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Psychiatrie

Fiche de révision

Troubles obsessionnels, comportement compulsif

Situation de départ 136Catégorie IItem R2C 66Item R2C 60

Cette fiche vous apprend à repérer un trouble que la personne ne déclare pas, à le reconnaître à sa lucidité, qui sépare une obsession d'une idée délirante, et à dire ce qu'une obsession n'annonce pas. Elle suit l'ordre de la consultation : le repérage, le diagnostic, l'examen et le bilan, les urgences, l'annonce, le traitement, puis ce qui s'enseigne et ce qui se transmet.

SommaireEnviron 14 min
  1. Un trouble qui ne se déclare pas : 2 questions pour le repérer
  2. Reconnaître une obsession : la personne juge elle-même sa pensée absurde
  3. Examiner les traces, et n'attendre d'aucun examen le diagnostic
  4. 3 urgences, dans un champ qui n'est pas celui des urgences
  5. Nommer le trouble : la fréquence d'abord, puis ce qu'une pensée n'est pas
  6. Traiter : s'exposer sans le rituel qui soulage
  7. Enseigner un mécanisme, à la personne et à sa famille
  8. Transmettre la nature, la sévérité et le retentissement, sans le contenu
  9. À retenir pour la station

Un trouble qui ne se déclare pas : 2 questions pour le repérer

Ce trouble ne se déclare pas. Le délai entre les premiers symptômes et la première consultation se compte en années, et le motif énoncé est le plus souvent autre chose : une fatigue, une insomnie, un eczéma des mains, une difficulté au travail, ou une dépression qui est arrivée ensuite. Le motif réel de consultation est donc à identifier derrière le motif énoncé.

2 questions repèrent la plupart des cas, et elles sont rarement posées. La première porte sur des pensées qui reviennent contre la volonté et que la personne trouve elle-même absurdes. La seconde porte sur des choses à faire ou à vérifier plusieurs fois, même en les sachant inutiles.

Ce qui se fait préciser ensuite : le temps que cela prend chaque jour, ce que la personne évite, et ce qui se passe si elle s'empêche de le faire. La réponse à cette dernière question est le cœur du mécanisme.

Les obsessions à contenu agressif, sexuel ou blasphématoire ne sortent qu'à une question directe et bienveillante. Ce sont les plus fréquentes des formes cachées, les plus douloureuses, celles dont on parle le moins, et elles ne sont pas dites spontanément. La question se pose en nommant qu'elles sont fréquentes et qu'elles n'annoncent rien.

Ce qui se cherche à chaque évaluation : une dépression, des idées suicidaires par question directe, des tics, et la place prise par la famille dans les rituels. Cette dernière se demande d'emblée.

« Avez-vous des pensées qui reviennent contre votre volonté et que vous trouvez vous-même absurdes ? »

« Devez-vous faire ou vérifier certaines choses plusieurs fois, même quand vous savez que c'est inutile ? »

Reconnaître une obsession : la personne juge elle-même sa pensée absurde

Le diagnostic repose sur 3 éléments, qui se vérifient tous les 3. Le premier est fait de pensées, d'images ou d'impulsions qui s'imposent contre la volonté, que la personne reconnaît comme venant d'elle-même et qu'elle juge absurdes ou excessives. Cette lucidité est ce qui sépare une obsession d'une idée délirante, et elle se vérifie explicitement.

Le deuxième élément est fait d'actes ou d'opérations mentales répétés, destinés à réduire l'angoisse. Ils ne procurent aucun plaisir, ce qui les distingue d'un comportement addictif. Le troisième est un retentissement, qui se documente : du temps perdu, une gêne, un évitement, ou l'implication de l'entourage.

Certaines formes passent inaperçues. Les obsessions sans compulsion visible ont des rituels mentaux, qui se recherchent ; la lenteur extrême est prise pour de la paresse ; les vérifications passent pour un excès de conscience professionnelle. Les contenus honteux ne sont pas rapportés spontanément, et ils s'abordent par la question.

Ce qui se cherche en même temps : un trouble dépressif, très fréquent et souvent secondaire, des tics, un trouble des conduites alimentaires, un trouble anxieux. Les diagnostics voisins s'écartent dans le même temps.

3 tableaux n'appartiennent pas à ce champ : une préoccupation vécue comme légitime et non combattue, une conviction inébranlable, et un comportement répété qui procure du plaisir. Ils s'écartent avant de retenir le diagnostic.

Examiner les traces, et n'attendre d'aucun examen le diagnostic

L'examen physique porte ici sur les traces, et elles sont parlantes quand la parole ne l'est pas. Les mains d'abord : une peau sèche, fissurée, un eczéma d'irritation des mains et des poignets, des ongles abîmés. Beaucoup de personnes consultent pour cela et pour rien d'autre, et la cause est rarement demandée.

La peau et les phanères s'inspectent : des zones sans cheveux ou sans cils, des lésions de grattage ou de manipulation répétée de la peau, qui appartiennent à des troubles voisins et se cherchent dans le même mouvement. L'état général compte aussi : le poids, une restriction alimentaire pouvant accompagner des obsessions de contamination, le sommeil, et les signes d'un trouble dépressif associé. Chez l'enfant, les tics, moteurs ou sonores, fréquemment associés, se recherchent et s'observent pendant la consultation.

