Cette fiche vous apprend à trier les lésions de la muqueuse buccale par leur couleur, leur forme et leur durée, et à reconnaître celle qui se prélève quelle que soit l'explication qu'on a pour elle. Elle suit le raisonnement : le tri, l'entretien, l'examen qui touche autant qu'il regarde, ce que la photographie ne montre pas, le prélèvement, les urgences, la décision, puis ce qui se dit au patient et ce qui s'écrit pour le suivant.
SommaireEnviron 16 min
- Trier par la couleur et la forme, puis trancher par la durée
- Demander depuis quand, et ce que le patient ne rapporte pas de lui-même
- Un parcours de la bouche, langue tirée et plancher relevé, puis 2 gestes
- La photographie suit et transmet, elle ne décide pas
- Le prélèvement de la lésion, et aucun examen à sa place
- Les urgences de la bouche, dont une qui n'en a pas l'air
- Retirer la cause et prélever : 2 actes, pas 2 options
- Une phrase pour tous les patients, et une date sur chaque conclusion
- À retenir pour la station
Trier par la couleur et la forme, puis trancher par la durée
Le tri se fait sur la couleur et sur la forme, puis sur la durée. 6 cases suffisent : le blanc qui se détache, le blanc qui ne se détache pas, le rouge, l'ulcéré, le bulleux, le pigmenté. Dans chacune, c'est la durée qui tranche.
Une lésion blanche qui se détache au grattage et laisse une muqueuse rouge est une infection à levures, et la question devient pourquoi elle est là. Si elle ne se détache pas, c'est une lésion de la muqueuse elle-même. Un réseau de fines stries blanches, symétrique sur les 2 joues, est une atteinte inflammatoire chronique ; une plage blanche unique, épaissie, chez un fumeur, est une lésion à faire prélever.
Une lésion rouge, veloutée, bien limitée est plus inquiétante qu'une lésion blanche, et se prélève. Une lésion pigmentée stable et diffuse chez un fumeur est banale ; une lésion pigmentée unique qui change demande un avis.
Devant une perte de substance, c'est la durée qui décide. En deçà de 2 semaines avec une cause mécanique évidente, on retire la cause et on revoit le patient à une date écrite. Au-delà de 2 semaines, ou d'emblée si la base est infiltrée ou si le siège est le bord de langue ou le plancher, on prélève.
Des aphtes récidivants font chercher une atteinte génitale associée et un terrain. Des bulles ou des érosions sur plusieurs muqueuses, avec ou sans atteinte de la peau, sortent du cadre habituel et relèvent d'une prise en charge urgente.
Une lésion qui ne guérit pas malgré un traitement bien conduit fait reconsidérer le diagnostic. Un traitement d'épreuve qui échoue est une information, pas un motif de recommencer.
Demander depuis quand, et ce que le patient ne rapporte pas de lui-même
Une seule question commande la démarche : depuis quand ? Une lésion de moins de 2 semaines et une lésion qui dure au-delà ne relèvent pas du même raisonnement, et cette date est le premier chiffre à obtenir.
La lésion se fait ensuite décrire : unique ou récidivante, douloureuse ou non, saignante, gênante pour manger ou pour parler. L'absence de douleur ne rassure pas : les lésions les plus graves de ce champ sont longtemps indolores, et c'est précisément pour cela qu'elles arrivent tard.
Les autres muqueuses se demandent, elles ne se rapportent pas. Un patient ne fait pas le lien entre sa bouche et ses muqueuses génitales, anales ou ses yeux, et n'en parlera pas de lui-même. Poser la question change le diagnostic dans plusieurs maladies de ce champ.
Les médicaments se demandent avec leur date d'introduction. Une atteinte de plusieurs muqueuses survenant dans les jours ou les semaines qui suivent un nouveau médicament est une réaction à ce médicament jusqu'à preuve du contraire.
Le terrain fait le risque : le tabac, l'alcool, le tabac à mâcher, et surtout leur association, se chiffrent. Un corticoïde inhalé, un diabète, une immunodépression ou une sécheresse de la bouche expliquent les infections à levures récidivantes. Les causes mécaniques se cherchent aussi : prothèse mal ajustée, dent cassée, morsure répétée.
