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Pédiatrie

Fiche de révision

Tâche cutanée du nourrisson

Situation de départ 90Catégorie IItem R2C 113Item R2C 47Item R2C 45

Cette fiche vous apprend à classer une tache du nourrisson à partir de 2 questions, sa présence à la naissance et sa couleur, puis à reconnaître les lésions qui imposent un examen ou un avis, parfois avant qu'une fenêtre ne se ferme. Elle suit le raisonnement : le classement, l'entretien, l'examen d'un enfant entièrement déshabillé, la photographie et les 3 questions d'imagerie, les urgences silencieuses, la décision, puis ce qui se dit aux parents et s'écrit au carnet de santé.

SommaireEnviron 15 min
  1. 2 questions et une topographie classent presque toutes les taches
  2. Demander la naissance, l'évolution et les photographies du téléphone
  3. Un nourrisson entièrement déshabillé, couche retirée, retourné sur le ventre
  4. Photographier et dater plutôt que prescrire : la série vaut plus que le cliché
  5. 3 questions d'imagerie : le rachis, le cerveau, le flux
  6. Des urgences silencieuses : la respiration, l'œil, les plaquettes, un délai
  7. Ne rien faire et l'écrire, sauf quand le calendrier presse
  8. Dire ce qui part et ce qui reste, et l'écrire au carnet de santé
  9. À retenir pour la station

2 questions et une topographie classent presque toutes les taches

La question qui trie tout est de savoir si la tache était là à la naissance. Présente dès la naissance et stable, c'est une malformation, et elle ne régressera pas. Apparue dans les premières semaines et grossissante, c'est une tumeur, et elle régressera. Ces 2 familles ont un avenir opposé, et tout ce qu'on annonce aux parents en dépend.

La seconde question est la couleur : bleue, rouge, brune ou blanche. Avec la topographie, ces 2 questions suffisent à classer presque toutes les taches du nourrisson. Une nappe bleu ardoisé du siège et du bas du dos est bénigne : elle pâlit avec les années, et n'appelle rien d'autre que d'être écrite au dossier.

Une tache rouge plane, présente à la naissance, à limite nette, est une malformation des capillaires. Elle ne régressera pas et grandira avec l'enfant, et c'est sa topographie qui décide : l'atteinte du front et de la paupière supérieure impose des examens.

Une lésion rouge en relief, apparue après la naissance et qui grossit, est une tumeur vasculaire. Elle régressera, mais son siège peut imposer un traitement avant : près de l'œil, sur la lèvre, le nez, l'oreille ou le siège.

Les taches brunes se comptent et se mesurent : le nombre et le plus grand diamètre sont les 2 chiffres qui comptent, le reste est de la description. Un compte sous le seuil ne conclut rien, parce que le nombre augmente avec les années, et ce qui ne conclut pas aujourd'hui se dit comme tel. Les taches blanches se cherchent en lumière de Wood et se comptent de même.

Une anomalie de la ligne médiane du dos ne se classe pas par la couleur. Elle se traite comme un marqueur possible d'une malformation sous-jacente, jusqu'à preuve du contraire. Les chapitres de l'examen et de l'imagerie disent comment la chercher et dans quel délai l'explorer.

Demander la naissance, l'évolution et les photographies du téléphone

L'entretien s'ouvre sur une seule question : la tache était-elle présente à la naissance ? Aucun examen ne remplace cette réponse, qui sépare 2 familles de lésions dont l'avenir est opposé.

Les photographies du téléphone des parents sont le meilleur outil de ce champ, parce que l'évolution est le diagnostic et qu'elle est déjà documentée sans qu'on l'ait demandée. Les demander est un temps de l'interrogatoire, pas une curiosité. L'évolution se fait ensuite préciser : depuis quand, plus grande ou identique, plus foncée, saignante, ulcérée, douloureuse au change.

Le retentissement se cherche ensuite : la lésion gêne-t-elle un œil, une narine, une lèvre, une oreille, le siège ? Une respiration bruyante, un cri rauque ou une difficulté à téter se demandent explicitement, parce que les parents ne les rapportent pas à la peau.

