Cette fiche vous apprend à prouver qu'une urine rouge contient des hématies, à séparer le glomérule de la voie excrétrice, puis à conduire le bilan tumoral jusqu'au bout malgré les pièces du dossier qui rassurent à tort. Elle suit le raisonnement : la règle et les 2 tris, l'entretien, l'examen, les urgences, l'examen des urines, l'imagerie, les fausses réassurances, puis le traitement et la demande d'avis.
SommaireEnviron 15 min
- Une hématurie macroscopique de l'adulte est une tumeur, jusqu'à preuve du contraire
- Le moment de la miction, les caillots, et un terrain qui pèse plus qu'ailleurs
- Vérifier que le saignement est urinaire, puis chercher le glomérule et le globe
- Les 3 urgences, dont 2 se voient au lit de la personne
- L'examen des urines répond à 2 questions, avant toute imagerie
- Le haut appareil par l'uroscanner, la vessie par la cystoscopie
- 4 fausses réassurances, et aucune n'arrête le bilan
- Traiter le retentissement, puis écrire une demande qui obtient le rendez-vous
- À retenir pour la station
Une hématurie macroscopique de l'adulte est une tumeur, jusqu'à preuve du contraire
La démarche se construit sur une règle posée avant tout raisonnement : une hématurie macroscopique de l'adulte est une tumeur urothéliale jusqu'à preuve du contraire. Cette preuve ne s'obtient que par le bilan complet, du haut appareil et du bas appareil.
Le raisonnement suit 3 étapes. Prouver que les urines rouges contiennent bien des hématies ; séparer une origine glomérulaire d'une origine urologique ; puis conduire le bilan tumoral jusqu'au bout, malgré les fausses réassurances qui invitent à l'arrêter.
Le premier tri se fait sur l'examen des urines, avant de demander une imagerie : glomérulaire ou urologique. Une orientation glomérulaire fait demander un avis néphrologique ; une orientation vers la voie excrétrice fait poursuivre par l'imagerie et la cystoscopie, et le chapitre de l'examen des urines dit sur quels signes se fait ce tri.
Le second tri se fait sur le contexte, pour hiérarchiser les causes urologiques. Une douleur lombaire paroxystique oriente vers la lithiase ; une fièvre avec brûlures oriente vers l'infection, sans exclure une lésion sous-jacente. Une hématurie indolore chez un homme de plus de 50 ans, tabagique ou exposé aux amines aromatiques, fait chercher d'abord une tumeur de vessie, puis une tumeur du haut appareil, puis une tumeur du rein.
Le moment de la miction, les caillots, et un terrain qui pèse plus qu'ailleurs
L'interrogatoire d'une hématurie tient en 3 blocs, et il faut les 3 pour orienter. Le premier caractérise le saignement, et le moment de la miction où les urines sont rouges oriente vers l'étage. Un début de miction oriente vers une origine urétrale ou prostatique, une fin de miction vers une origine vésicale, et toute la miction vers une origine rénale ou vers une hématurie si abondante que la distinction s'efface.
Le nombre d'épisodes, leur date, la présence de caillots et leur forme, la douleur et son siège complètent le tableau. Le deuxième bloc cherche ce qui accompagne : brûlures, pollakiurie, impériosité, fièvre, douleur lombaire, amaigrissement, œdèmes. Une hématurie douloureuse avec fièvre oriente vers l'infection, une douleur lombaire paroxystique vers la lithiase, et une hématurie indolore vers la tumeur : c'est la présentation la plus trompeuse, parce que rien n'y fait peur.
Le troisième bloc recueille le terrain, qui pèse ici plus qu'ailleurs. Le tabagisme et l'exposition professionnelle aux amines aromatiques sont les 2 facteurs de risque de tumeur urothéliale à rechercher et à chiffrer : le tabac en paquets-années, et non qualifié, l'exposition en nommant les produits. La question se pose ainsi : « Avez-vous travaillé avec des colorants, des peintures, du caoutchouc ou des solvants ? »
L'âge et les antécédents qui exposent à une tumeur de vessie se notent aussi : une radiothérapie pelvienne, un traitement par cyclophosphamide, une bilharziose. Les anticoagulants et les antiagrégants se notent, sans que le saignement leur soit attribué.
L'entretien se termine par ce que la personne croit. Beaucoup pensent à un effort, à une betterave ou à leur traitement, et attendent qu'on le confirme. Reprendre cette explication à son compte est le moyen le plus simple d'arrêter un bilan avant qu'il ne commence : elle s'entend, elle ne se reprend pas.
