Fiche de révision
Érythème
Le premier geste est d'appuyer avec un verre : une rougeur qui ne s'efface pas n'est plus un érythème, et ce n'est plus la même urgence.
Sommaire
Entretien et interrogatoire
⚠️ Trois questions organisent l'interrogatoire : depuis quand, où cela a commencé, et à quelle vitesse cela s'étend. La vitesse est le renseignement le plus utile : en heures, en jours ou en semaines, il ne s'agit pas des mêmes maladies.
La topographie initiale et son évolution : un point de départ unique qui s'étend en tache, une éruption apparue partout en même temps, un placard d'un seul côté, une bande qui suit un trajet.
Ce qui accompagne : fièvre, frissons, douleur, et surtout le rapport entre la douleur et ce qu'on voit ; démangeaisons, brûlure, sensation de tension.
⚠️ Les médicaments, avec les dates d'introduction, et l'automédication comprise.
Les circonstances : contact avec un produit, un végétal, un bijou, une crème ; exposition au soleil ; piqûre ou morsure, et notamment une piqûre de tique et sa date ; plaie même minime ; voyage ; contage.
Le terrain : maladie de peau connue, diabète, insuffisance veineuse, immunodépression, intervention récente.
⚠️ Chez un patient porteur d'une maladie de peau chronique : ce qui a changé récemment, et en particulier tout traitement général reçu puis arrêté, qui est un déclencheur classique de poussée grave.
Ce qui a déjà été fait et l'évolution sous ce traitement.
À retenir
- La vitesse d'extension est le renseignement le plus utile de l'interrogatoire.
- Le rapport entre la douleur et ce qu'on voit se demande explicitement.
- Les médicaments se relèvent avec leurs dates d'introduction.
- Une piqûre de tique et sa date se demandent devant une tache qui s'étend.
- Chez un patient porteur d'une maladie de peau, un traitement général arrêté est un déclencheur.
En pratique
- Date de début et vitesse d'extension
- Point de départ et progression
- Fièvre, frissons, douleur
- Douleur rapportée à l'aspect
- Médicaments datés et automédication
- Contacts, soleil, piqûres, plaies
- Maladie de peau connue et changement récent
- Traitements déjà appliqués et leur effet
Examen clinique
⚠️ Le premier geste est la vitropression : appuyer un verre transparent sur la rougeur. Si elle s'efface, c'est un érythème ; si elle persiste, il s'agit d'un purpura, et la démarche, l'urgence et les causes ne sont plus les mêmes. Ce geste ne coûte rien et il se fait avant tout le reste.
Puis l'étendue s'estime en pourcentage de la surface corporelle, sur un patient entièrement déshabillé. ⚠️ Au-delà de neuf dixièmes, l'étendue devient le diagnostic et impose une prise en charge propre, quelle que soit la cause.
La description : limites nettes ou floues, relief, chaleur locale, squames, vésicules, bulles, et l'existence d'une zone plus sombre ou insensible au sein de la rougeur.
⚠️ Trois observations font sortir du cadre banal : une douleur disproportionnée par rapport à ce qu'on voit, une extension visible d'une heure à l'autre, une zone qui ne sent plus. Chacune impose un avis chirurgical.
Les muqueuses s'examinent systématiquement, ainsi que les plis, les zones cachées et la région génitale.
La porte d'entrée se cherche : espaces entre les orteils, plaie, piqûre, ulcère, intertrigo.
Le général : température, fréquence cardiaque, pression artérielle, marbrures, conscience.
Ce qui se documente : le résultat de la vitropression, l'étendue, et le tracé au stylo des limites d'un placard, qui est le moyen le plus simple de mesurer une extension.
À retenir
- La vitropression se fait avant tout le reste et ne coûte rien.
- Une rougeur qui ne s'efface pas n'est pas un érythème.
- Au-delà de neuf dixièmes de la surface, l'étendue devient le diagnostic.
- Douleur disproportionnée, extension horaire, zone insensible : trois signes chirurgicaux.
- Le tracé au stylo est le moyen le plus simple de mesurer une extension.
En pratique
- Vitropression réalisée et notée
- Patient entièrement déshabillé
- Étendue estimée en pourcentage
- Limites, relief, chaleur, squames, bulles
- Douleur rapportée à l'aspect
- Zone insensible recherchée
- Muqueuses, plis et zones cachées
- Porte d'entrée cherchée et limites tracées
Synthèse paraclinique
⚠️ La plupart des érythèmes ne demandent aucun examen, et le premier réflexe utile est de savoir lesquels s'en passent.
