Cette fiche vous apprend à distinguer un retard d'acquisition d'une acquisition perdue, à faire apparaître cette perte par une question que les parents ne devancent pas, et à vérifier l'audition et la vue avant tout étiquetage. Elle suit la consultation : les 3 questions du raisonnement, les 2 temps de l'entretien, l'observation et l'examen, les examens utiles, ce qui n'attend pas, puis l'accompagnement, ce qui se dit aux parents et ce qui circule entre professionnels.
SommaireEnviron 13 min
- Retard ou perte, global ou dissocié, et ce qu'on a éliminé
- La question de la perte, posée dans ses termes, puis l'audition et la vue
- La relation, le quotidien, et ce que voient ceux qui gardent l'enfant
- Observer le jeu avant de toucher, et suivre le périmètre crânien sur la courbe
- Le repérage ne demande aucun examen, sauf l'audition et la vue
- Une perte n'attend pas, et le délai d'orientation coûte le plus cher
- Accompagner sans attendre le diagnostic, et dater chaque étape
- Dédouaner les parents, et faire circuler l'observation entre ceux qui voient l'enfant
- À retenir pour la station
Retard ou perte, global ou dissocié, et ce qu'on a éliminé
La première question n'est pas « de quoi s'agit-il », mais « s'agit-il d'un retard ou d'une perte ». Un retard est un acquis qui tarde, sur une trajectoire qui progresse ; une perte est un acquis qui disparaît. Un enfant qui n'a pas encore parlé et un enfant qui a parlé puis a cessé de parler ne relèvent ni du même délai, ni de la même démarche, ni du même pronostic : la perte impose une exploration sans délai, le retard une évaluation ordonnée.
La deuxième question est de savoir si le retard est global ou dissocié. Un développement moteur normal rassure à tort les familles et les soignants : un enfant qui marche bien peut avoir un développement très inégal, et la dissociation est en elle-même une information.
La troisième porte sur ce qu'il faut éliminer avant tout étiquetage : une atteinte de l'audition, une atteinte de la vue, une carence, une maladie chronique, une maltraitance ou une carence de stimulation. Chacune se traite, et aucune ne se voit si on ne la cherche pas. Ces 3 questions se posent sans aucun examen.
Ce qui oriente ensuite tient au profil des difficultés, à la présence de signes qui concernent la relation et la communication, à l'existence de particularités physiques et à l'histoire familiale. Le contexte de vie et de stimulation s'explore aussi.
Une inquiétude d'un professionnel qui ne se confirme pas à la consultation doit faire reconsidérer, et elle se prend au sérieux. Un enfant se comporte différemment dans un cabinet et dans une salle de crèche, et c'est l'observation prolongée qui a raison.
La question de la perte, posée dans ses termes, puis l'audition et la vue
Une question vaut toutes les autres, et elle se pose dans ses termes : qu'est-ce que l'enfant savait faire qu'il ne fait plus ? « Comment cela a-t-il évolué » n'y suffit pas, parce que les parents décrivent alors l'état d'aujourd'hui. C'est la seule question de cet entretien qui ne peut pas être remplacée par une autre.
La chronologie se reconstitue acquis par acquis : tenue de tête, position assise, marche, premiers mots, association de mots, propreté. Le carnet de santé est le document central, et le demander est un acte médical : sans lui, les dates sont des impressions.
2 questions précèdent tout étiquetage : entend-il, et voit-il. Se retourner au bruit d'une porte et se retourner à son prénom ne sont pas la même chose, et la seconde réponse est celle qui compte.
« Qu'est-ce que votre enfant savait faire qu'il ne fait plus ? »
La relation, le quotidien, et ce que voient ceux qui gardent l'enfant
La relation se demande précisément : le regard, le sourire en réponse, le fait de montrer du doigt, la réaction quand on l'appelle, la façon de jouer. Le quotidien se demande aussi : le sommeil, l'alimentation et sa sélectivité, les colères, les gestes répétés.
Ce qui se demande à d'autres qu'aux parents est ce qu'observent la crèche, l'assistante maternelle ou l'école. Ces professionnels voient l'enfant plus d'heures que ses parents, et ils le comparent à d'autres enfants du même âge.
Le vécu des parents se demande enfin : ce qu'ils craignent, ce qu'on leur a déjà dit, et ce qu'ils se reprochent. Beaucoup se taisent pendant des mois par crainte de s'entendre dire que c'est de leur faute, et cette crainte retarde plus que l'ignorance.
Les phrases de l'entourage s'accueillent sans être contredites : « les garçons parlent tard », « il est dans son monde », « il fera comme son oncle ». Les contredire frontalement ferme la conversation ; les accueillir et poser une autre question la poursuit, et c'est de cette conversation que dépend ce qu'on apprendra.