« Les urines sont-elles rouges au début de la miction, à la fin, ou du début à la fin ? »
« Combien de cigarettes par jour, et pendant combien d'années ? »
Vérifier que le saignement est urinaire, puis chercher le glomérule et le globe
L'examen commence par vérifier que le saignement est bien urinaire, ce qui n'est pas acquis. Chez la femme, un saignement génital se confond avec une hématurie, et l'origine urinaire se confirme avant toute exploration.
Les constantes viennent ensuite, et d'abord la pression artérielle. Une hypertension associée à des œdèmes et à une hématurie oriente vers une atteinte glomérulaire, ce qui change entièrement la démarche et l'interlocuteur. La pression se prend donc, et se rapporte à cette hypothèse.
La palpation cherche 3 choses. Un contact lombaire, une masse ou une douleur provoquée d'une fosse lombaire ; un globe vésical, cherché à la palpation et à la percussion, dont la présence chez une personne qui saigne signe une rétention par caillotage et impose une conduite immédiate ; chez l'homme, au toucher rectal, le volume, la consistance et la régularité de la prostate. Un volume augmenté ne conclut rien, un nodule dur oriente.
Le reste de l'examen cherche le retentissement et le terrain : pâleur conjonctivale, œdèmes des membres inférieurs, adénopathies, varicocèle d'apparition récente chez l'homme, qui peut accompagner une tumeur du rein. L'examen est le plus souvent normal, et un examen normal n'allège en rien l'exploration.
« Ces saignements surviennent-ils en dehors des règles, et êtes-vous sûre qu'ils viennent des urines ? »
« Je palpe vos lombes et votre ventre pour chercher une masse et une vessie pleine. »
Les 3 urgences, dont 2 se voient au lit de la personne
3 situations font de l'hématurie une urgence, et 2 d'entre elles se voient au lit de la personne : le globe vésical se cherche donc avant que le bilan étiologique ne soit prescrit. Dans les 3 cas, la démarche commence de la même façon : constantes complètes, voie veineuse, évaluation du retentissement. L'urologue s'appelle en énonçant les critères de gravité, plutôt qu'en les laissant déduire d'un récit.
La rétention par caillotage d'abord. La personne ne peut plus uriner, le globe est douloureux, et l'obstacle est fait de caillots. La conduite est le sondage par une sonde large à double courant et le lavage vésical, avant le bilan étiologique, et le type comme le calibre de la sonde se nomment.
La déglobulisation ensuite. Une hématurie abondante et prolongée fait perdre du sang, et le retentissement se chiffre : fréquence cardiaque, pression artérielle, pâleur, hémoglobine. La transfusion se discute sur la tolérance, et non sur le seul chiffre.
Le sepsis d'origine urinaire enfin. Une hématurie fébrile avec frissons, en particulier au-dessus d'un obstacle, expose au choc septique : hémocultures, antibiothérapie sans attendre le résultat, et drainage de l'obstacle. L'antibiotique seul ne traite pas une voie excrétrice bloquée.
« Votre vessie est bloquée par des caillots : je pose une sonde large et je la lave. »
« J'appelle l'urologue : hématurie abondante, rétention par caillots, hémoglobine en baisse. »
L'examen des urines répond à 2 questions, avant toute imagerie
L'examen cytobactériologique des urines est le premier examen, et il répond à 2 questions à lui seul. Le compte des hématies se lit avant toute autre ligne, et avant toute conclusion sur la bandelette.
Première question : y a-t-il vraiment des hématies. L'hématurie se définit par un compte supérieur à 10⁴/mL ; en dessous, une coloration rouge relève d'une autre cause : betterave, rifampicine, métronidazole, myoglobinurie, hémoglobinurie, porphyrie. La bandelette ne suffit pas à conclure : elle réagit aussi à l'hémoglobine et à la myoglobine libres, et c'est ainsi qu'une rhabdomyolyse se lit comme une hématurie.
Deuxième question : le saignement vient-il du glomérule ou de la voie excrétrice. 3 signes font pencher vers le glomérule et se lisent sur le même examen : des hématies déformées, des cylindres hématiques, une protéinurie associée. Leur absence oriente vers une origine urologique et fait poursuivre par l'imagerie et la cystoscopie.