Ce qui se passe d'examen : une dermatose chronique connue en poussée typique, une réaction de contact, une piqûre, un coup de soleil, et une tache annulaire qui s'étend après une piqûre de tique. ⚠️ Ce dernier cas mérite d'être souligné : le diagnostic est clinique, et la sérologie n'a pas d'intérêt à ce stade, sa négativité étant fréquente au début et sa positivité ne prouvant rien.
Ce qui demande un bilan : une rougeur fébrile, une rougeur étendue, un patient fragile, un doute sur une cause générale.
Devant une infection cutanée : marqueurs de l'inflammation et hémogramme, et des hémocultures en cas de fièvre élevée ou de terrain fragile. Les prélèvements locaux ont un faible rendement sur une peau intacte.
⚠️ Devant une rougeur très étendue : le bilan mesure les conséquences de la peau et non une autre maladie. Albumine, protéines, ionogramme, fonction rénale sont abaissés ou perturbés parce que la peau ne fait plus barrière, et les lire autrement fait chercher au mauvais endroit.
Devant une suspicion de cause médicamenteuse : hémogramme avec la formule et bilan hépatique, une atteinte d'organe changeant la gravité.
Les prélèvements de peau se discutent devant une forme atypique ou prolongée, et ils sont souvent peu contributifs à la phase aiguë.
À retenir
- La plupart des érythèmes ne demandent aucun examen.
- Devant une tache annulaire après piqûre de tique, la sérologie n'a pas d'intérêt.
- Les prélèvements locaux ont un faible rendement sur une peau intacte.
- Dans une rougeur très étendue, la biologie mesure les conséquences de la peau.
- Les lire autrement fait chercher au mauvais endroit.
En pratique
- Indication d'un bilan posée explicitement
- Aucun examen si tableau typique et bénin
- Marqueurs et hémogramme si fièvre
- Hémocultures si terrain fragile
- Albumine, protéines, ionogramme si forme étendue
- Bilan d'organe si suspicion médicamenteuse
- Prélèvement de peau si forme atypique
Iconographie
En dermatologie, la photographie tient lieu d'imagerie, et elle sert ici à deux choses : mesurer et transmettre.
⚠️ Mesurer : une rougeur photographiée avec une règle et une date, et surtout avec le tracé au stylo de ses limites, permet de dire d'un jour à l'autre si elle s'étend. C'est la seule mesure objective d'un érythème, et elle remplace toutes les impressions.
Transmettre : un cliché envoyé au dermatologue ou au chirurgien dit en une seconde ce qu'un courrier décrit mal, à condition d'y faire figurer l'échelle et l'ensemble de la zone.
Ce qui se décrit sur un cliché, dans l'ordre : l'étendue, les limites, le relief, la couleur et ses variations, l'existence de bulles ou d'un décollement, l'état de la peau autour, et les muqueuses sur les clichés qui les montrent.
⚠️ Ce qu'une photographie ne remplace jamais : la vitropression, qui ne se voit pas sur une image, et la palpation, qui seule dit si la peau est chaude, indurée ou insensible. Un avis rendu sur photographie seule ignore les deux signes qui décident.
Les conditions : lumière naturelle, règle graduée, date, cadrage reproductible, et une vue d'ensemble en plus des vues rapprochées.
Ce qui ne se demande pas : une imagerie radiologique, sauf pour chercher une collection ou du gaz dans les tissus devant une suspicion d'infection profonde, et sans jamais retarder l'avis chirurgical.
À retenir
- Le tracé au stylo photographié est la seule mesure objective d'un érythème.
- Un cliché dit en une seconde ce qu'un courrier décrit mal.
- Une photographie ne montre ni la vitropression ni la palpation.
- Un avis rendu sur photographie seule ignore les deux signes qui décident.
- Une imagerie ne doit jamais retarder un avis chirurgical.
En pratique
- Règle, date, lumière naturelle
- Limites tracées au stylo avant le cliché
- Vue d'ensemble et vues rapprochées
- Bulles ou décollement documentés
- Muqueuses photographiées si atteintes
- Vitropression et palpation notées par écrit
- Aucune imagerie qui retarde un avis
Stratégie diagnostique
Trois questions trient tout le champ, et aucune ne demande d'examen.
⚠️ Première question : la rougeur s'efface-t-elle ? Si elle ne s'efface pas, on a changé de chapitre, et un purpura fébrile est une urgence absolue.
Deuxième question : est-ce localisé ou étendu ?
Localisé et aigu : infection cutanée, avec des limites, une chaleur, une fièvre et une porte d'entrée ; réaction de contact, dessinée par la zone exposée ; piqûre ; brûlure ; atteinte suivant un trajet nerveux ; et une tache annulaire qui s'étend lentement après une piqûre de tique.
Étendu et aigu : réaction médicamenteuse, éruption virale, atteinte liée à une toxine, ⚠️ et au-delà de neuf dixièmes de la surface, une entité à part qui impose l'hospitalisation quelle que soit sa cause.