Observer le jeu avant de toucher, et suivre le périmètre crânien sur la courbe
L'essentiel de cet examen se fait pendant que l'enfant joue, avant de le toucher. Ce qu'il fait de lui-même dans la pièce vaut mieux que ce qu'il accepte de faire sur demande, et un enfant que l'on manipule d'emblée ne montrera plus rien.
S'observent le regard vers l'adulte, le sourire en réponse, le fait de montrer, l'attention partagée, la façon dont il joue et dont il se déplace, et sa réaction quand on l'appelle par son prénom. L'observation du jeu est un temps de l'examen clinique, au même titre que la mesure du périmètre crânien.
Le poids, la taille et le périmètre crânien se mesurent et se reportent. Une cassure ou une accélération du périmètre crânien est un signe fort, et elle ne se voit que sur la courbe.
L'examen neurologique apprécie le tonus, la symétrie, les réflexes, la marche et la coordination, et il cherche des mouvements anormaux. L'examen général cherche ce qui accompagne : la peau, avec des taches dont il faut noter le nombre, la taille et les bords ; des particularités du visage ou des extrémités ; un souffle ; une organomégalie.
L'audition et la vue s'apprécient cliniquement, et elles se confirment par un examen dédié. Se documentent les stades atteints, les mesures datées, et ce que l'enfant a fait spontanément.
Le repérage ne demande aucun examen, sauf l'audition et la vue
Le repérage ne demande aucun examen, et c'est ce qui le rend accessible à tous. Une courbe, un carnet de santé et des questions posées dans leurs termes suffisent à décider s'il faut orienter. Aucune imagerie n'y intervient : l'imagerie du cerveau relève du bilan spécialisé conduit après l'orientation.
2 examens ne se discutent pas et précèdent tout étiquetage : un examen de l'audition et un examen de la vue, réalisés par des professionnels et non appréciés au fauteuil. Le dépistage de la maternité ne dispense pas d'un contrôle : il était juste au moment où il a été fait, et une atteinte peut être apparue depuis. Aucun trouble du langage ne se retient chez un enfant dont on n'a pas vérifié qu'il entend.
Devant une perte d'acquisitions, le bilan change de nature, et il est urgent. Une régression fait chercher une cause qui peut être traitable, et elle relève d'une exploration spécialisée sans délai : ce n'est pas la même situation qu'un retard simple.
Selon le contexte se cherchent une carence, une atteinte de la thyroïde, une intoxication, et un bilan génétique quand l'orientation le justifie. Ce dernier se prescrit avec le spécialiste, après avoir expliqué ce qui sera fait du résultat.
Un bilan large ne se prescrit pas devant un enfant dont le développement est régulier et dont les seules données sont l'inquiétude des parents. Rassurer avec une date de revoyure vaut mieux qu'un bilan qui reviendra normal et ne rassurera personne.
Une perte n'attend pas, et le délai d'orientation coûte le plus cher
Cette situation ne comporte pas d'urgence des premières heures, et elle comporte des situations où le délai coûte cher. La perte d'acquisitions est la première : elle fait chercher une maladie évolutive, dont certaines se traitent et dont le traitement dépend du moment où il commence. Attendre de voir n'est pas une option devant une régression, et c'est ce qui la distingue d'un retard.
Les signes qui accompagnent une régression et imposent un avis immédiat :
- Une accélération ou une cassure du périmètre crânien.
- Des vomissements du matin.
- Un trouble de la vue.
- Des mouvements anormaux ou des épisodes de rupture de contact.
- Une somnolence inhabituelle.
Une régression rapide, des signes de pression dans le crâne ou une atteinte de l'état général font hospitaliser. Quelle que soit la situation, l'enfant se mesure, la mesure se reporte sur la courbe, et ce qui a été constaté s'écrit avec sa date.
La seconde situation ne met pas la vie en jeu et coûte pourtant le plus cher : le délai d'orientation. Les premières années sont celles où l'accompagnement change le plus le devenir, et chaque mois d'attente se prend sur cette période. Un rendez-vous obtenu tard n'est pas la même chose qu'un rendez-vous obtenu tôt, et c'est le médecin qui voit l'enfant en premier qui en décide.
Accompagner sans attendre le diagnostic, et dater chaque étape
L'accompagnement ne se met pas en attente du diagnostic. Les rééducations s'engagent sur les difficultés constatées et non sur une étiquette, et attendre un bilan complet pour commencer fait perdre les mois qui comptent le plus. Selon les difficultés se mettent en place l'orthophonie, la psychomotricité, l'ergothérapie, la guidance des parents, et l'aménagement du mode de garde ou de la scolarité.
