Fiche de révision
Contraction utérine chez une femme enceinte
Une contraction se reconnaît à son relâchement, et un utérus qui reste dur entre les douleurs ne relève ni de la même cause ni du même tempo.
Sommaire
Entretien et interrogatoire
⚠️ Le mot « contractions » est celui que la patiente connaît, et il n'est pas toujours celui qui décrit ce qu'elle vit. L'interrogatoire commence donc par faire préciser ce que le mot recouvre, et une seule question suffit : le ventre se relâche-t-il entre les douleurs ?
Le rythme et l'évolution : depuis quand, à quel intervalle, en s'espaçant ou en se rapprochant, avec quelle intensité, et ce qui les déclenche ou les calme.
⚠️ Trois questions ne se posent jamais spontanément par la patiente et changent la conduite : sent-elle bouger l'enfant, et depuis quand la dernière fois ; a-t-elle perdu du sang, de quelle couleur et en quelle quantité ; a-t-elle perdu du liquide, et depuis quand.
Le terme exact se calcule et ne s'estime pas : il commande le lieu de la prise en charge autant que le traitement.
Le terrain qui pèse : accouchement prématuré antérieur, chirurgie du col, grossesse multiple, hypertension, diabète, tabac, infection urinaire récente, travail pénible ou trajets longs.
Les signes qui orientent ailleurs : fièvre et pertes malodorantes, brûlures en urinant, céphalée et troubles de la vue, douleur sous les côtes.
Et le contexte : qui l'accompagne, comment elle est venue, à quelle distance de la maternité elle habite.
À retenir
- Le mot contractions est celui que la patiente connaît, pas celui qui décrit ce qu'elle vit.
- Une seule question suffit : le ventre se relâche-t-il entre les douleurs.
- Les mouvements de l'enfant ne se rapportent jamais spontanément.
- Le terme se calcule et ne s'estime pas : il commande le lieu autant que le traitement.
- Un accouchement prématuré antérieur est le facteur de risque le plus fort.
En pratique
- Relâchement du ventre entre les douleurs
- Rythme, intervalle et évolution
- Mouvements de l'enfant et heure du dernier
- Saignement, couleur et abondance
- Perte de liquide
- Terme exact calculé
- Antécédents obstétricaux et facteurs de risque
- Fièvre, signes urinaires, signes d'hypertension
Examen clinique
⚠️ Le geste central de cet examen est de garder la main posée sur l'utérus entre deux douleurs. C'est ainsi, et seulement ainsi, que l'on constate un relâchement complet ou son absence, et cette perception vaut plus que toute la description que la patiente peut en faire.
La palpation apprécie : le tonus de base, la durée et la fréquence des durcissements, la hauteur utérine, la présentation, et la douleur provoquée.
Les constantes maternelles : pression artérielle prise dans de bonnes conditions et répétée, fréquence cardiaque, température.
Le fœtus : les bruits du cœur se cherchent, et leur rythme se compte.
L'examen au spéculum précède le toucher quand il y a du sang ou une suspicion de rupture : il montre l'origine du saignement et le liquide, et il n'a aucun risque.
⚠️ Le toucher vaginal ne se fait qu'après avoir su où est le placenta, et cette règle est développée dans la section consacrée à la procédure.
Ce qui se cherche ailleurs : des œdèmes d'apparition récente, des réflexes vifs, une douleur des lombes, une douleur sous les côtes.
⚠️ Une perception qui doit alerter immédiatement : un utérus dur, douloureux, qui ne se laisse pas déprimer, chez une patiente qui pâlit.
À retenir
- Garder la main sur l'utérus entre deux douleurs est le geste central.
- Cette perception vaut plus que la description que la patiente peut en faire.
- L'examen au spéculum précède le toucher et n'a aucun risque.
- Le toucher vaginal ne se fait qu'après avoir su où est le placenta.
- Un utérus dur qui ne se laisse pas déprimer chez une patiente qui pâlit alerte seul.
En pratique
- Main posée sur l'utérus entre deux douleurs
- Tonus de base, fréquence et durée des contractions
- Hauteur utérine et présentation
- Pression artérielle répétée, pouls, température
- Bruits du cœur fœtal
- Spéculum si sang ou suspicion de rupture
- Œdèmes, réflexes, douleur sous les côtes
- Placenta localisé avant tout toucher
Synthèse paraclinique
Iconographie
Trois questions se posent à l'échographie, et elles ne se posent pas dans le même temps.
⚠️ La première, et elle conditionne un geste : où est le placenta ? Un placenta qui recouvre ou frôle l'orifice interne du col interdit le toucher vaginal. La réponse figure souvent déjà dans un compte rendu du dossier, et il faut la chercher avant de la redemander.
