Cette fiche vous apprend à conduire la prise en charge d'un corps étranger du nez ou de l'oreille à partir d'une seule question, la nature de l'objet, qui décide du délai, de la méthode et du risque. Elle suit l'ordre de la conduite : l'entretien, le diagnostic quand personne n'a rien vu, l'examen, les urgences, l'imagerie, la décision de retirer ou d'adresser, le geste et sa tentative unique, puis ce qui se dit à la famille et ce qui se transmet.
SommaireEnviron 14 min
- La nature de l'objet commande tout, et le récit du parent ne la prouve pas
- Sans histoire, l'écoulement d'un seul côté fait le diagnostic
- Regarder l'enfant respirer, puis décrire l'objet sans le toucher
- Pile, inhalation, aimants : les 3 situations qui sortent du geste simple
- L'imagerie répond à 3 questions, et à aucune autre
- La décision qui compte : retirer sur place ou adresser
- Une seule tentative utile : préparer, choisir la méthode, réexaminer
- Parler des piles sans culpabiliser, et transmettre ce qui décide
- À retenir pour la station
La nature de l'objet commande tout, et le récit du parent ne la prouve pas
La question qui commande tout l'entretien est la nature de l'objet, et ce qu'un parent croit avoir vu n'est pas un constat. Une perle attend, un haricot gonfle, une pile brûle, et les 3 se ressemblent au fond d'une narine. Demandez d'où vient l'objet, s'il en reste un identique, et si on peut le voir.
Un jouet dont le logement de pile est ouvert change entièrement la conduite. La nature de l'objet s'établit donc et se vérifie, avant tout geste, à partir de ce que la famille peut montrer plutôt que de ce qu'elle raconte.
Faites préciser l'heure exacte de l'introduction et le côté, puis le nombre d'objets et ce qui a déjà été tenté à la maison. Ces tentatives expliquent souvent un saignement ou un objet enfoncé plus loin.
Une question s'oublie : l'enfant a-t-il mis quelque chose ailleurs ? Un second objet, dans l'autre narine ou dans une oreille, est fréquent, et l'interrogatoire porte sur les autres orifices.
Dans l'oreille, l'entretien cherche une douleur et une baisse d'audition d'un seul côté. Une sensation de mouvement oriente vers un insecte vivant. Chez l'adulte et la personne âgée, une cause propre se demande explicitement : un embout ou une partie d'appareil auditif restés dans le conduit.
Sans histoire, l'écoulement d'un seul côté fait le diagnostic
Le diagnostic est facile quand l'histoire est connue, et il se manque entièrement quand elle ne l'est pas. Dans le cas simple, l'enfant a été vu introduire un objet, ou il le dit. La démarche porte alors sur la nature de l'objet, et non sur son existence.
Le cas manqué est fréquent : aucune histoire, et un tableau chronique. Un écoulement nasal d'un seul côté, épais, sale et malodorant, une haleine fétide, une gêne à respirer d'un seul côté : chez un enfant, ces signes désignent un corps étranger jusqu'à preuve du contraire, parfois présent depuis plusieurs semaines. C'est ce tableau qui est traité comme une rhinite pendant des semaines.
La règle est la latéralité : une rhinite est bilatérale. L'odeur de l'écoulement se recherche aussi, mais le signe qui fait regarder dans la narine reste le côté unique.
Dans l'oreille, une douleur, un écoulement ou une baisse d'audition d'un seul côté sans otite évidente font regarder le conduit. Un objet ancien peut y être caché sous du cérumen, et le conduit s'inspecte au-delà.
L'objet identifié se classe, et ce classement décide de la conduite. Chaque catégorie porte un risque propre, qui commande le délai et le choix de la méthode.
Les catégories d'objets, et ce que chacune impose :
- Une pile, qui est une urgence.
- Un objet végétal, qui gonfle et se dégrade.
- Un objet vivant, qu'il faut immobiliser avant d'extraire.
- Un objet rond et lisse, difficile à saisir.
- Un objet acéré, qui expose à une plaie.
- Un aimant, dangereux s'il est multiple.
Un enfant qui recommence fait chercher plus loin. Un corps étranger répété interroge le contexte de vie et la surveillance, sans jugement et sans accusation.
