Aller au contenu
Toutes les fiches

Fiche de révision

Leucorrhées

Ça gratte ou ça sent : deux tableaux, deux traitements, deux règles opposées pour le partenaire, et un germe isolé n'est jamais un germe responsable.

Situation de départ 104Catégorie IItem R2C 155Item R2C 162Item R2C 40

Entretien et interrogatoire

⚠️ Deux questions séparent la plus grande partie du champ, et elles se posent en premier : est-ce que cela gratte, et est-ce que cela sent. Le prurit va avec l'inflammation ; l'odeur va avec le déséquilibre de la flore, et les deux tableaux ne se traitent pas de la même façon.

Sur les pertes : depuis quand, leur couleur, leur consistance, leur abondance, et si elles varient au cours du cycle, ce qui oriente vers un caractère physiologique.

⚠️ Un détail que les patientes rapportent volontiers et qui oriente : l'odeur est-elle plus forte après les rapports.

Ce qui accompagne : brûlures en urinant, douleur pendant les rapports, douleur du bas du ventre, saignement en dehors des règles, fièvre. ⚠️ Ces trois derniers sortent du cadre des pertes basses et font chercher une atteinte haute.

⚠️ Ce qui s'est déjà passé, et qui est un renseignement diagnostique : les traitements achetés seuls et répétés. Un traitement pris trois fois sans effet dit que le diagnostic n'était pas le bon, et cette information ne vient que si on la demande.

Les habitudes de toilette se demandent explicitement, sans jugement : savons, produits internes, fréquence.

Le contexte : partenaires, contraception, projet de grossesse, grossesse en cours, diabète, traitement récent par antibiotique, corticoïdes.

À retenir

Ça gratte ou ça sent. Cette question, posée en premier, oriente mieux que la description des pertes elle-même.

À retenir

  • Deux questions séparent le champ : est-ce que cela gratte, est-ce que cela sent.
  • L'odeur renforcée après les rapports est un détail que les patientes rapportent volontiers.
  • Douleur du bas du ventre, fièvre et saignement sortent du cadre des pertes basses.
  • Un traitement pris trois fois sans effet dit que le diagnostic n'était pas le bon.
  • Les habitudes de toilette se demandent explicitement et sans jugement.

En pratique

  • Prurit et odeur recherchés d'emblée
  • Couleur, consistance, abondance, variation dans le cycle
  • Odeur après les rapports
  • Douleur du bas du ventre, fièvre, saignement
  • Traitements achetés seuls et leur effet
  • Habitudes de toilette et produits utilisés
  • Partenaires, contraception, projet de grossesse
  • Diabète, antibiotique récent, corticoïdes

Examen clinique

L'examen répond à trois questions, et deux d'entre elles se règlent avant le spéculum.

L'inspection de la vulve : rougeur, œdème, fissures, lésions de grattage, ulcérations. ⚠️ Une vulve normale devant des pertes abondantes est une information forte : elle éloigne les causes inflammatoires.

L'examen au spéculum : couleur et aspect des pertes, aspect du col, et le saignement au contact, qui n'est jamais banal.

⚠️ Deux gestes de consultation valent une partie du laboratoire : la mesure du pH sur la paroi vaginale, et le test à la potasse, qui dégage une odeur caractéristique en présence de certaines bactéries. Les deux prennent trente secondes, coûtent quelques centimes et orientent immédiatement, alors qu'un prélèvement rend son résultat plusieurs jours plus tard.

Le toucher vaginal cherche ce qui sort du cadre : une douleur à la mobilisation du col, une douleur d'un côté, une masse. ⚠️ Une douleur à la mobilisation du col fait changer de chapitre, et impose de chercher une atteinte haute.

La palpation abdominale et la température complètent.

Ce qui se note : l'aspect exact des pertes, le résultat des deux gestes, et l'absence des signes d'atteinte haute quand ils sont absents.

À retenir

Mesurer le pH et faire le test à la potasse. Trente secondes en consultation contre cinq jours d'attente.

À retenir

  • Une vulve normale devant des pertes abondantes éloigne les causes inflammatoires.
  • Un saignement du col au contact n'est jamais banal.
  • Deux gestes de trente secondes valent une partie du laboratoire.
  • Une douleur à la mobilisation du col fait changer de chapitre.
  • L'absence des signes d'atteinte haute se note quand elle est constatée.

En pratique

  • Inspection de la vulve
  • Aspect des pertes au spéculum
  • Aspect du col et saignement au contact
  • Mesure du pH vaginal
  • Test à la potasse
  • Douleur à la mobilisation du col
  • Palpation abdominale et température
  • Résultats et absences notés

Synthèse paraclinique

⚠️ Le prélèvement vaginal n'est pas systématique, et il est prescrit trop souvent. Devant un tableau typique, non compliqué, chez une femme sans facteur de risque, la clinique et les deux gestes de consultation suffisent.

