Cette fiche vous apprend à trier une plainte d'attention qui vient le plus souvent d'un tiers : qui se plaint et de quoi, depuis l'enfance ou depuis peu, dans un seul lieu ou dans plusieurs. Elle suit l'ordre de la démarche : l'entretien et ce qui a changé d'autre, l'examen, ce que les examens apportent et n'apportent pas, les 3 situations qui ne peuvent pas attendre, puis ce qui se traite, ce qui s'explique et ce qui se transmet.
SommaireEnviron 13 min
- Qui se plaint, de quoi, et depuis quand
- Ce qui a changé d'autre explique la majorité des plaintes
- L'examen élimine ce qui se voit, et ce qui se voit est banal
- Aucun examen ne fait le diagnostic, et un compte rendu écrit vaut mieux que tous
- 3 situations sortent du champ des évolutions lentes
- Traiter ce qui a été trouvé, et non la plainte
- Ce qui se dit d'abord est une méthode, pas un diagnostic
- Demander des observations écrites, et écrire une hypothèse comme une hypothèse
- À retenir pour la station
Qui se plaint, de quoi, et depuis quand
La personne qui consulte n'est, dans la grande majorité des cas, pas celle qui se plaint. Un enseignant, un conjoint, un employeur ont dit quelque chose, et ce qu'ils ont dit exactement se demande, avec leurs propres termes. L'identité du plaignant et ses mots sont la première donnée du dossier.
Vient ensuite la question qui sépare le champ en 2 : depuis l'enfance, ou depuis peu. Un fonctionnement installé de longue date et une modification récente n'appellent pas la même liste de causes. Une difficulté présente depuis l'enfance oriente vers un fonctionnement durable, un trouble du neurodéveloppement ou un trouble des apprentissages ; une difficulté récente est un symptôme, et la cause est ailleurs.
La réponse se vérifie sur des traces : bulletins scolaires anciens, souvenirs de l'entourage, situations professionnelles antérieures. C'est cette ancienneté établie, avec ses preuves, qui se transmettra au spécialiste.
La question suivante porte sur les lieux : un trouble présent dans un seul contexte n'est pas un trouble de l'attention. Ce qui compte est ce qui se passe à l'école et à la maison, au travail et dans les loisirs. Un trouble limité à une classe, à un poste de travail ou à une situation familiale désigne le contexte, non la personne.
3 questions posées dans cet ordre suffisent à trier presque toutes les plaintes : depuis quand, dans combien de lieux, et qu'est-ce qui a changé d'autre. Les 2 premières se règlent ici ; la troisième ouvre la recherche de ce qui explique la plainte.
Ce qui a changé d'autre explique la majorité des plaintes
Quelques domaines se cherchent à chaque fois, et ils expliquent la majorité des plaintes. Le sommeil en explique à lui seul une grande part. L'audition et la vision se demandent dès l'entretien, avant tout bilan complexe.
Ce qui se cherche à chaque fois, quel que soit l'âge :
- Le sommeil, sa durée réelle et sa qualité.
- L'humeur et l'anxiété.
- Les consommations : alcool, cannabis, médicaments.
- L'audition et la vision.
- Un événement de vie récent.
Chez l'enfant, l'entretien porte sur la vie de tous les jours : le déroulement de la scolarité, les acquisitions, le temps d'écran et l'heure du coucher, les relations avec les autres enfants. Ce qui se cherche activement à cet âge est un trouble des apprentissages, un déficit sensoriel, une souffrance familiale ou scolaire, et des ruptures de contact brèves et répétées, qui ne sont pas de l'inattention.
Chez l'adulte et la personne âgée, l'ordonnance se lit en entier, avec la charge de travail et un ronflement accompagné de pauses respiratoires que signale le conjoint. Chez l'adulte se cherchent activement le sommeil, l'humeur, l'anxiété, les substances, les médicaments et la thyroïde ; le sommeil, l'humeur, les consommations et les médicaments expliquent la majorité des plaintes récentes.
Chez la personne âgée, la date d'installation tranche. Une apparition récente est une confusion, et une installation lente oriente vers un trouble cognitif.
Ce qui interdit d'étiqueter est l'absence de retentissement. Une différence de fonctionnement qui ne gêne ni les apprentissages, ni les relations, ni le travail n'est pas une maladie. L'étiquette, elle, a un coût durable.
L'examen élimine ce qui se voit, et ce qui se voit est banal
L'examen sert ici à éliminer ce qui se voit, et ce qui se voit est banal. Un examen normal ne fait aucun diagnostic dans cette situation : il retire seulement des causes. Dans tous les âges se notent la pression artérielle, la fréquence cardiaque, la température, et le poids avec son évolution.
