Cette fiche vous apprend à séparer les 3 claudications par l'interrogatoire, à confirmer l'artériopathie par un index de pression systolique mesuré correctement, et à traiter le risque global autant que la jambe. Elle va de ce que la personne décrit à ce qu'elle tait, puis de l'examen à la mesure de l'index et à sa lecture, avant le raisonnement, les urgences et le traitement.
SommaireEnviron 15 min
- 3 claudications se ressemblent, et l'interrogatoire les sépare
- Ce que la personne ne dit pas : le repos, le terrain, ce qu'elle a cessé de faire
- Tout l'arbre artériel, des 2 côtés, et les pieds déchaussés
- L'index de pression systolique, un geste simple qui se rate facilement
- Lire l'index contre ses seuils, et se méfier de l'index élevé
- 3 questions dans l'ordre, et la dernière compte le plus
- 2 tableaux font une urgence, et le premier se compte en heures
- 2 objectifs de traitement, et le premier n'est pas la jambe
- À retenir pour la station
3 claudications se ressemblent, et l'interrogatoire les sépare
L'interrogatoire distingue 3 claudications qui se ressemblent et ne se traitent pas de la même façon. Il commence par décrire la douleur avec précision : où exactement, au mollet, à la cuisse ou à la fesse, à quelle distance elle apparaît, et comment elle a évolué ces derniers mois. Cette distance se fait chiffrer, en mètres ou en minutes, plutôt qu'estimer.
Ce qui fait céder la douleur, et le temps qu'il faut pour qu'elle cède, se demandent explicitement, debout ou assis. La claudication artérielle apparaît à une distance reproductible, oblige à s'arrêter et cède en quelques minutes debout, sans changement de position.
La claudication neurologique, par canal lombaire étroit, cède en s'asseyant ou en se penchant en avant, et non simplement en s'arrêtant. La claudication veineuse donne une jambe lourde et tendue, qui s'améliore à la surélévation.
« Au bout de combien de mètres, ou de combien de minutes de marche, la douleur vous oblige-t-elle à vous arrêter ? »
« Quand vous vous arrêtez, est-ce que rester debout suffit, ou est-ce qu'il faut vous asseoir ? »
Ce que la personne ne dit pas : le repos, le terrain, ce qu'elle a cessé de faire
Les signes de gravité se cherchent même quand la personne ne les évoque pas : une douleur au repos, en particulier nocturne et calmée en laissant pendre la jambe hors du lit, et des troubles trophiques, plaie qui ne cicatrise pas ou nécrose. Ils changent l'orientation, et ils sont souvent minimisés parce qu'ils s'installent lentement.
Le terrain vasculaire se recueille en entier : tabac, diabète, hypertension, dyslipidémie, antécédents familiaux. Les autres territoires, coronaire, cérébral et rénal, se passent en revue, parce que l'athérome est rarement isolé.
Le retentissement réel se demande, et il ne se résume pas à la douleur : ce que la personne ne fait plus, ce qu'elle a arrêté sans le dire. Elle a parfois modifié son périmètre de vie plutôt que sa maladie.
« La nuit, avez-vous mal au pied, et êtes-vous obligé de laisser pendre votre jambe hors du lit ? »
« Qu'avez-vous arrêté de faire depuis que cela vous gêne ? »
Tout l'arbre artériel, des 2 côtés, et les pieds déchaussés
L'examen se fait des 2 côtés et sur tout l'arbre artériel, et non sur la seule jambe qui fait mal. Les pouls fémoraux, poplités, tibiaux postérieurs et pédieux se palpent des 2 côtés et se notent présents, diminués ou abolis, plutôt que « perçus ». Un pouls pédieux peut manquer chez une personne sans artériopathie, ce qui rend l'ensemble plus informatif qu'un pouls isolé.
L'auscultation cherche la maladie et non le seul symptôme : les trajets fémoraux et iliaques, l'aorte abdominale, et aussi les carotides. L'aorte abdominale se palpe à la recherche d'un anévrisme, fréquemment associé à l'artériopathie. La pression artérielle se mesure aux 2 bras, et un souffle se recherche.