3 signes se demandent explicitement : un amaigrissement, une gêne à avaler, et une douleur d'oreille avec une oreille normale. Chez un fumeur, cette dernière oriente vers le pharynx.
Un parcours de la bouche, langue tirée et plancher relevé, puis 2 gestes
L'examen de la bouche est un parcours, pas un coup d'œil. Il se fait avec une bonne lumière, 2 abaisse-langue, une compresse et des gants, et il suit le même ordre à chaque examen.
L'ordre du parcours de la bouche :
- Les lèvres et les vestibules.
- Les gencives.
- Les faces internes des joues.
- Le palais dur et le voile.
- Le dos de la langue.
- Les bords de la langue, en la tirant avec la compresse.
- Le plancher de la bouche, en relevant la langue.
- Les piliers et les amygdales.
Les 2 régions les plus dangereuses sont les 2 qu'on ne voit pas sans manœuvre : le bord de la langue et le plancher de la bouche. Une bouche examinée sans tirer la langue n'a pas été examinée. Celle d'un fumeur qui boit s'examine entièrement à chaque consultation, parce que c'est là que siègent les lésions les plus graves et que personne ne s'y plaint tôt.
2 gestes gratuits font une bonne part du diagnostic. Gratter la lésion avec l'abaisse-langue : ce qui se détache et laisse une muqueuse rouge est une infection à levures, ce qui ne se détache pas est autre chose. Palper avec un doigt ganté : une base ferme et infiltrée sous une perte de substance est un signe d'alarme, et elle ne se voit sur aucune image.
Le cou se palpe ensuite, des 2 côtés, à la recherche d'un ganglion. Les autres muqueuses s'examinent quand l'interrogatoire les désigne, et les yeux quand l'atteinte est diffuse.
Ce qui se documente : le siège précis, la taille mesurée, la date, et le résultat du grattage et celui de la palpation. Ces 2 résultats ne figurent nulle part ailleurs.
La photographie suit et transmet, elle ne décide pas
La photographie est ici un outil de suivi et de transmission, pas un outil de diagnostic. Les 2 caractères qui décident ne s'y voient pas : une lésion se détache ou non sous l'abaisse-langue, et sa base est infiltrée ou non sous le doigt. Le cliché s'accompagne donc de ces 2 réponses, écrites.
Un cliché utile porte une règle graduée dans le champ, une date et une bonne lumière, la langue tirée ou le plancher relevé selon la région, et le nom exact du siège. Une lésion du bord de langue et une lésion du dos de la langue n'ont pas le même pronostic, et le cadrage doit permettre de dire laquelle des 2.
Ce que la série apporte, c'est la comparaison. Une lésion mesurée 2 fois avec la même règle dit ce qu'aucune impression ne dit.
Ce qui sépare 2 lésions blanches d'aspect voisin est un geste et une date : le passage de l'abaisse-langue, et la date du début. Ni l'un ni l'autre ne se voit sur une photographie.
Le prélèvement de la lésion, et aucun examen à sa place
Devant une lésion chronique de la muqueuse, aucun examen ne remplace le prélèvement de la lésion elle-même, réalisé par un professionnel formé. Ni une imagerie, ni un prélèvement de surface, ni un bilan sanguin ne disent ce qu'elle est, et les demander à sa place ne fait qu'allonger un délai déjà trop long. Le bilan reviendra normal, et la lésion aura pris 2 semaines de plus.
L'imagerie ne fait pas le diagnostic d'une lésion muqueuse, et sa normalité n'écarte rien. Un examen radiologique demandé devant une lésion visible et palpable est un délai, pas une prudence. Elle a 2 emplois précis : préciser l'état de la mâchoire et des dents avant un traitement, et évaluer l'extension d'une lésion dont la nature est déjà établie. Elle vient donc après le prélèvement, pas avant.
Un prélèvement mycologique ne se prescrit pas en routine devant un enduit typique qui se détache. Le diagnostic est clinique, la bouche est colonisée par ces levures chez beaucoup de gens, et un résultat positif ne prouve pas que la levure est la cause.