L'examen des mains et de la peau se demande, s'explique, et ne s'accompagne d'aucun commentaire. Une remarque sur l'aspect des mains suffit à faire cacher les mains la fois suivante. L'examen ne confirme rien : un examen entièrement normal est la règle, et il n'écarte aucun diagnostic ici.

Aucun examen paraclinique ne fait le diagnostic, qui est entièrement clinique. Prescrire un bilan devant un tableau typique est une perte de temps qui a un coût : la personne, qui a mis des années à parler, comprend qu'on cherche autre chose. Ce qui se demande selon le contexte sert à autre chose qu'au diagnostic : une exploration de la thyroïde devant une anxiété avec amaigrissement, une numération et un bilan de carence devant une restriction alimentaire, un bilan avant l'instauration d'un traitement, selon la molécule choisie et les recommandations en vigueur.

Ce qui doit faire chercher une cause somatique est rare : un début tardif dans la vie, une installation brutale, des signes neurologiques, des mouvements anormaux, une modification du caractère associée. Dans ces cas seulement, la démarche sort de ce champ. Chez l'enfant, un début brusque, en quelques jours, après un épisode infectieux, décrit et discuté, impose un avis spécialisé et non une prescription immédiate.

Ce qui n'est pas un examen vaut mieux qu'un bilan : une évaluation chiffrée de la sévérité, faite au premier rendez-vous, datée, et répétée. Sans chiffre de départ, aucun traitement ne peut être jugé efficace ou non, et ce trouble s'améliore lentement.

3 urgences, dans un champ qui n'est pas celui des urgences

Ce champ n'est pas celui des urgences vitales, et il en contient 3. La première est le risque suicidaire, plus élevé qu'on ne le croit dans ce trouble, en particulier quand une dépression s'y ajoute, ce qui est fréquent. La question se pose directement, et la souffrance liée aux contenus honteux est un facteur en soi : certaines personnes se croient dangereuses et se jugent indignes.

La deuxième est la paralysie fonctionnelle complète. Une personne qui ne peut plus sortir, plus manger, plus se laver, ou qui passe la totalité de ses journées dans des rituels, est en danger, même sans intention de mourir, et cette situation appelle une hospitalisation. Le retentissement fonctionnel se quantifie pour la reconnaître.

La troisième regroupe les complications physiques : une atteinte cutanée étendue et surinfectée, une déshydratation, une dénutrition, et chez l'enfant un refus alimentaire lié à une obsession de contamination. L'état cutané, l'état nutritionnel et l'hydratation s'évaluent pour les reconnaître.

Une obsession à contenu agressif inquiète beaucoup, et ce n'est pas une urgence. Elle n'annonce aucun passage à l'acte, et c'est l'inverse d'une idée délirante. Le dire est un acte de soin urgent, même si la situation ne l'est pas.

Devant un tableau aigu, les gestes sont simples. Les constantes se prennent, l'état cutané s'examine, le risque suicidaire s'évalue, et une dépression se recherche.

Nommer le trouble : la fréquence d'abord, puis ce qu'une pensée n'est pas

Nommer ce trouble à quelqu'un qui le cache depuis des années est un moment particulier, et il se prépare. La personne s'attend souvent à être jugée, à être trouvée folle, ou à ne pas être crue.

Ce qui se dit en premier n'est pas le nom, c'est la fréquence : ce trouble est fréquent, il est connu, et il se traite. Beaucoup de personnes découvrent à cet instant qu'elles ne sont pas seules, et cette information fait plus qu'un diagnostic.

Quand les contenus sont honteux, 3 choses se disent explicitement : avoir une pensée n'est pas vouloir, le contenu d'une obsession ne prédit aucun comportement, et le fait même que cette pensée horrifie est ce qui montre qu'elle est une obsession. Cette phrase change des vies, et personne ne la dit. Dire qu'une obsession ne prédit aucun passage à l'acte est la phrase la plus utile de la consultation.

Le mécanisme s'explique en une image : plus on cherche à ne pas penser à quelque chose, plus on y pense. Comprendre cela permet à la personne de cesser de se battre contre elle-même.

Ce qui se décide ensemble : ce qu'on traite en premier, ce qu'on dit à la famille et ce qu'on ne dit pas, et le rythme. Ce qui ne se dit pas : « il suffit d'arrêter d'y penser », ni aucune variante rassurante qui suppose un manque de volonté.

Traiter : s'exposer sans le rituel qui soulage

Le traitement de référence n'est pas un médicament, c'est une psychothérapie précise, fondée sur l'exposition à ce qui déclenche l'angoisse avec renoncement au rituel qui la soulage. Son principe est contre-intuitif et se dit en une phrase : c'est le soulagement obtenu par le rituel qui entretient le trouble.

Ce qui s'explique avant de commencer : le traitement demande du travail entre les séances, il augmente l'angoisse avant de la diminuer, et il donne des résultats lents. Une personne prévenue tient, une personne non prévenue arrête.