⚠️ Une nuance qui trompe régulièrement : un placenta bas inséré au deuxième trimestre est banal, et la croissance de l'utérus l'éloigne le plus souvent de l'orifice au troisième. C'est le compte rendu le plus récent qui fait foi, et un compte rendu ancien lu seul fait renoncer à un examen qui est permis.
La deuxième : la longueur du col mesurée par voie vaginale, plus reproductible et plus précoce que l'appréciation au doigt. Elle a une valeur pronostique, et surtout une valeur rassurante forte quand elle est longue.
La troisième : l'enfant, sa croissance, la quantité de liquide et les doppler, qui disent son état.
L'enregistrement du rythme cardiaque fœtal, sans être une imagerie, se conduit en même temps : il enregistre aussi les contractions et objective leur fréquence et leur relâchement.
⚠️ Ce qu'aucune image ne remplace : la main posée sur l'utérus.
À retenir
- Où est le placenta : la première question, et elle conditionne un geste.
- Un placenta bas au deuxième trimestre est banal et s'éloigne au troisième.
- C'est le compte rendu le plus récent qui fait foi.
- La mesure du col est plus reproductible que l'appréciation au doigt.
- L'enregistrement objective la fréquence des contractions et leur relâchement.
En pratique
- Position du placenta cherchée dans le dossier
- Date de chaque compte rendu vérifiée
- Longueur du col mesurée par voie vaginale
- Croissance, liquide et doppler
- Enregistrement du rythme cardiaque fœtal
- Contractions objectivées sur le tracé
Stratégie diagnostique
⚠️ La première question n'est pas la cause, c'est de savoir si l'utérus se relâche.
S'il se relâche, il s'agit de contractions. Elles peuvent être physiologiques, irrégulières, indolores et sans effet sur le col ; ou pathologiques, régulières, douloureuses et accompagnées d'une modification du col, ce qui définit la menace d'accouchement prématuré avant le terme. Le col se juge à la mesure autant qu'au doigt.
S'il ne se relâche pas, on n'est plus dans le même chapitre. ⚠️ Une contracture permanente, douloureuse, avec un saignement même minime et une souffrance de l'enfant, évoque un décollement prématuré du placenta, dont le tableau se reconnaît sans aucun examen. Le volume du sang extériorisé ne dit rien de la gravité, parce que le sang peut rester derrière le placenta.
Ce qui déclenche des contractions et qui se cherche systématiquement : une infection urinaire, une infection vaginale, une rupture de la poche des eaux, une grossesse multiple, un excès de liquide, une malformation utérine.
Ce qui n'est pas une contraction et qui s'en approche : une colique néphrétique, une appendicite, une torsion, un fibrome qui souffre.
⚠️ Et une cause qui ne se manifeste que par des contractions : une infection de l'œuf, à évoquer devant une fièvre, un liquide teinté ou malodorant, un fœtus rapide et une contracture douloureuse.
À retenir
- La première question n'est pas la cause, c'est de savoir si l'utérus se relâche.
- Une contracture douloureuse avec saignement minime évoque un décollement.
- Le volume du sang extériorisé ne dit rien de ce qui saigne derrière.
- Une infection urinaire ou vaginale se cherche devant toute contraction avant terme.
- Une infection de l'œuf peut ne se manifester que par des contractions.
En pratique
- Relâchement établi par la main et par le tracé
- Régularité, douleur et retentissement sur le col
- Saignement et son aspect
- Mouvements et rythme cardiaque de l'enfant
- Recherche d'une infection urinaire et vaginale
- Rupture de la poche des eaux cherchée au spéculum
- Causes non obstétricales envisagées
Urgence vitale
Deux vies sont en jeu, et les signes qui les menacent ne sont pas les mêmes.
⚠️ Le décollement prématuré du placenta est l'urgence de ce champ. Douleur abdominale permanente, utérus dur qui ne se relâche jamais, saignement souvent minime et noirâtre, souffrance ou mort de l'enfant, sur un terrain d'hypertension le plus souvent. Le tableau se reconnaît sans examen, et chaque minute compte.
La rupture utérine, chez une patiente porteuse d'une cicatrice, associe une douleur brutale, une modification du rythme cardiaque fœtal et parfois une disparition des contractions.
L'infection de l'œuf avec fièvre, contracture et liquide malodorant met en jeu le pronostic maternel et fœtal.
La prééclampsie sévère se reconnaît à la pression artérielle, à la céphalée, aux troubles de la vue et à la douleur sous les côtes.
Ce qui se fait sans attendre : installer, poser une voie veineuse, mesurer la pression artérielle, surveiller la mère et l'enfant en continu, et appeler l'obstétricien de garde immédiatement.
