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Neurologie

Fiche de révision

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S'entraîner sur cette situation
Situation de départ 120Catégorie IItem R2C 105Item R2C 342

Cette fiche vous apprend à reconstituer une crise que la personne n'a pas vue, avec celui qui l'a vue, et à reconnaître un état de mal sur la conscience plutôt que sur les mouvements. Elle part de la crise en cours, passe par l'entretien du témoin puis de la personne, l'examen et le réveil, le raisonnement et les examens, et finit sur ce qui se décide et sur ce qui s'apprend à la personne et à son entourage.

SommaireEnviron 15 min
  1. Pendant la crise, protéger sans contraindre, et reconnaître l'état de mal
  2. Celle qui a convulsé n'a rien vu : trouver le témoin et reconstituer la scène
  3. Les signes qui orientent, le réveil, et ce qui a changé
  4. Examiner en 2 temps, et suivre le réveil comme un examen
  5. 3 questions dans l'ordre : était-ce une crise, pourquoi maintenant, est-ce fini
  6. Les examens cherchent une cause et une conséquence, et un scanner normal ne dit pas la cause
  7. Garder ou laisser rentrer, ne pas traiter d'emblée, et parler de la vie le jour même
  8. La personne et son entourage n'apprennent pas la même chose
  9. À retenir pour la station

Pendant la crise, protéger sans contraindre, et reconnaître l'état de mal

L'état de mal épileptique est l'urgence de cette situation, et il se définit par une durée : une crise qui se prolonge au-delà de 5 minutes, ou des crises qui se répètent sans retour à la conscience entre elles. La conscience entre les crises est le critère, et non leur nombre.

Pendant la crise, on protège, on ne contraint pas : écarter ce qui peut blesser, protéger la tête, ne rien mettre dans la bouche, ne pas immobiliser les membres. L'heure de début se note dès que la crise est constatée. C'est la donnée qui commandera tout ce qui suit.

Dès que la crise cesse, la conduite associe position latérale de sécurité, liberté des voies aériennes, oxygène, monitorage, glycémie capillaire et voie veineuse. Les causes qui se corrigent se cherchent et se traitent pendant qu'on traite la crise : hypoglycémie, hyponatrémie, hypocalcémie, intoxication, éclampsie, méningo-encéphalite, sevrage alcoolique. Chez une personne dénutrie ou alcoolique, la vitamine B1 précède ou accompagne l'apport glucosé.

Si la crise se prolonge, le traitement suit un protocole à étages, avec des délais fixés : une première ligne, puis une seconde si la crise persiste, puis une prise en charge en réanimation. Ce qui coûte le plus dans un état de mal est le temps perdu entre les étages, plus que le choix de la molécule.

L'appel se passe tôt. Un état de mal se prend en charge à plusieurs, et le réanimateur s'appelle avant que la seconde ligne n'ait échoué.

« Il convulse depuis plus de 5 minutes : c'est un état de mal, j'appelle le réanimateur. »

« Notez l'heure de début, tous les délais vont partir de là. »

Celle qui a convulsé n'a rien vu : trouver le témoin et reconstituer la scène

L'interrogatoire fait le diagnostic, et il ne s'adresse pas seulement à la personne. Celle qui a convulsé n'a vu que le début, s'il existe, et le réveil. Le témoin a vu le reste, et son récit est la source principale du diagnostic.

La question la plus rentable de cette situation est de savoir qui a vu, et si on peut l'appeler. Le témoin s'identifie et s'appelle pendant la consultation, plutôt qu'après.

La scène se reconstitue minute par minute, du contexte au réveil. Ce qui se passait juste avant, la position, l'activité ; comment cela a commencé, brutalement ou par quelque chose d'inhabituel. Puis ce qu'a fait le corps : raideur puis secousses, secousses d'emblée, un côté ou les 2, la tête tournée, les yeux ouverts ou fermés.

La durée s'obtient par un repère concret, et non par un adjectif. Accepter « longtemps » est une erreur : faites compter, ou rapporter la durée à quelque chose de mesurable.

« Qui était avec vous à ce moment-là, et pouvons-nous l'appeler maintenant ? »

« Comptez pour moi le temps que cela a duré, ou dites-moi à quoi cela correspondait : une chanson, un trajet ? »

Les signes qui orientent, le réveil, et ce qui a changé

Les signes qui orientent vers une crise épileptique se cherchent un par un : une morsure du bord latéral de la langue, une perte d'urines, une confusion prolongée au réveil, des courbatures, une cyanose du visage. La morsure latérale de langue et la perte d'urines se demandent explicitement.

