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Fiche de révision

Anomalie de la vision

Trois questions suffisent à trier presque toutes les baisses de vision : depuis quand, un œil ou deux, avec ou sans douleur.

Situation de départ 138Catégorie IItem R2C 82Item R2C 81

Entretien et interrogatoire

Trois questions font l'essentiel du tri, et elles se posent avant tout le reste.

Depuis quand, et en combien de temps. Une baisse installée en quelques secondes ou minutes n'a rien à voir avec une baisse installée en quelques mois. Faire préciser le moment exact où la personne s'en est aperçue, et ce qu'elle faisait alors.

Un œil ou les deux. La question paraît triviale et la réponse ne l'est pas : beaucoup de personnes découvrent une baisse unilatérale ancienne en se frottant l'autre œil. Faire cacher chaque œil tour à tour est la seule façon d'en être sûr.

Avec ou sans douleur. Une baisse douloureuse et une baisse indolore n'ouvrent pas les mêmes portes, et l'association à une rougeur les referme encore.

Décrire ce que la personne voit, avec ses mots : un voile, une tache centrale, un rideau qui descend, des mouches, des éclairs, des images déformées, une vision double. Une diplopie qui disparaît en fermant un œil n'est pas de même nature que celle qui persiste, et cette question se pose systématiquement.

Les signes associés : céphalées, douleur à la mastication, douleur des tempes, nausées et vomissements, halos colorés autour des lumières, déficit neurologique, fièvre.

Le terrain : âge, diabète, hypertension, myopie forte, chirurgie oculaire, port de lentilles, traitements, maladie auto-immune, antécédents familiaux de glaucome.

Ce qui a déjà été fait, et qui existe presque toujours : une correction optique récente, un fond d'œil de dépistage chez un diabétique, un examen de la vue en médecine du travail. Ces documents datent l'atteinte, ce qu'aucune mémoire ne fait, et ils se demandent plutôt qu'ils ne se devinent.

Le piège

Beaucoup de baisses unilatérales anciennes sont découvertes par hasard et racontées comme brutales. Le moment de la découverte n'est pas le moment de l'installation.

À retenir

  • Faire cacher chaque œil tour à tour : c'est la seule façon de savoir si un ou deux yeux sont atteints.
  • Une diplopie qui disparaît en fermant un œil n'a pas la même valeur que celle qui persiste.
  • Un rideau qui descend, des éclairs, des mouches : ce sont des mots qui orientent.
  • Douleur à la mastication et douleur des tempes chez une personne âgée : y penser.

En pratique

  • Délai d'installation
  • Un œil ou les deux, vérifié
  • Présence d'une douleur
  • Description avec ses mots
  • Diplopie et son caractère
  • Céphalées et signes associés
  • Terrain oculaire et général
  • Port de lentilles

Examen clinique

Un examen utile se fait sans matériel d'ophtalmologiste, et il oriente à lui seul.

Mesurer l'acuité de chaque œil séparément, de loin et de près, avec la correction habituelle. Sans échelle, on compte les doigts, on cherche la perception d'un mouvement, puis d'une lumière. Un œil couvert pendant qu'on mesure l'autre, ce qui paraît évident et se fait mal.

Regarder l'œil. Rougeur et son siège, diffuse ou autour de la cornée, sécrétions, œdème palpébral, aspect de la cornée, transparente ou trouble.

Examiner les pupilles : taille, symétrie, réactivité à la lumière directe et consensuelle. Une pupille en semi-mydriase aréactive avec un œil rouge et douloureux est un tableau à part. Rechercher un déficit pupillaire afférent relatif, qui signe une atteinte du nerf optique.

Examiner l'oculomotricité dans les grandes directions, et chercher une déviation.

Palper doucement les globes à travers les paupières, en comparant : un œil dur comme une bille oriente vers une hypertonie majeure.

Compléter par le général : pression artérielle, examen neurologique, palpation des artères temporales chez la personne âgée.

Retenir que le fond d'œil est indispensable et qu'il n'est pas toujours réalisable au cabinet : ce qui compte est de savoir qu'il manque et de le faire faire dans le bon délai. Un examen incomplet dont on connaît les limites vaut mieux qu'un examen incomplet dont on tire une conclusion rassurante.

