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Ophtalmologie

Fiche de révision

Anomalies palpébrales

Situation de départ 139Catégorie IItem R2C 86Item R2C 83Item R2C 101

Cette fiche vous apprend à trier une anomalie de la paupière par 2 questions : la lésion touche-t-elle le bord libre, et la paupière tombe-t-elle ou ne ferme-t-elle plus. Elle suit la consultation : l'entretien et l'examen, les 4 présentations, les 3 urgences cachées derrière des lésions banales, la lésion qui se prélève, puis le traitement, ce qui s'explique et ce qui se transmet.

SommaireEnviron 13 min
  1. Le délai d'installation partage le champ avant toute autre question
  2. Retourner la paupière, lire le bord libre et regarder les pupilles
  3. Tuméfaction, inflammation, chute, fermeture : 4 présentations et 4 listes
  4. 3 urgences derrière des paupières, et 2 imageries qui n'attendent pas
  5. Une lésion suspecte du bord libre se prélève, elle ne se surveille pas
  6. Un soin quotidien avant un médicament, et la cornée protégée le jour même
  7. Annoncer une durée, et défendre les gestes qui aggravent une lésion banale
  8. Transmettre la localisation exacte, la photographie et le nombre d'épisodes
  9. À retenir pour la station

Le délai d'installation partage le champ avant toute autre question

La première question est le délai, et il sépare le champ en 2. Installé en heures, le trouble relève d'une inflammation, d'une infection ou d'une urgence neurologique. Installé en semaines ou en mois, il relève d'une lésion, d'une atteinte musculaire ou d'un vieillissement.

Devant une tuméfaction, plusieurs points se font préciser : son caractère douloureux ou non, son évolution, une récidive au même endroit, et si la lésion a déjà disparu puis reparu. Devant une lésion chronique se cherchent une modification récente d'une lésion ancienne, un saignement, une chute des cils en regard, l'exposition solaire et les antécédents de lésions de la peau. Une lésion ancienne qui se modifie change de statut.

Devant une paupière qui tombe, la question qui compte est la variabilité : est-ce constant ou variable dans la journée, et surtout, est-ce que cela s'aggrave en fin de journée ou à l'effort ? Une chute de paupière qui varie est une atteinte de la jonction entre le nerf et le muscle jusqu'à preuve du contraire. Cette question est rarement posée, et elle sépare 2 maladies différentes.

D'autres questions se posent devant chaque présentation : une vision double, une douleur, une baisse de vision, des maux de tête inhabituels. Ce qui pèse se demande aussi : la gêne visuelle réelle, et le retentissement sur le regard des autres, qui est le motif de consultation caché.

« Est-ce que cela varie dans la journée ? »

Retourner la paupière, lire le bord libre et regarder les pupilles

L'examen commence par le geste que l'on saute le plus souvent : retourner la paupière supérieure. Ce qui gêne, ce qui frotte et ce qui se cache est de ce côté-là, et l'inspection de l'extérieur ne le montre pas.

Le bord libre se regarde ensuite, avec ses glandes et ses cils, et l'existence d'une zone sans cils, qui est un signe d'alarme. La position du bord, tourné vers l'intérieur ou vers l'extérieur, s'évalue, et la peau s'inspecte.

Devant une paupière qui tombe, 3 éléments se mesurent : la hauteur de l'ouverture des 2 côtés, la course du muscle releveur, et l'effet d'un effort soutenu du regard vers le haut, qui aggrave une atteinte de la jonction. Dans le même mouvement se cherchent impérativement la taille des pupilles, les mouvements des yeux et une vision double. Une paupière qui tombe avec une pupille dilatée et une vision double est une urgence vasculaire, et le tableau se voit en quelques secondes quand on le cherche.

La fermeture des paupières et l'état de la cornée s'évaluent à chaque examen, ainsi que la sensibilité de la cornée. L'examen se documente par une photographie datée : c'est la seule façon de dire, des mois plus tard, qu'une lésion a grandi.

Tuméfaction, inflammation, chute, fermeture : 4 présentations et 4 listes

Ce qui touche le bord libre et ce qui touche le reste de la paupière n'ont pas les mêmes causes, et la présentation décide de la liste. Il y en a 4 : une tuméfaction, une inflammation du bord libre, une paupière qui tombe, une paupière qui ne ferme pas.

Une tuméfaction douloureuse et aiguë sur le bord libre est une infection d'un follicule ; indolore, arrondie, dans l'épaisseur, c'est un kyste inflammatoire d'une glande. Certains éléments font sortir de ce cadre : une récidive au même endroit, une chute des cils, un saignement, une induration, une évolution chez une personne âgée.