La famille et la naissance complètent le recueil. Se demandent les taches brunes chez les parents ou dans la fratrie, une épilepsie, des difficultés d'apprentissage et des lésions semblables, puis le terme, le poids de naissance et une éventuelle grossesse multiple.

Ce que les parents craignent, et ce qu'on leur a déjà dit, se demande sans détour. Une phrase mal comprise à la maternité se corrige mieux qu'elle ne se contourne.

Un nourrisson entièrement déshabillé, couche retirée, retourné sur le ventre

L'examen de la peau d'un nourrisson se fait entièrement déshabillé, couche retirée, et retourné sur le ventre. La ligne médiane du dos ne se voit d'aucune autre façon. Un examen noté « normal » sur un enfant qu'on n'a pas retourné ne dit rien du dos, et c'est la première cause de découverte tardive dans ce champ.

Chaque lésion se décrit de la même façon : couleur, relief, limites, taille mesurée avec une règle, topographie, et si elle franchit ou respecte la ligne médiane. Une lésion en relief s'examine en plus pour sa consistance, sa chaleur, un souffle à l'auscultation et son retentissement local. Chacune se documente par une photographie avec une règle et une date.

Les 5 signes qui se cherchent sur la ligne médiane du dos :

  • Une fossette.
  • Une touffe de poils.
  • Un appendice cutané.
  • Une masse molle sous la peau.
  • Une déviation du pli interfessier.

Une fossette basse, petite, isolée, dont on voit le fond, est banale ; toutes les autres appellent un avis. La ligne médiane s'inspecte sur toute sa hauteur, de la nuque au pli interfessier.

Les taches brunes se comptent et se mesurent, plis compris : les plis de l'aisselle et de l'aine s'inspectent, parce que des taches y siégeant ont une valeur propre. Les taches blanches se cherchent en lumière de Wood, faute de quoi elles restent invisibles sur une peau claire.

L'examen général accompagne celui de la peau. Il comprend le périmètre crânien reporté sur sa courbe, l'examen neurologique, les hanches, les pieds et la recherche d'une masse abdominale.

Photographier et dater plutôt que prescrire : la série vaut plus que le cliché

Devant une tache du nourrisson, ce qui remplace le bilan, c'est le compte, la mesure, la photographie et la date. Prescrire un bilan est le réflexe qui remplace l'examen. L'imagerie, de son côté, répond à 3 questions seulement, et le reste se photographie.

La photographie se prend avec une règle dans le champ, une date et le même angle. Ici la série vaut plus que le cliché, parce que l'évolution est le diagnostic : ce qui grossit puis régresse et ce qui ne bouge pas ne sont pas la même maladie. Les clichés antérieurs des parents font partie du dossier.

La biologie ne sert que dans 3 situations, qui se reconnaissent à l'œil. La première est une urgence : une tumeur vasculaire volumineuse qui grossit vite, devient violacée, se durcit et s'entoure d'ecchymoses ou de purpura consomme les plaquettes dans la lésion elle-même. Un hémogramme avec numération des plaquettes se demande le jour même, et le tableau relève du milieu spécialisé.

La deuxième concerne les tumeurs vasculaires multiples. Au-delà de plusieurs lésions cutanées, une atteinte d'un organe profond se cherche, le foie en premier, et le bilan associe une imagerie et une évaluation du fonctionnement de la thyroïde, qui peut être perturbé par une atteinte hépatique étendue. La troisième est le suivi d'un traitement, quand il est instauré : la surveillance est alors protocolisée et spécialisée.

En dehors de ces 3 cas, aucun examen biologique ne se prescrit. Une nappe bleu ardoisé, une tache brune isolée, une malformation capillaire ou une fossette banale n'ouvrent aucun bilan sanguin, et un bilan normal rassurerait à tort sur des lésions dont le pronostic ne se lit pas dans le sang. La nappe bleu ardoisé, la tache brune isolée et la fossette banale n'appellent pas davantage d'imagerie.

3 questions d'imagerie : le rachis, le cerveau, le flux

L'imagerie de ce champ répond à 3 questions : le rachis, le cerveau, le flux. Chacune a son déclencheur clinique, et tout le reste se photographie avec une règle et une date.