Urgence

Œil rouge, douloureux, dur, avec une pupille en semi-mydriase aréactive, des nausées et des halos colorés : c'est une urgence, l'avis ophtalmologique se prend immédiatement.

À retenir

  • Mesurer l'acuité œil par œil, l'autre couvert, avec la correction habituelle.
  • Un œil dur comme une bille oriente vers une hypertonie majeure.
  • Le déficit pupillaire afférent relatif signe une atteinte du nerf optique.
  • Savoir que le fond d'œil manque et le faire faire dans le bon délai.

En pratique

  • Acuité de chaque œil séparément
  • Correction habituelle portée
  • Aspect et siège d'une rougeur
  • Transparence de la cornée
  • Pupilles et réflexes
  • Déficit pupillaire afférent relatif
  • Oculomotricité
  • Palpation comparative des globes

Synthèse paraclinique

Peu d'examens sont utiles hors du cabinet d'ophtalmologie, et un seul est urgent.

La vitesse de sédimentation et la protéine C réactive, devant toute baisse brutale de vision chez une personne de plus de cinquante ans, à la recherche d'une artérite à cellules géantes. C'est le seul examen biologique dont le résultat peut faire débuter un traitement dans l'heure, et le seul dont l'oubli fait perdre l'autre œil.

La glycémie, dans les baisses progressives et les troubles de la réfraction fluctuants, qui peuvent révéler un diabète.

Le reste selon l'orientation : bilan inflammatoire et immunologique devant une uvéite, sérologies, imagerie cérébrale devant une atteinte neurologique ou une diplopie non expliquée.

Ce qui ne se demande pas : un bilan large devant une baisse progressive isolée chez une personne sans facteur de risque. Ce tableau relève d'un examen ophtalmologique, pas d'une prise de sang.

Ce qui relève du spécialiste et qu'il faut connaître de nom, pour comprendre un compte rendu plutôt que pour prescrire : champ visuel, tomographie en cohérence optique, angiographie du fond d'œil, mesure du tonus oculaire, échographie du globe quand les milieux ne sont pas transparents.

Retenir la règle qui protège : devant une baisse brutale après cinquante ans, on prélève un bilan inflammatoire pendant qu'on organise l'avis, et non après.

Urgence

Baisse brutale de vision, céphalées et douleur à la mastication chez une personne de plus de cinquante ans : artérite à cellules géantes jusqu'à preuve du contraire. La corticothérapie ne se diffère pas.

À retenir

  • Bilan inflammatoire devant toute baisse brutale après cinquante ans.
  • C'est le seul examen dont l'oubli peut faire perdre le second œil.
  • Une réfraction qui fluctue peut révéler un diabète.
  • Une baisse progressive isolée ne demande pas de prise de sang.

En pratique

  • Bilan inflammatoire si plus de cinquante ans
  • Glycémie
  • Bilan orienté selon le tableau
  • Imagerie si signe neurologique
  • Abstention justifiée si baisse progressive isolée

Iconographie

Sans objet pour cette situation : Les examens d'imagerie ophtalmologique relèvent du spécialiste et ne sont pas au programme de lecture du deuxième cycle. Leur indication est traitée dans la section synthèse.

Stratégie diagnostique

Trois questions trient presque tout, et leur combinaison suffit à orienter sans matériel.

Brutale ou progressive. Une baisse brutale est une urgence jusqu'à preuve du contraire. Une baisse progressive relève d'une consultation programmée, sauf signe associé.

Un œil ou les deux. L'atteinte unilatérale oriente vers l'œil ou le nerf optique de ce côté ; l'atteinte bilatérale fait chercher une cause générale, toxique, métabolique ou une atteinte des voies visuelles, dont la lésion se situe alors en arrière du chiasma.

Douloureuse ou indolore.

