Fiche de révision
Masse pelvienne
D'abord de quel organe cela vient, ensuite ce que c'est : la plupart des erreurs de ce champ viennent d'avoir inversé ces deux questions.
Sommaire
Entretien et interrogatoire
⚠️ La première question n'est pas sur la masse, elle est sur la possibilité d'une grossesse, et elle se pose à toute femme en âge de procréer, quelles que soient la contraception déclarée et la conviction de l'intéressée.
Sur la découverte : comment la masse a été trouvée, par qui, et depuis quand. Une masse découverte sur une imagerie faite pour autre chose n'a pas la même valeur qu'une masse qui a fait consulter.
Sur les symptômes : douleur et son rythme, ⚠️ variations avec les règles, pesanteur, augmentation du volume du ventre, et une satiété précoce ou un vêtement qui ne ferme plus, qui sont des signes que les patientes rapportent rarement d'elles-mêmes.
Sur les fonctions voisines : troubles urinaires, difficulté à uriner, constipation récente, faux besoins.
Sur le terrain : âge, statut ménopausique, contraception, grossesses, chirurgies abdominales, et antécédents familiaux de cancer du sein, de l'ovaire ou du côlon, qui modifient la démarche.
⚠️ Chez l'homme, la question centrale est différente : difficulté à uriner, jet faible, sensation de ne pas vider. Une masse hypogastrique chez un homme est une vessie pleine jusqu'à preuve du contraire.
Et à tout âge : amaigrissement, fatigue, fièvre, saignements.
À retenir
- La première question porte sur la possibilité d'une grossesse, pas sur la masse.
- Une masse découverte par hasard n'a pas la même valeur qu'une masse qui fait consulter.
- Une satiété précoce ou un vêtement qui ne ferme plus se demandent explicitement.
- Une masse hypogastrique chez un homme est une vessie pleine jusqu'à preuve du contraire.
- Les antécédents familiaux modifient la démarche et se demandent d'emblée.
En pratique
- Possibilité d'une grossesse
- Circonstances et date de découverte
- Douleur, rythme, lien avec les règles
- Augmentation du volume du ventre, satiété précoce
- Troubles urinaires et du transit
- Statut ménopausique, grossesses, chirurgies
- Antécédents familiaux de cancers
- Amaigrissement, fièvre, saignements
Examen clinique
⚠️ L'examen commence par vider la vessie, ou par s'assurer qu'elle l'est. Une masse hypogastrique mate, régulière, arrondie, dont la limite supérieure est convexe, est un globe vésical, et le sondage la fait disparaître. Palper avant d'y avoir pensé fait décrire une tumeur qui n'existe pas.
La palpation abdominale précise le siège, la taille mesurée, la consistance, la sensibilité, et surtout la mobilité : une masse qui suit les mouvements respiratoires vient du haut, une masse fixée au pelvis vient du bas.
La percussion distingue une masse mate d'un contenu digestif.
L'examen gynécologique apporte ce qu'aucun autre n'apporte : ⚠️ le toucher combiné à la palpation abdominale dit si la masse est solidaire de l'utérus ou séparée de lui, ce qui oriente immédiatement.
Le toucher rectal apprécie ce qui siège en arrière et en bas.
Les aires ganglionnaires de l'aine et du cou se palpent, ainsi que les seins, parce que certaines associations changent le diagnostic.
⚠️ Ce qui se note : la taille en centimètres et non en fruits, le siège, la mobilité, et le résultat du sondage quand il a été fait.
À retenir
- L'examen commence par vider la vessie ou par s'assurer qu'elle l'est.
- Palper avant d'y avoir pensé fait décrire une tumeur qui n'existe pas.
- Le toucher combiné dit si la masse est solidaire de l'utérus ou séparée de lui.
- Une masse qui suit la respiration vient du haut, une masse fixée vient du bas.
- La taille se note en centimètres et non en fruits.