⚠️ Ce qui se transmet tient en cinq éléments : le terme, le caractère permanent ou non de la dureté, les mouvements perçus, le saignement, la pression artérielle. ⚠️ Un appel passé tôt avec des éléments incomplets vaut mieux qu'un appel tardif avec un dossier complet.
À retenir
- Le tableau du décollement se reconnaît sans examen, et chaque minute compte.
- Une disparition des contractions chez une patiente cicatricielle n'est pas une amélioration.
- Cinq éléments suffisent à transmettre la situation.
- Un appel passé tôt avec des éléments incomplets vaut mieux qu'un appel tardif complet.
- Deux vies sont en jeu et les signes qui les menacent ne sont pas les mêmes.
En pratique
- Relâchement de l'utérus vérifié à la main
- Mouvements de l'enfant et rythme cardiaque
- Saignement et pâleur maternelle
- Pression artérielle et signes d'hypertension
- Température et aspect du liquide
- Voie veineuse et surveillance continue
- Obstétricien appelé sans attendre
- Cinq éléments transmis
Stratégie de prise en charge
⚠️ La décision qui change le plus le devenir de l'enfant n'est pas un médicament, c'est un lieu. Transférer la mère avant la naissance vaut mieux que transférer l'enfant après, et cette décision se prend tôt, sur le terme et sur la distance, avant que le travail ne rende le transport impossible.
Ce qui se décide en même temps, et qui relève du milieu obstétrical : le traitement qui freine les contractions, dont l'objectif n'est pas d'empêcher l'accouchement mais de gagner le temps nécessaire au transfert et au traitement de maturation ; la maturation pulmonaire de l'enfant, dont le bénéfice est majeur et dont le délai d'action se compte en heures ; et la protection du cerveau de l'enfant avant les termes les plus bas.
Ce qui se traite en parallèle : la cause. Une infection urinaire ou vaginale se traite, et ne pas la chercher fait échouer le reste.
⚠️ Ce qui ne se fait pas : renvoyer chez elle une patiente qui contracte avant le terme sans avoir vu son col ni enregistré l'enfant, et différer le transfert parce que la patiente va bien à cet instant.
Ce qui se dit à la patiente : ce qui se passe, ce qui va être fait dans l'heure, et pourquoi elle change d'établissement.
Et ce qui se programme : la surveillance, le rythme des réévaluations, et la suite si les contractions cèdent.
À retenir
- La décision qui change le plus le devenir de l'enfant est un lieu, pas un médicament.
- Le traitement qui freine les contractions sert à gagner du temps, pas à empêcher.
- Le bénéfice de la maturation pulmonaire se compte en heures d'avance.
- Ne pas chercher l'infection fait échouer tout le reste.
- Différer un transfert parce que la patiente va bien à cet instant est une faute.
En pratique
- Terme et niveau de la maternité confrontés
- Transfert décidé tôt et organisé
- Traitement de freinage discuté avec l'obstétricien
- Maturation pulmonaire envisagée selon le terme
- Cause infectieuse cherchée et traitée
- Aucune sortie sans examen du col ni enregistrement
- Information de la patiente sur le changement d'établissement
- Surveillance et réévaluations programmées
Procédure et geste technique
⚠️ Le premier temps d'un toucher vaginal du troisième trimestre n'est pas un geste, c'est une vérification : savoir où est le placenta. Un placenta qui recouvre ou frôle l'orifice interne interdit l'examen, et le pratiquer peut déclencher une hémorragie. La réponse est souvent déjà dans le dossier, et c'est le compte rendu le plus récent qui fait foi.
Ce qui précède ensuite le geste : vérifier l'indication, expliquer ce qu'on va faire et pourquoi, obtenir l'accord. Un examen intime annoncé est un examen accepté.
Les conditions : porte fermée, patiente couverte et découverte le temps nécessaire, éclairage orienté, personne d'autre sans raison. Ce n'est pas une politesse, c'est une condition d'exécution.
La technique : hygiène des mains, gants, vessie vide, décubitus dorsal jambes fléchies, examen à deux doigts avec l'autre main posée sur l'abdomen, qui fixe et apprécie la présentation.
Ce qui se décrit, dans cet ordre : la longueur du col, sa consistance, sa position, son degré d'ouverture, la nature et la hauteur de la présentation, l'état de la poche des eaux.
⚠️ Ce qui fait interrompre : un saignement qui apparaît pendant l'examen, une douleur intense, et un cordon perçu devant la présentation, qui impose de ne pas retirer les doigts et d'appeler.
⚠️ Ce qui se note aussitôt : un toucher vaginal qui n'est pas écrit sera refait, souvent plusieurs fois dans la même garde.
À retenir
- Le premier temps de ce geste n'est pas un geste, c'est une vérification.