*Brutale, unilatérale et douloureuse, avec un œil rouge* : glaucome aigu par fermeture de l'angle, kératite, uvéite antérieure. *Brutale, unilatérale et indolore, œil blanc* : occlusion de l'artère centrale de la rétine, occlusion veineuse, décollement de rétine, hémorragie du vitré, neuropathie optique ischémique. *Brutale et douloureuse à la mobilisation du globe, chez un adulte jeune* : névrite optique. *Progressive et bilatérale* : cataracte, dégénérescence maculaire, glaucome chronique, rétinopathie diabétique, trouble de réfraction.

Retenir les deux tableaux qui se comptent en heures : l'occlusion de l'artère centrale de la rétine et l'artérite à cellules géantes, qui menace le second œil.

Ce qui ne relève pas de cette grille et qu'il faut savoir écarter : une baisse de vision qui n'en est pas une. Une amputation du champ visuel racontée comme une baisse d'acuité oriente vers les voies visuelles ; une gêne visuelle avec examen normal chez un adulte jeune fait chercher un trouble de la réfraction non corrigé, une sécheresse oculaire, ou une cause fonctionnelle, qui reste un diagnostic d'élimination et jamais une hypothèse de première intention.

Moyen mnémotechnique

Depuis quand, un œil ou deux, avec ou sans douleur. Trois questions, huit cases, et presque toutes les causes tombent dans l'une d'elles.

À retenir

  • Brutale ou progressive, un œil ou deux, douloureuse ou non : trois questions suffisent.
  • Une baisse bilatérale fait chercher une cause générale ou une atteinte rétro-chiasmatique.
  • Œil rouge et douloureux avec baisse de vision : ce n'est jamais une conjonctivite banale.
  • Deux tableaux se comptent en heures : occlusion artérielle rétinienne et artérite temporale.

En pratique

  • Caractère brutal ou progressif
  • Uni ou bilatéral
  • Douleur
  • Œil rouge ou blanc
  • Signes neurologiques
  • Âge et terrain
  • Urgence identifiée

Urgence vitale

Les urgences de cette situation ne menacent pas la vie mais la vision, et elles se comptent en heures.

L'occlusion de l'artère centrale de la rétine. Baisse brutale, massive, indolore, unilatérale, œil blanc. C'est l'équivalent oculaire d'un accident vasculaire cérébral : la prise en charge est celle d'un accident ischémique, avec transfert immédiat, et elle impose de chercher la cause cardiaque ou carotidienne.

L'artérite à cellules géantes. Baisse brutale chez une personne de plus de cinquante ans, avec céphalées temporales, douleur à la mastication, artères temporales indurées, altération de l'état général. La corticothérapie se débute sans attendre la biopsie, parce que le risque est la cécité de l'autre œil dans les jours qui suivent.

Le glaucome aigu par fermeture de l'angle. Œil rouge, très douloureux, dur, pupille en semi-mydriase aréactive, halos colorés, nausées et vomissements qui font parfois errer le diagnostic vers une cause digestive. Avis ophtalmologique immédiat.

Le décollement de rétine. Éclairs, pluie de mouches, puis un voile ou un rideau qui progresse. Avis dans les heures, et non dans les jours.

Les autres tableaux qui ne peuvent pas attendre : plaie ou traumatisme du globe, brûlure chimique, qui impose un rinçage immédiat et prolongé avant tout, et l'endophtalmie après chirurgie.

Retenir la formule : un œil rouge et douloureux avec une baisse de vision n'est jamais une conjonctivite. Une conjonctivite ne fait pas baisser l'acuité et ne fait pas vraiment mal : elle gratte, elle colle, elle rougit. Dès que l'un de ces trois caractères manque, le tableau change de catégorie et l'avis devient urgent.

Urgence

Un œil rouge et douloureux avec une baisse de vision n'est jamais une conjonctivite. L'avis ophtalmologique se prend le jour même.

À retenir

  • L'occlusion de l'artère centrale de la rétine est un accident vasculaire de l'œil.
  • Dans l'artérite temporale, la corticothérapie ne se diffère pas et sauve l'autre œil.
  • Les vomissements d'un glaucome aigu font errer vers une cause digestive.
  • Une brûlure chimique se rince immédiatement, avant tout examen.