Le reste du bilan se choisit sur cette orientation. La créatininémie et le débit de filtration glomérulaire estimé se connaissent avant toute injection de produit de contraste. L'hémogramme chiffre le retentissement, et le bilan d'hémostase ne cherche pas une cause mais une aggravation.
La cytologie urinaire compte quand elle est positive, et ne dit rien quand elle est négative : une cytologie négative n'écarte pas une tumeur et ne dispense pas de la cystoscopie. Ni l'importance du saignement ni sa répétition ne préjugent de la cause, et une hématurie microscopique persistante appelle la même exploration qu'un épisode macroscopique isolé.
« La bandelette est positive, mais elle réagit aussi à l'hémoglobine libre : je fais compter les hématies. »
« Il y a des hématies déformées et une protéinurie : cette hématurie vient du rein, pas de la vessie. »
Le haut appareil par l'uroscanner, la vessie par la cystoscopie
L'imagerie d'une hématurie urologique poursuit 2 buts : explorer le haut appareil et explorer la vessie. Aucun examen ne fait les 2, et c'est la source d'erreur la plus fréquente de cette situation. La cystoscopie se demande donc en même temps que l'imagerie du haut appareil.
L'uroscanner est l'examen de référence du haut appareil : un scanner abdominopelvien avec injection et temps excrétoire. Ce temps n'est pas un raffinement, c'est lui qui opacifie les cavités et rend visible une lésion de la voie excrétrice supérieure. Un scanner sans temps excrétoire ne répond pas à la question posée, sa conclusion ne vaut que pour le parenchyme, et la présence de ce temps se vérifie avant de lire la conclusion.
L'échographie garde une place, à condition de connaître sa portée. Elle est accessible et non irradiante, elle voit bien les tumeurs du rein de taille suffisante et les dilatations. Elle voit mal la vessie quand celle-ci est peu remplie, et mal les petites lésions vésicales : sa conclusion se lit avec les conditions d'examen qui la précèdent, et une échographie sans anomalie ne dispense pas de la cystoscopie.
La cystoscopie explore la vessie et l'urètre. Elle se fait en consultation, sous anesthésie locale, et elle reste nécessaire devant une hématurie macroscopique de l'adulte, aucune imagerie ne montrant les lésions planes de l'urothélium. Elle s'annonce simplement : « L'imagerie ne suffira pas : il faut regarder la vessie de l'intérieur. »
« Je demande un uroscanner avec temps excrétoire, parce que c'est ce temps qui montre la voie excrétrice. »
« Cette échographie a été faite vessie peu remplie : sa conclusion ne vaut pas pour la vessie. »
4 fausses réassurances, et aucune n'arrête le bilan
Ce que l'arbre ne dit pas est ce qui fait perdre les diagnostics, et cela tient en 4 fausses réassurances. Chacune se nomme et s'écarte, une par une, avant de conclure.
Le saignement s'est arrêté : cela ne conclut rien, une hématurie tumorale étant intermittente par nature. Les urines sont stériles, ou au contraire infectées : ni l'un ni l'autre n'écarte une tumeur, et une infection urinaire documentée impose un contrôle des urines après le traitement, faute de quoi elle sert d'explication sans que rien ne l'ait prouvé.
L'échographie est normale : elle ne voit pas les lésions planes. Le patient est sous anticoagulant ou antiagrégant : le traitement ne crée pas l'hématurie, il révèle une lésion qui saigne, et le bilan reste le même.
La conclusion énonce ensemble 2 hypothèses : la plus probable, et celle qu'on ne peut pas manquer. Le bilan se poursuit malgré l'arrêt du saignement, des urines stériles ou un anticoagulant.
« Votre saignement s'est arrêté, et cela ne change rien : ce type de saignement s'arrête et revient. »
« Mon hypothèse la plus probable est une lésion de la vessie, et c'est aussi celle que je ne peux pas manquer. »
Traiter le retentissement, puis écrire une demande qui obtient le rendez-vous
La prise en charge se décide sur 2 plans : ce qui se fait tout de suite, et ce qui s'organise. Tout de suite, le retentissement se traite : lever une rétention, corriger une anémie mal tolérée, traiter une infection documentée. Rien de tout cela n'attend le diagnostic étiologique, rien ne le remplace ni ne le diffère, et ce traitement ne clôt pas la consultation.
