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Fiche de révision

Hallucinations

La modalité de l'hallucination oriente plus sûrement que son contenu : entendre et voir ne désignent pas les mêmes maladies.

Situation de départ 122Catégorie IItem R2C 63Item R2C 108Item R2C 106

Entretien et interrogatoire

Faire décrire ce que la personne perçoit, sans la contredire ni y adhérer. Nier une hallucination met fin à l'entretien ; y adhérer la renforce. La formule utile est de demander ce qu'elle voit ou entend, à quel moment, et ce qu'elle en pense.

La modalité sensorielle est la première donnée : voir, entendre, sentir, percevoir sur la peau. Les hallucinations visuelles orientent vers une cause organique ; les hallucinations auditives, surtout des voix qui commentent ou qui s'adressent à la personne, orientent vers une cause psychiatrique.

La critique est la deuxième : la personne sait-elle que ce qu'elle perçoit n'existe pas. Une critique conservée éloigne beaucoup d'un trouble psychotique.

L'âge de début est la troisième : un premier épisode psychotique après 50 ans est rare, et une hallucination qui apparaît à cet âge est organique jusqu'à preuve du contraire.

Reprendre l'ordonnance ligne par ligne, et les introductions récentes : traitements dopaminergiques, corticoïdes, anticholinergiques, opioïdes, antidépresseurs, sevrage d'une benzodiazépine ou de l'alcool.

Chercher les toxiques : alcool et sa date d'arrêt, cannabis, cocaïne, hallucinogènes.

Chercher les circonstances de survenue : au coucher ou au réveil, dans la pénombre, chez quelqu'un qui voit ou entend mal, dans un deuil récent. Ces trois contextes produisent des perceptions qui ne sont pas des maladies.

Retenir que la modalité, la critique, l'âge et l'ordonnance suffisent à orienter, et que les quatre se demandent en trois minutes.

Le piège

Beaucoup de personnes cachent leurs hallucinations par peur d'être prises pour folles, et par peur d'être placées. Le silence n'est pas une absence de symptôme : la question se pose ouvertement, et l'on dit pourquoi on la pose.

À retenir

  • Ne pas contredire une hallucination et ne pas y adhérer : demander plutôt.
  • Les hallucinations visuelles orientent vers une cause organique.
  • Une critique conservée éloigne beaucoup d'un trouble psychotique.
  • Un premier épisode psychotique après 50 ans est rare.
  • Deuil, endormissement et déficit sensoriel produisent des perceptions qui ne sont pas des maladies.

En pratique

  • Description obtenue sans contredire ni adhérer
  • Modalité sensorielle précisée
  • Critique de la personne évaluée
  • Âge de début et ancienneté
  • Ordonnance complète et introductions récentes
  • Alcool, cannabis, cocaïne, hallucinogènes
  • Circonstances : endormissement, pénombre, deuil
  • Audition et vision explorées

Examen clinique

L'examen cherche l'organique, parce que c'est lui qui se traite le plus vite.

Les constantes et la glycémie capillaire d'abord, comme devant tout trouble du comportement.

Apprécier la vigilance et son évolution dans la journée. Une conscience qui fluctue signe une confusion, et la confusion est organique par définition.

Tester l'orientation, l'attention et la mémoire, avec quelques questions simples et un test bref. L'attention est ce qui distingue le mieux une confusion d'une démence installée.

Chercher les signes neurologiques : syndrome parkinsonien, tremblement, rigidité, lenteur, marche, signes focaux, myoclonies.

Chercher un déficit sensoriel, et ne pas se contenter de le supposer : une personne qui n'entend pas les questions ne fait pas des hallucinations auditives, et une malvoyance sévère peut produire des visions élaborées sans aucune maladie psychiatrique.

Chercher ce qui fait mal ou gêne sans se dire chez la personne âgée : globe vésical, fécalome, douleur, infection.

Observer le contact et le comportement : méfiance, adhésion au discours, réticence, ce que la personne cherche du regard.

Retenir que l'attention se teste et que sa perte oriente vers une confusion, laquelle a toujours une cause à trouver.

À retenir

Hallucinations visuelles, vigilance fluctuante et syndrome parkinsonien réunis chez une personne âgée forment un tableau reconnaissable, et il ne se traite pas avec un neuroleptique classique.

À retenir

  • Constantes et glycémie capillaire d'abord, comme devant tout trouble du comportement.
  • Une vigilance qui fluctue signe une confusion, donc une cause organique.
  • L'attention distingue une confusion d'une démence installée.
  • Un syndrome parkinsonien change entièrement l'orientation.
  • Une malvoyance sévère peut produire des visions sans maladie psychiatrique.