En pratique
- Vessie vidée ou vacuité vérifiée
- Siège, taille mesurée, consistance
- Mobilité et rapport avec la respiration
- Percussion
- Toucher vaginal combiné à la palpation
- Toucher rectal
- Aires ganglionnaires et seins
- Résultat du sondage noté
Synthèse paraclinique
⚠️ Le premier examen d'une masse pelvienne chez une femme en âge de procréer est un test de grossesse, et il précède l'imagerie. Une grossesse extra-utérine se présente comme une masse pelvienne douloureuse, et la méconnaître expose à une hémorragie.
Le bilan de base : hémogramme, marqueurs de l'inflammation, fonction rénale, et une bandelette urinaire, qui coûte quelques centimes et oriente vers l'appareil urinaire.
⚠️ Les marqueurs tumoraux ne servent pas à décider si une masse est bénigne ou maligne. Ils ne se prescrivent pas pour trancher : leur valeur est faible avant l'imagerie, ils sont élevés dans de nombreuses situations bénignes, et un résultat normal ne rassure pas. Ils prennent leur sens quand un diagnostic est déjà orienté, pour la stratégie et pour le suivi.
Ce qui se prescrit selon l'orientation : dosages hormonaux, bilan hépatique, exploration digestive.
⚠️ Ce qui ne se fait pas d'emblée : une ponction ou une biopsie d'une masse pelvienne dont l'organe d'origine n'est pas établi. Prélever avant de savoir de quoi il s'agit expose à disséminer une tumeur, à ponctionner un organe fonctionnel, ou à traverser ce qu'il ne fallait pas.
La fonction rénale se répète quand la masse touche l'appareil urinaire.
À retenir
- Le premier examen est un test de grossesse, et il précède l'imagerie.
- Les marqueurs tumoraux ne servent pas à décider si une masse est bénigne ou maligne.
- Ils sont élevés dans de nombreuses situations bénignes et leur normalité ne rassure pas.
- Une bandelette urinaire coûte quelques centimes et oriente vers l'appareil urinaire.
- Prélever avant de savoir de quel organe il s'agit expose à trois erreurs différentes.
En pratique
- Test de grossesse avant toute imagerie
- Hémogramme, inflammation, fonction rénale
- Bandelette urinaire
- Marqueurs réservés à une orientation établie
- Dosages complémentaires selon l'orientation
- Aucune ponction avant identification de l'organe
- Fonction rénale répétée si appareil urinaire concerné
Iconographie
⚠️ L'imagerie doit répondre à la question de l'organe avant de répondre à celle de la nature, et un compte rendu qui décrit finement une masse sans dire d'où elle vient n'a pas fait son travail.
L'échographie vient toujours en premier : non irradiante, disponible, et la voie endovaginale donne une résolution que rien ne remplace sur les organes du pelvis. Elle dit le siège, la taille, le caractère liquidien ou solide, la vascularisation, et surtout si les ovaires et l'utérus sont vus séparément de la masse.
L'imagerie par résonance magnétique caractérise ce que l'échographie n'a pas tranché, et c'est l'examen de référence pour les masses d'origine gynécologique.
Le scanner sert à l'extension et à l'urgence, et il apporte ici un renseignement que les autres ne donnent pas : le temps tardif. ⚠️ Une structure qui excrète le produit de contraste appartient à l'appareil urinaire, et cet argument est de nature et non de probabilité.
⚠️ Deux règles de lecture pour finir. La première : lire la partie du compte rendu qui décrit ce qui est normal, où figurent les absences, et une absence d'organe à sa place vaut mieux que dix lignes de description. La seconde : confronter les comptes rendus successifs et leurs dates, car un examen ancien répond parfois à la question du jour.
À retenir
- L'imagerie répond à la question de l'organe avant celle de la nature.
- La voie endovaginale donne une résolution que rien ne remplace sur le pelvis.
- Une structure qui excrète le produit de contraste appartient à l'appareil urinaire.
- Lire la partie du compte rendu qui décrit ce qui est normal : les absences y figurent.
- Une absence d'organe à sa place vaut mieux que dix lignes de description.
