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Ophtalmologie

Fiche de révision

Sensation de brûlure oculaire

Situation de départ 141Catégorie IItem R2C 83Item R2C 187Item R2C 84

Cette fiche vous apprend à trier une sensation de brûlure oculaire par 3 questions, qui séparent une gêne banale d'une urgence d'organe, puis à traiter ce qui reste, le plus souvent une sécheresse qui fait pleurer ou une inflammation du bord des paupières. Elle suit la consultation : l'entretien, l'examen, les urgences à ne pas manquer, les causes fréquentes et les rares examens, puis le traitement, ce qui s'explique et ce qui se transmet.

SommaireEnviron 13 min
  1. 3 questions font le tri avant toute autre chose
  2. Mesurer la vision avant de regarder l'œil
  3. Quand ce n'est plus une brûlure : les urgences d'organe d'un motif banal
  4. Sécheresse et bord des paupières : 2 causes pour la grande majorité des cas
  5. Peu d'examens : la lampe à fente, la coloration et la liste des collyres
  6. Retirer le collyre en cause avant d'en prescrire un autre
  7. Cligner, placer l'écran, arrêter le collyre qui blanchit l'œil
  8. 4 données en tête du courrier, et la durée réelle des traitements
  9. À retenir pour la station

3 questions font le tri avant toute autre chose

3 questions font le tri avant toute autre chose : la vision est-elle modifiée, la lumière est-elle devenue insupportable, la personne porte-t-elle des lentilles de contact. 3 réponses négatives placent la situation dans les causes banales ; une seule réponse positive la fait changer de champ, et ce n'est plus une brûlure.

Le moment de la journée oriente ensuite. Une gêne maximale le matin oriente vers le bord des paupières, une gêne qui s'aggrave au fil de la journée et sur écran vers la sécheresse. La saison et l'environnement se font préciser, ainsi que l'atteinte d'un côté ou des 2.

Le paradoxe qui se cherche à l'entretien est celui des yeux qui pleurent. Un œil sec produit des larmes de réflexe, et beaucoup de personnes consultent pour un larmoiement alors qu'elles manquent de larmes.

Plusieurs questions expliquent beaucoup de cas : le temps passé devant un écran, les traitements en cours, dont ceux qui assèchent, et les collyres déjà utilisés, prescrits ou non. D'autres signes, rarement rapportés spontanément, font sortir du cadre local : une sécheresse de la bouche, des douleurs articulaires, une maladie de la thyroïde.

Dans un contexte professionnel, la première question est une projection de produit. Ce n'est pas une brûlure au sens de ce champ, mais une brûlure véritable.

« La vision est-elle modifiée ? La lumière est-elle devenue insupportable ? Portez-vous des lentilles de contact ? »

Mesurer la vision avant de regarder l'œil

Le premier geste n'est pas de regarder l'œil, c'est de mesurer la vision, de loin et de chaque côté séparément. Une acuité conservée écarte l'essentiel de ce qui presse ; une acuité abaissée fait changer de situation.

La répartition de la rougeur se regarde ensuite. Une rougeur diffuse, prédominant vers les paupières, est banale ; une rougeur en couronne autour de la cornée est un signe d'alarme.

Sur la cornée se cherchent une perte de transparence, un reflet irrégulier et une prise de colorant, qui signe une atteinte de la surface ; la coloration est simple, rapide et rarement faite. Les pupilles s'examinent pour leur taille, leur symétrie et leur réaction à la lumière. Une pupille en semi-dilatation, peu réactive, avec un œil dur et douloureux, est une urgence.

Les paupières s'examinent par le bord libre, ses dépôts et ses glandes, puis par la paupière supérieure retournée, geste qui trouve les corps étrangers et les allergies. Le reste comprend la sensibilité de la cornée, la qualité de la fermeture des paupières, la peau du visage, et la palpation comparative des 2 globes à travers la paupière. 2 gestes, en revanche, ne se font pas : retirer soi-même un corps étranger enfoncé, et laisser une lentille en place devant un œil douloureux.

Quand ce n'est plus une brûlure : les urgences d'organe d'un motif banal

Aucune urgence vitale ici, et plusieurs urgences d'organe qui se perdent au milieu d'un motif banal. Certaines atteintes ne sont pas une brûlure oculaire et se présentent comme telle : une atteinte de la cornée, avec douleur vive, larmoiement, photophobie et baisse de vision ; une inflammation profonde de l'œil, avec rougeur en couronne et photophobie ; une élévation brutale de la pression de l'œil, avec douleur intense, vision brouillée, halos et nausées.