En pratique

  • Constantes complètes et glycémie capillaire
  • Vigilance et sa fluctuation
  • Orientation, attention, mémoire
  • Recherche d'un syndrome parkinsonien
  • Recherche de signes neurologiques focaux
  • Évaluation de l'audition et de la vision
  • Recherche d'un globe, d'un fécalome, d'une douleur
  • Observation du contact et du comportement

Synthèse paraclinique

Le bilan sert à chercher une cause organique, pas à confirmer une hypothèse psychiatrique. Aucun examen ne fait le diagnostic d'un trouble psychotique.

Le bilan de première intention devant des hallucinations récentes : ionogramme, calcémie, créatinine, glycémie, numération, protéine C réactive, bilan hépatique, thyréostimuline, et un électrocardiogramme.

L'électrocardiogramme a une raison précise : il mesure l'espace QT, que les neuroleptiques allongent. Le faire avant de prescrire fait partie de la prescription.

La recherche de toxiques et l'alcoolémie se demandent largement chez le sujet jeune, et le dosage d'un psychotrope déjà pris chez celui qui en prend un.

L'imagerie cérébrale se demande devant un premier épisode après 50 ans, un signe neurologique, un début brutal, ou une évolution atypique. Chez le sujet jeune avec un tableau psychiatrique typique et un examen normal, elle n'est pas systématique.

Chez la personne âgée, l'analyse d'urines entre dans le bilan, avec la réserve constante qu'une bandelette positive ne suffit jamais à expliquer un trouble du comportement.

Ce qui ne se demande pas : un bilan étendu à répétition chez quelqu'un dont le diagnostic est posé et le tableau stable.

Retenir que l'électrocardiogramme précède le neuroleptique, et que ce n'est pas une précaution mais une condition.

À retenir

Chez quelqu'un qui prend déjà un psychotrope, son dosage fait partie du bilan. C'est l'examen le plus souvent oublié, parce qu'un traitement connu ne se relit plus comme une cause possible.

À retenir

  • Aucun examen ne fait le diagnostic d'un trouble psychotique.
  • L'électrocardiogramme précède la prescription d'un neuroleptique.
  • L'imagerie cérébrale se demande devant un premier épisode après 50 ans.
  • Une bandelette positive n'explique jamais à elle seule un trouble du comportement.

En pratique

  • Ionogramme, calcémie, créatinine, glycémie
  • Numération, protéine C réactive, bilan hépatique
  • Thyréostimuline
  • Électrocardiogramme avant tout neuroleptique
  • Toxiques et alcoolémie
  • Dosage du psychotrope en cours
  • Imagerie cérébrale selon l'âge et les signes
  • Analyse d'urines chez le sujet âgé

Iconographie

Sans objet pour cette situation : L'imagerie cérébrale de cette situation se prescrit sur des critères cliniques et se lit dans un compte rendu ; ce qui est attendu au deuxième cycle est de savoir quand la demander, ce qui figure en synthèse paraclinique et en stratégie diagnostique.

Stratégie diagnostique

Quatre données trient, et elles se demandent toutes : la modalité, la conscience, la critique, l'ordonnance.

Modalité auditive, conscience claire, critique absente, sujet jeune : trouble psychotique. Les voix qui commentent les actes ou qui dialoguent entre elles sont les plus évocatrices, et le syndrome s'accompagne d'un délire, d'un retrait, d'une désorganisation.

Modalité visuelle, conscience fluctuante, sujet âgé : confusion, et il faut lui trouver une cause. Infection, médicament, sevrage, trouble métabolique, douleur, rétention.

⚠️ Modalité visuelle, conscience claire, critique conservée, syndrome parkinsonien : penser d'abord au traitement dopaminergique, puis à une maladie neurodégénérative avec hallucinations. Ce tableau est fréquent et il se traite en révisant l'ordonnance, non en ajoutant un antipsychotique.

Modalité visuelle, critique conservée, malvoyance sévère, aucun autre signe : hallucinations du malvoyant. Elles ne relèvent d'aucun traitement psychotrope, et l'explication soulage à elle seule.

Toujours chercher les toxiques et le sevrage, quel que soit l'âge, et rappeler qu'un sevrage alcoolique peut survenir chez quelqu'un hospitalisé depuis deux jours pour autre chose.

Deuil récent et endormissement produisent des perceptions bénignes, fréquentes et jamais spontanément avouées.

Retenir que le contenu de l'hallucination n'oriente presque pas, et que sa modalité oriente beaucoup.

Moyen mnémotechnique

Qu'est-ce que vous percevez, êtes-vous bien réveillé, y croyez-vous, que prenez-vous. Quatre questions, et la situation change de branche à chacune.