En pratique
- Échographie en premier, voie endovaginale si possible
- Organe d'origine explicitement recherché
- Ovaires et utérus vus séparément ou non
- Imagerie par résonance magnétique si caractérisation nécessaire
- Scanner pour l'extension ou l'urgence
- Temps tardif regardé
- Paragraphe des structures normales lu
- Comptes rendus antérieurs confrontés avec leurs dates
Stratégie diagnostique
Le raisonnement se fait par organe, et le pelvis en contient peu.
⚠️ La vessie d'abord, parce que sa réplétion est la cause la plus fréquente et la plus vite écartée.
L'utérus : masse solidaire de l'utérus, mobilisée avec lui, souvent multiple, chez une femme en période d'activité génitale.
Les ovaires : masse latéro-utérine, séparée de l'utérus, dont l'aspect liquidien ou solide et la vascularisation orientent. ⚠️ L'âge est le premier élément du raisonnement : une masse liquidienne simple chez une femme jeune et la même masse après la ménopause n'appellent pas la même conduite.
Le tube digestif : une masse pelvienne peut venir du côlon sigmoïde ou de l'appendice, et des signes digestifs doivent y faire penser.
L'appareil urinaire : ⚠️ un rein resté dans le pelvis se présente comme une masse solide et hétérogène, et il se reconnaît à trois choses : une fosse lombaire vide, une excrétion du produit de contraste, et un pédicule artériel naissant plus bas que d'habitude.
Les parties molles et l'os : plus rarement.
⚠️ Ce qui doit faire reconsidérer un diagnostic : une masse dont l'organe d'origine n'a jamais été affirmé, et une conclusion qui utilise le mot « suspect » sans dire de quoi.
À retenir
- La vessie d'abord : la cause la plus fréquente et la plus vite écartée.
- L'âge est le premier élément du raisonnement devant une masse de l'ovaire.
- Une masse pelvienne peut venir du tube digestif.
- Un rein resté dans le pelvis se reconnaît à trois signes concordants.
- Une conclusion qui dit suspect sans dire de quoi n'est pas une conclusion.
En pratique
- Vessie écartée
- Rapport avec l'utérus établi
- Ovaires vus séparément ou non
- Âge et statut ménopausique pris en compte
- Signes digestifs recherchés
- Fosse lombaire vérifiée
- Organe d'origine affirmé avant toute conclusion
Urgence vitale
Une masse pelvienne devient une urgence par quatre mécanismes.
⚠️ Elle tourne. Une douleur brutale, intense, avec des vomissements, chez une femme porteuse d'une masse de l'ovaire, est une torsion jusqu'à preuve du contraire. C'est une urgence chirurgicale, et l'échographie ne l'élimine pas : une vascularisation conservée à l'examen n'écarte pas le diagnostic.
Elle saigne ou elle se rompt. Une douleur brutale avec une pâleur, une tachycardie et une pression artérielle qui baisse impose la même conduite que toute hémorragie interne. ⚠️ Chez une femme en âge de procréer, la grossesse extra-utérine se présente ainsi, et le test de grossesse est le premier geste.
Elle comprime. Une rétention d'urine, une dilatation des cavités rénales avec une fonction rénale qui se dégrade, une occlusion, une compression veineuse avec un gros membre inférieur.
Elle s'infecte. Fièvre élevée, douleur intense, altération de l'état général.
⚠️ Et une cinquième situation, qui n'est pas une urgence mais qui en crée une : prélever une masse dont on n'a pas identifié l'organe. Ponctionner un rein unique, un anévrisme ou une tumeur qu'on va disséminer sont trois façons de transformer un examen en accident.
À retenir
- Une vascularisation conservée à l'échographie n'écarte pas une torsion.
- Chez une femme en âge de procréer, le test de grossesse est le premier geste.
- Une masse qui comprime se juge sur la fonction rénale et sur le transit.
- Prélever une masse dont l'organe n'est pas identifié crée l'urgence.
- Ponctionner un rein unique est une façon de transformer un examen en accident.
En pratique
- Test de grossesse immédiat chez une femme en âge de procréer
- Caractère brutal et intensité de la douleur
- Constantes et signes d'hémorragie
- Diurèse, globe, fonction rénale
- Transit et signes d'occlusion
- Température et état général
- Organe identifié avant tout prélèvement
Stratégie de prise en charge
⚠️ La première décision n'est pas thérapeutique : c'est de dire si l'organe d'origine est établi ou non. Tant qu'il ne l'est pas, aucun geste ne se programme, et le temps se passe à compléter l'imagerie plutôt qu'à prélever.