Un œil rouge et douloureux avec une baisse de vision, une photophobie, des halos, des nausées ou un œil dur relève d'une urgence ophtalmologique immédiate, et l'avis se demande le jour même. Devant tout œil douloureux, 5 gestes se font : mesurer l'acuité, regarder la répartition de la rougeur, comparer les pupilles, retirer les lentilles, et ne rien instiller qui contienne un corticoïde.

La projection d'un produit chimique est la seule situation où le traitement précède le diagnostic : on rince abondamment, longuement, immédiatement, avant tout examen et avant tout transport. Chaque minute perdue avant le rinçage compte, et les produits qui pénètrent le plus profondément ne sont pas les plus douloureux.

Une gêne oculaire chez un porteur de lentilles est une atteinte de la cornée jusqu'à preuve du contraire, et elle se traite comme une urgence. La lentille se retire, aucun corticoïde ne se prescrit, l'œil ne s'occlut pas, et l'avis se demande le jour même : l'évolution peut se compter en heures.

Une atteinte de la cornée par le virus de l'herpès est aggravée de façon majeure par un corticoïde local. C'est la raison pour laquelle un collyre contenant un corticoïde ne se prescrit pas sans examen à la lampe.

Sécheresse et bord des paupières : 2 causes pour la grande majorité des cas

2 causes couvrent la grande majorité des cas, et elles coexistent souvent. La sécheresse de la surface donne une gêne qui augmente au fil de la journée, sur écran, en atmosphère sèche, avec un larmoiement paradoxal, une sensation de sable, et une vision qui fluctue et s'améliore au clignement. Elle est massivement liée aux écrans, la fréquence du clignement diminuant fortement pendant la lecture d'un écran.

L'inflammation du bord des paupières donne une gêne maximale au réveil, des paupières collées et des dépôts à la base des cils. Elle est très souvent associée à une maladie de la peau du visage.

D'autres causes sont fréquentes. L'allergie se reconnaît aux démangeaisons au premier plan et à son caractère saisonnier ; s'y ajoutent une irritation par un produit ou un conservateur, une mauvaise fermeture des paupières la nuit, et des traitements asséchants.

3 indices font le tri le plus simple : une démangeaison au premier plan oriente vers l'allergie, une sensation de sable qui augmente en journée vers la sécheresse, des yeux collés au réveil vers les paupières. Le port de lentilles se vérifie avant de conclure, parce qu'il fait sortir de ce cadre.

Peu d'examens : la lampe à fente, la coloration et la liste des collyres

La très grande majorité de ces situations ne demande aucun examen, et le seul qui compte est un examen clinique fait avec un appareil : la lampe à fente, qui relève du spécialiste. Au cabinet, ce qui se fait n'est pas un examen de laboratoire : la coloration de la surface de l'œil, qui montre une atteinte invisible autrement, et l'évaluation de la stabilité du film de larmes.

Devant une sécheresse importante ou associée, une maladie auto-immune de la sécheresse se recherche, quand il existe une sécheresse de la bouche, des douleurs articulaires ou une fatigue. Une exploration de la thyroïde se demande devant des signes oculaires évocateurs.

Un prélèvement de la surface de l'œil se demande rarement, et pas en première intention. Il est réservé aux formes résistantes, sévères ou survenant sur une lentille de contact, et il se fait avant tout traitement, sans quoi il ne montre rien.

Ce qui n'est pas un examen remplace la plupart d'entre eux : l'ordonnance et la liste des collyres déjà employés. Beaucoup de gênes chroniques sont entretenues par un traitement : un collyre utilisé au long cours, un conservateur, un vasoconstricteur acheté seul, qui entretient la rougeur qu'il soulage.

Une évaluation chiffrée de la gêne, notée et redemandée, vaut mieux qu'un dosage. Sans elle, un traitement lent paraît inefficace.

Retirer le collyre en cause avant d'en prescrire un autre

Le premier traitement de ce champ n'est pas un collyre, c'est un retrait : celui du collyre déjà utilisé. Un vasoconstricteur acheté seul soulage sur le moment et entretient la rougeur ; un conservateur employé plusieurs fois par jour pendant des mois irrite la surface qu'il est censé protéger.

La sécheresse se traite par des substituts de larmes, en quantité suffisante et sans conservateur si l'usage est fréquent, et par des mesures d'environnement : pauses, humidification, position de l'écran plus bas que les yeux. Le bord des paupières se traite par chaleur, massage et nettoyage, quotidiennement et pendant des semaines, avec la même règle que partout : la durée s'annonce, sans quoi les soins s'arrêtent au bout de quelques jours. L'allergie se traite par l'éviction quand elle est possible, un traitement local adapté, et un lavage au sérum physiologique, souvent négligé et efficace.