En pratique

  • Baisse brutale identifiée
  • Âge supérieur à cinquante ans
  • Signes d'artérite temporale
  • Œil rouge, dur, douloureux
  • Éclairs et myodésopsies
  • Traumatisme ou produit chimique
  • Avis ophtalmologique et son délai
  • Rinçage immédiat si brûlure

Stratégie de prise en charge

Ce que le deuxième cycle doit savoir décider tient en trois points, et le traitement spécialisé n'en fait pas partie.

Le délai d'adressage, qui est la vraie décision. Immédiat, le jour même, dans la semaine, ou programmé : cette gradation se déduit du tri en trois questions, et elle se dit explicitement au correspondant et à la personne. « Voir un ophtalmologiste » sans délai n'est pas une prescription.

Ce qui se fait avant l'avis : rincer abondamment une brûlure chimique, prélever un bilan inflammatoire devant une baisse brutale après cinquante ans, débuter une corticothérapie devant une artérite fortement suspectée, ne rien instiller dans un œil traumatisé, ne pas comprimer un globe suspect de plaie.

Ce qui ne se fait pas : prescrire un collyre corticoïde sans avis, ce qui aggrave une kératite infectieuse ; retirer un corps étranger que l'on ne voit pas ; rassurer sans avoir mesuré l'acuité.

Traiter la cause générale quand il y en a une : équilibre du diabète, contrôle de la pression artérielle, prise en charge du risque vasculaire après une occlusion artérielle, qui est un événement vasculaire comme un autre.

Prévenir ce qui est évitable : dépistage du glaucome chez les apparentés, suivi de la rétinopathie diabétique, protection oculaire au travail, hygiène des lentilles.

Retenir enfin que la perte de vision d'un œil a des conséquences pratiques immédiates : conduite, travail, chutes. Elles s'abordent le jour même, avec des mots concrets : ne pas reprendre le volant en sortant, faire venir quelqu'un, prévenir l'employeur si le poste l'exige. Une personne qui repart en conduisant après une consultation pour baisse brutale de vision n'a pas été correctement prise en charge, quel que soit le reste.

À retenir

Une brûlure chimique se rince avant tout examen, longuement, à l'eau ou au sérum physiologique. Chaque minute compte davantage que le diagnostic précis du produit.

À retenir

  • « Voir un ophtalmologiste » sans délai n'est pas une prescription.
  • Ne jamais prescrire un collyre corticoïde sans avis.
  • Une occlusion artérielle rétinienne est un événement vasculaire : le risque global se traite.
  • La perte de vision d'un œil a des conséquences pratiques immédiates.

En pratique

  • Délai d'adressage énoncé
  • Gestes à faire avant l'avis
  • Collyre corticoïde écarté
  • Bilan inflammatoire si indiqué
  • Traitement de la cause générale
  • Dépistage des apparentés
  • Conséquences pratiques abordées

Procédure et geste technique

Sans objet pour cette situation : Les gestes ophtalmologiques ne figurent pas parmi les gestes du deuxième cycle. Le rinçage oculaire devant une brûlure chimique est traité dans les sections urgence vitale et prise en charge, où il se décide.

Annonce et information

Sans objet pour cette situation : L'annonce d'une perte visuelle définitive relève de l'annonce d'un handicap, que D44 place hors du périmètre du deuxième cycle. L'information sur le délai et la conduite figure dans la section prise en charge.

Éducation et prévention

Sans objet pour cette situation : Le dépistage du glaucome et le suivi de la rétinopathie diabétique appartiennent aux situations de départ qui traitent ces maladies. Ce qui est propre à cette situation figure dans la section prise en charge.

Communication interprofessionnelle

Sans objet pour cette situation : L'adressage à l'ophtalmologiste et l'énoncé du délai sont traités dans les sections urgence vitale et prise en charge, où ils se décident. Les isoler ici ferait réviser deux fois la même chose.

Sources

  • R2C, item 82 : Altération aiguë de la vision
  • R2C, item 81 : Altération chronique de la vision
  • Collège des ophtalmologistes universitaires de France, chapitres « Altération aiguë de la vision » et « Glaucomes »
  • Recommandations en vigueur sur les délais de prise en charge des urgences ophtalmologiques. La date de la version consultée fait partie de la source