques, les corticoïdes, un traitement récent par produit de contraste, et tout apport de calcium ou de vitamine D.
Chercher les signes des grandes causes : amaigrissement et fatigue pour le diabète sucré ; constipation, nausées, douleurs osseuses et confusion pour l'excès de calcium ; céphalées et troubles visuels pour une cause hypophysaire ; contexte psychiatrique ou habitude de boire très largement pour la potomanie.
Chercher enfin ce qui se boit : nature et volume des boissons, envie irrépressible d'eau glacée, qui appartient plutôt aux causes organiques.
Retenir que la moitié des consultations pour polyurie n'en sont pas, et qu'un recueil de vingt-quatre heures évite un bilan entier.
À retenir
- La question qui tranche n'est pas combien de fois, mais combien en tout.
- Une polyurie qui réveille la nuit oriente vers une cause organique.
- Le lithium se cherche explicitement, il ne se déduit d'aucun symptôme.
- Un recueil de vingt-quatre heures évite parfois un bilan entier.
En pratique
- Volume total sur vingt-quatre heures, mesuré
- Réveils nocturnes et volumes nocturnes
- Date et rapidité d'installation
- Lithium, diurétiques, corticoïdes, vitamine D
- Amaigrissement, fatigue, appétit
- Constipation, nausées, douleurs osseuses, confusion
- Céphalées et troubles visuels
- Nature et volume des boissons
Examen clinique
L'examen cherche d'abord l'état d'hydratation, parce que c'est lui qui décide du délai. Pli cutané, sécheresse des muqueuses, cernes, hypotension et surtout hypotension orthostatique, tachycardie, poids comparé au poids habituel, diurèse des dernières heures. Une personne qui ne peut plus boire assez pour compenser ce qu'elle perd se déshydrate en heures.
Chercher les signes du diabète sucré : amaigrissement, fonte musculaire, mycoses, odeur acétonique de l'haleine, polypnée ample, qui signent une décompensation et changent tout.
Chercher les signes de l'excès de calcium : ralentissement, somnolence, confusion, faiblesse musculaire proximale, constipation, douleurs osseuses provoquées à la palpation et à la percussion du rachis et du bassin.
Chercher une cause hypophysaire : champ visuel apprécié au doigt, mobilité oculaire, signes d'insuffisance des autres axes, dépigmentation, aménorrhée, baisse de la libido, galactorrhée.
Examiner les aires ganglionnaires, le foie et la rate, et palper les seins et la thyroïde, une hypercalcémie pouvant révéler un cancer.
Apprécier l'état neurologique et cognitif, une confusion pouvant venir de l'eau, du calcium ou du sucre, et modifiant la façon dont l'histoire a été racontée.
Retenir que l'hypotension orthostatique est le signe le plus utile de cet examen : elle dit que la compensation par la boisson ne suffit plus, et elle se mesure en une minute.
À retenir
- L'état d'hydratation décide du délai, pas le diagnostic.
- L'hypotension orthostatique dit que la compensation par la boisson ne suffit plus.
- Une faiblesse proximale avec constipation oriente vers un excès de calcium.
- Une hypercalcémie peut révéler un cancer : les aires se palpent.
En pratique
- Pli cutané, muqueuses, poids
- Pression couchée puis debout
- Fréquence cardiaque et respiratoire
- Signes de décompensation du diabète
- Force proximale, transit, douleurs osseuses
- Champ visuel et signes hypophysaires
- Aires ganglionnaires, foie, rate, seins, thyroïde
- État de conscience et cognition
Synthèse paraclinique
Trois examens, dans cet ordre, règlent la plus grande partie des situations.
La glycémie d'abord, parce que le diabète sucré est de très loin la première cause et qu'il se traite. Une glycémie normale l'écarte et fait passer à la suite ; personne ne devrait explorer une soif avant de l'avoir mesurée.
L'osmolalité urinaire ensuite, ou à défaut la densité. Des urines concentrées signent une diurèse osmotique : le rein élimine quelque chose, glucose, urée, sel, produit de contraste, mannitol. Des urines diluées, en dessous de trois cents milliosmoles par kilogramme, signent un défaut de concentration ou un excès d'apport.
