Cette fiche vous apprend à reprendre un saignement de la grossesse par la question que pose son trimestre, à regarder le col quand les causes attendues sont écartées, et à lire la ligne du groupe sanguin qui porte une prescription. Elle suit le raisonnement : la question du trimestre, l'entretien, l'examen, la carte de groupe et la biologie, l'échographie, les hémorragies qui mettent la vie en jeu, la conduite, puis ce qui se dit et ce qui s'écrit.
SommaireEnviron 14 min
- Le trimestre pose la question, et 3 familles de causes y répondent
- Le terme avant le sang, puis la douleur et le lien avec les rapports
- Le spéculum regarde l'organe d'où le sang sort, et le toucher sait attendre
- La carte de groupe passe avant la biologie, et le dosage se lit avec l'image
- L'échographie répond à la question du trimestre, écrite sur la demande
- 2 hémorragies mettent la vie en jeu, et le sang qui compte ne sort pas
- Prévenir à chaque épisode, puis décider selon le trimestre et la cause
- Consulter plutôt qu'évaluer, et transmettre ce qui a été cherché
- À retenir pour la station
Le trimestre pose la question, et 3 familles de causes y répondent
Le trimestre pose la question, et il faut se la poser dans ses termes. Au premier trimestre, la question n'est pas « est-ce une fausse couche » mais « est-ce une grossesse implantée ailleurs ». C'est celle qui tue, elle est la moins bruyante, et un saignement modéré avec des douleurs latéralisées chez une femme dont on n'a pas vu la grossesse dans l'utérus la pose entière. Les autres causes viennent après : arrêt de la grossesse, décollement débutant, causes locales.
Au troisième trimestre, la question n'est plus « d'où vient le sang » mais « la mère et l'enfant vont-ils bien maintenant ». 2 tableaux s'y opposent terme à terme : un saignement indolore sur un utérus souple oriente vers un obstacle placentaire devant le col ; un saignement souvent minime avec un utérus dur en permanence et une souffrance de l'enfant oriente vers un décollement. Le premier se surveille, le second se compte en minutes.
Une troisième famille existe à tous les termes, et elle ne se trouve qu'en regardant : les causes du col et du vagin, lésion qui saigne au contact, polype, ectropion, infection. Un saignement déclenché par les rapports y ramène le plus souvent. Les familles sont donc 3, la grossesse elle-même, le placenta, et ce qui se voit au spéculum, et la troisième est la plus oubliée.
Une conclusion « saignement d'origine indéterminée » écrite 2 fois doit faire reconsidérer. Elle ne signale pas une énigme, elle signale un examen qui n'a pas été fait. Ce qui se réévalue ensuite : l'abondance, la douleur, le tonus, et l'enfant.
Le terme avant le sang, puis la douleur et le lien avec les rapports
La première question n'est pas sur le sang, elle est sur le terme, parce que le même symptôme ne pose pas la même question selon le moment de la grossesse. Le terme se calcule à partir des dernières règles et de la première échographie, il ne s'estime pas.
Le saignement se décrit ensuite : depuis quand, abondance rapportée en protections, couleur, caillots, caractère continu ou par épisodes, et ce qui le déclenche. Une question reçoit volontiers une réponse, et personne ne la pose : le saignement survient-il après les rapports ? Un saignement provoqué par le contact vient d'un organe accessible au regard, et cette réponse réoriente tout l'examen.
La douleur est le second axe, et elle se caractérise : absente, latéralisée, permanente, contractile. Un saignement indolore et un saignement douloureux n'appellent ni la même hypothèse ni le même délai. Ces 3 réponses, le terme, la douleur et le lien avec les rapports, réduisent nettement le champ des hypothèses.
Ce qui se cherche dépend du terme. Au premier trimestre, une notion de retard de règles et un traitement de l'infertilité ; au troisième, des contractions, une perte de liquide, une diminution des mouvements. Les antécédents qui pèsent sont la grossesse hors de l'utérus, la chirurgie des trompes, l'infection génitale haute, la césarienne, la chirurgie de l'utérus et le tabac, et une chirurgie des trompes ou une infection génitale haute change les probabilités.
2 lignes se lisent dans le dossier plutôt qu'elles ne se demandent : le groupe sanguin avec le rhésus, et la date du dernier frottis du col. La première commande une prévention chez une femme rhésus négatif, la seconde un rattrapage du dépistage quand il est en retard.
Le spéculum regarde l'organe d'où le sang sort, et le toucher sait attendre
L'examen au spéculum est le grand oublié de ce champ, et c'est lui qui regarde l'organe d'où le sang sort. Il n'a aucun risque, il se fait à tous les termes, et il répond à une question qu'aucune imagerie ne pose : le sang vient-il de l'utérus, du col ou du vagin ?