Une reprise de conscience immédiate et complète après quelques secousses oriente vers une syncope plutôt que vers une crise. Après la crise se demandent le temps qu'il a fallu pour reconnaître les gens, un déficit transitoire d'un membre, une céphalée, un vomissement.

Le déclenchant explique pourquoi cette crise est arrivée ce jour-là. Chez une personne épileptique, un oubli de traitement, une privation de sommeil, l'alcool et surtout son sevrage, une infection ou une interaction médicamenteuse expliquent le plus souvent la crise. Le terrain se précise aussi : épilepsie connue et son traitement, drogues, médicaments abaissant le seuil, fièvre chez l'enfant, traumatisme crânien, maladie neurologique connue.

Une grossesse possible se demande chez une femme en âge de procréer. Toute convulsion chez une femme enceinte ou récemment accouchée est une éclampsie jusqu'à preuve du contraire.

« Vous êtes-vous mordu le côté de la langue, et avez-vous perdu les urines ? »

« Avez-vous oublié des prises ces derniers jours, et avez-vous dormi normalement ? »

Examiner en 2 temps, et suivre le réveil comme un examen

L'examen se fait en 2 temps, et le premier ne dure pas une minute. Pendant ou juste après la crise : liberté des voies aériennes, respiration, fréquence cardiaque, pression artérielle, saturation, glycémie capillaire, température, état de conscience.

La glycémie capillaire est un geste d'examen et non un examen complémentaire, et elle se fait dans le même mouvement que les constantes. Une hypoglycémie convulsive se corrige en quelques minutes, et se manque en une seconde.

L'examen cherche ensuite ce que la crise a causé : morsure de langue, traumatisme crânien, luxation d'épaule, tassement vertébral, brûlure, inhalation. Il cherche aussi ce qui l'a causée : syndrome méningé, signes de localisation, purpura, signes d'hypertension intracrânienne, signes de sevrage, marques d'injection, signes de grossesse.

Le réveil est en soi un examen, et il se suit minute par minute, en notant quand la personne reconnaît les gens. Un retour progressif à la conscience en quelques minutes et jusqu'à 30 minutes est habituel. Une conscience qui ne revient pas, ou qui se dégrade, change complètement la situation : elle fait évoquer un état de mal, une cause structurelle ou une intoxication.

Un déficit focal transitoire au décours d'une crise existe, et il régresse en quelques heures, mais il ne dispense pas d'écarter un accident vasculaire cérébral. La règle qui résume cet examen tient en une phrase : ce qui n'est pas rentré dans l'ordre au bout d'une demi-heure demande une explication.

« Je vous pique le doigt tout de suite : je veux connaître votre sucre avant tout le reste. »

« Pouvez-vous me dire votre nom et où vous êtes ? Je vous reposerai la question dans quelques minutes. »

3 questions dans l'ordre : était-ce une crise, pourquoi maintenant, est-ce fini

3 questions se posent dans cet ordre, et la première n'est pas celle qu'on croit : était-ce une crise ? Beaucoup de choses y ressemblent : une syncope, un accident vasculaire, une hypoglycémie, une intoxication, un trouble du rythme. Le récit du témoin tranche plus que tout examen.

Une syncope peut s'accompagner de quelques secousses brèves, et la reprise de conscience y est immédiate, ce qui la sépare d'une crise épileptique. Une crise psychogène non épileptique se reconnaît sur ses propres caractères : ce diagnostic ne se pose ni par élimination, ni comme une simulation.

Pourquoi maintenant ? Chez une personne épileptique, la question n'est pas ce qu'elle a, mais ce qui a changé : oubli ou changement de traitement, privation de sommeil, alcool, infection, interaction médicamenteuse. Chez une personne sans antécédent, une première crise fait chercher une cause aiguë : métabolique, toxique, sevrage alcoolique, infectieuse, vasculaire, traumatique, tumorale, ou une éclampsie chez la femme enceinte.

Est-ce fini ? C'est la question qui décide de tout le reste, et elle se pose sur la conscience, non sur les mouvements.

2 tableaux se manquent régulièrement, le sevrage alcoolique et l'éclampsie. Dans le sevrage alcoolique, la crise précède le delirium, et le traitement n'est pas celui d'une épilepsie.

« Votre collègue dit que vous avez repris connaissance tout de suite : cela oriente vers un malaise, pas vers une crise. »

« Vous êtes épileptique et vous allez bien : je ne cherche pas ce que vous avez, je cherche ce qui a changé cette semaine. »

Les examens cherchent une cause et une conséquence, et un scanner normal ne dit pas la cause

Les examens ne font pas le diagnostic de crise : ils cherchent une cause et une conséquence. La glycémie capillaire se fait chez tous et immédiatement, et elle se lit avant tout autre résultat. Le reste du bilan dépend du contexte : ionogramme avec calcémie et magnésémie, créatinine, numération, bilan hépatique, recherche de toxiques, dosage du traitement antiépileptique chez une personne traitée, et test de grossesse chez une femme en âge de procréer.

