Fiche de révision
Apparition d'une difficulté à la marche
La façon de marcher désigne l'étage de la lésion, et les signes se manifestent toujours au-dessous d'elle : chercher là où le patient a mal fait perdre des mois.
Sommaire
Entretien et interrogatoire
⚠️ La première question porte sur la vitesse d'installation, parce qu'elle sépare des urgences et des maladies chroniques. Brutale, en quelques heures : vasculaire ou compressive. Subaiguë, en quelques semaines : inflammatoire, tumorale, carentielle. Chronique, en mois ou années : dégénérative, arthrosique, musculaire.
La deuxième porte sur la nature de la gêne, et il faut la faire décrire. « Je marche mal » recouvre des choses opposées : une faiblesse, une raideur, un déséquilibre, une douleur, une fatigue, ou une peur de tomber. Chacune oriente vers un étage différent, et le patient ne fait pas la distinction spontanément.
La troisième porte sur ce qui accompagne : troubles sphinctériens, maladresse des mains, troubles sensitifs, douleurs, troubles visuels, vertiges, troubles cognitifs, tremblement.
⚠️ Une question fait gagner du temps : la marche est-elle plus difficile dans le noir ? Une aggravation nette dans l'obscurité oriente vers une atteinte de la sensibilité profonde.
Une autre : la distance de marche est-elle toujours la même ? Une distance fixe oriente vers l'artère, une distance variable soulagée en s'asseyant ou en se penchant en avant oriente vers le canal lombaire.
Le contexte : chutes et leurs circonstances, traitements sédatifs, alcool, dénutrition, chirurgie récente, cancer connu, contexte vasculaire.
À retenir
- La vitesse d'installation sépare les urgences des maladies chroniques.
- « Je marche mal » recouvre une faiblesse, une raideur, un déséquilibre, une douleur ou une peur.
- Une aggravation dans le noir oriente vers la sensibilité profonde.
- Une distance fixe oriente vers l'artère, une distance variable vers le canal lombaire.
- Troubles sphinctériens et maladresse des mains se demandent systématiquement.
En pratique
- Vitesse d'installation
- Nature exacte de la gêne
- Troubles sphinctériens
- Maladresse des mains
- Marche dans le noir
- Distance de marche et facteurs de soulagement
- Chutes et circonstances
- Traitements, alcool, contexte tumoral
Examen clinique
⚠️ Le premier temps de l'examen est de faire marcher le patient, et de le regarder. Une consultation où le patient n'a pas marché n'a pas exploré son motif.
Ce que la marche donne à voir, et chaque type oriente : spasmodique, jambes raides, pas courts, pieds qui accrochent, qui signe une atteinte du faisceau pyramidal ; ataxique, polygone élargi, embardées, qui signe le cervelet ou la sensibilité profonde ; steppante, pied qui tombe et genou qui se lève, qui signe le nerf ; dandinante, bassin qui bascule, qui signe le muscle proximal ; à petits pas, avec demi-tour décomposé, qui oriente vers le frontal ou le parkinsonien ; antalgique, avec esquive d'un appui.
Les manœuvres simples : marche sur les talons et sur les pointes, accroupissement et relever, station unipodale, demi-tour, Romberg, et l'effet de la fermeture des yeux.
⚠️ L'examen neurologique cherche ensuite le niveau : réflexes, en notant s'ils sont vifs et diffusés, signe de Babinski, tonus, force segmentaire, sensibilités superficielle et profonde, et un niveau sensitif au tronc, qui se cherche activement.
Les mains s'examinent toujours : leur atteinte situe une lésion au-dessus du renflement cervical.
L'examen général : pouls périphériques, hanches et genoux, pieds et chaussage, vision, orthostatisme.
À retenir
- Une consultation où le patient n'a pas marché n'a pas exploré son motif.
- Chaque type de marche désigne un étage précis.
- Des réflexes vifs et diffusés avec un Babinski situent la lésion au-dessus.
- Un niveau sensitif au tronc se cherche activement, il ne se signale pas.
- Les mains s'examinent toujours devant un trouble de la marche.
En pratique
- Patient regardé en train de marcher
- Type de marche caractérisé
- Talons, pointes, accroupissement, demi-tour
- Romberg et effet de la fermeture des yeux
- Réflexes, Babinski, tonus
- Sensibilité profonde et niveau sensitif
- Examen des mains
- Pouls, articulations, vision
Synthèse paraclinique
La biologie ne fait pas le diagnostic d'un trouble de la marche, mais elle en trouve les causes réversibles, et c'est sa seule raison d'être ici.