D'autres examens se prescrivent selon le contexte. Une recherche d'infection sexuellement transmissible se demande devant une ulcération de la bouche à début récent, une lésion muqueuse chez un sujet jeune ou une atteinte génitale associée. Une recherche d'immunodépression se demande devant une infection à levures répétée sans cause locale.
Devant une langue dépapillée et douloureuse, l'hémogramme, la ferritine, la vitamine B12 et les folates se dosent : une carence se corrige, et la muqueuse suit. Devant une sécheresse de la bouche, la démarche est spécialisée, et la première cause reste médicamenteuse.
Devant une atteinte de plusieurs muqueuses avec un médicament récent, aucun examen ne conditionne l'arrêt de ce médicament. Il se décide sur la clinique, sans attendre un résultat.
Les urgences de la bouche, dont une qui n'en a pas l'air
La première urgence de ce champ se reconnaît aux muqueuses avant de se reconnaître à la peau : c'est la réaction grave à un médicament. Des érosions douloureuses de 2 muqueuses ou plus, une atteinte croûteuse des lèvres, une conjonctivite, de la fièvre, et un médicament introduit dans les semaines précédentes la désignent. Le médicament s'arrête immédiatement et le patient est adressé sans délai. L'atteinte des muqueuses précède souvent le décollement de la peau, et c'est à ce moment qu'on peut encore agir.
L'obstruction des voies aériennes se reconnaît à un gonflement de la langue, du plancher ou de la gorge, à une voix modifiée, à une difficulté à avaler sa salive. La salive qui ne passe plus est un signe d'alarme majeur, et la prise en charge est immédiate.
L'infection profonde du plancher de la bouche est une urgence chirurgicale. Un plancher tendu et douloureux, une difficulté à ouvrir la bouche et de la fièvre, chez un patient dont les dents sont en mauvais état, la font évoquer, parce que l'infection descend vers le cou et le thorax. L'hémorragie sur une lésion tumorale de la bouche impose elle aussi une prise en charge immédiate.
La dernière urgence n'en a pas l'air : c'est un délai. Une lésion à risque non prélevée continue d'évoluer pendant qu'on attend, et ce délai est ce qui change le plus souvent le pronostic dans ce champ.
Ce qui se vérifie tient en peu de gestes : le nombre de muqueuses atteintes, les médicaments récents datés, la voix, la déglutition de la salive et la respiration, la palpation du plancher et l'ouverture de la bouche, la température et l'état général, un saignement actif. Le délai de prélèvement se vérifie aussi, et se raccourcit.
Retirer la cause et prélever : 2 actes, pas 2 options
Retirer la cause et prélever la lésion ne sont pas 2 options, ce sont 2 actes. Devant une lésion attribuée à une dent cassée ou à une prothèse, on fait réparer, et on prélève si la durée ou l'aspect l'imposent. Choisir l'un contre l'autre est la faute la plus fréquente de ce champ.
Un traitement d'épreuve sur une lésion à risque, avec un « à revoir dans un mois », ne se fait pas. C'est un délai déguisé en prudence, et le mois passe. De même, « à revoir après réparation » écrit sans date de réévaluation vaut acquittement définitif.
Devant une infection à levures, le traitement local est efficace, mais la question qui compte est pourquoi elle est là. Un corticoïde inhalé sans rinçage, une prothèse portée la nuit, une sécheresse, un diabète, une immunodépression se cherchent : sans correction de la cause, elle revient.
Les autres lésions ont chacune leur conduite. Les formes non érosives d'une atteinte inflammatoire chronique de la muqueuse se surveillent régulièrement et longtemps ; les formes érosives relèvent d'un traitement spécialisé. Les aphtes relèvent d'un antalgique local, de l'éviction des facteurs déclenchants identifiés, et d'un avis si l'atteinte est bipolaire ou invalidante.
