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Dermatologie

Fiche de révision

Alopécie et chute des cheveux

Situation de départ 80Catégorie IItem R2C 155Item R2C 194

Cette fiche vous apprend à poser la question du pronostic avant celle de la cause devant une perte de cheveux, à retrouver l'événement que le patient ne relie pas à sa chute, et à dire ce qui repoussera et ce qui ne repoussera pas. Elle suit le raisonnement : le regard qui sépare le réversible du définitif, l'entretien, l'examen, les situations qui couvrent l'essentiel des cas, le bilan, le traitement, puis ce qui se dit au patient et ce qui se transmet.

SommaireEnviron 12 min
  1. Avant la cause, le pronostic : les cheveux pourront-ils repousser
  2. Des cheveux qui tombent ou qui manquent, et ce qui s'est passé des mois avant
  3. La topographie, le test de traction, et les ongles
  4. Quand les orifices sont conservés, 5 situations couvrent presque tout
  5. Un bilan court, qui dépend de ce que l'examen a montré
  6. Annoncer le délai, puis traiter selon la situation
  7. Dire que la chute va continuer, et dire ce qui est définitif
  8. Écrire l'état des orifices sur le courrier, et dire l'urgence au téléphone
  9. À retenir pour la station

Avant la cause, le pronostic : les cheveux pourront-ils repousser

La démarche commence par une question de pronostic et non de cause : cette perte est-elle réversible ? La réponse se lit à l'œil nu sur le cuir chevelu, et elle décide de l'urgence.

Un seul geste sépare le réversible de l'irréversible : regarder le cuir chevelu de près, à la recherche des orifices des follicules. S'ils sont visibles, la perte est non cicatricielle et les cheveux peuvent repousser. S'ils ont disparu et que la peau est lisse, brillante, parfois blanche, la perte est cicatricielle et définitive sur cette zone. L'examen du cuir chevelu à la loupe grossissante prolonge ce regard, et relève de la consultation dermatologique.

Cette observation est brève, ne demande aucun matériel, et elle décide de l'urgence de l'avis. Si les orifices ont disparu, la démarche change entièrement : c'est une alopécie cicatricielle, définitive sur la zone atteinte, et le seul enjeu est d'arrêter l'extension. Elle s'adresse sans attendre.

Des cheveux qui tombent ou qui manquent, et ce qui s'est passé des mois avant

La première question sépare 2 plaintes que les patients confondent : les cheveux tombent en quantité, ou ils manquent à un endroit. Une chute et une zone dégarnie ne racontent pas la même histoire.

Chaque plainte a ses questions. Devant une chute : depuis quand, à quel moment, en quelle quantité, et de façon diffuse ou localisée, le patient décrivant souvent des poignées à la douche ou sur l'oreiller. Devant une zone dégarnie : depuis quand, si elle s'étend, si elle démange, si elle est apparue après un traumatisme ou une coiffure serrée.

Puis vient la question qui fait le diagnostic dans la majorité des chutes diffuses récentes : que s'est-il passé 2 à 4 mois plus tôt ? Une fièvre, une intervention, un accouchement, un régime, une perte de poids rapide, un deuil, un nouveau médicament, une infection. Le patient ne fait pas le rapprochement de lui-même, parce que l'événement lui paraît trop ancien pour compter. C'est la question la plus rentable de cette consultation.

Le terrain se reprend : antécédents familiaux et leur âge de début, maladies de la thyroïde, maladies auto-immunes, carences, régimes restrictifs, et l'ordonnance ligne par ligne. Chez la femme s'y ajoutent les cycles, la contraception, une grossesse récente et les signes d'excès d'androgènes. Le retentissement se demande : il est le plus souvent plus important que ce que le motif laisse paraître.

La topographie, le test de traction, et les ongles

La topographie se décrit ensuite : diffuse, en plaques bien limitées, à prédominance frontale et sur le sommet, en couronne, ou aux zones de traction. L'aspect des cheveux qui restent la complète : fins et courts, cassés à ras, ou normaux.

Le test de traction saisit une mèche et la tire doucement, en plusieurs zones. Plus de quelques cheveux qui viennent signe une chute active, et sa positivité en périphérie d'une plaque a une valeur particulière.

