Fiche de révision
Paralysie faciale
Trois dates, un geste et un organe : le mode d'installation, la palpation de la parotide et la protection de la cornée.
Sommaire
Entretien et interrogatoire
⚠️ La question qui décide n'est pas « depuis quand » mais « en combien de temps ». Le délai entre le premier signe et le maximum de la paralysie sépare les causes mieux qu'aucun examen : quelques heures à deux jours d'un côté, plusieurs semaines de l'autre. ⚠️ Une paralysie qui s'installe progressivement n'est pas idiopathique, et cette phrase se perd si l'on note une seule date.
Ce qui se fait préciser ensuite : le côté, le caractère complet ou partiel, ⚠️ un épisode antérieur du même côté ou de l'autre, et ce qui a déjà été donné, avec ses dates.
Les signes qui accompagnent et qui situent l'atteinte : une douleur derrière l'oreille, une modification du goût, des sons perçus trop fort d'un côté, des larmes en moins, et une gêne à fermer l'œil.
⚠️ Les signes qui font sortir du cadre idiopathique : une baisse de l'audition, des vertiges, un écoulement de l'oreille ancien, une paralysie des deux côtés, une atteinte d'un autre nerf, une fièvre, un amaigrissement.
Le terrain : diabète, grossesse, immunodépression, antécédent de cancer, chirurgie ou traumatisme de la face.
⚠️ Deux questions saisonnières et régionales : une piqûre de tique, une éruption qui s'est étendue en anneau, chez l'enfant en particulier.
Et la plainte qui n'est jamais spontanée : l'œil. Beaucoup de personnes décrivent une gêne le matin et n'y voient pas un risque.
À retenir
- La question qui décide est en combien de temps, pas depuis quand.
- Une paralysie qui s'installe progressivement n'est pas idiopathique.
- Une seule date au dossier rend la situation ininterprétable.
- Une paralysie des deux côtés fait sortir du cadre idiopathique.
- La plainte oculaire n'est presque jamais spontanée.
En pratique
- Délai entre premier signe et maximum
- Côté, caractère complet ou partiel
- Épisode antérieur, même côté ou autre côté
- Goût, audition, larmes, sons trop forts
- Douleur rétro-auriculaire
- Écoulement d'oreille, vertiges, autre nerf atteint
- Terrain, diabète, grossesse, cancer, immunodépression
- Piqûre de tique et éruption en anneau
Examen clinique
⚠️ Un visage au repos se ressemble dans les deux formes. L'asymétrie, la commissure basse, le pli de la joue effacé : tout cela existe aussi bien dans une atteinte centrale que périphérique. ⚠️ Seul le mouvement demandé sépare les deux, et une photographie de repos ne le remplace pas.
Le temps qui tranche : relever les sourcils, plisser le front, fermer les yeux avec force. ⚠️ Le territoire supérieur épargné oriente vers une atteinte centrale, atteint vers une atteinte périphérique. À la fermeture forcée, le globe qui part vers le haut est un signe de l'atteinte périphérique.
Le reste du visage : sourire, montrer les dents, gonfler les joues, siffler, et l'examen de l'autre hémiface, qui n'est pas une formalité.
Coter la sévérité au premier examen donne la seule référence qui permettra de dire, plus tard, si l'état change.
⚠️ Les trois temps que personne ne fait : l'otoscopie des deux oreilles, à la recherche de vésicules ou d'une otite ; ⚠️ la palpation de la région parotidienne, parce que le nerf traverse la glande ; l'inspection de la bouche et du pharynx, et la palpation des aires cervicales.
Le reste : les autres nerfs crâniens, le goût, la force des membres et les réflexes.
⚠️ L'œil se regarde à part : occlusion complète ou non, rougeur, larmes, sensibilité de la cornée.
À retenir
- Un visage au repos se ressemble dans les deux formes.
- Seul le mouvement demandé sépare une atteinte centrale d'une atteinte périphérique.
- Une paralysie faciale dont on n'a pas palpé la parotide n'a pas été examinée.
- L'otoscopie se fait dans toutes les paralysies faciales.
- Coter la sévérité au premier examen crée la seule référence utile.
En pratique
- Visage au repos puis en mouvement
- Front et sourcils testés explicitement
- Fermeture forcée des paupières
- Examen de l'autre hémiface
- Sévérité cotée et notée
- Otoscopie des deux oreilles
- Palpation de la région parotidienne
- Bouche, pharynx et aires cervicales
Synthèse paraclinique
⚠️ Une paralysie faciale périphérique isolée, d'installation brutale, sans autre signe, ne demande aucun examen au premier jour. Le diagnostic est clinique, et prescrire un bilan large à ce stade retarde le seul geste utile, qui est la protection de l'œil.
