Fiche de révision
Prurit
La question n'est pas ce qui gratte, c'est de savoir si la peau est malade ou si elle ne fait que payer pour un autre organe.
Sommaire
Entretien et interrogatoire
Une question ouvre tout : est-ce que cela vous réveille la nuit ? Une démangeaison qui interrompt le sommeil est presque toujours organique ; une démangeaison qui disparaît dès qu'on s'occupe l'est beaucoup moins.
Dater et décrire. Depuis quand, en continu ou par crises, à quel moment de la journée, sur quelles zones, et ce qui la déclenche : le contact de l'eau, la chaleur, l'effort, le déshabillage, un vêtement.
Chercher ce qui accompagne, et c'est là que se jouent les diagnostics graves : fièvre prolongée, sueurs nocturnes qui obligent à changer de vêtements, amaigrissement chiffré, fatigue, douleur après l'alcool. Ces questions ne se posent presque jamais devant une démangeaison, et ce sont elles qui font le tri.
Reprendre l'ordonnance et l'automédication, en remontant plusieurs mois : une cause médicamenteuse peut apparaître longtemps après l'introduction.
Chercher l'entourage : d'autres personnes qui se grattent dans la maison, une recrudescence vespérale, des voyages, un contact animal.
Chercher les antécédents et les expositions : maladie du foie, du rein, de la thyroïde, grossesse, transfusion, conduites à risque, produits professionnels, plantes, cosmétiques nouveaux.
Chercher enfin le retentissement : sommeil, humeur, travail, vie sociale. Une démangeaison ancienne épuise, et son poids ne se déduit pas de son étendue.
Retenir que trois questions font la moitié du travail : cela vous réveille-t-il, avez-vous maigri, transpirez-vous la nuit.
À retenir
- Une démangeaison qui réveille la nuit est presque toujours organique.
- Fièvre, sueurs nocturnes et amaigrissement se demandent, et personne ne les demande.
- L'ordonnance se reprend sur plusieurs mois : une cause médicamenteuse est tardive.
- Une démangeaison déclenchée par le contact de l'eau a des causes précises.
En pratique
- Réveils nocturnes
- Ancienneté, rythme, zones atteintes
- Déclenchement par l'eau, la chaleur, l'effort
- Fièvre, sueurs nocturnes, amaigrissement chiffré
- Ordonnance reprise sur plusieurs mois
- Entourage qui se gratte, voyages, animaux
- Foie, rein, thyroïde, grossesse, expositions
- Retentissement sur le sommeil et l'humeur
Examen clinique
Tout l'examen sert à répondre à une seule question : y a-t-il une lésion que le grattage n'explique pas ?
Apprendre à reconnaître les lésions du grattage, qui ne sont pas des lésions de maladie : excoriations linéaires, croûtes, zones épaissies et quadrillées, papules de prurigo, et des ongles usés et brillants, qui trahissent le grattage même quand la personne le nie.
Chercher ensuite ce qui n'en relève pas : sillons et vésicules des espaces interdigitaux, des poignets et des organes génitaux ; plaques bien limitées et squameuses ; papules ou plaques mobiles et fugaces ; bulles ; lésions annulaires. Une seule lésion primitive change entièrement la démarche.
Examiner toute la peau, déshabillé, y compris le cuir chevelu, les plis, les organes génitaux et les espaces entre les orteils. Une démangeaison diffuse s'examine en entier ou ne s'examine pas.
Palper les aires ganglionnaires, toutes, cervicales, sus-claviculaires, axillaires et inguinales, et palper la rate et le foie. C'est ici que se trouvent les diagnostics qu'il ne faut pas manquer.
Chercher les signes des grandes causes générales : ictère et lésions de grattage du tronc, teint jaune-gris de l'insuffisance rénale, goitre, pâleur, peau sèche et rugueuse du sujet âgé.
Retenir qu'un examen qui s'arrête à la peau grattée manque la moitié des causes, et que la palpation des aires ganglionnaires prend une minute.