Il montre l'origine du saignement et son abondance réelle, ainsi que l'aspect du col : une lésion qui saigne au contact, un polype, un ectropion, une inflammation. Son résultat se note même quand il est normal, sans quoi la consultation suivante recommence.
Le toucher vaginal, lui, se retient. Au troisième trimestre, il ne se fait pas avant de savoir où est le placenta, un placenta bas pouvant saigner davantage sous les doigts. Savoir attendre est ici un geste.
La palpation de l'utérus apprécie le tonus de base, la douleur provoquée et la hauteur. Un utérus qui reste dur entre les douleurs ne se contracte pas, il est en contracture, et cela change complètement la situation.
Les constantes maternelles se prennent, se répètent et se lisent ensemble : une fréquence qui monte avant que la pression ne baisse. Chez le fœtus, les bruits du cœur s'écoutent au-delà du terme où on les entend, et ils s'enregistrent. Ce qui se documente : l'abondance en protections, l'origine vue au spéculum, et le résultat du spéculum.
La carte de groupe passe avant la biologie, et le dosage se lit avec l'image
Un examen prime sur tous les autres et il n'est pas biologique : c'est la carte de groupe. Chez une femme rhésus négatif, tout saignement pendant une grossesse impose une prévention de l'allo-immunisation, dans un délai court après l'épisode. C'est l'omission la plus fréquente et la plus silencieuse du champ : elle ne se voit pas ce jour-là, et elle se paie à la grossesse suivante.
Au premier trimestre, le raisonnement repose sur un couple : le dosage de l'hormone de grossesse et l'échographie, lus ensemble et non séparément. Au-dessus d'un certain taux, une grossesse normalement implantée doit être visible ; si elle ne l'est pas, il faut penser à une implantation ailleurs. Un taux qui baisse n'écarte rien : il dit qu'une grossesse évolue mal, pas où elle se trouve.
Le dosage se répète à intervalle fixé quand la première image ne conclut pas, parce que c'est l'évolution du chiffre qui informe et non sa valeur isolée. Ce qui ne se prescrit pas : un dosage isolé pour trancher une question que seule l'imagerie tranche.
La numération apprécie le retentissement, et une numération normale au tout début d'un saignement abondant ne rassure pas. Selon le contexte s'y ajoutent un bilan d'hémostase, le groupe et la recherche d'agglutinines irrégulières, et un bilan préopératoire.
L'échographie répond à la question du trimestre, écrite sur la demande
L'échographie répond à une question différente selon le trimestre, et c'est cette question qu'il faut écrire sur la demande : où est la grossesse au premier trimestre, où est le placenta au troisième. La question s'écrit explicitement, elle ne se devine pas.
Au premier trimestre, la question est de savoir où est la grossesse. Un sac vu dans l'utérus n'est pas forcément une grossesse : une image liquidienne centrale peut accompagner une implantation ailleurs, et ce qui compte est de voir une structure embryonnaire et sa vitalité, pas une simple clarté. La voie endovaginale est celle qui répond, et l'examen cherche aussi ce qui accompagne : un épanchement dans le pelvis, une masse à côté de l'utérus.
Au troisième trimestre, les questions sont où est le placenta, y a-t-il un décollement, et comment va l'enfant. Une échographie qui ne montre pas de décollement ne l'écarte pas : le tableau clinique prime, et un décollement récent peut être invisible.
L'imagerie ne regarde pas le col de l'extérieur. Une lésion qui saigne au contact ne se voit qu'au spéculum, et aucune échographie n'y supplée.
Ce qui se conserve : les comptes rendus avec leurs dates, et la position du placenta. La question se reposera à chaque saignement et avant tout toucher.
2 hémorragies mettent la vie en jeu, et le sang qui compte ne sort pas
2 hémorragies mettent la vie en jeu, et elles ne se ressemblent pas. Au premier trimestre, c'est la rupture d'une grossesse implantée ailleurs : le sang reste dans le ventre et ne sort pas, si bien que l'abondance du saignement extériorisé ne dit rien du saignement réel.
Le tableau associe une douleur brutale, une pâleur, un malaise, une fréquence cardiaque qui monte avant que la pression ne baisse, et une épaule douloureuse. C'est une urgence chirurgicale, et le test de grossesse est le premier geste chez toute femme en âge de procréer.
Au troisième trimestre, c'est le décollement du placenta : douleur permanente, utérus dur qui ne se relâche pas, saignement souvent minime, souffrance ou mort de l'enfant. Là encore le volume extériorisé trompe, parce que le sang reste derrière le placenta. L'hémorragie abondante extériorisée sur un obstacle placentaire devant le col est plus rare et plus visible, et elle impose la même conduite immédiate.
Ce qui se fait sans attendre : constantes répétées, voie veineuse, groupe disponible, surveillance de l'enfant, et un appel passé avant les résultats. Se rassurer sur un saignement peu abondant est le piège : le sang qui compte est celui qui ne sort pas.
