Fiche de révision
Tremblements
Un tremblement se classe sur le moment où il survient, et deux dessins suffisent souvent à trancher ce que l'œil hésite à voir.
Sommaire
Entretien et interrogatoire
La première question porte sur le moment de survenue : les mains tremblent-elles posées sur les cuisses, tendues devant soi, ou en saisissant un objet. Repos, attitude, action : ces trois mots séparent les grandes causes.
Faire décrire une situation concrète plutôt que demander l'intensité : tenir une tasse, boutonner une chemise, porter une cuillère à la bouche, signer un chèque. Ce qui gêne dit à la fois la forme du tremblement et son retentissement.
Chercher la symétrie et le côté de début. Un tremblement qui commence d'un seul côté et le reste pendant des mois n'a pas les mêmes causes qu'un tremblement d'emblée bilatéral.
Dater le début et l'évolution : brutal ou progressif, stable ou aggravé, en poussées ou continu.
Deux questions rentables et rarement posées : le tremblement s'améliore-t-il après un verre d'alcool, et y a-t-il des tremblements dans la famille. Une réponse positive aux deux oriente fortement.
Reprendre l'ordonnance ligne par ligne, et pas seulement les psychotropes : certains antiémétiques et antivertigineux bloquent la dopamine et donnent un syndrome parkinsonien complet, réversible.
Chercher ce qui accompagne : lenteur, raideur, marche à petits pas, perte de l'odorat, sommeil agité, chute, amaigrissement, palpitations, thermophobie, diarrhée.
Retenir que repos, attitude ou action est la question qui ouvre tout, et qu'elle se pose en faisant faire, pas en faisant décrire.
À retenir
- Repos, attitude, action : trois mots qui séparent les grandes causes.
- Faire décrire une situation concrète plutôt que demander l'intensité.
- Un tremblement longtemps unilatéral n'a pas les causes d'un tremblement bilatéral.
- L'amélioration par l'alcool et les antécédents familiaux orientent fortement.
- Des antiémétiques et des antivertigineux donnent des syndromes parkinsoniens réversibles.
En pratique
- Moment de survenue : repos, attitude, action
- Situations concrètes gênées
- Symétrie et côté de début
- Date de début et mode d'évolution
- Amélioration par l'alcool
- Antécédents familiaux de tremblement
- Ordonnance complète, antiémétiques compris
- Signes parkinsoniens et signes thyroïdiens associés
Examen clinique
L'examen d'un tremblement se fait en trois positions, et il ne se remplace par aucune description : mains posées sur les cuisses paumes vers le haut, bras tendus devant soi, puis épreuve doigt-nez.
Le tremblement de repos disparaît ou diminue au mouvement volontaire et réapparaît après quelques secondes de posture maintenue. Il augmente au calcul mental et à la marche.
Le tremblement d'attitude et d'action apparaît bras tendus et persiste pendant le geste. Le tremblement qui s'aggrave à l'approche de la cible oriente vers le cervelet.
Chercher les autres signes parkinsoniens : lenteur du mouvement alterné, réduction de l'amplitude à la répétition, rigidité avec roue dentée, visage peu expressif, marche à petits pas avec balancement des bras réduit.
Chercher les signes cérébelleux : dysmétrie, adiadococinésie, élargissement du polygone, dysarthrie.
Chercher les signes de thyrotoxicose : tremblement fin et rapide, moiteur, tachycardie, goitre, amaigrissement.
Faire écrire et faire dessiner, systématiquement : une phrase et une spirale de chaque main. Ces deux gestes sont un examen, ils tiennent en trente secondes, ils se conservent dans le dossier et ils se comparent d'une consultation à l'autre.
Retenir que faire écrire et faire dessiner appartient à l'examen clinique, et que ces documents datent le trouble mieux que la mémoire du patient.
À retenir
- L'examen se fait en trois positions : repos, attitude, action.
- Un tremblement de repos diminue au mouvement et réapparaît en posture maintenue.
- Un tremblement qui s'aggrave près de la cible oriente vers le cervelet.
- Faire écrire et dessiner une spirale est un examen, pas un supplément.
- Ces documents se conservent et se comparent d'une consultation à l'autre.
En pratique
- Mains au repos, paumes vers le haut
- Bras tendus, attitude maintenue
- Épreuve doigt-nez
- Recherche de rigidité et de lenteur
- Marche et balancement des bras observés
- Signes cérébelleux recherchés
- Signes de thyrotoxicose recherchés
- Écriture et spirales réalisées et datées
Synthèse paraclinique
Le diagnostic d'un tremblement est clinique, et le bilan sert à écarter les causes que l'examen ne voit pas.