La première question a une date de péremption : y a-t-il une malformation fermée du rachis derrière une anomalie de la ligne médiane du dos ? L'échographie de la moelle n'est réalisable que pendant les tout premiers mois de la vie, tant que les arcs osseux ne sont pas fermés. Passé ce délai, l'examen devient une imagerie par résonance magnétique (IRM), qui demande une sédation.

Sur toute demande d'examen, le délai s'écrit dans la demande. Une échographie de la moelle demandée sans préciser que la fenêtre se referme en quelques semaines sera programmée après, et le rendez-vous obtenu sera inutile.

La deuxième question porte sur une malformation capillaire du haut du visage : s'accompagne-t-elle d'une atteinte des enveloppes du cerveau ? C'est la topographie, front et paupière supérieure, qui déclenche l'imagerie, et non la taille de la tache. Un examen ophtalmologique l'accompagne, et il sera répété.

La troisième question porte sur une lésion en relief : est-ce une tumeur ou une malformation ? L'échographie avec étude du flux le dit, quand l'histoire ne suffit pas.

Des urgences silencieuses : la respiration, l'œil, les plaquettes, un délai

Les urgences de ce champ sont silencieuses. Rien ne crie, rien ne fait mal, et pourtant l'organe se perd ou la fenêtre se ferme. L'urgence la moins visible de toutes est un délai : l'exploration d'une anomalie de la ligne médiane du dos perd sa fenêtre en quelques mois.

La respiration d'abord. Une tumeur vasculaire du bas du visage, sur la mâchoire et le menton, s'accompagne parfois d'une lésion sous les cordes vocales. Une respiration bruyante ou un cri rauque chez un nourrisson porteur d'une telle lésion est une urgence, parce que le calibre des voies aériennes y est très petit et qu'il se réduit vite.

L'œil ensuite. Une lésion qui couvre ou déforme la paupière fait perdre la vision de cet œil en quelques semaines, définitivement, sans que rien ne se voie. L'avis est urgent même si l'enfant paraît bien : attendre la régression annoncée laisse la vision se perdre pendant qu'on attend, et elle ne revient pas.

Une tumeur ulcérée ou qui saigne relève d'un avis rapide : elle est douloureuse, s'infecte et laisse une cicatrice. Une tumeur qui se durcit et s'entoure d'ecchymoses consomme les plaquettes, et ce tableau grave s'adresse le jour même.

L'atteinte du cœur peut compliquer des lésions profondes multiples. Elle se soupçonne devant une mauvaise prise de poids, un essoufflement à la tétée ou un foie augmenté de volume.

Ne rien faire et l'écrire, sauf quand le calendrier presse

La conduite la plus fréquente est de ne rien faire, et de l'écrire. La majorité des taches du nourrisson ne demandent qu'une description, une mesure, une photographie datée et un rendez-vous. Ne rien faire n'est une décision que si elle est tracée ; sinon c'est un oubli.

Ce qui échappe à cette règle est une affaire de calendrier. Une tumeur vasculaire qui menace une fonction se traite pendant sa phase de croissance, c'est-à-dire dans les premières semaines et les premiers mois. Un avis demandé après cette phase arrive alors que le traitement n'a plus grand-chose à modifier, et la lésion aura fait ce qu'elle devait faire.

Une malformation capillaire ne régresse pas, et sa prise en charge est spécialisée. Elle peut être proposée tôt, et l'objectif comme le calendrier se discutent avec les parents. Une anomalie de la ligne médiane du dos s'adresse sans attendre, avec le délai écrit sur la demande.

Certains gestes ne se font pas : appliquer un produit sur une lésion ulcérée sans avis, ou tenter de percer ou de gratter quoi que ce soit. Une régression ne se promet pas non plus sans avoir répondu à la question de la naissance.

Ce qui se programme se programme avec une date : la prochaine mesure, le prochain compte, la prochaine photographie, et le rendez-vous spécialisé quand il est indiqué, pris et noté. Une consigne sans date n'est pas un suivi.