À retenir
- Tout l'examen répond à une question : existe-t-il une lésion que le grattage n'explique pas.
- Des ongles usés et brillants trahissent un grattage que la personne minimise.
- Une démangeaison diffuse s'examine sur tout le corps, ou ne s'examine pas.
- La palpation des aires ganglionnaires et de la rate prend une minute et trie.
En pratique
- Peau entière examinée, personne déshabillée
- Lésions de grattage identifiées comme telles
- Recherche d'une lésion primitive
- Espaces interdigitaux, poignets, organes génitaux
- Cuir chevelu et plis
- Toutes les aires ganglionnaires palpées
- Foie et rate palpés
- Ictère, teint, goitre, pâleur, sécheresse cutanée
Synthèse paraclinique
Le bilan ne se prescrit que devant une peau sans lésion primitive, c'est-à-dire quand la peau n'explique rien. Devant une gale ou un eczéma, il n'a aucun objet.
Le bilan de première intention est standardisé et court : numération avec plaquettes, vitesse de sédimentation ou protéine C réactive, créatinine, bilan hépatique complet avec phosphatases alcalines et gamma-glutamyl-transférase, thyréostimuline, ferritinémie, glycémie, sérologie du virus de l'immunodéficience humaine après information, et une radiographie de thorax.
Trois lignes se lisent avec une attention particulière, parce qu'elles sont souvent modérément anormales et que leur banalité fait manquer le diagnostic.
Les phosphatases alcalines et la gamma-glutamyl-transférase : une cholestase peut démanger longtemps avant tout ictère, et la bilirubine reste normale au début.
L'hémogramme : une polyglobulie, une hyperéosinophilie, une lymphopénie ou une anémie inflammatoire orientent chacune ailleurs.
La radiographie de thorax, qui est le seul examen d'imagerie du bilan de base et qu'on omet volontiers devant une plainte cutanée. Elle cherche un élargissement du médiastin.
Le bilan de deuxième intention dépend de ce que le premier a montré, et il se demande en milieu spécialisé.
Retenir que des anomalies discrètes et multiples valent mieux qu'une anomalie franche isolée : c'est leur convergence qui désigne la cause.
À retenir
- Le bilan ne se prescrit que si la peau n'explique rien.
- Une cholestase démange longtemps avant tout ictère, bilirubine normale.
- La radiographie de thorax fait partie du bilan de base et s'omet volontiers.
- Des anomalies discrètes et convergentes valent mieux qu'une anomalie franche isolée.
En pratique
- Absence de lésion primitive vérifiée avant de prescrire
- Numération avec plaquettes et formule
- Vitesse de sédimentation ou protéine C réactive
- Créatinine
- Bilan hépatique complet avec phosphatases alcalines
- Thyréostimuline, ferritinémie, glycémie
- Sérologie proposée après information
- Radiographie de thorax demandée
Iconographie
Stratégie diagnostique
Une question sépare deux médecines : la peau est-elle malade, ou paie-t-elle pour un autre organe ?
S'il existe une lésion primitive, la cause est cutanée et la liste est courte : gale, eczéma, urticaire, psoriasis, lichen, pemphigoïde bulleuse chez la personne âgée, piqûres, dermatophytie. La gale se cherche en premier parce qu'elle est fréquente, contagieuse, curable, et qu'elle se manque quand on ne regarde pas entre les doigts.
S'il n'existe aucune lésion primitive, la cause est ailleurs et les familles se comptent : hépatique et biliaire ; rénale ; thyroïdienne ; hématologique ; carentielle ; infectieuse ; médicamenteuse ; et la sécheresse cutanée du sujet âgé, qui est la plus fréquente de toutes.
Trois causes ne doivent pas être manquées, parce qu'elles sont graves et que la démangeaison peut les précéder de plusieurs mois : un lymphome, en particulier hodgkinien, une cholestase débutante, et une polyglobulie, dont la démangeaison déclenchée par le contact de l'eau est presque caractéristique.