Le dosage de la thyréostimuline se demande devant tout tremblement d'attitude, parce qu'une hyperthyroïdie donne un tremblement fin et qu'elle se traite.
Le bilan hépatique, la numération et l'ionogramme entrent dans le bilan de débrouillage selon le contexte.
⚠️ Chez un sujet jeune, la maladie de Wilson se cherche activement : elle est rare, elle est traitable, et son diagnostic tardif est irréversible. Le dosage de la céruloplasmine et de la cuprémie, la cuprurie des vingt-quatre heures et l'examen ophtalmologique à la lampe à fente en font partie. La règle simple est qu'un mouvement anormal avant quarante ans fait chercher un Wilson.
Ce qui ne se demande pas en première intention : une imagerie fonctionnelle des transporteurs de la dopamine. Elle ne se discute que dans les cas où le diagnostic clinique reste douteux après un examen complet, et elle relève du spécialiste. La demander pour confirmer une évidence clinique est une dépense sans conséquence sur la conduite.
L'imagerie par résonance magnétique se demande devant un tremblement d'installation brutale, unilatéral avec d'autres signes focaux, ou avec un syndrome cérébelleux.
Retenir qu'un mouvement anormal avant quarante ans fait chercher une maladie de Wilson, et que c'est le seul réflexe biologique impératif de cette situation.
À retenir
- Le diagnostic d'un tremblement est clinique.
- La thyréostimuline se demande devant tout tremblement d'attitude.
- Un mouvement anormal avant 40 ans fait chercher une maladie de Wilson.
- L'imagerie fonctionnelle ne confirme pas une évidence clinique.
- Une résonance magnétique se demande devant un début brutal ou un syndrome cérébelleux.
En pratique
- Thyréostimuline devant un tremblement d'attitude
- Bilan hépatique et numération selon le contexte
- Recherche d'une maladie de Wilson avant 40 ans
- Examen à la lampe à fente le cas échéant
- Imagerie réservée aux tableaux atypiques
- Imagerie fonctionnelle non demandée en première intention
Iconographie
L'iconographie de cette situation n'est pas une image du cerveau, c'est une feuille de papier. Une phrase manuscrite et une spirale tracée de chaque main sont les documents qui distinguent le mieux deux tremblements, et ils se produisent au cabinet en trente secondes.
Ce qui se lit sur une spirale : la régularité du trait, l'amplitude des oscillations, leur orientation, et si elles augmentent en s'éloignant du centre. Un tremblement d'attitude et d'action donne une spirale largement oscillante, aux boucles irrégulières, tracée d'un trait qui tremble sur toute sa longueur.
Ce qui se lit sur une écriture : la taille des lettres et son évolution le long de la ligne. Une écriture qui rétrécit progressivement, la micrographie, appartient au syndrome parkinsonien ; elle n'est pas tremblée, elle est petite et serrée.
⚠️ Les deux tableaux sont donc opposés sur le papier : grand et tremblé d'un côté, petit et régulier de l'autre. C'est ce contraste qui rend ces documents utiles, et il est plus fiable que l'impression laissée par une main qu'on regarde deux minutes.
Comparer deux documents datés ajoute une dimension que rien d'autre ne donne : une aggravation lente sur deux ans se voit, alors qu'elle ne se raconte pas.
Les limites doivent être dites : ces dessins orientent, ils ne prouvent rien seuls, et une forme mixte existe.
Retenir qu'une spirale et une écriture se lisent comme un examen, et qu'elles se datent pour être comparées.
À retenir
- Une spirale largement oscillante évoque un tremblement d'attitude et d'action.
- Une écriture qui rétrécit le long de la ligne évoque un syndrome parkinsonien.
- Les deux tableaux sont opposés sur le papier : grand et tremblé, ou petit et régulier.
- Comparer deux documents datés montre une évolution qui ne se raconte pas.
- Ces dessins orientent, ils ne prouvent rien seuls.
En pratique
- Spirale tracée de chaque main
- Phrase manuscrite complète
- Documents datés et conservés
- Amplitude et régularité des oscillations analysées
- Taille des lettres et sa décroissance analysées
- Comparaison avec un document antérieur
- Limites de l'interprétation énoncées
Stratégie diagnostique
Le moment de survenue classe, et le reste confirme.