Ce qui se demande quand le contexte l'appelle : ⚠️ une sérologie de la maladie transmise par les tiques, devant une atteinte des deux côtés, une éruption en anneau, une exposition, et chez l'enfant de façon plus large ; un dépistage du virus de l'immunodéficience humaine, qui peut se révéler ainsi ; une glycémie, le diabète étant à la fois un terrain et un facteur de moins bonne récupération.
Ce qui se demande sur signe d'appel : une exploration de l'audition en cas de baisse ou de vertige, et un bilan général devant une altération de l'état général.
⚠️ Ce qui ne se demande pas au premier jour et se demande plus tard : l'exploration électrique du nerf. Elle n'a pas de valeur immédiate, la dégénérescence prenant plusieurs jours à s'installer, et elle sert au pronostic dans les formes complètes, non au diagnostic.
⚠️ Ce qui se relit et n'est pas un examen : les dates. Le délai d'installation et l'ancienneté de la paralysie orientent plus que n'importe quel dosage, et ils se lisent gratuitement dans le dossier.
À retenir
- Une paralysie périphérique isolée et brutale ne demande aucun examen au premier jour.
- Un bilan large retarde le seul geste utile, la protection de l'œil.
- L'exploration électrique n'a pas de valeur immédiate.
- Elle sert au pronostic des formes complètes, pas au diagnostic.
- Les dates orientent plus que n'importe quel dosage.
En pratique
- Aucun examen si forme typique isolée
- Sérologie envisagée selon exposition et âge
- Dépistage viral proposé selon contexte
- Glycémie
- Audition explorée sur signe d'appel
- Exploration électrique différée et réservée au pronostic
- Dates relues avant toute prescription
Iconographie
⚠️ L'imagerie n'est pas systématique, et quand elle est indiquée elle doit couvrir tout le trajet du nerf. Ce trajet va du tronc cérébral à la glande parotide, en traversant l'os du rocher. ⚠️ Une exploration limitée au cerveau laisse hors champ la moitié du parcours, et c'est dans cette moitié que se trouvent plusieurs causes.
Les situations qui l'imposent : ⚠️ une installation progressive, une absence de récupération après plusieurs mois, une récidive du même côté, une atteinte des deux côtés, une masse de la parotide, une atteinte d'un autre nerf crânien, une maladie de l'oreille, un antécédent de cancer, un contexte traumatique.
Ce qui se demande selon la question posée : une exploration en coupes pour le trajet du nerf et les tissus voisins, une exploration de l'os quand l'oreille est en cause, une exploration de la glande quand une masse est palpée.
⚠️ Ce que l'imagerie ne fait pas : elle ne confirme pas une paralysie idiopathique. Ce diagnostic reste un diagnostic d'élimination clinique, et une image normale ne le démontre pas.
Un document d'imagerie que personne ne pense à produire : ⚠️ une photographie du visage au premier examen, au repos et en mouvement. Elle date l'état initial, et sans elle une récupération partielle se discute pendant des mois sans preuve.
À retenir
- Le trajet du nerf va du tronc cérébral à la parotide.
- Une exploration limitée au cerveau laisse hors champ la moitié du parcours.
- Une image normale ne démontre pas une paralysie idiopathique.
- L'installation progressive et l'absence de récupération imposent l'imagerie.
- Une photographie au premier examen date l'état initial et personne ne la fait.
En pratique
- Indication vérifiée avant toute demande
- Champ couvrant le trajet complet du nerf
- Exploration de l'os si l'oreille est en cause
- Exploration de la glande si une masse est palpée
- Aucune imagerie devant une forme typique du premier jour
- Photographie initiale prise et datée
Stratégie diagnostique
La démarche tient en deux questions posées dans cet ordre, et l'ordre compte.
⚠️ Première question : centrale ou périphérique. Elle se tranche sur le territoire supérieur du visage, épargné dans l'atteinte centrale parce qu'il reçoit une commande venue des deux hémisphères. Une atteinte centrale s'accompagne presque toujours d'autre chose, et elle relève d'une démarche vasculaire urgente.
⚠️ Deuxième question : idiopathique ou non. La forme idiopathique est un diagnostic d'élimination, et elle a un profil précis : installation en moins de trois jours, atteinte isolée, parfois une douleur derrière l'oreille, et une récupération qui commence dans les premières semaines.
⚠️ Ce qui interdit ce diagnostic : une installation sur plusieurs semaines, une atteinte des deux côtés, une récidive, une atteinte d'un autre nerf, une masse de la parotide, une maladie de l'oreille, une fièvre ou une altération de l'état général, et l'absence de tout début de récupération après plusieurs mois.
Les causes à garder en tête : une atteinte virale avec ou sans éruption, une maladie transmise par les tiques, une otite compliquée, une lésion de la parotide, une atteinte de la base du crâne, une cause générale inflammatoire, un traumatisme.