La correction de ce qui est corrigeable se fait en parallèle, et non après. Un appareillage auditif, des lunettes, la correction d'une carence changent parfois radicalement la trajectoire, et ils ne se remettent pas à plus tard.
Le lien avec les structures et les professionnels du secteur s'organise, et l'ouverture des droits, quand elle est utile, se commence tôt, parce qu'elle prend du temps. Le développement des frères et sœurs se surveille aussi, sans en faire une inquiétude.
Dire aux parents d'attendre un âge donné, ou de revenir « si cela ne s'arrange pas », n'est pas une conduite. Une consigne sans date est une consigne sans effet, et elle laisse la famille seule pendant des mois. La prochaine consultation, le bilan de l'audition et le rendez-vous spécialisé se programment donc avec une date, comme un point de suivi, même si le bilan n'est pas revenu.
Dédouaner les parents, et faire circuler l'observation entre ceux qui voient l'enfant
La phrase que les parents attendent, et qu'il faut dire explicitement, est celle qui les dédouane : ce qui arrive n'est pas dû à leur façon d'élever leur enfant, ni au mode de garde, ni au fait de travailler. Au stade du repérage, aucun diagnostic n'est établi, et la démarche est pluridisciplinaire et longue.
Ce qui doit faire revenir n'est pas un âge, c'est une perte. Les repères se donnent concrètement, sans transformer les parents en évaluateurs. Noter dans le carnet de santé ce que l'enfant sait faire, et le mettre à jour à chaque consultation, construit la chronologie que personne n'a plus tard.
Rien de cette situation ne se prévient, sauf le retard d'orientation, et celui-là se prévient en écoutant les professionnels qui gardent l'enfant. Les écrans s'abordent aussi, sans en faire la cause de ce qui est observé, et la prochaine étape s'annonce avec une date.
Cette situation fait travailler ensemble des professionnels qui ne se parlent pas, et l'enfant est le seul lien entre eux. Médecin, crèche, école, orthophoniste, psychomotricien, structure spécialisée : chacun détient une partie de l'observation, et personne n'a l'ensemble. La transmission la plus utile n'est donc pas un compte rendu, c'est une demande d'observation : écrire à la crèche ou à l'école, avec l'accord des parents recueilli avant tout contact, obtient une information qu'aucune consultation ne produira, parce qu'elle porte sur des heures et sur une comparaison.
Aux rééducateurs se transmettent les difficultés constatées, ce qui a déjà été éliminé, et ce que les parents ont compris. Au carnet de santé se notent les acquisitions avec leurs dates, les mesures, et la perte quand il y en a une, écrite en clair : c'est le document qui suit l'enfant, et c'est là que le professionnel suivant regardera. Au médecin qui recevra en second se disent ce qui a été demandé, ce qui est en attente, et à quelle date on revoit, pour que la famille n'ait pas à tout réexpliquer.
Les parents reçoivent la même information de tous, et cette cohérence se vérifie. 2 professionnels qui disent des choses différentes sur le même enfant font plus de dégâts qu'un délai.
« Ce qui arrive n'est pas dû à votre façon d'élever votre enfant, ni au mode de garde, ni au fait que vous travailliez. »
À retenir pour la station
Demandez dans ses termes ce que l'enfant savait faire et ne fait plus : une perte ne se raconte pas, elle se demande, et elle impose une exploration sans délai là où un retard appelle une évaluation ordonnée. Avant tout étiquetage, faites vérifier l'audition et la vue, même après un dépistage de maternité normal. Ne vous laissez pas rassurer par une motricité normale : la dissociation est une information. Interrogez ceux qui gardent l'enfant, accueillez les phrases de l'entourage sans les contredire, et dites aux parents que leur façon d'élever l'enfant n'est pas en cause. Engagez l'accompagnement sans attendre le diagnostic, et datez chaque étape.
S'entraîner sur cette situation
Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.
Sources
- Pédiatrie (Ouvre un nouvel onglet)
Collège national des pédiatres universitaires (CNPU) ; Collège national hospitalier et universitaire de chirurgie pédiatrique (CNHUCP). 9e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
- Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)
Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.
Les mêmes items du programme
- Consultation de suivi pédiatriqueSituation de départ 296 / items communs 47, 55
- Prévention de l'exposition aux écransSituation de départ 323 / items communs 55, 47
- Prévention des accidents domestiquesSituation de départ 325 / items communs 47, 55
- Examen du nouveau-né à termeSituation de départ 39 / item commun 47
- Déformation rachidienneSituation de départ 65 / item commun 47
- Tâche cutanée du nourrissonSituation de départ 90 / item commun 47
- Troubles de l'attentionSituation de départ 129 / item commun 55
- Troubles du comportement chez l'enfant et l'adolescentSituation de départ 133 / item commun 55