Il se justifie devant un tableau atypique, un échec de traitement, une récidive fréquente, une grossesse, une immunodépression, ou une suspicion d'infection sexuellement transmissible, qui appelle en plus une recherche par amplification génique.

⚠️ La règle de lecture qui commande tout ce champ : le vagin n'est pas stérile, et une culture rend ce qu'elle trouve. La présence d'un germe n'est pas la preuve de sa responsabilité. Les levures en particulier sont présentes sans aucun symptôme chez une proportion importante de femmes, et leur mention sur un compte rendu déclenche des traitements qui ne servent à rien.

Ce qui se lit vraiment sur un compte rendu : le pH, l'état de la flore normale, la présence ou l'absence de polynucléaires, et les résultats des recherches spécifiques. ⚠️ Des polynucléaires rares confirment l'absence d'inflammation et pèsent plus qu'une ligne de culture.

Ce qui ne se prescrit pas : un prélèvement de contrôle après un traitement efficace chez une femme redevenue asymptomatique.

Ce qui s'ajoute selon le contexte : glycémie devant des récidives, dépistage complet devant une infection transmise.

Le piège

Traiter une levure isolée sur un prélèvement chez une femme dont le tableau ne comporte ni prurit ni rougeur.

À retenir

  • Le prélèvement vaginal n'est pas systématique et il est prescrit trop souvent.
  • Le vagin n'est pas stérile, et une culture rend ce qu'elle trouve.
  • La présence d'un germe n'est pas la preuve de sa responsabilité.
  • Des polynucléaires rares pèsent plus qu'une ligne de culture.
  • Un contrôle après guérison clinique ne se prescrit pas.

En pratique

  • Prélèvement réservé aux situations qui le justifient
  • Recherche par amplification si suspicion d'infection transmise
  • pH lu sur le compte rendu
  • État de la flore normale lu
  • Présence ou absence de polynucléaires lue
  • Germe isolé confronté au tableau clinique
  • Aucun contrôle après guérison clinique

Iconographie

Sans objet pour cette situation : Aucune imagerie n'intervient dans le diagnostic ni dans le traitement de pertes vaginales. L'échographie pelvienne ne se discute que devant une suspicion d'atteinte haute ou une masse, et elle est traitée dans la section consacrée aux urgences.

Stratégie diagnostique

⚠️ La première question n'est pas quel germe, c'est y a-t-il une inflammation.

Sans inflammation, avec une odeur : des pertes grises, fluides, homogènes, malodorantes, plus odorantes après les rapports, avec un pH élevé et une flore normale effondrée, désignent un déséquilibre de la flore vaginale. ⚠️ Ce n'est pas une infection sexuellement transmissible, et le partenaire ne se traite pas.

Avec inflammation et prurit : des pertes blanches, épaisses, grumeleuses, avec une vulve rouge, œdématiée, des brûlures, et un pH normal, désignent une atteinte à levures. Elle n'est pas non plus sexuellement transmissible.

Avec inflammation, prurit et odeur : des pertes verdâtres, mousseuses, abondantes, avec un col d'aspect piqueté, désignent une infection transmise, ⚠️ et là le partenaire se traite et un dépistage complet se propose.

Sans rien de tout cela : des pertes claires, sans odeur, variant avec le cycle, sont physiologiques, et le dire est un diagnostic.

⚠️ Ce qui fait sortir du champ des pertes basses : douleur du bas du ventre, fièvre, douleur à la mobilisation du col, saignement en dehors des règles, douleur pendant les rapports. Une cervicite peut se manifester par de simples pertes et engager l'avenir.

Devant des récidives : chercher un diabète, un traitement antibiotique répété, une toilette agressive, et une erreur de diagnostic initiale.

À retenir

Inflammation ou non, odeur ou non, pH élevé ou normal. Trois réponses et le champ est trié.

À retenir

  • La première question n'est pas quel germe, c'est y a-t-il une inflammation.
  • Les deux tableaux les plus fréquents ne sont pas sexuellement transmissibles.
  • Un troisième leur ressemble et impose de traiter le partenaire.
  • Des pertes physiologiques se diagnostiquent, elles ne s'excluent pas par défaut.
  • Une cervicite peut se manifester par de simples pertes et engager l'avenir.

En pratique

  • Présence d'une inflammation établie
  • Odeur et son renforcement après les rapports
  • pH mesuré
  • Aspect exact des pertes
  • Aspect du col
  • Signes d'atteinte haute recherchés
  • Facteurs de récidive cherchés
  • Diagnostic de pertes physiologiques posé quand il est vrai

Urgence vitale

Des pertes ne sont presque jamais une urgence, et les rares fois où elles le sont, ce n'est pas à cause des pertes.