Dire ce qui part et ce qui reste, et l'écrire au carnet de santé

Des parents ne retiennent pas « c'est bénin », ils retiennent ce qu'on leur a dit qui allait se passer. Une information utile tient donc en 3 phrases : ce qui va disparaître, ce qui ne disparaîtra pas, et à quelle date on le saura. Le reste inquiète sans informer.

Le mot « angiome » recouvre 2 choses opposées dans la bouche des familles, l'une qui part et l'autre qui reste. L'employer pour les 2 fabrique une déception ou une inquiétude, et il vaut mieux dire simplement laquelle était là à la naissance et laquelle est arrivée après.

La photographie se confie aux parents : une fois par mois, à la même distance, avec un objet de taille connue à côté. Cette série vaudra plus que n'importe quelle description au rendez-vous suivant. La nappe bleu ardoisé s'explique : elle est bénigne, elle pâlira, et elle est écrite dans le carnet de santé parce qu'elle ressemble à un coup et que d'autres la verront.

La protection du soleil vaut pour toutes ces lésions, et se dit une fois clairement plutôt que rappelée à chaque visite. Les signes qui doivent faire consulter sans attendre se donnent dans la même consultation.

Ce qui doit faire consulter sans attendre :

  • Un saignement.
  • Une ulcération.
  • Une lésion qui grossit vite.
  • Une respiration bruyante ou un cri rauque.
  • Une lésion qui gêne un œil.

Le carnet de santé est le seul document qui suit l'enfant partout, chez le médecin, à la crèche, aux urgences et à l'école. Ce qui n'y est pas écrit n'existe pas pour le professionnel suivant, et ce champ produit précisément des constatations que le suivant devra pouvoir lire. S'y écrivent la description de chaque tache, sa taille mesurée, sa topographie, la date à laquelle elle a été vue pour la première fois, et la réponse à la question de la naissance.

Chaque destinataire reçoit ce qui lui sert. Le spécialiste reçoit les photographies datées avec leur règle, les mesures, l'ancienneté et les clichés antérieurs des parents, qui valent souvent mieux que la description ; l'ophtalmologiste, ce qui est cherché et à quel rythme reprendre la surveillance. La protection maternelle et infantile et la crèche reçoivent la nappe bénigne, décrite et datée, pour qu'elle ne soit pas lue autrement. Reste une phrase que personne n'écrit : qui recompte les taches brunes, et à quelle visite, faute de quoi le compte n'est pas repris.

« Celle-ci était là à la naissance, elle restera. »

« Celle-ci est arrivée après, elle partira. »

À retenir pour la station

Demandez d'abord si la tache était là à la naissance : présente et stable, c'est une malformation qui ne régressera pas ; apparue après et grossissante, c'est une tumeur qui régressera. Examinez le nourrisson entièrement déshabillé, couche retirée, retourné sur le ventre, et inspectez la ligne médiane du dos : une fossette banale est basse, petite, isolée, et son fond se voit. Une anomalie de cette ligne s'explore sans attendre, avec le délai écrit sur la demande, l'échographie de la moelle n'étant possible que dans les tout premiers mois. Sur le visage, la topographie, front et paupière supérieure, commande l'imagerie et l'examen ophtalmologique. Les taches brunes se comptent, se mesurent et se recomptent. Le reste se photographie avec une règle et une date, et s'écrit au carnet de santé.

Sources

  1. 1

    Dermatologie

    Collège des enseignants en dermatologie de France (CEDEF). 8e édition, Réussir son DFASM, Connaissances clés (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Item 113

    Appuie : Stratégie diagnostique, Synthèse paraclinique, Iconographie, Urgence vitale, Stratégie de prise en charge, Éducation et prévention

  2. 2
    Pédiatrie (Ouvre un nouvel onglet)

    Collège national des pédiatres universitaires (CNPU) ; Collège national hospitalier et universitaire de chirurgie pédiatrique (CNHUCP). 9e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Item 47

    Appuie : Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Iconographie, Communication interprofessionnelle

  3. 3
    Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)

    Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.

    Passages utilisés : Item 113 ; Item 47 ; Item 45

    Appuie : Stratégie diagnostique, Examen clinique, Stratégie de prise en charge