Une inflammation du bord libre est chronique et bilatérale, avec des dépôts à la base des cils et des yeux qui piquent le matin. Elle s'accompagne très souvent d'une maladie de la peau du visage, et elle se traite par des soins locaux prolongés, et non par une cure courte.

Une paupière qui tombe relève de 4 situations, et de 4 conduites. Variable dans la journée et aggravée à l'effort, c'est la jonction ; avec une pupille dilatée et une vision double, c'est vasculaire et urgent. Avec un petit rétrécissement de la pupille du même côté, c'est une atteinte du système sympathique, qui se cherche du cou au thorax. Chronique, isolée, du sujet âgé, c'est mécanique.

Devant une paupière qui ne ferme pas, la cause la plus fréquente est une paralysie faciale, et le problème n'est pas la paupière, c'est la cornée. Reste un bord tourné vers l'intérieur ou vers l'extérieur, fréquent chez la personne âgée et parfaitement opérable.

3 urgences derrière des paupières, et 2 imageries qui n'attendent pas

3 urgences se cachent derrière des paupières, et l'imagerie n'a que 3 indications dans ce champ, dont 2 urgentes. La pupille et les mouvements des yeux se vérifient avant toute décision d'imagerie.

Une chute de paupière avec une pupille dilatée et une atteinte des mouvements de l'œil est un anévrisme jusqu'à preuve du contraire. C'est une urgence vitale, la rupture est ce qui menace, et le tableau est indolore dans une partie des cas. Il se reconnaît en regardant les 2 pupilles, et l'imagerie vasculaire du cerveau est immédiate : le délai décide du pronostic.

Un œdème inflammatoire de la paupière avec fièvre, une douleur à la mobilisation de l'œil, une baisse de vision, une vision double ou une saillie de l'œil, est une infection de l'orbite. Elle expose à la perte de l'œil et à une extension vers le cerveau, elle est plus fréquente chez l'enfant, et elle relève d'une hospitalisation et d'un traitement immédiat. L'imagerie de l'orbite est urgente, à la recherche d'une infection derrière la cloison qui sépare la paupière de l'orbite.

La distinction entre une infection devant et derrière cette cloison ne se fait pas à l'œil nu, et elle décide de l'hospitalisation. Devant tout tableau fébrile se font la température, l'examen des mouvements de l'œil, l'acuité visuelle, et la recherche d'une porte d'entrée dans le nez et les sinus.

Une paupière qui ne ferme pas, avec une sensibilité de la cornée diminuée, expose à une cornée qui s'ulcère en quelques jours. Ce n'est pas une urgence vitale, c'est une urgence d'organe, et la protection ne dépend d'aucun diagnostic. À l'inverse, une tuméfaction indolore d'installation lente inquiète et n'est pas une urgence.

Une imagerie ne se demande pas devant une chute de paupière isolée, chronique, sans autre signe, chez une personne âgée. C'est la forme la plus fréquente, et elle relève d'un avis chirurgical.

Une lésion suspecte du bord libre se prélève, elle ne se surveille pas

La plupart des anomalies palpébrales ne demandent aucun examen, et le seul qui tranche devant une lésion suspecte n'est pas un dosage : c'est un prélèvement. Une lésion du bord libre qui a fait tomber des cils, qui saigne, qui s'ulcère, ou qui grandit chez une personne âgée, se biopsie. Elle ne se traite pas d'abord et ne se surveille pas indéfiniment.

Le diagnostic de chalazion posé à répétition au même endroit doit être remis en cause. Devant une lésion étendue ou fixée, l'imagerie précise l'extension avant la chirurgie, et elle ne remplace pas le prélèvement.

Devant une chute de paupière variable, 2 explorations se demandent : une recherche des anticorps de la jonction entre le nerf et le muscle, et une exploration électrique adaptée, qui relèvent du spécialiste. Un résultat négatif n'écarte pas le diagnostic.

Devant une inflammation récidivante, la fonction des glandes du bord libre s'explore, et une maladie de la peau du visage associée se recherche : elle est fréquente et rarement reliée. Devant un tableau bruyant avec fièvre, quand une infection profonde de l'orbite est envisagée, se demandent une numération, une protéine C réactive et des hémocultures.

Un bilan ne se demande pas devant une inflammation banale du bord libre, qui se traite et se réévalue. Le document le plus utile, et rarement produit, est une photographie de face, datée, prise dans les mêmes conditions. Elle documente l'évolution d'une lésion et l'aggravation d'une chute de paupière, et elle sert au dossier chirurgical.

Un soin quotidien avant un médicament, et la cornée protégée le jour même

Le traitement le plus fréquent de ce champ n'est pas un médicament, c'est un soin quotidien, et il échoue le plus souvent pour la même raison : il est arrêté trop tôt. Sur l'inflammation du bord libre, il associe chaleur, massage du bord et nettoyage, tous les jours et pendant des semaines. Le dire en consultation, montrer le geste et annoncer que l'amélioration prend du temps vaut plus que la prescription elle-même.