L'état de la peau se regarde : squames, rougeur, croûtes, pustules, cicatrices. Les autres phanères aussi : les ongles s'examinent de principe, leurs anomalies accompagnant certaines causes et orientant à elles seules.

L'examen général cherche la thyroïde, des signes de carence, et chez la femme des signes d'excès d'androgènes. Chez l'enfant, l'examen de la fratrie et des animaux du foyer se demande.

Quand les orifices sont conservés, 5 situations couvrent presque tout

Si les orifices folliculaires sont conservés, 5 situations couvrent la quasi-totalité des cas. Elles se séparent sur la chronologie, le dessin de la perte, l'état de la peau et l'âge.

Les 5 situations, et ce qui les reconnaît :

  • La chute diffuse retardée : abondante, brutale, 2 à 4 mois après un événement, avec un test de traction positif partout. Elle est spectaculaire, elle inquiète beaucoup, et elle guérit seule.
  • La perte progressive de type androgénétique : lente, avec un dessin caractéristique différent chez l'homme et chez la femme, sur un terrain familial. Elle n'est pas une maladie, mais elle se traite quand elle gêne.
  • La perte en plaques bien limitées, sans squames, avec parfois des anomalies des ongles : elle est d'origine auto-immune, et son évolution est imprévisible.
  • La plaque squameuse de l'enfant, avec des cheveux cassés à ras : c'est une infection, elle est contagieuse, et elle impose un prélèvement, un traitement général et le dépistage de l'entourage.
  • Les pertes mécaniques : traction par les coiffures, arrachage répété.

Les causes générales se cherchent en parallèle : thyroïde, carence martiale, médicament, maladie systémique. Elles ne dispensent pas de trancher d'abord le caractère cicatriciel ou non de la perte.

Un bilan court, qui dépend de ce que l'examen a montré

Le bilan est court, et il dépend entièrement de ce que l'examen a montré. Devant une chute diffuse : un hémogramme, la ferritine, la thyréostimuline, et selon le contexte la vitamine D et une sérologie. Ces dosages ne se prescrivent pas pour rassurer : ils se prescrivent parce qu'une carence ou une atteinte thyroïdienne se corrige, et un résultat normal doit avoir été annoncé comme une possibilité utile.

Devant une plaque squameuse chez un enfant, un prélèvement mycologique s'impose, et il se fait avant tout traitement. Un traitement commencé avant le prélèvement rend le résultat ininterprétable pendant des semaines, alors que la durée du traitement, l'éviction et le dépistage de l'entourage en dépendent.

Devant une alopécie en plaques sans squames, le bilan est celui des maladies auto-immunes associées, et il reste limité. Chez la femme avec des signes d'excès d'androgènes, c'est le bilan correspondant, dans ses conditions de prélèvement.

Devant une suspicion d'alopécie cicatricielle, la biopsie du cuir chevelu est l'examen qui tranche. Elle se fait en zone active et relève du dermatologue, sans attendre que la zone s'étende ; comme le prélèvement mycologique, elle demande un praticien formé et un matériel spécifique.

Ce qui ne se prescrit pas : un panel de dosages vitaminiques et de minéraux devant une chute banale. Il trouve le plus souvent quelque chose, et ce quelque chose n'explique rien.

Annoncer le délai, puis traiter selon la situation

Le traitement dépend de la situation, et des règles communes le traversent, à commencer par le délai. Le cheveu pousse lentement, et aucun traitement ne fait de différence visible avant plusieurs mois. Cette phrase se dit avant la première prescription, sinon le traitement est arrêté avant d'avoir agi.

Devant une chute diffuse retardée, il n'y a rien à traiter, sinon la cause quand elle persiste. Le traitement est une explication, et elle est efficace : la repousse est la règle. Une carence martiale ou une atteinte thyroïdienne se corrige lorsqu'elle existe.

Devant une perte de type androgénétique, des traitements locaux et généraux existent : ils ralentissent et améliorent partiellement, ils doivent être poursuivis pour que l'effet se maintienne, et leurs limites s'annoncent avant de commencer. Certains sont contre-indiqués en cas de grossesse ou de désir de grossesse, et cette vérification est un préalable.

Devant une atteinte en plaques, les traitements relèvent du dermatologue, et l'évolution est imprévisible dans les 2 sens. Devant une infection du cuir chevelu de l'enfant : traitement général, traitement local associé, éviction et dépistage de la fratrie et des animaux, et information de la collectivité selon les règles en vigueur.