Chercher les signes qui orientent vers une hémopathie : fièvre prolongée, sueurs nocturnes abondantes, amaigrissement, adénopathies, splénomégalie, douleur ganglionnaire après ingestion d'alcool.
Une démangeaison qui reste inexpliquée se resurveille : une part des causes graves apparaît dans l'année qui suit, et une réévaluation programmée fait partie du diagnostic.
Retenir que la peau du dos et les aires ganglionnaires décident plus souvent que le bilan, et qu'aucune prescription ne remplace ces deux minutes d'examen.
À retenir
- Une lésion primitive existe ou n'existe pas : c'est la question qui sépare deux médecines.
- La gale se cherche en premier parce qu'elle est fréquente, contagieuse et curable.
- Trois causes graves peuvent être précédées de plusieurs mois de démangeaison.
- Une démangeaison inexpliquée se resurveille : une réévaluation fait partie du diagnostic.
En pratique
- Lésion primitive cherchée avant tout
- Gale envisagée systématiquement
- Huit familles de causes générales passées en revue
- Signes d'hémopathie recherchés
- Déclenchement par l'eau interrogé
- Ordonnance relue
- Sécheresse cutanée évaluée chez la personne âgée
- Réévaluation programmée si inexpliquée
Urgence vitale
Stratégie de prise en charge
Le traitement de la cause est le seul qui guérisse, et tout le reste ne fait qu'attendre.
Traiter la peau en parallèle, dès la première consultation, sans attendre le diagnostic : émollients en couche épaisse plusieurs fois par jour, douches courtes et tièdes plutôt que bains chauds, savon surgras ou sans savon, séchage en tamponnant, vêtements de coton, ongles coupés courts et limés.
Casser le cercle du grattage, qui entretient la démangeaison et crée des lésions qui démangent à leur tour. Une occupation des mains, des gants de coton la nuit, un pansement sur une zone particulièrement grattée valent souvent mieux qu'une prescription.
Les antihistaminiques ne marchent que sur ce qui relève de l'histamine, c'est-à-dire l'urticaire. Devant une démangeaison d'origine générale, ils sont surtout sédatifs, ce qui n'est pas rien la nuit, mais cet effet se dit pour ce qu'il est plutôt que présenté comme un traitement.
Les dermocorticoïdes n'ont d'indication que devant une dermatose inflammatoire, et leur usage à l'aveugle sur une peau sans lésion primitive expose sans bénéfice.
Devant une gale, traiter simultanément la personne, l'entourage et l'environnement, et prévenir que la démangeaison persiste souvent deux semaines après un traitement efficace, faute de quoi le traitement sera cru inefficace et répété.
Retenir que la première ordonnance porte des émollients et une date de réévaluation, et que la seconde dépendra de ce que le bilan aura montré.
À retenir
- Le traitement de la peau commence avant le diagnostic, et ne le remplace pas.
- Le grattage entretient la démangeaison : casser le cercle est un traitement.
- Les antihistaminiques ne traitent que ce qui relève de l'histamine.
- Après un traitement de gale efficace, la démangeaison persiste deux semaines.
En pratique
- Émollients prescrits dès la première consultation
- Douches courtes et tièdes, savon surgras
- Ongles courts et limés
- Moyens de casser le cercle du grattage
- Antihistaminique prescrit pour ce qu'il fait vraiment
- Dermocorticoïde réservé à une dermatose inflammatoire
- Gale : personne, entourage et environnement traités
- Date de réévaluation fixée
Procédure et geste technique
Annonce et information
Éducation et prévention
Expliquer le cercle est le message le plus utile, parce qu'il est contre-intuitif : gratter soulage quelques secondes, abîme la peau, et la peau abîmée démange davantage. La personne qui comprend cela accepte des mesures qui paraissent dérisoires.
Les soins de peau s'enseignent en montrant, pas en prescrivant : quelle quantité d'émollient, à quelle fréquence, sur peau encore humide, et pourquoi une douche brûlante soulage sur le moment et aggrave ensuite.