L'électroencéphalogramme ne se demande pas en urgence devant une crise unique résolutive avec un réveil normal. Il devient urgent devant une conscience qui ne revient pas, où il cherche un état de mal non convulsif, un tableau qui se manque parce qu'il ne ressemble pas à une crise.

La ponction lombaire est nécessaire devant une fièvre avec syndrome méningé ou des troubles de conscience persistants, après l'imagerie quand celle-ci est indiquée, et elle ne retarde ni l'antibiothérapie ni l'antiviral quand une méningo-encéphalite est suspectée. À l'inverse, un bilan large n'apporte rien chez une personne épileptique connue qui a fait sa crise habituelle après un oubli de traitement, avec un réveil complet. Le retenir évite des heures d'attente pour rien, et surtout des résultats fortuits qu'il faudrait ensuite expliquer.

L'imagerie cérébrale répond à une question simple : y a-t-il, dans la tête, quelque chose qui explique la crise et qui demande un geste immédiat ? Le scanner sans injection en urgence cherche du sang, un effet de masse, une hydrocéphalie.

Le scanner sans injection se demande en urgence devant :

  • Une première crise.
  • Un traumatisme crânien.
  • Un déficit focal persistant.
  • Une fièvre ou une immunodépression.
  • Un traitement anticoagulant.
  • Une céphalée inhabituelle.
  • Un âge avancé.
  • Une conscience qui ne revient pas.

Ses limites se connaissent : un scanner normal n'écarte ni une méningo-encéphalite, ni une thrombose veineuse cérébrale, ni une lésion de petite taille. Il rassure sur ce qui demande un geste immédiat, pas sur la cause. L'imagerie par résonance magnétique est l'examen de référence pour chercher la cause d'une épilepsie : elle se programme à distance, et devient urgente devant une suspicion d'encéphalite ou de thrombose veineuse. Une personne épileptique connue, avec sa crise habituelle et un réveil complet, n'a pas besoin d'imagerie.

« Sa conscience ne revient pas : je demande un électroencéphalogramme, je cherche un état de mal non convulsif. »

« Le scanner est normal : cela veut dire qu'il n'y a rien à opérer maintenant, pas qu'il n'y a pas de cause. »

Garder ou laisser rentrer, ne pas traiter d'emblée, et parler de la vie le jour même

Une fois la crise finie et la cause cherchée, 3 décisions restent, et la première est de garder ou non. Une première crise, une crise prolongée, une cause non identifiée, un traumatisme, une conscience anormale ou un entourage qui ne peut pas surveiller font hospitaliser. Une personne épileptique connue qui a fait sa crise habituelle après un oubli, réveillée et accompagnée, peut rentrer avec des consignes.

Une crise isolée n'est pas une épilepsie, et un traitement antiépileptique ne se commence pas d'emblée après une première crise. Cette décision revient au neurologue, s'appuie sur l'imagerie et l'électroencéphalogramme, et se discute avec la personne : il s'agit d'un traitement long, avec des effets indésirables et des interactions. Chez une femme en âge de procréer, une grossesse possible se pose avant le choix de la molécule, et non après.

Ce que la crise change dans la vie se traite le jour même, parce que c'est la vraie inquiétude de la personne. L'aptitude à la conduite relève de l'arrêté du 28 mars 2022, qui fixe les conditions et les délais, et elle se décide avec un avis spécialisé. Le travail en hauteur, les machines, la natation et les bains se discutent, comme le sommeil et l'alcool.

La suite se prend, et non se laisse à prendre : consultation de neurologie, électroencéphalogramme, imagerie, lettre au médecin traitant. Le rendez-vous se donne pris, plutôt qu'à prendre.

« Je ne commence pas de traitement aujourd'hui : cette décision se prend avec le neurologue, après l'imagerie et l'électroencéphalogramme. »

« Vous ne devez pas conduire pour l'instant ; les règles sont fixées par un arrêté et le délai sera revu avec le spécialiste. »

La personne et son entourage n'apprennent pas la même chose

2 publics apprennent ici, et ce ne sont pas les mêmes messages. Avec la personne se cherche ce qui déclenche ses crises : sommeil insuffisant, alcool, oubli du traitement, stress. Le sommeil insuffisant, l'alcool et l'oubli du traitement sont les déclenchants les plus fréquents.