⚠️ Trois dates structurent tout : le délai d'installation, le début de la récupération, et le point de contrôle à distance. Un diagnostic posé au premier jour n'est jamais définitif : il se rouvre à chacune de ces dates.
À retenir
- Deux questions dans l'ordre : centrale ou périphérique, puis idiopathique ou non.
- Le territoire supérieur tranche la première question.
- La forme idiopathique est un diagnostic d'élimination.
- Une installation sur plusieurs semaines interdit ce diagnostic.
- Un diagnostic posé au premier jour se rouvre à chaque date de contrôle.
En pratique
- Territoire supérieur examiné et conclu
- Profil d'installation confronté au diagnostic reçu
- Bilatéralité et récidive recherchées
- Parotide et oreille explorées
- Autres nerfs crâniens vérifiés
- Signes généraux recherchés
- Point de contrôle à distance fixé
Urgence vitale
Une paralysie faciale n'est pas une urgence vitale, et quatre situations le sont.
⚠️ Une paralysie du territoire inférieur seul, avec un début brutal, est une atteinte vasculaire du cerveau jusqu'à preuve du contraire. Elle relève de la filière de l'accident vasculaire, avec son horloge, et une paralysie faciale prise pour une forme périphérique fait perdre cette horloge.
⚠️ Une paralysie des deux côtés, avec une abolition des réflexes, oriente vers une atteinte étendue des nerfs périphériques. ⚠️ Le risque est respiratoire, il s'installe en heures ou en jours, et il se surveille en hospitalisation.
⚠️ Une paralysie faciale associée à une oreille douloureuse ou qui coule est une otite compliquée jusqu'à preuve du contraire. Chez le diabétique ou l'immunodéprimé, une otite externe très douloureuse avec paralysie faciale est une infection grave de la base du crâne, dont le pronostic dépend du délai.
Une paralysie faciale après un traumatisme du crâne impose un avis spécialisé rapide, le délai conditionnant les possibilités de réparation.
⚠️ Et une urgence qui n'est pas vitale et qui se paie en organe : la cornée. Un œil qui ne se ferme pas, avec des larmes en moins, s'ulcère en quelques jours. Sa protection ne dépend d'aucun diagnostic et ne s'attend jamais.
Ce qui se fait devant toute paralysie faciale : constantes, température, examen des autres nerfs, réflexes, et l'œil.
À retenir
- Un territoire inférieur seul et un début brutal relèvent de la filière vasculaire.
- Une atteinte des deux côtés avec abolition des réflexes fait courir un risque respiratoire.
- Une oreille douloureuse ou qui coule signe une otite compliquée.
- Une otite externe très douloureuse chez le diabétique est une infection de la base du crâne.
- La protection de la cornée ne dépend d'aucun diagnostic.
En pratique
- Territoire supérieur examiné avant toute orientation
- Réflexes et force des membres
- Fonction respiratoire si atteinte des deux côtés
- Otoscopie et douleur d'oreille
- Contexte de diabète ou d'immunodépression
- Notion de traumatisme récent
- État de la cornée
Stratégie de prise en charge
⚠️ Deux décisions se prennent en même temps, et l'une ne doit jamais attendre l'autre : traiter la cause présumée, et protéger l'œil.
Sur le traitement de la forme idiopathique : ⚠️ une corticothérapie précoce améliore la récupération, et son bénéfice dépend du délai. Elle se met en route sans attendre un examen complémentaire. L'ajout d'un traitement antiviral se discute selon la présentation et selon les recommandations en vigueur, et il ne remplace pas la corticothérapie.
⚠️ Ce qui ne change rien au raisonnement : une corticothérapie donnée dans les délais et suivie d'une absence de récupération n'excuse pas le diagnostic. Elle prouve seulement qu'il a été traité, pas qu'il était juste.
Sur la protection de l'œil : ⚠️ larmes artificielles le jour, pommade et occlusion la nuit, et un avis spécialisé en cas de douleur, de rougeur croissante ou de baisse de vision. Cette conduite s'applique quelle que soit la cause.
Sur la rééducation : elle a sa place, conduite par un professionnel, ⚠️ et la stimulation électrique n'est pas recommandée.
Ce qui se programme avec une date : ⚠️ une réévaluation à quelques semaines pour vérifier que la récupération a commencé, et un point de contrôle à distance. L'absence de tout début de récupération à ce point impose de reprendre le diagnostic, quel qu'il soit, et de demander une imagerie du trajet complet du nerf.
À retenir
- Traiter la cause présumée et protéger l'œil ne s'attendent pas l'un l'autre.
- Le bénéfice de la corticothérapie dépend du délai.
