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Neurologie

Fiche de révision

Mouvements anormaux

S'entraîner sur cette situation
Situation de départ 126Catégorie IItem R2C 107Item R2C 106Item R2C 326

Cette fiche vous apprend à décrire un mouvement anormal avant de le nommer, en le regardant au repos, en posture, pendant le geste et à la marche, puis à tirer d'un enregistrement vidéo ce qu'une consultation ne montre pas. Elle suit la démarche : la condition d'apparition qui sépare le champ, l'entretien, l'examen, la vidéo, les examens qui cherchent ce qui se traite, les urgences, puis le traitement, ce qui se dit au patient et ce qui se transmet.

SommaireEnviron 13 min
  1. La condition d'apparition sépare le champ en 2
  2. Demander dans quelles circonstances, plutôt que depuis quand
  3. Examiner dans un ordre fixe, et décrire sans nommer
  4. La vidéo, le document que personne ne prescrit
  5. Le diagnostic est clinique, les examens cherchent ce qui se traite
  6. Un champ d'évolutions lentes, et 3 situations qui ne le sont pas
  7. Retirer, vérifier, faire bouger, avant la molécule
  8. Nommer la gêne au patient, transmettre la description plutôt que le nom
  9. À retenir pour la station

La condition d'apparition sépare le champ en 2

La première question est la condition d'apparition, et elle sépare le champ en 2 avant tout autre raisonnement. Au repos, en posture ou pendant l'action : le même mot de tremblement recouvre des mouvements différents selon la condition où il paraît.

Un tremblement présent au repos, qui diminue en posture et disparaît pendant l'action, souvent unilatéral, oriente vers un syndrome parkinsonien. L'orientation se renforce s'il s'accompagne d'une lenteur qui s'aggrave à la répétition, d'une rigidité, ou d'un bras qui ne balance plus.

Un tremblement absent au repos, qui apparaît bras tendus et pendant l'action, souvent bilatéral, touchant parfois la tête et la voix, oriente ailleurs. Un antécédent familial est fréquent dans ce cas, et il n'est pas à lui seul un argument suffisant.

Un tremblement rapide et fin, bilatéral, avec un contexte oriente vers une cause générale : thyroïde, médicament, sevrage, anxiété. Les autres mouvements se décrivent eux aussi avant de se nommer : mouvements brefs et involontaires, contractions soutenues qui déforment une posture, secousses rythmiques, mouvements des jambes le soir.

2 réflexes valent pour tout le champ : relire l'ordonnance, et regarder l'âge. Un mouvement anormal chez un sujet jeune n'appelle pas la même liste de causes que chez une personne âgée, et certaines causes du sujet jeune se traitent.

Ce qui fait reconsidérer l'orientation retenue :

  • Une évolution rapide.
  • Des chutes précoces.
  • Une atteinte des mouvements des yeux.
  • Un mouvement qui disparaît quand on distrait la personne.

Demander dans quelles circonstances, plutôt que depuis quand

La question la plus utile n'est pas « depuis quand » mais « dans quelles circonstances ». Un mouvement qui apparaît au repos, un mouvement qui apparaît quand on tend les bras et un mouvement qui apparaît pendant le geste ne sont pas le même mouvement. Le patient sait répondre si on le lui demande ainsi, et 3 questions suffisent à diviser le champ en 2.

Ce qui se fait préciser ensuite : le siège, la latéralité, le caractère permanent ou intermittent, ce qui l'aggrave et ce qui le calme. Son effet sur les gestes du quotidien se demande geste par geste : écrire, boire, boutonner, porter.

Ce qui n'est pas demandé et qui compte, c'est le retentissement social. Beaucoup de personnes cessent de manger devant les autres bien avant d'être gênées pour manger, et cette information ne vient pas d'elle-même.

L'ordonnance complète se reconstitue, y compris ce qui a été arrêté et ce qui est pris sans ordonnance. La cause médicamenteuse est la seule qu'on puisse retirer, et elle se cherche en premier. Le contexte se recueille aussi : alcool, exposition professionnelle, antécédents familiaux, et une atteinte du foie.

3 questions orientent et s'oublient : des mouvements pendant le sommeil, une modification de l'écriture, et un changement de la voix ou du visage. Le changement de la voix ou du visage est souvent remarqué par l'entourage avant le patient.

Examiner dans un ordre fixe, et décrire sans nommer

L'examen se conduit comme un protocole, et l'ordre des conditions est ce qui le rend interprétable. Au repos d'abord, mains posées sur les cuisses, l'attention détournée par une conversation ou un calcul : un patient qui se regarde trembler ne tremble plus de la même façon. En posture ensuite, bras tendus devant soi, puis en position d'ailes.

Pendant l'action : porter un verre, toucher son nez, écrire une phrase, dessiner une spirale. L'écriture et la spirale se gardent au dossier : ce sont les seuls documents de suivi qui ne coûtent rien.