Certains médicaments ont une efficacité établie dans ce trouble, à des posologies et pour des durées qui diffèrent de celles employées dans la dépression, selon les recommandations en vigueur. Leur délai d'action est long, plus long que dans la dépression, et juger trop tôt fait arrêter un traitement qui allait marcher.

Une dépression associée se traite en même temps, souvent d'abord, parce qu'elle empêche le travail thérapeutique. Ce qui se programme ensuite : une évaluation chiffrée répétée, et une date.

Le levier le plus efficace se demande à la famille : cesser progressivement de participer aux rituels. Rassurer, vérifier à la place, accompagner : chacun de ces gestes est bienveillant et entretient le trouble. Le retrait se prépare, il ne s'impose pas du jour au lendemain.

Enseigner un mécanisme, à la personne et à sa famille

Ce qui s'enseigne à la personne est un mécanisme, pas une liste de conseils. Chaque rituel accompli confirme au cerveau que le danger était réel, et c'est ainsi qu'un soulagement immédiat produit une aggravation durable. Comprendre cela est une grande part du traitement.

Ce qui s'enseigne à la famille, et qui est le plus difficile, c'est de cesser de participer. Répondre une fois de plus à la même demande de réassurance, vérifier la porte à sa place, acheter les produits de nettoyage supplémentaires : chacun de ces gestes est un geste d'amour, et chacun entretient le trouble. Le retrait se négocie avec la personne elle-même, il ne s'impose pas.

Ce qui se dit sur le temps : l'amélioration est lente et non linéaire, et les rechutes lors des périodes de stress font partie de l'évolution et ne signent pas un échec. Ce qui aide, et qui est négligé : le sommeil, la réduction de l'alcool, souvent utilisé pour calmer l'angoisse, l'activité physique, et le maintien des activités qui n'ont pas encore été envahies.

Chez l'enfant, l'école doit savoir ce qui est nécessaire, et rien de plus. Les aménagements valent mieux que les dispenses.

Ce qui doit faire consulter avant la date prévue :

  • Des idées noires.
  • Un arrêt de l'alimentation.
  • Une impossibilité de sortir.
  • Une aggravation rapide.

Transmettre la nature, la sévérité et le retentissement, sans le contenu

La transmission d'un trouble à contenu honteux demande une précaution que les autres champs ne demandent pas : le contenu des obsessions n'a pas à figurer dans un courrier, sauf s'il est nécessaire au destinataire. Ce qui se transmet est la nature du trouble, sa sévérité et son retentissement. Une personne qui découvre le contenu de ses pensées dans un compte rendu ne reparle plus.

Au spécialiste se transmettent l'ancienneté réelle, souvent bien antérieure à la première consultation, le temps quotidien consacré aux symptômes, l'évaluation chiffrée de départ, les traitements déjà reçus avec leurs doses et leurs durées, et le retentissement. Ce qui manque le plus souvent et fait recommencer, c'est la durée exacte et la posologie des traitements antérieurs : un traitement dit inefficace mais conduit trop peu de temps sera écarté à tort, durablement.

Au psychologue ou au psychiatre se transmettent la question posée et ce qui a déjà été tenté, et non une demande de prise en charge sans contexte. Au médecin scolaire ou du travail se transmettent les aménagements nécessaires, sans le contenu.

Une ligne protège : ce qui a été convenu sur ce que la famille sait et ne sait pas. Non écrit, cet accord se perd au premier changement d'interlocuteur.

À retenir pour la station

La personne sait que ses pensées sont absurdes : cette lucidité sépare une obsession d'une idée délirante, et elle explique la honte et des années de silence. Posez les 2 questions de repérage, et abordez les contenus agressifs ou sexuels en disant qu'ils sont fréquents et n'annoncent rien. Le diagnostic est clinique : une évaluation chiffrée de la sévérité, datée et répétée, vaut mieux qu'un bilan. Dites explicitement qu'une obsession ne prédit aucun passage à l'acte. Le traitement de référence est une psychothérapie d'exposition avec renoncement au rituel, et la famille cesse progressivement de participer. Transmettez la nature, la sévérité et le retentissement, pas le contenu.

Sources

  1. 1

    EDN Référentiel de Psychiatrie et addictologie

    Collège national des universitaires de psychiatrie (CNUP) ; Collège universitaire national des enseignants d'addictologie (CUNEA) ; Association pour l'enseignement de la sémiologie psychiatrique (AESP). 4e édition conforme à la R2C (Presses universitaires François-Rabelais, collection L'officiel EDN).

    Passages utilisés : Item 66

    Appuie : Entretien et interrogatoire, Stratégie diagnostique, Examen clinique, Synthèse paraclinique, Urgence vitale, Annonce et information, Stratégie de prise en charge, Éducation et prévention, Communication interprofessionnelle

  2. 2
    Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)

    Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.

    Passages utilisés : Item 66 ; Item 60

    Appuie : Entretien et interrogatoire, Stratégie diagnostique, Éducation et prévention