Chez l'enfant, la croissance et le périmètre crânien se reportent sur la courbe. S'y ajoutent l'examen neurologique, l'audition et la vision, l'aspect de la peau et des extrémités. L'observation de l'enfant pendant la consultation vaut autant que l'examen lui-même.
2 examens simples expliquent beaucoup de plaintes et se font rarement. Un enfant qui entend mal paraît inattentif ; un enfant qui voit mal de loin cesse de regarder le tableau. Les tester au cabinet est possible et rapide.
Chez l'adulte, l'examen cherche des signes d'une atteinte de la thyroïde, d'une anémie et d'une somnolence diurne, ainsi qu'un surpoids avec un cou large et un ronflement. L'examen neurologique complète ce temps.
Chez la personne âgée, la vigilance et l'orientation s'examinent avant toute évaluation plus fine. Un trouble de l'attention d'apparition récente à cet âge est une confusion jusqu'à preuve du contraire, et la conduite change alors entièrement.
Aucun examen ne fait le diagnostic, et un compte rendu écrit vaut mieux que tous
Aucun examen ne fait le diagnostic d'un trouble de l'attention. Il se pose sur un faisceau d'observations recueillies dans plusieurs lieux et sur la durée. Prescrire un bilan large donne l'illusion d'avancer, et retarde les 2 questions utiles.
Ce qui se demande selon le contexte est rentable, et la liste est courte. L'exploration de l'audition et de la vision est la plus rentable de toutes. Viennent ensuite un dosage de la thyroïde, une recherche d'anémie et de carence en fer, dont le lien avec l'attention chez l'enfant est décrit, une glycémie, et un ionogramme chez la personne âgée.
2 explorations se demandent sur signe d'appel, et pas en dépistage. L'exploration du sommeil se demande devant un ronflement avec des pauses, une somnolence ou un sommeil non réparateur. L'enregistrement de l'activité électrique du cerveau se demande devant des ruptures de contact brèves et répétées, surtout chez l'enfant.
Les évaluations des fonctions cognitives relèvent du spécialiste. Elles prennent du temps, coûtent cher, et ne se demandent qu'après avoir écarté ce qui précède. Aucune imagerie n'intervient dans la démarche : elle ne se demande que si l'examen neurologique découvre un signe de localisation, et elle relève alors d'une autre situation.
Ce qui n'est pas un examen vaut mieux que tous : un compte rendu écrit de l'enseignant ou du conjoint, décrivant ce qui est observé, dans quelles conditions et depuis quand. C'est la pièce la plus informative du dossier, et elle est gratuite.
3 situations sortent du champ des évolutions lentes
Le champ est celui des évolutions lentes, et 3 situations n'en sont pas. La première est un trouble de l'attention apparu en quelques heures ou quelques jours : c'est une confusion, et elle a des causes qui tuent, infection, trouble du sel ou du sucre, médicament, sevrage, atteinte du cerveau. Elle se reconnaît sur la fluctuation dans la journée et sur l'inversion du rythme jour et nuit, et elle impose un examen immédiat et un bilan.
La deuxième est une inattention qui est en réalité une rupture de contact, et elle relève d'une démarche d'épilepsie. Chez l'enfant, des absences répétées passent des mois pour de la distraction, et le retard se paie en apprentissages perdus et en accidents.
La troisième est une plainte d'attention accompagnée d'idées noires, qui change entièrement de priorité. Un trouble de la concentration est une plainte fréquente de la dépression, et la question du risque suicidaire se pose alors directement.
Devant tout tableau récent, le délai d'installation se précise et la fluctuation dans la journée se recherche. Se font alors les constantes, la température, une glycémie capillaire et l'examen neurologique, l'ordonnance en main, sevrages compris.
Ce qui n'est pas une urgence, et qui inquiète, est une difficulté ancienne et stable. Le dire soulage une famille qui a attendu des mois un rendez-vous.
Traiter ce qui a été trouvé, et non la plainte
Ce qui se traite en premier est ce qui a été trouvé, et non la plainte. Un sommeil insuffisant, une dépression, un déficit sensoriel, un médicament en cause : chacun se corrige, et la plainte d'attention disparaît souvent avec. Le sommeil, l'humeur et les déficits sensoriels se corrigent donc avant d'évoquer un trouble durable.
Le diagnostic d'un trouble du neurodéveloppement ne se pose pas en une consultation. Il demande des observations dans plusieurs lieux, sur la durée, et une évaluation spécialisée, et il exige un retentissement fonctionnel. Le poser vite est ce qui coûte le plus cher à long terme.