Chronique : maladies de peau connues, atteintes liées au soleil, maladies systémiques, et les formes prolongées ou résistantes qui font penser à une atteinte cutanée d'une hémopathie.
Troisième question : y a-t-il un signe de gravité ? Fièvre élevée, extension rapide, douleur disproportionnée, zone insensible, atteinte des muqueuses, décollement, retentissement général.
⚠️ Ce qui se documente : le résultat de la vitropression, l'étendue chiffrée, et le tracé daté, qui vaut mieux que n'importe quelle description pour le confrère suivant.
À retenir
- Trois questions trient tout le champ, et aucune ne demande d'examen.
- Une rougeur qui ne s'efface pas fait changer de chapitre.
- Une tache annulaire qui s'étend après une piqûre de tique se traite sur la clinique.
- Au-delà de neuf dixièmes de la surface, l'entité change et l'hospitalisation s'impose.
- Une forme prolongée et résistante fait penser à une atteinte cutanée d'hémopathie.
En pratique
- Vitropression faite et notée
- Étendue estimée
- Caractère aigu ou chronique
- Porte d'entrée cherchée
- Piqûre de tique recherchée
- Signes de gravité passés en revue
- Tracé daté versé au dossier
Urgence vitale
Quatre tableaux font d'une peau rouge une urgence, et trois d'entre eux se reconnaissent sans aucun examen.
⚠️ Le purpura fébrile extensif est le premier et le plus pressant : une rougeur qui ne s'efface pas à la vitropression, chez un patient fébrile, impose une antibiothérapie immédiate avant tout transfert. Le geste se fait sur place et ne se délègue pas.
⚠️ L'infection nécrosante des tissus mous est le deuxième. Une douleur disproportionnée par rapport à ce qu'on voit, une extension visible d'heure en heure, des signes généraux, une zone qui ne sent plus. C'est une urgence chirurgicale, pas une urgence antibiotique, même si l'antibiotique se donne en même temps.
Le choc lié à une toxine est le troisième : rougeur diffuse, fièvre, hypotension, atteinte de plusieurs organes, parfois un tampon ou une plaie récente.
La rougeur qui couvre presque tout le corps est le quatrième : elle est une urgence par elle-même, par les pertes d'eau, de chaleur et de protéines, et par le risque infectieux, quelle que soit sa cause.
S'y ajoutent les réactions médicamenteuses graves avec atteinte des muqueuses et décollement.
Ce qui se fait devant l'un de ces tableaux : constantes complètes, vitropression, examen des muqueuses, tracé des limites, et appel avant les examens.
À retenir
- Un purpura fébrile extensif impose l'antibiotique sur place, avant le transfert.
- Une douleur disproportionnée est une urgence chirurgicale, pas antibiotique.
- Une rougeur qui couvre presque tout le corps est une urgence par elle-même.
- Elle l'est quelle que soit sa cause, et la cause peut attendre.
- L'appel précède les examens dans les quatre tableaux.
En pratique
- Vitropression en premier
- Constantes complètes
- Douleur rapportée à l'aspect
- Zone insensible recherchée
- Étendue estimée
- Muqueuses examinées
- Limites tracées et heure notée
- Appel avant les examens
Stratégie de prise en charge
Le traitement suit la cause, et trois règles pratiques valent au-delà d'elle.
⚠️ La première : traiter la porte d'entrée autant que l'infection. Devant une infection cutanée du membre inférieur, un intertrigo entre les orteils non traité fait récidiver, et il est présent bien plus souvent qu'on ne le cherche.
La deuxième : tracer et réévaluer. Les limites au stylo, une réévaluation à délai court, et un critère écrit pour revenir avant. Une antibiothérapie qui ne s'accompagne d'aucune date de contrôle est une prescription à moitié faite.
⚠️ La troisième : se méfier des traitements généraux improvisés. Chez un patient porteur d'une maladie de peau chronique, une corticothérapie générale donnée pour autre chose, puis arrêtée, peut déclencher une poussée grave. Elle ne se prescrit pas à la légère et ne s'arrête pas brutalement.
Devant une tache annulaire après piqûre de tique : le traitement se décide sur la clinique, sans attendre ni sérologie ni avis.
Devant une réaction de contact : suppression du contact, traitement local, et identification du produit, sans laquelle cela recommence.
Devant une forme très étendue : hospitalisation, réchauffement, réhydratation, émollients, surveillance, et pas de traitement général décidé seul.
Dans tous les cas : le prurit se traite pour lui-même, et les émollients ne sont pas un soin de confort : ils restaurent la barrière.
À retenir
- Traiter l'infection sans traiter la porte d'entrée fait récidiver.
- Une antibiothérapie sans date de contrôle est une prescription à moitié faite.