Chez toute personne artéritique, les pieds se regardent déchaussés, orteils écartés, à chaque consultation, une plaie de quelques millimètres pouvant conduire à une amputation. L'inspection cherche une peau fine et luisante, une dépilation, des ongles épaissis, une pâleur à la surélévation puis une érythrose de déclivité, et apprécie le temps de recoloration pulpaire. Elle cherche surtout toute plaie, même minime, y compris aux points d'appui.
Ce qui aggrave le pronostic du pied se cherche aussi. Chez le diabétique, une neuropathie associée, testée au monofilament, fait que la personne ne sentira pas la plaie.
« Enlevez vos chaussures et vos chaussettes : je regarde vos pieds à chaque consultation. »
« Je vais appuyer sur votre ventre : je cherche si l'aorte est dilatée. »
L'index de pression systolique, un geste simple qui se rate facilement
Le geste de cette situation est la mesure de l'index de pression systolique à la cheville. Il est simple, il fait le diagnostic, et il se rate facilement. Il commence par expliquer le geste et obtenir l'accord, puis par faire allonger la personne au moins 10 minutes : une mesure prise sur quelqu'un qui vient de marcher est fausse. Seuls les bras et les chevilles se découvrent : « Je ne découvre que vos bras et vos chevilles, vous gardez le reste. »
La mesure se déroule dans cet ordre :
- Choisir un brassard adapté au membre, la personne allongée depuis au moins 10 minutes.
- Mesurer la pression systolique aux 2 bras, sonde Doppler sur l'artère humérale, gel interposé, sonde inclinée à environ 60 degrés, en gonflant jusqu'à disparition du signal puis en dégonflant lentement.
- Retenir la plus élevée des 2 pressions humérales.
- Poser le brassard juste au-dessus des malléoles et mesurer sur l'artère tibiale postérieure puis sur la pédieuse, avec la même technique, à chaque cheville.
- Calculer un index par jambe, et noter les valeurs brutes avec la date.
La pression humérale retenue est la plus élevée des 2, et la raison s'énonce : un rétrécissement sous-clavier d'un côté fausserait sinon le calcul. À la cheville, la valeur retenue est de même la plus élevée des 2 mesures, tibiale postérieure et pédieuse.
Le calcul se fait pour chaque jambe : la pression de cheville divisée par la meilleure pression humérale. Un index par membre s'énonce, et non un seul chiffre global.
Les pièges qui faussent le résultat se connaissent : un brassard trop étroit, un dégonflage trop rapide, une sonde mal inclinée, une mesure après effort, et des artères incompressibles chez le diabétique. Les valeurs brutes se notent avec la date, et non le seul rapport : un index isolé dit l'état d'un jour, 2 index séparés de 6 mois disent une évolution.
« Je vais mesurer la pression à vos bras et à vos chevilles : allongez-vous, je reviens dans 10 minutes. »
« Je retiens la plus élevée des 2 pressions aux bras, parce qu'un rétrécissement d'un côté fausserait le calcul. »
Lire l'index contre ses seuils, et se méfier de l'index élevé
Un seul examen fait le diagnostic au cabinet, et il ne coûte presque rien : l'index de pression systolique. C'est le rapport de la pression systolique mesurée à la cheville sur la plus élevée des 2 pressions humérales, obtenu avec un brassard et une sonde Doppler de poche. Sa valeur se rapporte à son seuil, et ne se contente pas d'être lue.
Un index inférieur à 0,90 affirme l'artériopathie oblitérante des membres inférieurs et en gradue la sévérité. En dessous de 0,40, l'ischémie est sévère, et elle fait demander un avis vasculaire sans attendre.
Un index supérieur à 1,40 est tout aussi pathologique. Il traduit une incompressibilité des artères par médiacalcose, fréquente chez le diabétique et l'insuffisant rénal, et il ne permet pas d'écarter une artériopathie. C'est le piège de cet examen, et il se rencontre précisément chez les personnes les plus à risque.
Le bilan du risque accompagne le diagnostic : glycémie, bilan lipidique, créatinine avec débit de filtration estimé, électrocardiogramme. Il sert la question du pronostic, qui est celle du risque cardiovasculaire global.
L'imagerie vient ensuite, dans un ordre justifié par ce que chaque examen apporte. L'échographie-Doppler artérielle précise le siège et le degré des lésions, et elle se demande une fois le diagnostic posé ; l'imagerie en coupes, angioscanner ou angiographie par résonance magnétique, ne se demande qu'en vue d'un geste de revascularisation. Le principe tient en une phrase : on confirme au lit avec un index, on cartographie par l'échographie-Doppler, on n'irradie que si l'on va agir.