Tremblement de repos, asymétrique, associé à une lenteur et à une rigidité : syndrome parkinsonien. Il reste à en trouver la cause, et la première à écarter est médicamenteuse.
Tremblement d'attitude et d'action, bilatéral et à peu près symétrique, ancien, familial, amélioré par l'alcool : tremblement essentiel. C'est le plus fréquent, il touche aussi la tête et la voix, et il s'aggrave lentement sur des années.
Tremblement d'action qui s'aggrave près de la cible, avec dysmétrie : origine cérébelleuse, et la cause se cherche par l'imagerie.
Tremblement fin, rapide, d'attitude, avec tachycardie et amaigrissement : thyrotoxicose.
Tremblement récent chez quelqu'un dont l'ordonnance a changé : iatrogénie, à considérer avant tout le reste parce qu'elle est réversible.
Tremblement chez un sujet de moins de quarante ans : chercher une maladie de Wilson, quel que soit le reste du tableau.
⚠️ La confusion la plus fréquente oppose tremblement essentiel et maladie de Parkinson, et elle se tranche sur trois données : le moment de survenue, la symétrie, et la présence ou non d'une lenteur. Un tremblement d'action symétrique sans lenteur n'est pas un Parkinson, même chez une personne de soixante-dix ans.
Ce qui se prescrit à la place d'un examen inutile compte autant : refaire des dessins datés au suivi documente une évolution qu'aucune image ne donne, et le suivi clinique reste l'examen le plus rentable de cette situation.
Retenir que la question du moment précède celle de la cause, et qu'aucun examen ne rattrape une erreur commise à cette étape.
À retenir
- Repos avec lenteur et asymétrie : syndrome parkinsonien.
- Attitude et action, symétrique, familial, amélioré par l'alcool : tremblement essentiel.
- Aggravation près de la cible : origine cérébelleuse.
- Un tremblement récent après une modification d'ordonnance est iatrogène jusqu'à preuve du contraire.
- Un tremblement d'action symétrique sans lenteur n'est pas un Parkinson.
En pratique
- Moment de survenue établi
- Symétrie établie
- Recherche d'une lenteur et d'une rigidité
- Ordonnance revue en premier devant un début récent
- Signes cérébelleux recherchés
- Signes thyroïdiens recherchés
- Maladie de Wilson cherchée avant 40 ans
Urgence vitale
Stratégie de prise en charge
Le premier traitement d'un tremblement essentiel est souvent de n'en donner aucun. Beaucoup de patients viennent pour être rassurés, et un tremblement léger sans retentissement se surveille. Le traitement se décide sur la gêne, pas sur l'amplitude.
Quand il gêne, deux familles ont fait leurs preuves : un bêtabloquant non cardiosélectif, ou un antiépileptique utilisé dans cette indication. Le choix se fait sur les contre-indications, asthme et bradycardie d'un côté, tolérance de l'autre.
Ce qui aide sans ordonnance : réduire la caféine, aménager les gestes, alourdir les couverts, utiliser des objets lestés. Ces conseils sont efficaces et presque jamais donnés.
Le tremblement iatrogène se traite en retirant le médicament, avec le prescripteur, et la régression demande des semaines à des mois. Ne pas attendre l'amélioration immédiate évite de conclure trop vite à une autre cause.
Le syndrome parkinsonien relève du neurologue pour le diagnostic et pour le traitement, et le médecin généraliste garde le suivi et la vigilance sur les interactions.
L'hyperthyroïdie se traite pour elle-même, et le tremblement disparaît avec elle.
Ce qui ne se prescrit pas : un antiparkinsonien d'épreuve pour tester un diagnostic incertain, en dehors d'un avis spécialisé.
Retenir que le traitement se décide sur la gêne, et qu'un tremblement qui ne gêne pas se surveille.
À retenir
- Le traitement se décide sur la gêne, pas sur l'amplitude.
- Deux familles médicamenteuses ont fait leurs preuves dans le tremblement essentiel.
- Réduire la caféine et lester les objets aide, et se dit rarement.
- Un tremblement iatrogène régresse en semaines ou en mois après l'arrêt.
- Un traitement d'épreuve antiparkinsonien ne s'improvise pas.