La natrémie enfin, qui départage les deux dernières familles. Une natrémie haute ou haute-normale chez quelqu'un qui urine dilué signe que le rein perd de l'eau sans pouvoir la retenir. Une natrémie basse ou basse-normale signe au contraire un excès d'apport, la potomanie.
Le reste du bilan cherche les causes réversibles, et trois d'entre elles se dosent : la calcémie, corrigée par l'albuminémie, le potassium, et la créatinine. Une hypercalcémie et une hypokaliémie rendent le rein incapable de concentrer, et les deux se corrigent.
Les examens de deuxième ligne relèvent du milieu spécialisé : restriction hydrique surveillée, dosage de la copeptine, épreuve à la desmopressine, qui sépare l'origine centrale de l'origine rénale.
Retenir que la calcémie ne se lit jamais brute : une albuminémie basse abaisse le chiffre mesuré et masque une hypercalcémie vraie.
À retenir
- La glycémie se mesure avant tout, parce qu'elle est la première cause.
- Des urines concentrées disent une diurèse osmotique, des urines diluées un défaut de concentration.
- La natrémie sépare le défaut de retenue de l'excès d'apport.
- La calcémie ne se lit jamais brute : elle se corrige par l'albuminémie.
En pratique
- Glycémie mesurée en premier
- Osmolalité ou densité urinaire
- Natrémie interprétée avec l'osmolalité
- Calcémie corrigée par l'albuminémie
- Kaliémie
- Créatinine et débit de filtration
- Recueil des vingt-quatre heures vérifié
- Examens de deuxième ligne réservés au spécialisé
Iconographie
Stratégie diagnostique
L'arbre a trois branches, et l'ordre des examens les parcourt sans détour.
Première branche, la diurèse osmotique. Urines concentrées. Le diabète sucré domine, et de loin. Viennent ensuite l'élimination d'une charge en urée après une levée d'obstacle ou une réalimentation, une perfusion salée abondante, un produit de contraste, le mannitol.
Deuxième branche, l'excès d'apport. Urines diluées, natrémie basse-normale. La potomanie s'observe dans certaines maladies psychiatriques, sous certains traitements qui donnent soif, et parfois seule.
Troisième branche, le défaut de concentration. Urines diluées, natrémie haute-normale ou haute. Deux sous-branches. L'origine centrale, où l'hormone antidiurétique manque : tumeur ou infiltration de la région hypophysaire, traumatisme, chirurgie, forme familiale, forme sans cause retrouvée. L'origine rénale, où l'hormone est présente mais le rein n'y répond plus : lithium en premier, puis hypercalcémie et hypokaliémie, néphropathies interstitielles, levée d'obstacle, formes héréditaires.
Les trois causes rénales acquises les plus fréquentes sont réversibles, et c'est ce qui rend leur recherche prioritaire : arrêter ou adapter le lithium, corriger le calcium, corriger le potassium.
Retenir que la cause d'une cause se cherche encore : une hypercalcémie qui explique la polyurie n'est pas un diagnostic final, et ce qui l'explique elle, hyperparathyroïdie, cancer, hémopathie, est le vrai terme du raisonnement.
À retenir
- Trois branches : diurèse osmotique, excès d'apport, défaut de concentration.
- Le lithium est la première cause rénale acquise et se cherche sur l'ordonnance.
- Les trois causes rénales acquises les plus fréquentes sont réversibles.
- Une hypercalcémie qui explique la polyurie n'est pas un diagnostic final.
En pratique
- Diurèse osmotique écartée sur l'osmolalité
- Natrémie interprétée pour séparer apport et défaut
- Ordonnance relue, lithium cherché
- Calcémie corrigée
- Kaliémie
- Origine centrale envisagée si rien d'autre
- Imagerie hypophysaire discutée en spécialisé
- Cause de la cause explicitement cherchée
Urgence vitale
Trois situations font de cette plainte une urgence.
La décompensation du diabète sucré, acidocétose ou état hyperosmolaire, qui se révèle souvent par la soif et la polyurie des jours précédents. Polypnée, haleine acétonique, déshydratation, troubles de conscience. La glycémie capillaire se fait à l'arrivée, et sa mesure ne se délègue ni ne se reporte.