« L'index est à 0,70 à droite : l'artériopathie est confirmée, je n'ai pas besoin d'un autre examen pour cela. »
« L'index est supérieur à 1,40 : les artères sont incompressibles, cela ne veut pas dire qu'elles sont saines. »
3 questions dans l'ordre, et la dernière compte le plus
Les 3 questions se posent dans l'ordre, et la dernière est celle qui compte le plus. La première demande s'il s'agit bien d'une claudication artérielle : l'interrogatoire sépare l'artérielle, la neurologique et la veineuse, et l'index de pression systolique tranche. La claudication retenue se nomme avec l'élément qui la désigne.
Les autres causes de douleur d'effort, musculaire ou articulaire, se distinguent aussi. Une douleur d'effort non reproductible, qui récupère différemment, oriente vers elles plutôt que vers une cause vasculaire.
La deuxième question est celle du stade : claudication d'effort, douleur de repos, troubles trophiques. Cette gradation commande l'urgence et l'orientation, et le stade s'énonce relié au délai d'orientation. La douleur de repos et les troubles trophiques définissent l'ischémie chronique menaçant le membre, qui impose un avis vasculaire rapide.
La troisième est celle du risque cardiovasculaire global. Une artériopathie des membres inférieurs est un marqueur d'athérome diffus : les autres localisations, coronaire, cérébrale et rénale, se cherchent même en l'absence de symptôme. Chercher ces localisations et traiter le risque global pèse au moins autant que traiter la jambe, et ce risque se cite comme un objectif de la prise en charge.
« La douleur cède debout en quelques minutes et l'index est abaissé : c'est une claudication artérielle. »
« Votre jambe m'inquiète moins que vos artères du cœur : c'est là-dessus que porte l'essentiel du traitement. »
2 tableaux font une urgence, et le premier se compte en heures
Les 2 tableaux qui transforment cette situation chronique en urgence sont connus, et le premier se compte en heures. L'ischémie aiguë de membre associe une douleur brutale et intense, un membre pâle puis marbré, froid, et des pouls abolis. L'apparition d'un déficit sensitif puis moteur signe la souffrance nerveuse et donne le délai : au-delà, les lésions deviennent irréversibles. Ses causes sont l'embolie, souvent d'origine cardiaque, et la thrombose sur artère pathologique.
La conduite associe l'appel immédiat du chirurgien vasculaire, avant toute exploration, et l'anticoagulation sans attendre, sauf contre-indication. S'y ajoutent l'antalgie, le membre en position déclive, la protection contre le froid et celle des points d'appui. Le bilan préopératoire et la recherche de la cause se mènent en parallèle de l'appel, et non avant lui.
Le pronostic est un compte à rebours : plus la revascularisation est tardive, plus le risque d'amputation et de complications générales augmente. Un déficit sensitif ou moteur dans un membre froid et sans pouls est vasculaire jusqu'à preuve du contraire, et il fait appeler tout de suite, sans autre exploration.
L'ischémie chronique menaçant le membre est la seconde urgence, moins spectaculaire et tout aussi urgente. Une douleur de repos évoluant depuis plus de 2 semaines, un ulcère ou une nécrose la définissent. Elle relève d'un avis vasculaire rapide, et non d'un rendez-vous lointain.
« J'appelle le chirurgien vasculaire maintenant : cette jambe est froide, sans pouls, et vous la sentez moins. »
« Je laisse votre jambe pendante et je ne mets ni couverture chauffante ni bande. »
2 objectifs de traitement, et le premier n'est pas la jambe
La prise en charge poursuit 2 objectifs distincts, et le premier n'est pas la jambe. Réduire le risque cardiovasculaire allonge la vie : l'arrêt du tabac, un antiagrégant plaquettaire, une statine et le contrôle de la pression artérielle et du diabète se mettent en place dès le diagnostic, quel que soit le stade. Ces 4 lignes se prescrivent avant que la jambe ne soit discutée, en les nommant comme un traitement du cœur et du cerveau.