Une tuméfaction inflammatoire reçoit des soins locaux, et un geste chirurgical simple si elle persiste, après avoir écarté ce qui doit l'être. Une infection du bord libre reçoit un traitement local, et un traitement général quand l'infection dépasse la paupière.

Devant une paupière qui ne ferme pas, la protection de la cornée commence le jour même, quelle que soit la cause : larmes le jour, pommade et occlusion la nuit. Devant une chute de paupière, la cause se traite d'abord, et la chirurgie ne se discute qu'une fois le tableau stable et l'atteinte neurologique écartée.

Certaines indications chirurgicales se proposent trop tard : un bord tourné vers l'intérieur, qui abîme la cornée à chaque clignement, et une paupière qui gêne le champ visuel. Ce qui se programme avec une date est la réévaluation, et le délai maximal avant un prélèvement si la lésion persiste.

Annoncer une durée, et défendre les gestes qui aggravent une lésion banale

La consigne la plus utile de ce champ est une durée. Les soins du bord libre agissent en plusieurs semaines et sont arrêtés en quelques jours, parce que personne n'a dit combien de temps. Annoncer la durée fait la différence entre un traitement qui marche et un traitement qu'on croit inefficace, et le geste de soin se montre.

Une lésion de la paupière ne se perce pas, ne se presse pas et ne s'arrache pas. La zone se draine vers l'intérieur du crâne, et une manipulation peut transformer une lésion banale en infection profonde.

Le maquillage du bord libre et les extensions de cils entretiennent l'inflammation, et le matériel se remplace régulièrement. Une personne qui porte des lentilles les retire pendant un épisode inflammatoire.

La paupière est une zone d'exposition solaire permanente, et les lésions de la peau y sont fréquentes. Une protection solaire du visage inclut cette zone, ce que presque personne ne fait.

Ce qui doit faire consulter sans attendre :

  • Une paupière rouge et chaude avec de la fièvre.
  • Une douleur à bouger l'œil.
  • Une baisse de vision.
  • Une vision double.
  • Une lésion qui saigne ou qui a fait tomber des cils.

Transmettre la localisation exacte, la photographie et le nombre d'épisodes

Une transmission qui écrit « lésion de la paupière » ne dit rien. Ce qui se transmet est la localisation exacte : bord libre ou non, paupière supérieure ou inférieure, côté interne ou externe, et la taille. Le bord libre change la liste des causes et le degré d'urgence.

S'ajoutent l'ancienneté, l'évolution récente et la chute des cils en regard s'il y en a, les traitements déjà donnés avec leur durée réelle, et l'acuité visuelle mesurée. La photographie datée manque le plus souvent, et son absence fait perdre du temps : sans elle, la question de savoir si la lésion a grandi ne se tranche pas, et le doute repart pour des mois.

À l'ophtalmologiste, dans l'urgence, 5 données décident du délai : l'état des 2 pupilles, les mouvements des yeux, la vision double, la température et la douleur à la mobilisation. Au médecin traitant se transmettent ce qui a été écarté, et le délai maximal accepté avant un prélèvement.

Une ligne évite un traitement répété pour rien : le nombre d'épisodes au même endroit. Un troisième épisode au même point n'est pas un troisième chalazion, et cette information manque le plus souvent au courrier.

À retenir pour la station

Le délai d'installation partage le champ : en heures, une inflammation, une infection ou une urgence neurologique ; en semaines ou en mois, une lésion, une atteinte musculaire ou un vieillissement. Devant une paupière qui tombe, demandez si cela varie dans la journée, et regardez les 2 pupilles : une pupille dilatée avec une vision double fait évoquer un anévrisme jusqu'à preuve du contraire. Un œdème fébrile de la paupière avec douleur à la mobilisation de l'œil fait demander l'imagerie de l'orbite. Une paupière qui ne ferme pas met la cornée en danger, et sa protection commence le jour même. Une lésion du bord libre qui a fait tomber des cils se biopsie. Annoncez la durée des soins, et transmettez une photographie datée.

Sources

  1. 1

    Ophtalmologie

    Collège des ophtalmologistes universitaires de France (COUF). 6e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Item 86

    Appuie : Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Stratégie diagnostique, Urgence vitale, Iconographie, Synthèse paraclinique, Stratégie de prise en charge, Éducation et prévention, Communication interprofessionnelle

  2. 2
    Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)

    Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.

    Passages utilisés : Item 86 ; Item 83 ; Item 101

    Appuie : Stratégie diagnostique, Urgence vitale, Stratégie de prise en charge