Les solutions capillaires s'organisent quelle que soit la situation. Leur prise en charge existe, et elle se propose sans attendre que le patient la demande.

Dire que la chute va continuer, et dire ce qui est définitif

Le motif est banal pour le médecin et grave pour le patient, et cet écart fait échouer la consultation avant qu'elle commence. Demander ce que cela change dans sa vie ouvre tout le reste.

Ce qui rassure vraiment devant une chute diffuse : dire que la repousse est la règle, expliquer le décalage de 2 à 4 mois qui rend la cause invisible, et prévenir que la chute continuera quelques semaines avant de s'arrêter. Sans cette dernière phrase, le patient revient inquiet, persuadé que rien ne marche.

Quand la perte est définitive, elle se dit, et le dire clairement vaut mieux qu'un espoir entretenu. Ce qui reste à faire est d'arrêter l'extension et d'organiser les solutions.

Certaines idées se corrigent : les traitements achetés sans avis, les compléments à répétition, et l'idée que se laver les cheveux moins souvent limite la chute. Ce qui tombe au lavage serait tombé de toute façon.

Les parents d'un enfant traité pour une infection du cuir chevelu reçoivent ce qui les concerne : la contagiosité, la durée du traitement, l'éviction, le dépistage de la fratrie, et le fait que les cheveux repousseront. Ce qui doit faire reconsulter se dit aussi : une extension rapide, des zones qui deviennent lisses, une rougeur, des croûtes, des signes généraux. Un accompagnement se propose quand le retentissement est important.

Écrire l'état des orifices sur le courrier, et dire l'urgence au téléphone

Ce champ circule peu, et c'est justement ce qui le rend fragile : une seule transmission manquée coûte une zone définitivement perdue. Au dermatologue se transmet en priorité la présence ou l'absence des orifices folliculaires, parce que c'est cette donnée qui trie les urgences dans son planning.

« Chute de cheveux » ne permet pas de trier ; « plaque avec disparition des orifices, en extension » fait passer devant. Le degré d'urgence se dit au téléphone devant une suspicion d'alopécie cicatricielle.

Au laboratoire de mycologie se transmettent la localisation, l'âge de l'enfant, et le fait qu'aucun traitement n'a été commencé, qui conditionne la valeur du prélèvement. Cette mention se dit explicitement, sinon elle est supposée fausse.

Chaque autre correspondant reçoit ce qui le concerne. La médecine scolaire et la collectivité, pour une infection contagieuse du cuir chevelu, reçoivent les règles d'éviction en vigueur et l'information des familles. Le médecin traitant reçoit la cause retenue, le délai annoncé au patient, et le fait qu'une chute qui dure au-delà de 6 mois change de catégorie. Le pharmacien reçoit le traitement prescrit et sa durée, et les contre-indications de grossesse, qu'il verra passer avant tout le monde.

Le patient reçoit un message unique sur le délai et sur le pronostic. Si l'un annonce une repousse et l'autre une perte définitive, il ira chercher un troisième avis, souvent hors du soin.

À retenir pour la station

Avant de chercher pourquoi les cheveux tombent, regardez s'ils pourront repousser : des orifices folliculaires visibles permettent la repousse, un cuir chevelu lisse et brillant signe une perte définitive, qui s'adresse sans attendre. Devant une chute diffuse récente, demandez ce qui s'est passé 2 à 4 mois plus tôt. Devant une plaque squameuse chez un enfant, prélevez avant tout traitement. Annoncez le délai de plusieurs mois avant de prescrire, et prévenez que la chute continuera quelques semaines avant de s'arrêter. Écrivez l'état des orifices sur le courrier au dermatologue.

Sources

  1. 1

    Dermatologie

    Collège des enseignants en dermatologie de France (CEDEF). 8e édition, Réussir son DFASM, Connaissances clés (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Chapitre « Alopécies » ; Item 155

    Appuie : Stratégie diagnostique, Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Synthèse paraclinique, Stratégie de prise en charge, Éducation et prévention, Communication interprofessionnelle

  2. 2
    Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)

    Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.

    Passages utilisés : Item 155 ; Item 194 ; Item 213

    Appuie : Stratégie diagnostique, Synthèse paraclinique, Stratégie de prise en charge