Certaines mesures accompagnent toutes les autres : la remise en état des dents, l'hygiène de la bouche, et l'arrêt du tabac avec la réduction de l'alcool, abordés le jour même et non après le diagnostic. Attendre le résultat pour en parler perd la seule consultation où le patient est disposé à l'entendre. La réévaluation et le rendez-vous spécialisé se programment avec une date.
Une phrase pour tous les patients, et une date sur chaque conclusion
Une seule phrase, donnée à tous, ferait gagner des mois dans ce champ : toute plaie de la bouche qui n'a pas guéri en 2 semaines se remontre. Elle est simple, elle se retient, et elle ne demande au patient aucune compétence.
Au patient sous corticoïde inhalé s'apprend le rinçage de la bouche après chaque prise, suivi d'un crachat. Cette consigne est régulièrement omise à la prescription, et son absence explique la plupart des infections à levures de ce champ ; le pharmacien la donne aussi à la délivrance, parce qu'elle est plus souvent lue que dite. Au porteur de prothèse s'apprend à la retirer la nuit, à la nettoyer, et à consulter pour toute zone qui frotte plutôt que de s'y habituer.
Au fumeur se montre comment regarder sa propre bouche, langue tirée devant un miroir, à la recherche d'une tache blanche ou rouge qui ne part pas, d'une plaie qui ne guérit pas, d'une gêne qui dure. Le tabac et l'alcool ne s'additionnent pas sur cette muqueuse, ils se multiplient, et réduire l'un des 2 change déjà le risque : cette multiplication parle plus qu'un discours général. Le suivi dentaire régulier est une mesure de dépistage, pas un confort.
Ce qui doit faire consulter sans attendre :
- Une plaie qui saigne.
- Une gêne à avaler.
- Une dent qui bouge sans raison.
- Une modification de la voix.
- Un gonflement du cou.
Le chirurgien-dentiste voit la bouche d'un fumeur plus souvent que le médecin, et c'est avec lui que se joue la précocité du diagnostic. La relation se construit dans les 2 sens : lui signaler un patient à risque, et lui demander de signaler toute lésion qui dure.
Une conclusion qui attribue une lésion à un frottement porte une date de réévaluation. Sans elle, elle vaut acquittement définitif : le patient ne revient pas, et la lésion continue. Écrire « à revoir dans 2 semaines, le tant » n'est pas une formalité, c'est ce qui rattrape la plupart des retards de ce champ. Au médecin traitant se disent qui revoit, quand, et ce qui doit faire avancer le rendez-vous.
À celui qui prélèvera se transmettent le siège exact, la taille mesurée, la date de début, le résultat du grattage et celui de la palpation, la photographie avec sa règle, et le tabac et l'alcool chiffrés. Les 2 résultats de gestes valent plus que toute description d'aspect. Quand elle est vraie, une phrase s'écrit aussi : la lésion n'a pas été prélevée, et voici pourquoi. Une abstention argumentée se relit ; une abstention muette se répète.
« Toute plaie de la bouche qui n'a pas guéri en 2 semaines se remontre. »
« Une plaie de la bouche qui dure plus de 2 semaines n'est plus une plaie banale. »
À retenir pour la station
Demandez d'abord depuis quand : une perte de substance de la bouche qui dure au-delà de 2 semaines se prélève, quelle que soit l'explication qu'on a pour elle, et d'emblée si sa base est infiltrée ou si elle siège au bord de langue ou au plancher. Examinez la bouche entière, langue tirée et plancher relevé, et touchez-la : ce qui se détache à l'abaisse-langue est une infection à levures, ce qui ne se détache pas est autre chose. Ces 2 réponses ne se voient sur aucune photographie et s'écrivent sous le cliché. Aucun examen ne remplace le prélèvement. Retirer la cause et prélever sont 2 actes, et toute conclusion porte une date de réévaluation. Le tabac et l'alcool s'abordent le jour même.
S'entraîner sur cette situation
Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.
Sources
ORL. Réussir son DFASM, Connaissances clés
Collège français d'ORL et de chirurgie cervico-faciale. 5e édition (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
Dermatologie
Collège des enseignants en dermatologie de France (CEDEF). 8e édition, Réussir son DFASM, Connaissances clés (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
- Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)
Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.
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