Quand l'organe est établi et la lésion bénigne : la surveillance a sa place, avec un rythme et une date, et elle se distingue d'un abandon en ce qu'elle est écrite.
Quand une chirurgie est envisagée : elle relève d'une équipe et d'une décision collégiale, et le compte rendu opératoire d'une masse pelvienne dont la nature n'était pas connue engage la suite.
⚠️ Refuser un examen proposé par un confrère fait partie de la prise en charge, et c'est plus difficile que d'en ajouter un. Un refus se justifie, s'écrit, et se dit à celui qui l'a proposé : sans cela, l'examen sera reprogrammé ailleurs.
Quand la masse est un organe normal mal placé : rien à faire d'autre que d'organiser une surveillance adaptée, ⚠️ et de s'assurer que la personne et son dossier portent cette information, parce que le prochain médecin, lui, ne la connaîtra pas.
Ce qui reste dans tous les cas : ⚠️ expliquer le symptôme qui a fait consulter. Trouver la nature d'une image ne dispense pas de traiter la douleur qui a amené le patient.
À retenir
- La première décision est de dire si l'organe d'origine est établi ou non.
- Une surveillance se distingue d'un abandon en ce qu'elle est écrite et datée.
- Refuser un examen proposé par un confrère fait partie de la prise en charge.
- Un refus non transmis fait reprogrammer l'examen ailleurs.
- Trouver la nature d'une image ne dispense pas de traiter la douleur.
En pratique
- Organe d'origine établi ou non, dit explicitement
- Imagerie complétée avant tout geste
- Surveillance écrite avec rythme et date
- Décision collégiale si chirurgie
- Refus d'examen justifié, écrit et transmis
- Information portée au dossier et remise au patient
- Symptôme initial expliqué et traité
Procédure et geste technique
Annonce et information
Éducation et prévention
Communication interprofessionnelle
⚠️ Une demande d'imagerie qui ne pose pas de question obtient une description, et une description ne décide de rien. Écrire « masse pelvienne : quel organe ? » change le compte rendu qui reviendra, parce que le radiologue répond à ce qu'on lui demande.
Ce qui se transmet au radiologue : le siège perçu à l'examen, la taille, le rapport avec l'utérus au toucher combiné, le résultat du test de grossesse, la fonction rénale, et les allergies et les traitements avant toute injection.
⚠️ Ce qui se transmet au confrère dont on refuse la proposition : la raison, en une phrase. Un refus silencieux fait reprogrammer l'examen ailleurs, et le patient se retrouve entre deux avis qu'il ne peut pas arbitrer.
Ce qui se transmet à l'équipe qui prendra la suite : les comptes rendus avec leurs dates, et ce qui a déjà été écarté, pour que le bilan ne recommence pas à zéro.
⚠️ Et une information qui appartient au patient autant qu'au dossier : quand la masse est un organe normal mal placé, la personne doit repartir avec un document qui le dit. Elle croisera d'autres médecins, qui verront la même image et penseront la même chose que le premier.
Au médecin traitant : la conclusion, le suivi, et qui rappelle si le patient ne revient pas.
À retenir
- Une demande qui ne pose pas de question obtient une description.
- Le radiologue répond à ce qu'on lui demande.
- Un refus silencieux fait reprogrammer l'examen ailleurs.
- Transmettre ce qui a déjà été écarté évite de recommencer le bilan à zéro.
- La personne doit repartir avec un document, car d'autres verront la même image.
En pratique
- Question explicite écrite dans la demande d'imagerie
- Siège, taille et rapport avec l'utérus transmis
- Test de grossesse et fonction rénale transmis
- Allergies et traitements avant injection
- Raison d'un refus transmise au confrère
- Comptes rendus datés transmis à l'équipe suivante
- Document remis au patient si organe mal placé
- Suivi attribué et personne chargée de rappeler