Les traitements en cours se reconsidèrent sans s'arrêter par réflexe. Un anticoagulant prescrit pour une fibrillation atriale protège d'un accident vasculaire cérébral ; l'arrêter pour une hématurie dont la cause n'est pas cherchée échange un risque connu contre un autre. La décision se prend avec le prescripteur, une fois la cause identifiée, et ce choix se dit à la personne.
Une orientation glomérulaire change d'interlocuteur : hématies déformées, protéinurie, hypertension ou insuffisance rénale font demander un avis néphrologique plutôt qu'urologique. Les motifs de retour immédiat se donnent avant le rendez-vous : impossibilité d'uriner, caillots abondants, fièvre, malaise. Sans cette consigne, la personne attend son rendez-vous quoi qu'il arrive.
La transmission décide ici du délai, et le délai décide du pronostic quand la cause est tumorale. Le tabagisme chiffré et l'exposition professionnelle s'écrivent en tête de la demande : ce sont les 2 données que l'urologue cherchera en premier. Le résultat de l'examen des urines, la protéinurie et la créatininémie l'accompagnent, parce qu'ils décident de l'interlocuteur et de l'imagerie.
La demande d'avis se construit dans le même ordre à chaque fois :
- Qui est la personne : son âge, son terrain, le tabagisme chiffré et l'exposition professionnelle.
- Ce qui amène : la date des épisodes, leur caractère douloureux ou non.
- Ce qui a été fait et ce que cela montre : compte des hématies, culture, protéinurie, créatininémie, imagerie déjà réalisée.
- Ce que l'on craint.
- Ce que l'on demande, formulé explicitement.
Ce que l'on demande s'écrit au lieu de se laisser deviner. « Bilan d'une hématurie macroscopique indolore, homme tabagique, uroscanner et cystoscopie souhaités » désigne un acte ; « à voir en urologie » désigne un service, et se traite comme tel. Une demande floue obtient un rendez-vous lointain : les facteurs de risque, le caractère indolore et l'âge font passer un dossier devant un autre, et c'est la qualité de la demande, non l'insistance, qui le permet.
Ce qui a été convenu se trace, avec la date et le nom de l'interlocuteur, et la prise du rendez-vous se vérifie. Une demande envoyée n'est pas une demande aboutie, et la personne qui ne rappelle pas disparaît du circuit. La vérification se dit simplement : « Je vous rappelle pour vérifier que votre rendez-vous a été fixé. »
« Je ne touche pas à votre anticoagulant : il vous protège d'un accident vasculaire cérébral, et nous en reparlerons avec votre cardiologue. »
« Si vous ne pouvez plus uriner, si les caillots deviennent abondants ou si vous avez de la fièvre, vous revenez sans attendre le rendez-vous. »
À retenir pour la station
Devant des urines rouges, faites compter les hématies : la bandelette ne suffit pas. Cherchez sur le même examen les hématies déformées, les cylindres et la protéinurie, qui désignent le glomérule. Sans eux, une hématurie macroscopique de l'adulte est une tumeur urothéliale jusqu'à preuve du contraire, et l'absence de douleur ne rassure pas. Demandez l'uroscanner avec temps excrétoire et la cystoscopie : aucun ne remplace l'autre. Écartez une par une les 4 fausses réassurances, le saignement arrêté, les urines stériles, l'échographie normale et l'anticoagulant, qui révèle une lésion sans la créer. Devant un globe avec caillots, posez une sonde à double courant. Et écrivez la demande avec le tabac chiffré et l'examen souhaité.
S'entraîner sur cette situation
Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.
Sources
- Urologie (Ouvre un nouvel onglet)
Collège français des enseignants d'urologie (CFEU). 6e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
- Manuel de néphrologie (Ouvre un nouvel onglet)
Collège universitaire des enseignants de néphrologie (CUEN). 11e édition, 2025 à 2026 (Ellipses, collection Les référentiels EDN).
- Recommandations françaises du Comité de cancérologie de l'AFU, actualisation 2024 à 2026 : tumeurs de la vessie n'infiltrant pas le muscle (TVNIM) (Ouvre un nouvel onglet)
Association française d'urologie (AFU), Comité de cancérologie. Actualisation 2024 à 2026, Progrès en Urologie FMC, 2024, vol. 34, p. F272 à F295 (doi:10.1016/j.fpurol.2024.07.209).
- PILLY Étudiant 2023 (Ouvre un nouvel onglet)
Collège des universitaires de maladies infectieuses et tropicales (CMIT). 2e édition, réforme R2C (Alinéa Plus).
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