3 prescriptions ne se font pas. Un collyre contenant un corticoïde ne se prescrit pas sans examen à la lampe, et un antibiotique local répété devant une gêne chronique ne traite rien. Un anesthésique local à emporter soulage et détruit la cornée : il ne se remet pas au patient.

Une gêne qui ne cède pas après plusieurs semaines de traitement bien conduit relève du spécialiste, et non d'une nouvelle cure. La réévaluation se programme à une date, avec la même évaluation chiffrée qu'au départ.

Cligner, placer l'écran, arrêter le collyre qui blanchit l'œil

Ce qui aide le plus ne se prescrit pas : on cligne moins devant un écran. La fréquence du clignement chute fortement pendant la lecture d'un écran, et le clignement est ce qui étale les larmes. Faire des pauses régulières en regardant au loin, et cligner volontairement, agit sur la cause. S'y ajoutent des réglages qui ne coûtent rien : placer l'écran plus bas que les yeux, ce qui réduit la surface exposée, éloigner la ventilation et la climatisation du visage, humidifier une pièce trop sèche.

Les collyres achetés seuls qui blanchissent l'œil entretiennent la rougeur, et leur arrêt provoque une aggravation transitoire qui fait croire qu'ils étaient utiles. Prévenir de cette aggravation est ce qui permet de tenir l'arrêt.

Aux porteurs de lentilles se disent des règles simples : on ne dort pas avec, on ne les rince pas à l'eau, on ne dépasse pas la durée prévue. Toute douleur impose de retirer la lentille et de consulter le jour même.

Sur les soins des paupières, ce qui se dit est encore la durée. Le geste montré une fois vaut mieux qu'une ordonnance.

Ce qui doit faire consulter sans attendre :

  • Une baisse de vision.
  • Une douleur intense.
  • Une gêne à la lumière.
  • Un œil rouge chez un porteur de lentilles.
  • Une projection de produit.

4 données en tête du courrier, et la durée réelle des traitements

Ce qui décide du délai de rendez-vous tient en 4 données, qui figurent en tête du courrier : l'acuité visuelle mesurée, la répartition de la rougeur, l'existence d'une photophobie et le port de lentilles. Sans elles, une demande urgente et une demande banale se ressemblent, et le tri se fait mal.

Ce qui se transmet ensuite est la liste complète des collyres utilisés, avec leur durée réelle, prescrits ou non, ainsi que les traitements généraux asséchants, les signes extra-oculaires, et ce qui a déjà été essayé et pendant combien de temps. La durée réelle des traitements locaux manque le plus souvent : un traitement dit inefficace mais appliqué quelques jours n'a pas été essayé, et il sera écarté à tort.

Au pharmacien se signalent les collyres à ne pas délivrer, quand un traitement acheté seul entretient le tableau. Au médecin du travail se transmettent l'exposition, l'écran et les aménagements souhaités, avec l'accord de la personne.

Une ligne protège l'œil : le motif exact de l'adressage quand il est urgent, écrit en clair et en une phrase. Un courrier qui ne dit pas pourquoi il est urgent obtient un rendez-vous lointain.

À retenir pour la station

Posez 3 questions avant toute autre : la vision est-elle modifiée, la lumière est-elle insupportable, y a-t-il une lentille de contact. 3 réponses négatives placent la situation dans les causes banales, la sécheresse et le bord des paupières, et un œil sec peut pleurer. Mesurez l'acuité avant de regarder l'œil. Devant une projection de produit, rincez avant tout examen. Chez un porteur de lentilles, retirez la lentille et demandez l'avis le jour même. Ne prescrivez pas de collyre contenant un corticoïde sans examen à la lampe. Commencez par retirer le collyre en cause, et annoncez la durée des soins.

Sources

  1. 1

    Ophtalmologie

    Collège des ophtalmologistes universitaires de France (COUF). 6e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Item 83 ; Item 84

    Appuie : Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Urgence vitale, Stratégie diagnostique, Synthèse paraclinique, Stratégie de prise en charge, Éducation et prévention, Communication interprofessionnelle

  2. 2
    Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)

    Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.

    Passages utilisés : Item 83 ; Item 187 ; Item 84

    Appuie : Urgence vitale, Stratégie diagnostique, Stratégie de prise en charge