⚠️ Le dosage à ne pas oublier est celui de la vitamine B12, dont la carence donne une atteinte combinée de la sensibilité profonde et du faisceau pyramidal. Elle est traitable, elle est fréquente chez le sujet âgé, chez le patient sous certains traitements au long cours et après chirurgie digestive, et elle se manifeste parfois avant toute anomalie de l'hémogramme.
Les autres dosages utiles : thyréostimuline, glycémie, ionogramme et calcémie, fonction rénale, folates, et selon le contexte les sérologies et les enzymes musculaires.
Devant une atteinte musculaire : les enzymes musculaires, dont l'élévation oriente et dont la normalité n'écarte pas.
Devant un contexte inflammatoire ou tumoral : marqueurs de l'inflammation, électrophorèse des protéines.
⚠️ Ce qui ne relève pas du laboratoire : la localisation. Elle se fait à l'examen, et les examens neurophysiologiques la précisent quand l'atteinte est périphérique ou musculaire, en distinguant nerf, jonction et muscle.
Ce qui se demande selon l'orientation seulement : une analyse du liquide cérébro-spinal, qui relève du spécialiste.
Ce qui ne se prescrit pas : un bilan large pour « explorer une marche difficile ». Le bilan suit l'hypothèse, il ne la remplace pas.
À retenir
- La biologie ne localise pas, elle cherche les causes réversibles.
- La carence en vitamine B12 est traitable et se manifeste parfois avant toute anémie.
- Des enzymes musculaires normales n'écartent pas une atteinte musculaire.
- Les examens neurophysiologiques distinguent le nerf, la jonction et le muscle.
- Le bilan suit l'hypothèse, il ne la remplace pas.
En pratique
- Vitamine B12 et folates
- Thyréostimuline et glycémie
- Ionogramme, calcémie, fonction rénale
- Enzymes musculaires si atteinte proximale
- Marqueurs d'inflammation si contexte
- Examens neurophysiologiques si atteinte périphérique
- Aucun bilan large sans hypothèse
Iconographie
⚠️ L'imagerie ne se demande pas sur le symptôme, elle se demande sur un niveau. C'est l'examen clinique qui dit où regarder, et une imagerie faite au mauvais étage est un examen normal qui rassure à tort.
Devant un tableau pyramidal des membres inférieurs : l'imagerie explore la moelle, et le niveau à explorer est au-dessus des signes. Une atteinte des deux jambes avec des mains maladroites impose d'explorer le rachis cervical, et une imagerie lombaire n'y montrerait rien.
Ce qui se lit sur un compte rendu rachidien : le calibre du canal, l'état des espaces liquidiens, et surtout l'existence d'un hypersignal au sein de la moelle, qui distingue un canal étroit banal d'une moelle qui souffre et qui change l'urgence.
⚠️ Les remaniements dégénératifs sont ubiquitaires après soixante ans et n'expliquent rien à eux seuls. Ce qui compte est la concordance entre l'image et l'examen.
Devant un tableau frontal ou une marche à petits pas : l'imagerie cérébrale cherche des lésions vasculaires, une atteinte dégénérative, et une dilatation des ventricules disproportionnée, qui peut correspondre à une cause partiellement réversible.
Devant une claudication à la marche : l'imagerie du rachis lombaire pour le canal, l'exploration vasculaire pour l'artère, et les deux peuvent coexister chez le même patient.
Ce qui figure sur la demande : le type de marche, les signes neurologiques, le niveau suspecté et la question posée.
À retenir
- L'imagerie se demande sur un niveau, jamais sur un symptôme.
- Devant des signes aux jambes, le niveau à explorer est au-dessus d'eux.
- Un hypersignal médullaire sépare un canal étroit banal d'une moelle qui souffre.
- Les remaniements dégénératifs sont ubiquitaires et n'expliquent rien seuls.
- Canal lombaire et artériopathie peuvent coexister chez le même patient.
En pratique
- Niveau suspecté déterminé cliniquement
- Imagerie médullaire au-dessus des signes
- Espaces liquidiens et signal médullaire lus
- Concordance image et clinique vérifiée
- Imagerie cérébrale si tableau frontal
- Double cause envisagée devant une claudication
- Question posée écrite sur la demande
Stratégie diagnostique
La démarche est anatomique, et elle se déroule de haut en bas.
Le cerveau : atteinte pyramidale unilatérale, marche à petits pas d'origine frontale, syndrome parkinsonien, atteinte du cervelet.
La moelle : atteinte pyramidale des deux membres inférieurs, niveau sensitif, troubles sphinctériens. ⚠️ C'est le niveau à ne pas manquer, parce qu'il est le plus souvent traitable et le plus dépendant du délai.
Les racines et les nerfs : steppage, aréflexie, déficit systématisé, troubles sensitifs distaux.
Le muscle : atteinte proximale, marche dandinante, difficulté à se relever d'une chaise.