Une urgence différée ne fait aucun bruit : l'absence de prévention chez une femme rhésus négatif. Elle ne coûte rien aujourd'hui, et elle coûte une grossesse plus tard.
Prévenir à chaque épisode, puis décider selon le trimestre et la cause
Une décision se prend à chaque épisode et ne dépend d'aucun diagnostic : la prévention chez une femme rhésus négatif. Elle se donne dans un délai court, à chaque saignement, sans attendre de savoir d'où il vient.
Au premier trimestre, la conduite dépend de la localisation de la grossesse et de la stabilité de la patiente, et elle relève d'une équipe. Ce qui appartient au médecin qui reçoit est de ne pas laisser repartir une femme dont la grossesse n'a pas été localisée sans une consigne écrite et un rendez-vous daté.
Au troisième trimestre, la conduite associe hospitalisation, surveillance continue et une décision de lieu. Transférer la mère avant la naissance vaut mieux que transférer l'enfant après, et ce transfert se décide tôt, selon le terme et la distance.
Devant une cause du col, la conduite dépend de la lésion, et une lésion suspecte se prélève pendant la grossesse. C'est possible, et cela ne se reporte pas à après l'accouchement.
Conclure « origine indéterminée » et renvoyer avec du repos ne se fait pas : la consigne n'a pas de contenu, et le dossier se referme. Le repos n'arrête pas un saignement dont on ignore la cause. Ce qui se programme a une date : la réévaluation, le contrôle biologique, le rendez-vous, et le rattrapage du dépistage du col quand il est en retard.
Consulter plutôt qu'évaluer, et transmettre ce qui a été cherché
La phrase la plus utile de ce champ contredit une croyance répandue : un saignement pendant une grossesse n'est pas « normal », même minime, même bref, même à un terme avancé. Beaucoup de femmes attendent parce qu'elles ont entendu que « ça arrive », et le délai qu'elles s'accordent est celui qu'on perd. La quantité de sang que l'on voit ne mesure pas la gravité : un saignement minime peut accompagner la situation la plus grave, et l'inverse est vrai aussi.
Ce qui doit faire venir sans attendre : une douleur, un malaise, une pâleur, un ventre qui reste dur, une diminution des mouvements de l'enfant. À une femme rhésus négatif se dit une fois pour toutes que chaque saignement demande une injection dans un délai court. Elle doit pouvoir le dire elle-même si elle consulte ailleurs, parce que la carte de groupe n'est pas forcément regardée.
Un saignement qui survient après les rapports n'est ni honteux ni sans importance, et le dire oriente le médecin. Ce qui se prépare : le rattrapage du dépistage du col, plus facile pendant une grossesse qu'après, et le numéro à appeler la nuit.
Une conclusion écrite « saignement d'origine indéterminée » est une transmission qui bloque la suivante. Le médecin qui la lit reprend le même raisonnement et s'arrête au même endroit. Écrire ce qui a été cherché, et surtout ce qui ne l'a pas été, vaut mieux qu'une conclusion qui n'en est pas une.
Ce qui se transmet : le terme, l'abondance en protections, la douleur, le tonus de l'utérus, le résultat du spéculum même normal, la position du placenta avec la date de l'échographie, l'état de l'enfant. Ce qui manque le plus souvent est le groupe sanguin et le fait que la prévention a été administrée, avec sa date et son heure. Sans cette ligne, le professionnel suivant ne peut ni la refaire ni s'en dispenser.
Chaque destinataire reçoit ce qui le concerne. Au radiologue ou à l'échographiste, la question posée, qui n'est pas la même selon le trimestre ; au médecin traitant et à la sage-femme, ce qui a été écarté, ce qui reste à faire et à quelle date ; à l'équipe de garde, en cas de transfert, le dossier, les échographies avec leurs dates, le groupe et la distance parcourue. Le rattrapage du dépistage du col se confie à quelqu'un et se date, faute de quoi il se perdra dans l'après-accouchement.
À retenir pour la station
Commencez par le terme, puis faites décrire la douleur et demandez si le saignement suit les rapports. Au premier trimestre, cherchez une grossesse implantée ailleurs : le sang qui reste dans le ventre ne se voit pas, et le dosage se lit avec l'échographie. Au troisième, un saignement indolore sur un utérus souple s'oppose à un utérus dur avec un enfant en souffrance, et le toucher attend la position du placenta. Quand ces causes sont écartées, regardez le col au spéculum : une conclusion « origine indéterminée » répétée signale un examen qui manque. Chez une femme rhésus négatif, chaque saignement impose une prévention, notée avec sa date et son heure, et un dépistage du col en retard se rattrape pendant la grossesse.
S'entraîner sur cette situation
Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.
Sources
Gynécologie Obstétrique
Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF). 6e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
- Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)
Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.
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