Améliorer le périmètre de marche améliore la vie, et la marche régulière et supervisée est le traitement de première intention de la claudication. Elle se prescrit comme un médicament, avec une durée, une fréquence et une progression. Elle demande une explication qui va contre l'intuition : marcher jusqu'à la douleur, s'arrêter, puis repartir, est le principe du traitement, et une personne à qui l'on n'a pas dit cela s'arrête avant la douleur et ne progresse pas.
La revascularisation, chirurgicale ou endovasculaire, se discute devant une claudication invalidante malgré un traitement bien conduit, et sans attendre devant une ischémie menaçant le membre. L'indication d'un geste se rattache ainsi au stade ou à l'échec du traitement médical. Le suivi s'organise : réévaluation du périmètre de marche, contrôle des facteurs de risque, surveillance des autres territoires.
L'arrêt du tabac est la conversation la plus difficile de la consultation, et la plus utile. Elle se conduit sans reproche et sans dramatisation, et le conseil d'arrêt se propose quel que soit le motif de la consultation. La dépendance s'évalue avant de proposer un traitement, les substituts nicotiniques sont le traitement de première intention, et un suivi organisé vaut mieux qu'un conseil isolé. Une date choisie par la personne et une consultation dédiée obtiennent davantage qu'un rappel du risque, que tout le monde connaît déjà : « Je vous propose une date que vous choisissez, des substituts et une consultation dédiée, plutôt qu'un rappel du risque. »
Les soins de pied sont une prescription à part entière, et ils s'enseignent geste par geste : inspection quotidienne, miroir pour la plante, chaussage adapté, pédicurie, et consultation le jour même devant toute plaie, même minime. La consigne se donne avec son rythme et son signal d'alerte : « Regardez vos pieds tous les soirs, avec un miroir pour la plante, et venez le jour même si vous voyez une plaie. » Chez le diabétique, la neuropathie fait que la plaie ne se sent pas : c'est la vue qui la trouve, pas la douleur.
« Ces 4 traitements ne sont pas pour votre jambe : ils sont pour votre cœur et pour votre cerveau. »
« Vous marchez jusqu'à ce que la douleur apparaisse, vous vous arrêtez, puis vous repartez : c'est cela qui fait progresser le périmètre. »
À retenir pour la station
Séparez les 3 claudications à l'interrogatoire : l'artérielle cède en quelques minutes debout, la neurologique demande de s'asseoir ou de se pencher en avant. Cherchez ce que la personne ne dit pas, la douleur de repos nocturne jambe pendante, la plaie, ce qu'elle a cessé de faire. Mesurez l'index après au moins 10 minutes allongé, aux 2 bras et aux 2 chevilles, en retenant la pression humérale la plus élevée, et calculez-le jambe par jambe. Un index élevé chez un diabétique n'écarte pas l'artériopathie. Une douleur de repos depuis plus de 2 semaines ou un trouble trophique imposent un avis vasculaire rapide ; un membre froid, sans pouls et déficitaire, un appel immédiat. Et traitez le risque global dès le diagnostic.
S'entraîner sur cette situation
Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.
Sources
EDN référentiel de médecine vasculaire et de chirurgie vasculaire
Collège des enseignants de médecine vasculaire (CEMV) ; Collège français de chirurgie vasculaire et endovasculaire (CFCVE). 4e édition conforme à la R2C (Presses universitaires François-Rabelais, collection L'officiel EDN).
Médecine cardiovasculaire
Collège national des enseignants de cardiologie (CNEC) ; Société française de cardiologie (SFC). 3e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
Endocrinologie, diabétologie et maladies métaboliques
Collège des enseignants d'endocrinologie, diabète et maladies métaboliques (CEEDMM). 6e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
Rhumatologie
Collège français des enseignants en rhumatologie (COFER). 8e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
Imagerie médicale. Radiologie et médecine nucléaire
Collège des enseignants de radiologie de France (CERF) ; Collège national des enseignants de biophysique et de médecine nucléaire (CNEBMN). 3e édition, Réussir son DFASM, Connaissances clés (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
Médecine physique et de réadaptation
Collège français des enseignants universitaires de médecine physique et de réadaptation (COFEMER) ; AJMER. 8e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
- Arrêt de la consommation de tabac : du dépistage individuel au maintien de l'abstinence en premier recours (Ouvre un nouvel onglet)
Haute Autorité de santé (HAS). Recommandation de bonne pratique, adoptée en octobre 2014.
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