À la marche, se regardent le ballant des bras, la longueur du pas et le demi-tour, puis la stabilité à la poussée. Les mouvements répétés viennent ensuite, ouvrir et fermer la main, taper le talon, et ce qui compte n'est pas la lenteur initiale mais la décroissance au fil des répétitions.

Le reste de l'examen neurologique complète : tonus, réflexes, sensibilité, mouvements des yeux, et l'examen des fonctions supérieures. L'examen général cherche des signes d'atteinte du foie, regarde la thyroïde et la peau.

Ce qui s'écrit dans le compte rendu est le mouvement, pas son nom. Une description reste vraie quand le diagnostic change.

La vidéo, le document que personne ne prescrit

Le document d'imagerie de ce champ n'est pas une coupe, c'est un enregistrement vidéo, et c'est celui que personne ne prescrit. Il montre ce qu'une consultation ne montre pas, parce qu'un patient qu'on observe cesse d'être au repos.

Ce qu'une vidéo apporte tient en 3 choses. Elle permet la comparaison entre plusieurs conditions dans la même séquence et l'observation du patient sans attention portée sur lui. Elle offre aussi la possibilité de revoir, seul ou avec un confrère.

Une vidéo utile tient en 4 séquences courtes : au repos avec l'attention détournée, bras tendus, pendant un geste, et à la marche. La même consigne, le même cadrage et la même date à chaque fois, faute de quoi 2 vidéos ne se comparent pas.

Elle se demande à la famille, qui a un téléphone et qui voit le patient tous les jours. Filmer régulièrement, dans les mêmes conditions, est une contribution réelle au diagnostic et au suivi, et cela donne aux proches une place qui n'est pas celle de la surveillance.

Le diagnostic est clinique, les examens cherchent ce qui se traite

Le diagnostic de la plupart des mouvements anormaux est clinique, et les examens servent à trouver les causes qui se traitent. L'imagerie du cerveau ne fait pas le diagnostic d'un syndrome parkinsonien, et une image normale ne l'écarte pas. Elle se demande devant une présentation atypique, un début brutal, un signe de localisation.

Les examens fonctionnels d'imagerie relèvent du spécialiste. Ils répondent à une question précise, pas à une hésitation.

La biologie se demande selon le contexte : une atteinte de la thyroïde, une carence, un trouble ionique, une atteinte du foie, une consommation ou un sevrage. Le dosage d'un médicament se demande quand il existe et que l'accumulation est possible.

Une cause se cherche chez le sujet jeune, et se manque chez lui : une maladie du métabolisme du cuivre. Son dépistage repose sur des dosages simples et sur un examen des yeux à la lampe. Elle se traite, et elle ne se rattrape pas si on l'a laissée évoluer : c'est l'âge de survenue qui doit y faire penser.

Ce qui ne se prescrit pas : un bilan large devant un tremblement typique chez une personne âgée dont l'ordonnance a été vérifiée. L'ordonnance, elle, n'est pas un examen et c'est le document le plus rentable : elle se lit ligne à ligne, y compris les traitements prescrits pour la digestion ou pour le sommeil.

Ce qui se répète et se conserve : les échelles cliniques quand un traitement est instauré, et les vidéos, les écritures et les spirales, avec leurs dates. Ces documents de suivi datent l'évolution mieux qu'un compte rendu.

Un champ d'évolutions lentes, et 3 situations qui ne le sont pas

Ce champ est celui des évolutions lentes, et il contient 3 situations qui ne le sont pas. Un mouvement anormal d'installation brutale est une atteinte récente du cerveau jusqu'à preuve du contraire, et il impose une imagerie sans attendre.

Un syndrome fait de rigidité, de fièvre et d'une altération de la conscience, chez une personne sous traitement neuroleptique, est une urgence vitale. Il se reconnaît sur l'association et non sur un signe, et il impose l'arrêt du traitement et une prise en charge immédiate. Des secousses rythmiques et prolongées relèvent de la démarche des crises, avec ses propres urgences.

Le sujet jeune ajoute une urgence de calendrier : une cause métabolique traitable non dépistée continue d'évoluer. Le délai se paie en séquelles définitives, et il dépend de qui a pensé à la chercher.

Ce qui n'est pas une urgence et qui inquiète, c'est une aggravation progressive sur des mois. Le dire est utile, parce qu'une famille qui appelle en urgence pour une évolution lente attend surtout d'être entendue. Devant tout tableau aigu se prennent les constantes, la température, la conscience et la glycémie, l'ordonnance en main.

Retirer, vérifier, faire bouger, avant la molécule

Le premier geste est un retrait quand il est possible. Un mouvement anormal d'origine médicamenteuse régresse à l'arrêt, souvent lentement, et l'arrêt se pèse contre l'indication du traitement.

Le traitement de fond relève du spécialiste et dépend de la cause, et il ne se met pas en route sur une conclusion non vérifiée. Un traitement donné à côté ne fait pas d'effet, ce qui retarde le diagnostic de plusieurs mois.