Le reste, et il pèse lourd : articulations, douleur, vision, oreille interne, orthostatisme, et les médicaments.
⚠️ Trois questions tranchent la plupart des situations : les réflexes sont-ils vifs ou abolis, existe-t-il un niveau sensitif, la marche s'aggrave-t-elle dans le noir.
⚠️ Ce qui ne doit jamais servir d'explication : l'âge. Une difficulté à la marche apparue est un symptôme, pas une conséquence du calendrier, et l'attribuer à l'âge est la première cause de retard diagnostique dans ce champ.
Ce qui se documente : le type de marche, le niveau retenu, ce qui a été écarté, et une mesure objective de départ, distance parcourue ou temps de relever.
À retenir
- La démarche est anatomique et se déroule de haut en bas.
- Le niveau médullaire est le plus traitable et le plus dépendant du délai.
- Réflexes, niveau sensitif et marche dans le noir tranchent la plupart des situations.
- L'âge n'est jamais une explication à une difficulté apparue.
- Une mesure objective de départ permettra seule de juger de l'évolution.
En pratique
- Étage anatomique proposé
- Niveau médullaire envisagé explicitement
- Causes articulaires et sensorielles envisagées
- Ordonnance passée en revue
- Causes réversibles cherchées
- Mesure objective de départ notée
Urgence vitale
⚠️ Ce champ contient des urgences qui ne ressemblent pas à des urgences, parce qu'elles s'installent lentement et sans douleur.
⚠️ La compression de la moelle est la première. Elle associe à des degrés divers une atteinte pyramidale des deux membres inférieurs, un niveau sensitif, des troubles sphinctériens. La douleur peut manquer entièrement. L'imagerie est urgente, et le délai fait le pronostic : une moelle comprimée longtemps récupère mal.
⚠️ Le syndrome de la queue de cheval associe des troubles sphinctériens, une anesthésie du périnée et un déficit des membres inférieurs. La rétention urinaire en est le signe le plus décisif et le plus tardif, et elle se cherche par l'examen.
La polyradiculonévrite aiguë s'installe en jours, de façon ascendante, avec une abolition des réflexes. Elle menace la respiration et la déglutition, et sa surveillance est hospitalière.
L'accident vasculaire cérébral peut se révéler par un trouble de la marche isolé, en particulier dans le territoire postérieur.
Les autres situations qui pressent : une compression par un processus tumoral chez un patient porteur d'un cancer, une infection du rachis chez un patient fébrile ou immunodéprimé.
Ce qui se fait : examen neurologique complet, recherche d'un globe vésical, et imagerie sans attendre le résultat d'un autre examen.
À retenir
- Une compression médullaire peut s'installer sans aucune douleur.
- Une moelle comprimée longtemps récupère mal : le délai fait le pronostic.
- La rétention urinaire est le signe le plus décisif d'une atteinte de la queue de cheval.
- Une polyradiculonévrite ascendante menace la respiration et la déglutition.
- Un trouble de la marche isolé peut révéler un accident vasculaire cérébral.
En pratique
- Niveau sensitif recherché
- Troubles sphinctériens demandés et examinés
- Globe vésical recherché
- Vitesse d'aggravation précisée
- Réflexes abolis ou vifs
- Imagerie demandée sans attendre
Stratégie de prise en charge
Le plan comporte trois volets, et le premier ne dépend pas du diagnostic.
⚠️ Le premier est de sécuriser la marche pendant que l'on cherche. Aide technique adaptée et réglée, chaussage, éclairage du domicile, retrait des obstacles, et kinésithérapie prescrite avec un objectif écrit. Une canne mal réglée ou tenue du mauvais côté aggrave le déséquilibre qu'elle prétend corriger.
Le deuxième est le traitement de la cause, quand elle en a un : décompression chirurgicale d'une compression médullaire, substitution d'une carence, traitement d'un syndrome parkinsonien, arrêt d'un médicament en cause.
⚠️ La révision de l'ordonnance est le geste au meilleur rendement immédiat : sédatifs, neuroleptiques, antihypertenseurs mal tolérés, anticholinergiques. Elle se fait avec le prescripteur, et elle produit parfois plus d'effet que tout le reste.
Le troisième est la rééducation, qui n'attend pas le diagnostic définitif et dont l'objectif se formule en termes de fonction : distance, escaliers, transferts, équilibre.
Ce qui s'organise en parallèle : l'évaluation du domicile, l'accompagnement social, et la question de la conduite automobile, qui se pose et se trace.
⚠️ Ce qui se réévalue avec une mesure et non une impression : une distance parcourue, un temps de relever de chaise, un nombre de chutes. Sans mesure de départ, aucune évolution ne se juge.