À retenir

  • Modalité, conscience, critique, ordonnance : quatre données qui trient.
  • Des voix qui commentent chez un sujet jeune orientent vers un trouble psychotique.
  • Des visions chez une personne âgée dont la vigilance fluctue sont une confusion à explorer.
  • Visions avec critique conservée et syndrome parkinsonien : réviser l'ordonnance d'abord.
  • Le contenu de l'hallucination n'oriente presque pas.

En pratique

  • Modalité sensorielle établie
  • État de conscience et fluctuation
  • Critique évaluée
  • Âge de début rapporté aux hypothèses
  • Ordonnance et introductions récentes revues
  • Toxiques et sevrage recherchés
  • Déficit sensoriel recherché
  • Contextes bénins reconnus

Urgence vitale

Sans objet pour cette situation : Les hallucinations ne constituent pas par elles-mêmes une urgence vitale. Les tableaux qui en sont une, delirium tremens et confusion aiguë avec agitation, sont traités dans la fiche de la situation 114, où ils commandent la conduite immédiate.

Stratégie de prise en charge

La première décision est de savoir si l'on retire quelque chose plutôt que d'en ajouter. Devant des hallucinations apparues après une modification de traitement, la révision de l'ordonnance est le traitement, et elle se fait avec le prescripteur habituel.

⚠️ Chez un patient parkinsonien, les neuroleptiques classiques sont contre-indiqués. Ils aggravent brutalement le syndrome parkinsonien et peuvent immobiliser quelqu'un qui marchait. Quand un antipsychotique devient nécessaire, seuls certains sont utilisables, à faible dose, et l'avis du neurologue précède la prescription.

Chez la personne âgée confuse, le traitement est celui de la cause, et les psychotropes se réservent aux situations où la sécurité l'exige. Les mesures non médicamenteuses valent mieux : environnement stable, repères, lunettes et appareils auditifs rendus, sommeil respecté, présence des proches.

Dans un trouble psychotique, le traitement antipsychotique se met en route avec un suivi, une information sur les effets et un projet de soins. L'adhésion se construit, et une hospitalisation sans consentement est un dernier recours encadré par la loi.

Expliquer ce qui se passe soulage réellement, en particulier quand la critique est conservée : dire que ces perceptions ont une cause connue, qu'elles ne signifient pas la folie, et qu'elles peuvent régresser, change la façon de les vivre.

Réévaluer à court terme, systématiquement, et juger sur le retentissement autant que sur la disparition du symptôme.

Retenir que retirer un médicament est un traitement, et que c'est souvent le bon.

Le piège

Un neuroleptique donné à un parkinsonien qui hallucine peut le laisser bloqué et grabataire en quelques jours. La bonne réponse est de réviser le traitement antiparkinsonien avec le neurologue, pas d'ajouter une molécule.

À retenir

  • Devant des hallucinations récentes, réviser l'ordonnance avant d'ajouter.
  • Les neuroleptiques classiques sont contre-indiqués chez le patient parkinsonien.
  • Chez la personne âgée confuse, le traitement est celui de la cause.
  • Expliquer soulage réellement quand la critique est conservée.
  • Le retentissement compte autant que la disparition du symptôme.

En pratique

  • Ordonnance révisée avant toute addition
  • Prescripteur habituel associé à la décision
  • Contre-indications des neuroleptiques vérifiées
  • Avis spécialisé avant antipsychotique chez un parkinsonien
  • Cause de la confusion traitée
  • Mesures non médicamenteuses mises en place
  • Explication donnée à la personne et à l'entourage
  • Réévaluation à court terme programmée

Procédure et geste technique

Sans objet pour cette situation : Aucun geste technique n'appartient à cette situation. La glycémie capillaire et l'électrocardiogramme, qui en sont les gestes utiles, figurent en examen clinique et en synthèse paraclinique.

Annonce et information

Sans objet pour cette situation : L'annonce d'un trouble schizophrénique ou d'une maladie neurodégénérative sort du périmètre du deuxième cycle (D44). L'explication du symptôme et de sa cause figure en prise en charge et en éducation.

Éducation et prévention

Le premier message est qu'avoir des hallucinations ne veut pas dire être fou, et il se dit en toutes lettres. Beaucoup se taisent pendant des mois par crainte du mot, et ce silence retarde des diagnostics simples.

Le deuxième est destiné à l'entourage : ne pas contredire et ne pas entrer dans le contenu. Répondre à l'émotion plutôt qu'à la perception, proposer de changer de pièce, allumer une lumière. Ces conduites s'apprennent en une minute et changent la vie quotidienne.