L'hypercalcémie sévère, qui associe déshydratation, vomissements, confusion, faiblesse musculaire et troubles du rythme cardiaque avec raccourcissement de l'intervalle QT. Le traitement commence par une réhydratation abondante par sérum salé isotonique, à laquelle s'ajoutent les traitements spécifiques ; les diurétiques thiazidiques s'arrêtent, car ils retiennent le calcium.
La déshydratation par perte d'eau non compensée, qui menace celui qui ne peut plus boire à volonté : personne âgée, personne dépendante, personne confuse, enfant. Un défaut de concentration reste compensé tant que la soif fonctionne et que l'eau est accessible ; le jour où l'un des deux manque, la natrémie s'élève vite.
La correction d'une natrémie élevée se fait lentement, la descente trop rapide exposant à un œdème cérébral. C'est une règle qui s'apprend avant d'être appliquée.
Retenir que la gravité ne vient jamais de la polyurie elle-même : elle vient du sucre, du calcium, ou de l'eau qu'on ne peut plus boire.
À retenir
- La glycémie capillaire se fait à l'arrivée et ne se reporte pas.
- Une hypercalcémie sévère se réhydrate abondamment avant tout traitement spécifique.
- Un défaut de concentration reste compensé tant que la soif fonctionne.
- Une natrémie élevée se corrige lentement, sous peine d'œdème cérébral.
En pratique
- Glycémie capillaire immédiate
- Signes de décompensation cherchés
- Calcémie corrigée et électrocardiogramme
- Réhydratation par sérum salé isotonique
- Diurétiques thiazidiques arrêtés
- Accès autonome à la boisson évalué
- Natrémie et vitesse de correction
- Surveillance rapprochée de la conscience
Stratégie de prise en charge
Le traitement est celui de la cause, et il commence souvent avant qu'elle ne soit nommée.
Laisser boire. Tant que la cause n'est pas corrigée, l'accès libre à l'eau est le traitement, et le restreindre est dangereux. Une restriction ne se pratique que dans une épreuve surveillée, en milieu hospitalier, avec une pesée et une natrémie répétées.
Devant un diabète sucré, la prise en charge est celle de la maladie, avec sa part d'éducation et de suivi.
Devant une hypercalcémie, réhydrater puis traiter la cause, en gardant à l'esprit que le traitement de l'excès de calcium ne dispense pas de chercher ce qui le provoque.
Devant une cause médicamenteuse, discuter l'arrêt ou le remplacement avec le prescripteur. Le lithium ne s'arrête pas sur une décision isolée : la balance entre le risque rénal et le risque psychiatrique se pèse avec le psychiatre et avec la personne concernée, et une surveillance rénale régulière fait partie du traitement dès sa prescription.
Devant une origine centrale confirmée, le traitement substitutif relève du spécialiste, avec une éducation précise sur les signes de surdosage et de sous-dosage.
Devant une potomanie, la réduction est progressive et accompagnée, une correction brutale exposant à des troubles de la natrémie.
Retenir qu'une soif qui persiste malgré un traitement bien conduit se réévalue : elle signale souvent une seconde cause qu'on n'avait pas cherchée.
À retenir
- L'accès libre à l'eau est le traitement tant que la cause n'est pas corrigée.
- Une restriction hydrique ne se pratique que surveillée, jamais à domicile.
- Le lithium ne s'arrête pas sur une décision isolée.
- Une soif qui persiste sous traitement signale souvent une seconde cause.
En pratique
- Accès libre à l'eau garanti
- Restriction réservée à une épreuve surveillée
- Cause traitée en priorité
- Hypercalcémie réhydratée puis explorée
- Traitement en cause discuté avec le prescripteur
- Surveillance rénale sous lithium
- Substitution encadrée si origine centrale
- Réévaluation si la soif persiste
Procédure et geste technique
Annonce et information
Éducation et prévention
Ce qui s'enseigne dépend de la cause, mais deux messages valent pour tout le monde.