⚠️ L'atteinte haute. Une douleur du bas du ventre, une fièvre, une douleur à la mobilisation du col, un saignement en dehors des règles : le tableau engage la fertilité et parfois le pronostic. ⚠️ Il se traite tôt parce que ses conséquences sont différées de plusieurs années, et qu'aucun signe ne prévient au moment où elles se constituent.

L'abcès de l'ovaire et de la trompe se reconnaît à la fièvre élevée, à la douleur intense et à l'altération de l'état général, et relève de l'hospitalisation.

Le choc septique d'origine génitale est rare et se reconnaît sur les constantes.

⚠️ La grossesse change l'échelle : des pertes anormales pendant une grossesse font chercher une rupture de la poche des eaux, une infection de l'œuf, et un déséquilibre de la flore, qui est associé à l'accouchement prématuré. Ce qui est un inconfort en dehors de la grossesse devient un facteur de risque pendant.

Chez l'enfant, des pertes anormales sortent entièrement de ce cadre et imposent une démarche propre.

Ce qui se fait devant tout signe de gravité : constantes, examen complet, et avis sans attendre les résultats.

Urgence

Douleur du bas du ventre avec fièvre et douleur à la mobilisation du col : atteinte haute, prise en charge sans délai.

À retenir

  • Des pertes ne sont presque jamais une urgence, et jamais à cause des pertes.
  • Les conséquences d'une atteinte haute sont différées de plusieurs années.
  • Aucun signe ne prévient au moment où elles se constituent.
  • Ce qui est un inconfort en dehors de la grossesse devient un facteur de risque pendant.
  • Chez l'enfant, des pertes anormales sortent entièrement de ce cadre.

En pratique

  • Douleur du bas du ventre et température
  • Douleur à la mobilisation du col
  • Saignement en dehors des règles
  • Constantes devant tout signe général
  • Grossesse recherchée
  • Rupture de la poche des eaux envisagée si grossesse
  • Avis demandé sans attendre les résultats

Stratégie de prise en charge

⚠️ Le traitement suit le tableau clinique, jamais la ligne de culture. Les molécules et les durées relèvent des recommandations en vigueur, et la seule décision qui appartient au raisonnement est de savoir quel tableau on traite.

⚠️ La règle du partenaire est celle qui se trompe le plus : traité devant une infection transmise, non traité devant un déséquilibre de la flore ou une atteinte à levures. Traiter un partenaire sans raison est une prescription inutile ; ne pas le traiter quand il le faut garantit la récidive.

Ce qui accompagne tout traitement : ⚠️ l'arrêt des toilettes internes et des produits antiseptiques. Sans cela, la récidive est la règle, et la patiente conclura à l'inefficacité du traitement.

Ce qui se traite en plus selon le contexte : un diabète déséquilibré, une carence, un traitement favorisant.

Pendant une grossesse : le traitement suit des recommandations propres et se décide avec l'équipe qui suit la grossesse.

⚠️ Devant un échec : reprendre le diagnostic avant de changer de molécule. Trois traitements sans effet ne désignent pas une résistance, ils désignent une erreur d'étiquette.

Ce qui se programme : une réévaluation à une date, et non « si cela ne va pas mieux ».

Le piège

Changer de molécule devant un échec. La question à reposer est celle du diagnostic, pas celle du produit.

À retenir

  • Le traitement suit le tableau clinique, jamais la ligne de culture.
  • Traité devant une infection transmise, non traité devant un déséquilibre de flore.
  • Sans arrêt des toilettes internes, la récidive est la règle.
  • Trois traitements sans effet désignent une erreur d'étiquette, pas une résistance.
  • Une réévaluation se fixe à une date, pas à un si.

En pratique

  • Tableau clinique identifié avant toute prescription
  • Règle du partenaire appliquée selon le tableau
  • Toilettes internes et antiseptiques arrêtés
  • Facteurs favorisants traités
  • Recommandations propres à la grossesse suivies
  • Diagnostic repris avant tout changement de molécule
  • Réévaluation fixée à une date

Procédure et geste technique

Sans objet pour cette situation : Cette situation ne comporte pas de geste technique évalué chez le candidat. La mesure du pH et le test à la potasse sont des temps de l'examen clinique, et le prélèvement suit un protocole de laboratoire.

Annonce et information

Sans objet pour cette situation : Cette situation ne comporte pas d'annonce diagnostique au sens de l'épreuve. Ce qui se dit à la patiente sur la toilette, sur la récidive et sur le partenaire relève de la section consacrée à l'éducation.

Éducation et prévention

⚠️ La consigne la plus efficace de ce champ consiste à faire arrêter quelque chose, et elle se heurte à une conviction : ce qui prétend nettoyer élimine ce qui protège. Les toilettes internes, les douches vaginales et les savons antiseptiques détruisent la flore qui défend la muqueuse, et entretiennent précisément ce qu'ils prétendent traiter.