Ce qu'il faut éviter : l'eau très chaude, les savons décapants, les bains moussants, le séchage frotté, les vêtements de laine à même la peau, le chauffage excessif et l'air sec, et les produits promettant de calmer, qui contiennent souvent des allergisants.
Chez la personne âgée, la sécheresse cutanée est la cause la plus fréquente, et elle se prévient : émollients quotidiens, douches espacées et courtes, humidification de l'air. Le dire évite des bilans entiers.
Devant une gale, l'éducation porte sur la contagiosité, le traitement simultané de tout le foyer, le linge, l'éviction et son délai, et surtout sur le fait que la démangeaison va persister sans que cela signifie un échec.
Dire ce qui doit faire revenir avant la date prévue : fièvre, sueurs nocturnes, amaigrissement, apparition d'une boule, jaunisse, ou aggravation malgré les soins.
Retenir que la personne qui se gratte a souvent déjà tout essayé, et qu'une prescription sans explication rejoindra les autres dans un tiroir.
À retenir
- Gratter soulage quelques secondes et fait démanger davantage ensuite.
- Les soins de peau se montrent : quantité, fréquence, sur peau humide.
- Chez la personne âgée, la sécheresse cutanée est la première cause et se prévient.
- La personne qui se gratte a souvent déjà tout essayé seule.
En pratique
- Cercle du grattage expliqué
- Quantité et fréquence d'émollient montrées
- Température et durée des douches
- Savons et produits à éviter
- Vêtements et environnement
- Sécheresse cutanée prévenue chez la personne âgée
- Gale : foyer, linge, éviction, persistance annoncée
- Motifs de retour anticipé énoncés
Communication interprofessionnelle
Ce qui se transmet ici est d'abord une absence, et c'est ce qui rend la transmission difficile : dire qu'on n'a trouvé aucune lésion primitive est l'information la plus utile du courrier, et celle qu'on n'écrit pas.
Ce qui se transmet au dermatologue : la description précise de la peau, en distinguant les lésions de grattage de tout le reste ; les zones examinées, y compris celles qui étaient normales ; les traitements locaux déjà utilisés et leur effet ; et la question posée.
Ce qui se transmet quand le bilan est anormal : les résultats avec leurs valeurs de référence et leurs dates, en signalant les anomalies discrètes que la lecture rapide écarte, phosphatases alcalines à peine hautes, éosinophiles un peu élevés, vitesse de sédimentation accélérée.
Ce qui se transmet à l'hématologue : les signes généraux avec leurs chiffres, les aires ganglionnaires palpées et leur taille, la rate, la numération complète, et le compte rendu de la radiographie de thorax.
Ce qui se transmet à l'entourage devant une gale : la nécessité d'un traitement simultané, même sans symptôme, et les mesures sur le linge. Sans cela, la réinfestation est certaine.
Ce qui se transmet au médecin traitant : la cause retenue ou l'absence de cause, et la date de la réévaluation, parce qu'une démangeaison inexpliquée doit être revue et que personne ne le fera si ce n'est pas écrit.
Retenir qu'une absence documentée est une information : « aucune lésion primitive après examen de toute la peau » oriente le confrère bien mieux que le nom du symptôme.
À retenir
- Dire qu'on n'a trouvé aucune lésion primitive est l'information la plus utile.
- Les anomalies discrètes se signalent, parce qu'une lecture rapide les écarte.
- Devant une gale, le traitement de l'entourage asymptomatique n'est pas négociable.
- Une démangeaison inexpliquée doit être revue, et personne ne le fera sans date écrite.
En pratique
- Absence de lésion primitive écrite explicitement
- Zones examinées listées, normales comprises
- Lésions de grattage distinguées du reste
- Traitements locaux essayés et leur effet
- Anomalies biologiques discrètes signalées
- Aires ganglionnaires et rate décrites avec leurs mesures
- Entourage informé si gale
- Date de réévaluation transmise