Le premier est de boire selon la soif et de ne jamais se restreindre sans consigne médicale. Beaucoup de gens réduisent d'eux-mêmes leurs boissons pour moins uriner, en particulier avant un voyage ou une nuit, et c'est exactement ce qu'il ne faut pas faire tant que la cause n'est pas corrigée.
Le second est de savoir ce qui doit faire consulter sans attendre : impossibilité de boire, vomissements, somnolence inhabituelle, confusion, fièvre, ou toute situation qui prive de l'accès à l'eau.
Sous lithium, l'éducation est précise et se répète : surveillance régulière de la fonction rénale, du calcium et de la thyroïde, hydratation régulière, prudence avec les anti-inflammatoires et les diurétiques qui modifient la concentration du médicament, et signalement de tout épisode de déshydratation.
Devant un diabète sucré découvert ainsi, le retour sur les semaines écoulées a une valeur pédagogique : la soif et la polyurie étaient les signes, et les reconnaître servira pour l'entourage et pour la suite.
Devant une potomanie, l'objectif se fixe avec la personne, en volumes progressifs, sans jugement sur une habitude qui a souvent une raison.
Retenir que la consigne la plus dangereuse de cette situation est celle que les gens se donnent seuls : boire moins pour uriner moins.
À retenir
- Boire selon la soif, et ne jamais se restreindre sans consigne médicale.
- La consigne la plus dangereuse est celle que les gens se donnent seuls.
- Sous lithium, la surveillance porte sur le rein, le calcium et la thyroïde.
- Reconnaître soif et polyurie comme des signes sert pour la suite et pour l'entourage.
En pratique
- Consigne de boire selon la soif donnée explicitement
- Auto-restriction découragée et expliquée
- Motifs de consultation immédiate listés
- Surveillance rénale, calcique et thyroïdienne sous lithium
- Interactions du lithium expliquées
- Signes du diabète repris avec la personne
- Objectif progressif si potomanie
- Entourage informé pour les personnes dépendantes
Communication interprofessionnelle
Cette situation traverse plusieurs spécialités, et son point faible est le passage de l'une à l'autre.
Ce qui se transmet à l'endocrinologue : le volume mesuré des vingt-quatre heures, la glycémie, l'osmolalité ou la densité urinaire, la natrémie, la calcémie corrigée et l'albuminémie qui a servi à la corriger, la kaliémie, la créatinine, et l'ordonnance complète. Une calcémie transmise sans son albuminémie n'est pas une information, c'est un chiffre.
Ce qui se transmet au psychiatre quand le lithium est en cause : les résultats rénaux et leur évolution, la question posée, et le fait que la décision d'arrêter ou de poursuivre lui revient avec la personne concernée. Une lettre qui annonce un arrêt déjà décidé ferme une discussion qui devait avoir lieu.
Ce qui se transmet au laboratoire, et qu'on oublie : la demande d'osmolalité urinaire suppose parfois un contenant particulier et un acheminement rapide, et un appel évite un recueil perdu.
Ce qui se transmet au médecin traitant : le résultat, la cause retenue, le traitement, et surtout la surveillance attendue et son rythme, faute de quoi personne ne la fait.
Ce qui se transmet à l'entourage d'une personne dépendante : la nécessité de proposer à boire régulièrement, et non d'attendre la demande.
Retenir que la valeur d'un chiffre tient à ce qui l'accompagne : le volume sans la durée, la calcémie sans l'albumine, la natrémie sans l'osmolalité ne se transmettent pas, ils s'égarent.
À retenir
- Une calcémie transmise sans son albuminémie est un chiffre, pas une information.
- La décision sur le lithium revient au psychiatre avec la personne concernée.
- Un appel au laboratoire évite un recueil de vingt-quatre heures perdu.
- Une surveillance non transmise avec son rythme n'est faite par personne.
En pratique
- Volume des vingt-quatre heures transmis avec sa durée
- Glycémie et osmolalité urinaire
- Natrémie et calcémie corrigée
- Albuminémie jointe à la calcémie
- Ordonnance complète transmise
- Question posée explicitement au spécialiste
- Décision sur le lithium laissée au psychiatre
- Surveillance et son rythme écrits au médecin traitant