Ce qui compte autant que la molécule, c'est l'activité physique régulière, dont le bénéfice est établi dans plusieurs de ces maladies, et qui fait partie du traitement et non du confort. La rééducation s'y ajoute : orthophonique quand la voix ou l'écriture sont touchées, en kinésithérapie pour la marche et l'équilibre.

Ce qui se traite en parallèle et qu'on oublie : le sommeil, la constipation, la douleur, et le retentissement moral. Ce dernier s'évalue comme les autres, et il précède souvent les difficultés motrices.

Sur l'objectif, la plupart de ces traitements améliorent la gêne sans arrêter la maladie. Le dire évite une déception qui fait tout arrêter. La réévaluation se programme avec une date, avec une nouvelle vidéo et une nouvelle spirale, comme le rendez-vous spécialisé.

Nommer la gêne au patient, transmettre la description plutôt que le nom

Ce que les patients redoutent avant tout est le regard des autres, et ils n'en parlent pas. Un tremblement se cache : on ne mange plus dehors, on ne signe plus devant quelqu'un, on refuse les invitations. Nommer ce retentissement soulage davantage que d'expliquer la maladie.

Des adaptations simples aident immédiatement : des couverts et des verres adaptés, une écriture plus grande, un plan de travail stable. L'idée qu'un geste réussi lentement vaut mieux qu'un geste raté vite s'apprend aussi, avec des objectifs réalistes.

L'alcool calme certains tremblements un moment, et aggrave tout ensuite. Beaucoup de personnes l'ont découvert seules, et le dire sans reproche évite une dépendance qui s'installe pour une raison compréhensible.

Ce qui doit faire consulter avant la date prévue :

  • Une aggravation rapide.
  • Des chutes.
  • L'apparition d'un mouvement d'un autre type.

Un nom transmis à la place d'une description fige un diagnostic que personne ne reverra. « Tremblement essentiel » écrit dans une lettre sera repris tel quel pendant des années ; « tremblement présent au repos, diminuant en posture, disparaissant à l'action, unilatéral » se relit et se corrige.

Ce qui se transmet : la description dans les 4 conditions, la latéralité, l'ancienneté, le retentissement, l'ordonnance complète, et ce qui a déjà été éliminé. La vidéo se joint, et elle change la consultation suivante : un spécialiste qui reçoit 4 séquences voit ce que la consultation ne montrera pas ce jour-là, parce qu'un mouvement varie d'un jour à l'autre.

Ce que reçoit chacun de ceux qui prennent la suite :

  • Le pharmacien : les médicaments à ne pas délivrer ou à signaler, quand une cause médicamenteuse a été retenue.
  • Le kinésithérapeute et l'orthophoniste : ce qui est touché et l'objectif, et non le nom de la maladie seul.
  • Le médecin traitant : ce qui a été éliminé, ce qui reste à faire, et la date de la prochaine vidéo.

Une ligne protège le patient : quand une cause médicamenteuse a été identifiée, elle s'écrit en clair au dossier. Faute de quoi le médicament sera réintroduit ailleurs, et le mouvement reviendra sans que personne ne comprenne.

À retenir pour la station

Demandez dans quelles circonstances le mouvement apparaît : au repos, bras tendus ou pendant le geste, ce ne sont pas les mêmes mouvements. Examinez dans cet ordre, l'attention du patient détournée, et décrivez le mouvement sans le nommer. Un tremblement de repos qui disparaît à l'action, unilatéral, avec un bras qui ne balance plus et une lenteur qui s'aggrave à la répétition, oriente vers un syndrome parkinsonien ; un antécédent familial ne suffit pas à conclure. Demandez à la famille de filmer, dans les mêmes conditions. Relisez l'ordonnance et regardez l'âge : la cause médicamenteuse se retire, et chez le sujet jeune une cause métabolique se traite. Sous neuroleptique, rigidité, fièvre et conscience altérée font une urgence vitale.

S'entraîner sur cette situation

Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.

Sources

  1. 1
    Neurologie (Ouvre un nouvel onglet)

    Collège des enseignants de neurologie (CEN). 7e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Item 107 ; Item 106

    Appuie : Stratégie diagnostique, Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Iconographie, Synthèse paraclinique, Urgence vitale, Stratégie de prise en charge, Éducation et prévention, Communication interprofessionnelle

  2. 2
    Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)

    Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.

    Passages utilisés : Item 107 ; Item 106 ; Item 326

    Appuie : Stratégie diagnostique, Stratégie de prise en charge

  3. 3
    An international consensus study of neuroleptic malignant syndrome diagnostic criteria using the Delphi method (Ouvre un nouvel onglet)

    Journal of Clinical Psychiatry. Journal of Clinical Psychiatry, 2011, vol. 72, n° 9, p. 1222 à 1228 (doi:10.4088/JCP.10m06438).

    Passages utilisés : Résumé, critères et valeurs seuils retenus par consensus

    Appuie : Urgence vitale