- Une corticothérapie générale arrêtée brutalement peut déclencher une poussée grave.
- Une tache annulaire après piqûre de tique se traite sans sérologie ni avis.
- Les émollients ne sont pas un soin de confort : ils restaurent la barrière.
En pratique
- Porte d'entrée traitée
- Limites tracées et date de contrôle écrite
- Critère de retour anticipé donné
- Aucune corticothérapie générale improvisée
- Traitement immédiat si tache après tique
- Produit identifié si réaction de contact
- Hospitalisation si forme très étendue
- Prurit et émollients prescrits
Procédure et geste technique
Annonce et information
Éducation et prévention
⚠️ Un patient renvoyé chez lui avec une peau rouge doit repartir avec une limite tracée et une consigne écrite, parce que ce qui décide de la suite se passera chez lui et pas au cabinet.
Ce qui se montre : le trait au stylo, et comment vérifier soi-même que la rougeur ne le dépasse pas. C'est une surveillance que le patient peut faire, et elle est fiable.
Ce qui doit faire revenir sans attendre : une rougeur qui dépasse le trait, une douleur qui augmente, une fièvre, un malaise, une zone qui devient insensible ou violacée, l'apparition de bulles.
⚠️ Ce qui se prévient et qu'on oublie : le soin des espaces entre les orteils, qui est la mesure la plus rentable et la moins prescrite pour éviter la récidive d'une infection du membre inférieur ; le traitement d'une insuffisance veineuse ; les soins d'une plaie chronique.
Ce qui se dit après une piqûre de tique : comment retirer une tique, et qu'une tache qui s'étend dans les semaines qui suivent doit faire consulter, même sans fièvre et même si elle ne fait pas mal.
Ce qui se transmet à un patient porteur d'une maladie de peau chronique : qu'il doit signaler sa maladie avant toute prescription de corticoïde par voie générale, quel que soit le motif.
Ce qui se reconnaît : le prurit empêche de dormir, et il se traite.
À retenir
- Un patient renvoyé chez lui repart avec une limite tracée et une consigne écrite.
- La surveillance du trait est fiable et le patient peut la faire lui-même.
- Le soin des espaces entre les orteils est la prévention la plus rentable et la moins prescrite.
- Une tache qui s'étend après une piqûre de tique fait consulter, même sans fièvre.
- Un patient porteur d'une maladie de peau doit le signaler avant toute corticothérapie générale.
En pratique
- Limites tracées devant le patient
- Auto-surveillance expliquée
- Signes de retour donnés par écrit
- Soin des espaces interorteils enseigné
- Insuffisance veineuse et plaies traitées
- Conduite après piqûre de tique expliquée
- Consigne sur les corticoïdes généraux
- Prurit traité
Communication interprofessionnelle
⚠️ La donnée qui circule le plus mal dans ce champ est une heure, celle du tracé, et sans elle personne ne peut dire si cela s'étend.
Au service qui reçoit : le résultat de la vitropression, l'étendue estimée, la présence ou l'absence d'atteinte muqueuse, l'heure du tracé et l'état des limites depuis, les constantes, et les traitements déjà donnés.
⚠️ Au chirurgien, devant une suspicion d'infection profonde : l'appel précède le courrier et précède les examens. « Dermo-hypodermite » ne fait pas ouvrir un bloc ; « douleur disproportionnée, extension en trois heures, zone insensible » en fait ouvrir un.
Au dermatologue : les photographies avec règle et date, la chronologie, l'ordonnance complète avec les dates d'introduction, et la question posée. Un cliché sans échelle et sans date ne sert qu'à moitié.
Au médecin traitant : la cause retenue, le traitement, la date de contrôle, et le fait que la porte d'entrée doit être traitée et revue.
Au pharmacien, chez un patient porteur d'une maladie de peau chronique : la mention du risque lié aux corticoïdes généraux.
⚠️ Au patient : un message unique sur les signes d'alerte. Si l'un dit de revenir en cas d'extension et l'autre de patienter une semaine, il patientera.
À retenir
- La donnée qui circule le plus mal est l'heure du tracé.
- Devant une suspicion d'infection profonde, l'appel précède le courrier et les examens.
- « Dermo-hypodermite » ne fait pas ouvrir un bloc ; une description précise, oui.
- Un cliché sans échelle et sans date ne sert qu'à moitié.
- Si l'un dit de revenir et l'autre de patienter, le patient patientera.
En pratique
- Vitropression transmise
- Étendue et muqueuses précisées
- Heure du tracé communiquée
- Appel si suspicion d'infection profonde
- Photographies avec règle et date
- Ordonnance datée transmise
- Porte d'entrée signalée au médecin traitant
- Message unique sur les signes d'alerte