Ce qui se dit à la place : une toilette externe simple, à l'eau ou avec un produit doux, une fois par jour et pas davantage. ⚠️ Le message « moins, c'est mieux » est contre-intuitif et doit être expliqué, sans quoi il est compris comme un manque de soin.

⚠️ Ce qui se dit sur l'automédication : les traitements vendus sans ordonnance pour ce motif traitent un seul des tableaux possibles. Les répéter sans effet ne veut pas dire qu'il faut en changer, cela veut dire qu'il faut consulter.

Ce qui se dit sur les pertes normales : elles existent, elles varient au cours du cycle, et les traiter est une source d'inconfort et de dépenses. Rassurer explicitement est un acte de soin.

Ce qui doit faire consulter : une douleur du bas du ventre, une fièvre, un saignement en dehors des règles, une douleur pendant les rapports, des pertes anormales pendant une grossesse.

Et la prévention des infections transmises, quand le tableau est celui-là.

À retenir

Une toilette externe, une fois par jour, sans produit antiseptique et sans rien à l'intérieur.

À retenir

  • Ce qui prétend nettoyer élimine ce qui protège.
  • Le message moins c'est mieux est contre-intuitif et doit être expliqué.
  • Les traitements sans ordonnance ne couvrent qu'un seul des tableaux possibles.
  • Les répéter sans effet veut dire consulter, pas changer de produit.
  • Rassurer explicitement sur des pertes normales est un acte de soin.

En pratique

  • Arrêt des toilettes internes expliqué avec sa raison
  • Toilette externe simple décrite
  • Limites de l'automédication expliquées
  • Sens d'un échec répété expliqué
  • Caractère normal de certaines pertes dit explicitement
  • Signes devant faire consulter
  • Prévention des infections transmises si le tableau l'appelle

Communication interprofessionnelle

⚠️ La pharmacie est le premier lieu de prise en charge de ce motif, et elle est rarement informée de ce qui a été conclu. Une patiente qui a acheté trois fois le même traitement continuera de l'acheter tant que personne n'aura dit ce dont il s'agissait. Informer la pharmacienne du diagnostic évite la quatrième délivrance, et l'historique des délivrances est en retour un renseignement diagnostique que le médecin peut demander.

Au laboratoire : le motif exact et la recherche demandée. ⚠️ Préciser si une recherche d'infection sexuellement transmissible est voulue, car elle n'est pas incluse d'office dans un prélèvement standard.

Au médecin qui suit la grossesse, quand il y en a une : le résultat, le traitement et la date, parce que le déséquilibre de la flore intéresse la surveillance de la grossesse.

Au partenaire, par l'intermédiaire de la patiente : ⚠️ dire explicitement quand il n'a pas à être traité est aussi important que de le faire traiter quand il le faut. Une consigne floue laisse croire à une transmission qui n'existe pas, et cette croyance abîme des couples.

Ce qui se note au dossier : le tableau retenu, le résultat des deux gestes de consultation, et la raison de ne pas avoir prélevé quand on n'a pas prélevé.

Le piège

Laisser le doute sur la transmission quand il n'y en a pas. Le silence se lit comme une accusation.

À retenir

  • La pharmacie est le premier lieu de prise en charge et elle n'est jamais informée.
  • L'historique des délivrances est un renseignement diagnostique.
  • Une recherche d'infection transmise n'est pas incluse d'office dans un prélèvement standard.
  • Dire qu'un partenaire n'a pas à être traité est aussi important que de le faire traiter.
  • Une consigne floue laisse croire à une transmission qui n'existe pas.

En pratique

  • Diagnostic transmis à la pharmacie
  • Historique des délivrances demandé
  • Recherche d'infection transmise précisée au laboratoire
  • Équipe de suivi de grossesse informée
  • Statut du partenaire dit explicitement
  • Tableau retenu noté au dossier
  • Résultats des gestes de consultation notés
  • Raison de ne pas avoir prélevé écrite

Sources

  • R2C, item 155 : Infections cutanéo-muqueuses et des phanères, bactériennes et mycosiques de l'adulte et de l'enfant
  • R2C, item 162 : Infections sexuellement transmissibles (IST) : gonococcies, chlamydioses, syphilis, papillomavirus humain (HPV), trichomonose
  • R2C, item 40 : Algies pelviennes chez la femme
  • Collège national des gynécologues et obstétriciens français, chapitre « Infections génitales basses », et collège des universitaires de maladies infectieuses et tropicales, chapitre « Infections génitales »
  • Recommandations en vigueur sur la prise en charge des vaginoses bactériennes, des candidoses vulvo-vaginales et des infections génitales hautes. La date de la version consultée fait partie de la source