- Un traitement bien conduit ne prouve pas que le diagnostic était juste.
- La stimulation électrique n'est pas recommandée.
- L'absence de début de récupération impose de rouvrir le diagnostic.
En pratique
- Corticothérapie envisagée sans délai dans la forme idiopathique
- Traitement antiviral discuté selon la présentation
- Larmes artificielles le jour
- Pommade et occlusion la nuit
- Avis spécialisé si douleur ou baisse de vision
- Rééducation sans stimulation électrique
- Réévaluation datée du début de récupération
- Point de contrôle à distance fixé
Procédure et geste technique
Annonce et information
Éducation et prévention
⚠️ La première information à donner ne porte pas sur la maladie, elle porte sur l'œil. La personne doit savoir que la paupière ne se ferme pas complètement, y compris pendant le sommeil, et pourquoi cela expose la cornée. Ce qu'elle fera le soir même compte davantage que ce qu'elle aura compris du diagnostic.
Ce qui s'explique et se montre : ⚠️ mettre les larmes artificielles souvent dans la journée, la pommade et l'occlusion le soir, ne pas porter de lentilles, et consulter sans attendre en cas de douleur, de rougeur qui augmente ou de vision qui baisse.
⚠️ Ce qui se dit sur la durée : la récupération se compte en semaines et en mois, pas en jours. Le dire évite l'abandon du traitement de l'œil au bout d'une semaine, qui est la cause la plus fréquente de complication.
⚠️ Ce que les personnes vivent et ne disent pas : un visage qui ne répond plus se cache. On cesse de manger devant les autres, on évite les photographies, on parle moins. Nommer ce retentissement fait partie du soin, et il n'est presque jamais abordé.
Ce qui s'explique aussi : la gêne à boire et à manger du côté atteint, la fatigue de mastication, et l'intérêt d'une alimentation adaptée au début.
⚠️ Et ce qui doit faire revenir avant la date prévue : une aggravation, l'apparition d'un autre signe, une douleur d'oreille, ou un œil qui devient douloureux.
À retenir
- La première information porte sur l'œil, pas sur la maladie.
- La paupière ne se ferme pas complètement pendant le sommeil.
- La récupération se compte en semaines et en mois, pas en jours.
- L'abandon du traitement de l'œil au bout d'une semaine est la cause la plus fréquente de complication.
- Un visage qui ne répond plus se cache, et cela ne se dit pas spontanément.
En pratique
- Risque oculaire expliqué et compris
- Larmes artificielles dans la journée
- Pommade et occlusion nocturne montrées
- Lentilles proscrites
- Durée réaliste annoncée
- Retentissement social nommé
- Alimentation adaptée au début
- Signes devant faire revenir avant la date
Communication interprofessionnelle
⚠️ Une transmission qui ne porte qu'une date rend la situation ininterprétable pour tous ceux qui suivront. Il en faut deux : celle du premier signe et celle du maximum. Le confrère qui reçoit la lettre ne pourra jamais les reconstituer.
Ce qui se transmet : le côté, le caractère complet ou partiel avec sa cotation, l'état de l'œil, les signes associés, les traitements donnés avec leurs dates, et ce qui a été examiné.
⚠️ Ce dernier point mérite une ligne à lui : écrire que la parotide a été palpée et qu'elle était normale n'est pas une formalité. Une ligne absente se lit comme un examen non fait, et le confrère suivant devra le refaire ou, plus souvent, ne le fera pas non plus.
À l'ophtalmologiste : la sévérité de l'atteinte, l'occlusion, l'état de la cornée, et la conduite déjà mise en place.
Au spécialiste de l'oreille : les données de l'otoscopie, l'audition, et la palpation de la glande.
Au kinésithérapeute : les territoires atteints et l'objectif, et la consigne de ne pas recourir à la stimulation électrique.
⚠️ Et la ligne qui protège la personne : la date à laquelle le diagnostic doit être rouvert si la récupération n'a pas commencé. Écrite, elle engage quelqu'un ; non écrite, elle n'appartient à personne, et c'est ainsi qu'une étiquette tient des mois.
À retenir
- Une transmission qui ne porte qu'une date est ininterprétable.
- Écrire que la parotide a été palpée et trouvée normale est une information.
- Une ligne absente se lit comme un examen non fait.
- La consigne de ne pas stimuler électriquement se transmet au rééducateur.
- La date de réouverture du diagnostic, non écrite, n'appartient à personne.
En pratique
- Date du premier signe et date du maximum
- Sévérité cotée transmise
- État de l'œil et conduite mise en place
- Traitements donnés avec leurs dates
- Parotide et oreille explicitement documentées
- Objectifs transmis au rééducateur
- Consigne d'absence de stimulation électrique
- Date de réouverture du diagnostic fixée