À retenir
- Sécuriser la marche ne dépend pas du diagnostic et ne se remet pas à plus tard.
- Une canne mal réglée aggrave le déséquilibre qu'elle prétend corriger.
- La révision de l'ordonnance est le geste au meilleur rendement immédiat.
- La rééducation n'attend pas le diagnostic définitif.
- Sans mesure de départ, aucune évolution ne se juge.
En pratique
- Aide technique adaptée et réglée
- Domicile et éclairage évalués
- Kinésithérapie prescrite avec objectif
- Ordonnance révisée avec le prescripteur
- Traitement de la cause engagé
- Conduite automobile abordée et tracée
- Mesure objective de départ notée
Procédure et geste technique
Annonce et information
Éducation et prévention
⚠️ La phrase la plus dangereuse de ce champ est « c'est l'âge », et elle est parfois prononcée par le patient lui-même. La corriger explicitement est un acte : une difficulté apparue a une cause, et certaines se traitent.
Ce qui s'explique : pourquoi on cherche un niveau, pourquoi l'imagerie doit être faite au bon endroit, et pourquoi certains examens précèdent d'autres. Un patient qui comprend l'ordre des examens ne va pas les chercher ailleurs.
Ce qui se montre plutôt que se dire : le réglage et le côté de la canne, la façon de se relever, la montée et la descente des escaliers.
Ce qui se prévient : les chutes, par le domicile, l'éclairage, le chaussage et la vision, et la perte de muscle, qui s'installe en quelques semaines d'inactivité et qui aggrave tout. Rester assis pour ne pas tomber est ce qui fait tomber ensuite.
⚠️ Ce qui doit faire consulter sans attendre : une aggravation rapide, une difficulté à uriner ou à se retenir, une insensibilité de la région du périnée, une faiblesse qui monte, une chute avec traumatisme.
Ce qui se dit sur la conduite : la question se pose, elle relève d'une réglementation, et ne pas l'aborder n'est pas neutre.
Ce qui se propose à l'entourage : ce qu'il peut faire, et ce qu'il ne doit pas faire à la place du patient.
À retenir
- « C'est l'âge » est la phrase la plus dangereuse de ce champ.
- Un patient qui comprend l'ordre des examens ne va pas les chercher ailleurs.
- Le réglage et le côté de la canne se montrent, ils ne se décrivent pas.
- Rester assis pour ne pas tomber est ce qui fait tomber ensuite.
- Une difficulté à uriner chez un patient qui marche mal impose de consulter sans attendre.
En pratique
- Attribution à l'âge corrigée explicitement
- Ordre des examens expliqué
- Aide technique montrée et réglée
- Domicile, éclairage, chaussage, vision
- Activité maintenue et expliquée
- Signes devant faire consulter sans attendre
- Conduite automobile abordée
Communication interprofessionnelle
⚠️ Ce qui se perd entre professionnels dans ce champ est le niveau lésionnel, c'est-à-dire précisément l'information qui décide de tout.
Au radiologue se transmettent le type de marche, les signes neurologiques, le niveau suspecté, et la question posée. Une demande qui dit « trouble de la marche » fait explorer le mauvais étage une fois sur deux, et l'examen normal qui en revient rassure à tort.
Au neurologue ou au neurochirurgien : le délai d'installation, la vitesse d'aggravation, les signes sphinctériens, l'état des mains, et le degré d'urgence, qui se dit au téléphone.
Au kinésithérapeute : l'objectif fonctionnel, les mesures de départ, et ce qui est contre-indiqué. ⚠️ Devant une compression médullaire, les manipulations et les tractions cervicales sont à proscrire, et cette consigne s'écrit sur l'ordonnance, pas seulement dans la tête du prescripteur.
Au médecin traitant : la synthèse, ce qui a été écarté et sur quel argument, et les mesures déjà mises en place.
Aux intervenants à domicile : les consignes de sécurité et les signes devant faire appeler.
Au patient : un message cohérent. Si l'un explore et que l'autre parle de vieillissement, le patient cesse de venir.
À retenir
- Ce qui se perd entre professionnels est le niveau lésionnel.
- Une demande qui dit « trouble de la marche » fait explorer le mauvais étage.
- Le degré d'urgence se dit au téléphone.
- Les contre-indications de rééducation s'écrivent sur l'ordonnance.
- Si l'un explore et que l'autre parle de vieillissement, le patient cesse de venir.
En pratique
- Niveau suspecté écrit sur la demande d'imagerie
- Question posée formulée
- Urgence dite au téléphone
- Objectif et contre-indications au kinésithérapeute
- Arguments d'exclusion transmis
- Consignes de sécurité aux intervenants
- Message unique vis-à-vis du patient