En pratique
- Gêne fonctionnelle évaluée avant tout traitement
- Abstention thérapeutique envisagée et expliquée
- Contre-indications vérifiées avant un bêtabloquant
- Conseils non médicamenteux donnés
- Médicament en cause arrêté avec le prescripteur
- Délai de régression expliqué
- Avis neurologique si syndrome parkinsonien
- Hyperthyroïdie traitée pour elle-même
Procédure et geste technique
Annonce et information
Éducation et prévention
Dire ce que ce n'est pas soulage autant que dire ce que c'est. La question que la plupart des patients n'osent pas poser est celle de la maladie de Parkinson, et y répondre explicitement change la consultation.
Expliquer l'évolution attendue : un tremblement essentiel s'aggrave lentement, sur des années, et il n'évolue pas vers une autre maladie. Cette phrase évite des consultations répétées et une angoisse durable.
Nommer ce qui aggrave transitoirement : la fatigue, le stress, le froid, la caféine, le manque de sommeil, certains médicaments. Un tremblement plus marqué un jour donné n'annonce rien.
Donner les aménagements concrets : couverts lestés, verres à moitié remplis, deux mains pour porter, stylos plus larges, adaptation du poste de travail. Ces conseils font plus pour la vie quotidienne que la plupart des ordonnances.
Aborder l'alcool avec prudence : beaucoup découvrent seuls qu'un verre calme le tremblement, et cette découverte expose à un mésusage. Le dire ouvertement vaut mieux que de le laisser s'installer.
Prévenir l'iatrogénie : rappeler qu'un médicament nouveau, y compris un antinauséeux banal, peut créer ou aggraver un tremblement, et que toute apparition récente doit être signalée.
Dire ce qui doit faire reconsulter : une aggravation rapide, une asymétrie nouvelle, une lenteur, des chutes, une difficulté d'élocution.
Retenir que répondre à la question sur la maladie de Parkinson, même non posée, est le principal effet de la consultation.
À retenir
- Dire ce que ce n'est pas soulage autant que dire ce que c'est.
- Un tremblement essentiel s'aggrave lentement et n'évolue pas vers une autre maladie.
- Fatigue, stress, froid et caféine aggravent transitoirement.
- Les aménagements concrets font plus que la plupart des ordonnances.
- L'amélioration par l'alcool se dit ouvertement, parce qu'elle expose à un mésusage.
En pratique
- Question sur la maladie de Parkinson traitée explicitement
- Évolution attendue expliquée
- Facteurs d'aggravation transitoire nommés
- Aménagements concrets proposés
- Alcool abordé ouvertement
- Risque iatrogène expliqué
- Motifs de reconsultation remis par écrit
- Suivi programmé avec nouveaux dessins
Communication interprofessionnelle
Ce qui se transmet en premier est le moment de survenue du tremblement, et il tient en un mot : repos, attitude ou action. Une demande d'avis qui dit seulement « tremblement » oblige le neurologue à tout reprendre.
Joindre les dessins au courrier est ce qui change le plus la qualité de l'avis. Une spirale et une phrase manuscrite, datées, valent une description d'un paragraphe, et elles permettent au spécialiste de comparer lui-même.
Ce qui se transmet avec : la symétrie, l'ancienneté, l'existence de signes parkinsoniens ou cérébelleux, les antécédents familiaux, l'effet de l'alcool, l'ordonnance complète et ses modifications récentes, et le résultat de la thyréostimuline.
L'ordonnance se transmet en entier, y compris les médicaments obtenus sans prescription. C'est là que se trouve la cause la plus fréquente des tremblements récents, et un courrier qui ne la joint pas fait chercher ailleurs.
Ce qui se demande explicitement : l'avis porte-t-il sur le diagnostic, sur le traitement, ou sur les deux. Une demande sans question obtient une réponse générale.
Le pharmacien peut repérer une association qui favorise un tremblement, à condition de connaître l'indication.
Retenir que joindre les dessins vaut mieux que les décrire, et qu'ils se datent pour servir deux fois.
À retenir
- Le moment de survenue se transmet en un mot : repos, attitude ou action.
- Joindre les dessins datés change la qualité de l'avis.
- L'ordonnance se transmet en entier, automédication comprise.
- Une demande d'avis sans question obtient une réponse générale.
En pratique
- Moment de survenue précisé
- Symétrie et ancienneté transmises
- Signes associés décrits
- Antécédents familiaux et effet de l'alcool
- Ordonnance complète jointe
- Résultat de la thyréostimuline joint
- Dessins datés joints au courrier
- Question posée explicitement