Ne pas oublier un traitement est un problème technique avant d'être un problème de volonté, et l'oubli se prévient par un pilulier, une alarme ou l'association à un geste quotidien. Après chaque crise, la personne note la date, l'heure, la durée et les circonstances. Ce carnet renseigne le neurologue mieux qu'un souvenir, et il se remet en expliquant ce qu'il faut y noter.

L'entourage, et c'est ce qui rapporte le plus, apprend 3 gestes : écarter ce qui peut blesser, protéger la tête, ne rien mettre dans la bouche. Ce qu'il ne faut pas faire se nomme aussi : immobiliser, faire boire, gifler. Après la crise, il met la personne sur le côté et reste avec elle.

« Mettre quelque chose dans la bouche pour ne pas qu'il avale sa langue » est faux et dangereux, et le dire explicitement aux proches est plus utile que de leur expliquer pourquoi. L'entourage appelle les secours devant une crise qui dépasse 5 minutes, des crises qui se répètent, une personne qui ne se réveille pas, un traumatisme ou une première crise.

Ce qui se dit rarement de soi-même : la peur de refaire une crise en public, le regard des autres, l'emploi, la conduite, la vie affective. Ces sujets ne sortent pas seuls, et ils s'abordent si la personne le souhaite.

« Pendant une crise : écartez ce qui peut blesser, protégez la tête, ne mettez rien dans la bouche. »

« Appelez si la crise dure plus de 5 minutes, si elles se répètent, ou s'il ne se réveille pas. »

À retenir pour la station

Cherchez le témoin dès les premières questions : la personne qui a convulsé n'a vu que le début et le réveil. Obtenez la durée par un repère concret, demandez la morsure latérale de langue et la perte d'urines, et cherchez ce qui a changé, sommeil compris. Pendant une crise, protégez sans contraindre et notez l'heure de début. Une crise au-delà de 5 minutes, ou des crises sans retour à la conscience entre elles, font un état de mal : appelez le réanimateur tôt. Faites la glycémie capillaire avec les constantes. Devant une femme enceinte qui convulse, évoquez d'abord l'éclampsie. Un scanner normal ne dit pas la cause, et une première crise ne fait pas commencer un traitement de fond.

S'entraîner sur cette situation

Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.

Sources

  1. 1
    Neurologie (Ouvre un nouvel onglet)

    Collège des enseignants de neurologie (CEN). 7e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Item 105, épilepsies de l'enfant et de l'adulte ; Item 342, malaise, perte de connaissance, crise comitiale chez l'adulte

    Appuie : Urgence vitale, Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Stratégie diagnostique, Synthèse paraclinique, Iconographie, Stratégie de prise en charge, Éducation et prévention

  2. 2

    Médecine intensive, réanimation, urgences et défaillances viscérales aiguës

    Collège des enseignants de médecine intensive réanimation (CeMIR). 8e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Chapitre « État de mal épileptique » ; Item 336

    Appuie : Urgence vitale, Stratégie diagnostique, Synthèse paraclinique, Éducation et prévention

  3. 3

    Urgences

    Collège national des universitaires de médecine d'urgence (CNUMU). 5e édition actualisée, R2C (Éditions Med-Line, collection Référentiels EDN, R2C).

    Passages utilisés : Item 342

    Appuie : Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Stratégie diagnostique, Synthèse paraclinique, Iconographie, Stratégie de prise en charge

  4. 4

    EDN Référentiel de Psychiatrie et addictologie

    Collège national des universitaires de psychiatrie (CNUP) ; Collège universitaire national des enseignants d'addictologie (CUNEA) ; Association pour l'enseignement de la sémiologie psychiatrique (AESP). 4e édition conforme à la R2C (Presses universitaires François-Rabelais, collection L'officiel EDN).

    Passages utilisés : Item 76 ; Item 72

    Appuie : Stratégie diagnostique

  5. 5

    Gynécologie Obstétrique

    Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF). 6e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Item 344 ; Item 24

    Appuie : Entretien et interrogatoire, Stratégie diagnostique, Stratégie de prise en charge

  6. 6
    Prise en charge des méningites bactériennes aiguës communautaires (à l'exclusion du nouveau-né). Actualisation 2017 de la conférence de consensus 2008 (Ouvre un nouvel onglet)

    Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF). Actualisation 2017, texte court et version longue publiés en 2019 dans Médecine et maladies infectieuses, vol. 49, n° 6 ; diapositives du comité des référentiels approuvées le 19/09/2018.

    Passages utilisés : Délais d'antibiothérapie

    Appuie : Synthèse paraclinique

  7. 7