- C'est le compte rendu le plus récent qui fait foi.
- Un examen intime annoncé est un examen accepté.
- Un cordon perçu devant la présentation impose de ne pas retirer les doigts.
- Un toucher vaginal qui n'est pas écrit sera refait dans la même garde.
En pratique
- Position du placenta connue sur le compte rendu récent
- Indication vérifiée, geste expliqué, accord obtenu
- Porte fermée, drap, éclairage
- Hygiène des mains, gants, vessie vide
- Deux doigts, main abdominale posée
- Longueur, consistance, position, ouverture du col
- Nature et hauteur de la présentation, poche des eaux
- Résultat noté immédiatement
Annonce et information
Éducation et prévention
⚠️ La consigne la plus utile de ce champ est une consigne de définition : une contraction qui ne se relâche pas, ou une douleur qui ne s'arrête jamais, se fait voir sans attendre. Beaucoup de femmes attendent parce qu'elles pensent qu'il faut compter les contractions, et qu'une douleur continue ne rentre dans aucun compte.
Ce qui se dit à toute femme enceinte, une fois et clairement : consulter sans attendre devant du sang, une perte de liquide, des contractions douloureuses et régulières avant le terme, une fièvre, ⚠️ et une diminution des mouvements de l'enfant. Ce dernier signe est le plus souvent tu, parce qu'il inquiète.
Ce qui se prévient réellement : le tabac, dont l'arrêt reste la mesure la plus efficace ; les infections urinaires, qui se dépistent selon les recommandations ; et la charge de travail et les trajets, qui se discutent avec le médecin du travail plutôt qu'après coup.
Ce qui se prépare quand un risque est identifié : le lieu d'accouchement, le trajet, et le numéro à appeler la nuit, écrit et gardé sur soi.
⚠️ Ce qui se dit à celle qui a déjà accouché prématurément : le risque de récidive existe et il se prépare, avec un suivi adapté dès le début de la grossesse suivante. Le dire au bon moment change ce qui peut être fait.
À retenir
- Une douleur continue ne rentre dans aucun compte de contractions.
- C'est pour cela que les femmes attendent, et il faut le dire autrement.
- La diminution des mouvements est le signe le plus souvent tu, parce qu'il inquiète.
- L'arrêt du tabac reste la mesure de prévention la plus efficace.
- Le risque de récidive se prépare dès le début de la grossesse suivante.
En pratique
- Consigne sur la douleur qui ne s'arrête pas
- Cinq motifs de consultation immédiate donnés
- Diminution des mouvements nommée explicitement
- Arrêt du tabac abordé
- Dépistage des infections urinaires
- Charge de travail et trajets discutés
- Lieu, trajet et numéro de nuit préparés
- Risque de récidive expliqué le cas échéant
Communication interprofessionnelle
⚠️ Cette situation se joue à plusieurs établissements, et la transmission conditionne le lieu de naissance de l'enfant. L'appel à l'obstétricien de garde n'est pas un compte rendu : c'est une demande de décision, et il se structure en conséquence.
Ce qui se dit dans l'ordre : le terme exact, ce qui amène, le caractère permanent ou non de la dureté de l'utérus, les mouvements perçus par la mère, le saignement, la pression artérielle, et ce qui a déjà été fait.
⚠️ Ce qui se dit et qui manque presque toujours : la distance et le moyen de transport, parce que c'est ce qui décide si le transfert est encore possible.
Au service qui accueille : le dossier de suivi, les comptes rendus d'échographie avec leurs dates, le groupe sanguin, les sérologies, et les traitements en cours.
Au transporteur : ce qui peut se produire pendant le trajet, et ce qui doit le faire s'arrêter.
À la sage-femme et à l'équipe : le rythme de surveillance, ce qui doit faire rappeler, et le fait qu'un toucher vaginal déjà noté n'a pas besoin d'être refait.
Au médecin traitant et à la maternité d'origine : la décision prise et sa raison, pour que la patiente n'ait pas à la réexpliquer elle-même.
À retenir
- L'appel n'est pas un compte rendu, c'est une demande de décision.
- La distance et le moyen de transport manquent presque toujours.
- Ils décident pourtant si le transfert est encore possible.
- Les comptes rendus d'échographie se transmettent avec leurs dates.
- Un toucher vaginal déjà noté n'a pas besoin d'être refait.
En pratique
- Terme exact annoncé en premier
- Caractère permanent de la dureté précisé
- Mouvements, saignement, pression artérielle
- Distance et moyen de transport
- Comptes rendus d'échographie avec leurs dates
- Groupe sanguin, sérologies, traitements
- Consignes de surveillance à l'équipe
- Décision et raison transmises à la maternité d'origine