Les aménagements se mettent en place sans attendre le diagnostic, à l'école ou au travail. Ils ne demandent l'autorisation de personne et aident immédiatement : la place dans la salle, des consignes courtes, des tâches fractionnées, des pauses.
La régularité du sommeil, l'activité physique et la limitation des écrans le soir ont une efficacité établie. Ce sont pourtant les mesures qui se négligent.
Les traitements médicamenteux relèvent d'une prescription spécialisée initiale et d'un cadre réglementaire précis. Ils ne s'instaurent pas sur une simple plainte, et ils ne dispensent d'aucune des mesures précédentes.
La suite se programme avec une date : une réévaluation, et la demande explicite d'observations écrites d'ici là. Sans elles, la consultation suivante répétera la première.
Ce qui se dit d'abord est une méthode, pas un diagnostic
Ce qui se dit en premier n'est pas un diagnostic, c'est une méthode. Expliquer qu'on va d'abord chercher ce qui se corrige, et pourquoi cela prendra plusieurs rendez-vous, évite la déception d'une consultation qui ne conclut pas. Les aménagements se présentent dans le même temps comme une aide immédiate.
Ce qui se dit sur le sommeil est mal reçu. Un enfant qui dort moins que ce dont il a besoin ressemble exactement à un enfant inattentif, et le dire sans accusation compte. La plupart des familles connaissent déjà la règle et n'arrivent pas à l'appliquer : la leur rappeler n'aide pas, parler de ce qui empêche de l'appliquer aide.
Sur les écrans, ce n'est pas la durée seule qui compte, mais l'heure, et la présence d'un écran dans la chambre. C'est ce qui s'explique aux parents.
Une étiquette ouvre des droits et ferme des regards. Elle aide quand elle donne accès à des aménagements, elle nuit quand elle devient l'explication de tout, et les 2 effets coexistent.
À l'adulte se dit qu'une plainte de concentration est un des premiers signes de la dépression et de l'épuisement professionnel. Ce n'est ni un défaut de volonté ni un vieillissement précoce.
Ce qui doit faire consulter avant la date prévue :
- Une apparition brutale.
- Des ruptures de contact.
- Des idées noires.
- Une chute des résultats scolaires en quelques semaines.
Demander des observations écrites, et écrire une hypothèse comme une hypothèse
La pièce qui manque le plus souvent au dossier ne vient pas d'un médecin. Ce sont les observations écrites de ceux qui voient la personne tous les jours : enseignant, conjoint, employeur, professionnel de la crèche. Les demander explicitement, en précisant ce qu'on veut savoir, change la consultation suivante.
Une demande générale à l'école reçoit une réponse générale. Ce qui se demande est dans quelles activités la difficulté apparaît, à quel moment de la journée, si elle existe aussi quand l'enfant est intéressé, et depuis quelle année.
Au spécialiste se transmettent l'ancienneté avec ses preuves et les contextes concernés, ce qui a déjà été écarté, les résultats de l'audition et de la vision, et le retentissement. Au médecin scolaire ou du travail se transmettent les aménagements souhaités, et non le diagnostic présumé. À l'orthophoniste et au psychologue se pose une question précise, et non une demande de bilan.
Ce qui se protège dans la transmission : écrire une hypothèse comme une hypothèse. Un trouble mentionné au conditionnel dans une lettre devient un diagnostic dans la suivante, et il suit la personne bien au-delà du service qui l'a écrit.
À retenir pour la station
Demandez qui se plaint et de quoi, avec ses termes exacts. Séparez ce qui est installé de longue date de ce qui est récent, en le vérifiant sur des traces, et cherchez le trouble dans plusieurs lieux : limité à un seul, il désigne le contexte. Cherchez ce qui a changé d'autre, sommeil, humeur, consommations, médicaments, et testez l'audition et la vision avant tout bilan complexe. Aucun examen ne fait le diagnostic, et un compte rendu écrit du tiers vaut mieux que tous. Une attention altérée en quelques heures ou quelques jours est une confusion. Traitez ce qui a été trouvé, mettez en place les aménagements sans attendre, et écrivez une hypothèse comme une hypothèse.
Sources
EDN Référentiel de Psychiatrie et addictologie
Collège national des universitaires de psychiatrie (CNUP) ; Collège universitaire national des enseignants d'addictologie (CUNEA) ; Association pour l'enseignement de la sémiologie psychiatrique (AESP). 4e édition conforme à la R2C (Presses universitaires François-Rabelais, collection L'officiel EDN).
- Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)
Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.
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