Chez la personne qui a une critique conservée, expliquer le mécanisme suffit souvent à faire baisser l'angoisse : le cerveau produit des images quand il reçoit moins d'informations, et cela n'annonce ni la folie ni la démence.

Prévenir ce qui déclenche : la pénombre, la fatigue, l'isolement, l'alcool, l'arrêt brutal d'un traitement, la déshydratation.

Faire corriger ce qui se corrige : lunettes à jour, appareil auditif porté, cataracte opérée. C'est une prévention efficace et rarement présentée comme telle.

Dire ce qui doit faire consulter sans attendre : des hallucinations nouvelles, une confusion, une fièvre, une somnolence inhabituelle, ou des perceptions qui donnent des ordres.

Chez le patient traité au long cours, expliquer qu'un traitement ne s'arrête pas seul et qu'une modification, même faite par un autre médecin, se signale.

Retenir que dire « ce n'est pas la folie » fait partie du soin, et que cette phrase se prononce tôt.

À retenir

Ne pas contredire, ne pas entrer dans le contenu, répondre à l'émotion, changer de pièce, allumer. Cinq conduites données à l'entourage, et elles tiennent sur une carte.

À retenir

  • Dire qu'avoir des hallucinations ne veut pas dire être fou fait partie du soin.
  • L'entourage apprend à répondre à l'émotion, non au contenu.
  • Expliquer le mécanisme fait baisser l'angoisse quand la critique est conservée.
  • Lunettes, appareils auditifs et cataracte opérée sont une prévention efficace.
  • Des perceptions qui donnent des ordres font consulter sans attendre.

En pratique

  • Crainte de la folie nommée et levée
  • Conduite expliquée à l'entourage
  • Mécanisme expliqué si critique conservée
  • Facteurs déclenchants identifiés
  • Correction sensorielle vérifiée
  • Motifs de consultation urgente donnés par écrit
  • Règles de modification du traitement expliquées
  • Suivi programmé

Communication interprofessionnelle

Ce qui se transmet en premier est la modalité, la critique et l'ordonnance, dans cette phrase. Un avis demandé pour « hallucinations » sans ces trois éléments revient avec la même question, et le patient attend pendant ce temps.

L'appel au neurologue plutôt qu'au psychiatre se justifie dès qu'il existe un syndrome parkinsonien ou une modification récente d'un traitement dopaminergique. Se tromper d'interlocuteur coûte plusieurs jours, et la décision d'orientation appartient à celui qui a fait l'interrogatoire.

Ce qui se transmet au psychiatre : l'âge de début, la modalité, le contenu s'il est structuré, la critique, le retentissement, les causes organiques écartées avec leur date, et le traitement en cours.

La contre-indication se transmet comme une consigne, pas comme une remarque : écrire « pas de neuroleptique classique, patient parkinsonien » en tête du dossier vaut mieux que de l'expliquer une fois oralement. Une consigne négative non écrite ne survit pas à un changement d'équipe.

Le médecin traitant et le pharmacien reçoivent les modifications de traitement et leur raison, parce que c'est chez eux que passera la prochaine ordonnance.

L'entourage reçoit une information distincte, plus simple, et la conduite à tenir à la maison.

Retenir qu'une contre-indication s'écrit en tête de dossier, parce que c'est là qu'on la lira au mauvais moment.

Moyen mnémotechnique

Ce qu'il perçoit, ce qu'il en pense, ce qu'il prend, ce qui a été écarté. Quatre lignes, et le spécialiste sait s'il est le bon interlocuteur.

À retenir

  • Modalité, critique et ordonnance se transmettent dans la même phrase.
  • Un syndrome parkinsonien oriente vers le neurologue, pas vers le psychiatre.
  • Une consigne négative non écrite ne survit pas à un changement d'équipe.
  • Les modifications de traitement vont au traitant et au pharmacien.

En pratique

  • Modalité sensorielle transmise
  • Critique de la personne transmise
  • Ordonnance et modifications récentes jointes
  • Causes organiques écartées avec leur date
  • Orientation choisie et justifiée
  • Contre-indications écrites en tête de dossier
  • Médecin traitant et pharmacien informés
  • Conduite à tenir remise à l'entourage

Sources

  • R2C, item 63 : Trouble schizophrénique
  • R2C, item 108 : Confusion, démences
  • R2C, item 106 : Maladie de Parkinson
  • R2C, item 74 : Prescription et surveillance des psychotropes
  • Collège national des universitaires de psychiatrie, chapitre « Trouble schizophrénique »
  • Recommandations en vigueur sur la prise en charge des hallucinations de la maladie de Parkinson et sur celle de la confusion du sujet âgé. La date de la version consultée fait partie de la source