Regarder l'enfant respirer, puis décrire l'objet sans le toucher
Le premier temps de l'examen n'est pas de regarder l'orifice concerné, c'est de vérifier la respiration. Un corps étranger nasal peut être inhalé, en particulier pendant une tentative de retrait chez un enfant qui pleure.
L'objet se décrit, il ne se nomme pas : sa forme, sa surface, son éclat, sa distance à l'orifice. Cherchez sur sa face visible 2 cercles concentriques, qui sont l'aspect d'une pile vue de face.
Les 2 narines et les 2 oreilles s'examinent dans le même temps, quel que soit le côté en cause. La bouche et la gorge s'examinent aussi, à la recherche d'un écoulement postérieur, et l'état de la muqueuse autour de l'objet se note : rouge, ulcérée ou saignante.
Dans l'oreille, le tympan se regarde avant toute idée d'irrigation, car un tympan non vu interdit de rincer. La distance de l'objet à l'orifice et la partie du conduit où il se trouve se notent : un objet situé au-delà du rétrécissement du conduit ne se retire pas au cabinet.
Ce qui ne se fait pas pendant l'examen, c'est toucher l'objet avec un instrument pour voir s'il bouge. Cette exploration est déjà une tentative, et elle consomme la seule dont on dispose. Explorer avec un instrument avant d'être prêt revient à perdre le geste avant de l'avoir préparé.
Pile, inhalation, aimants : les 3 situations qui sortent du geste simple
3 situations sortent du cadre du geste simple, et 2 d'entre elles se comptent en heures. Les reconnaître décide du délai, avant toute question de méthode.
La première est la pile bouton. Au contact d'une muqueuse humide, elle produit un courant et une réaction chimique qui détruisent les tissus en quelques heures. Le retrait est immédiat, de jour comme de nuit, et le doute suffit à imposer cette conduite. Ses complications, la perforation de la cloison et l'atteinte de l'os, sont définitives.
La deuxième est l'inhalation : un objet nasal peut passer dans les voies aériennes, et le risque augmente pendant une tentative de retrait chez un enfant qui pleure. Une toux brutale, une gêne respiratoire ou un bruit anormal imposent la conduite de l'obstruction des voies aériennes, qui prime sur tout le reste. Cette conduite est connue et prête avant le geste.
La troisième est celle des aimants multiples, dans le nez ou avalés. Ils s'attirent à travers les parois et provoquent une perforation, et la présence de plusieurs aimants est une urgence chirurgicale, même sans symptôme. Leur nombre se recherche donc.
Un objet inerte, visible, sans lésion de la muqueuse, chez un enfant calme, n'est pas une urgence. Il se retire dans de bonnes conditions, ce qui vaut mieux que vite. Quelle que soit la situation, l'enfant se regarde respirer avant que son nez ne se regarde.
L'imagerie répond à 3 questions, et à aucune autre
La plupart des corps étrangers de l'oreille et du nez ne demandent aucune imagerie : ils se voient. L'imagerie répond à 3 questions précises, et à aucune autre.
La première, la plus importante, est celle d'une pile bouton dont on n'est pas certain de la position, ou qu'on ne voit pas. Une radiographie de face montre alors un objet rond, dense, avec un liseré périphérique caractéristique, qui distingue une pile d'une pièce de monnaie. Cette distinction change le délai de prise en charge : devant un objet rond non identifié et non visible, la radiographie se fait sans délai, à la recherche de ce liseré.
La deuxième est un doute sur une inhalation ou une ingestion, quand l'objet a disparu et que personne ne l'a retrouvé. La radiographie couvre alors le trajet complet, du cou à l'abdomen. Un objet non radio-opaque ne s'y verra pas, et une image normale n'écarte donc rien.
La troisième est une complication : une infection étendue, une atteinte de l'os, un objet ancien enclavé. L'imagerie en précise l'extension avant un geste.
Une imagerie ne se demande pas devant un objet visible, accessible et identifié. Elle retarde le retrait sans rien apporter, et ce retard est précisément ce qui nuit quand il s'agit d'une pile. Le document qui vaut mieux qu'une image est l'objet jumeau, apporté par la famille.
La décision qui compte : retirer sur place ou adresser
La décision qui compte n'est pas comment retirer, c'est où et par qui. Un objet visible, antérieur, chez un enfant qu'on peut immobiliser, se retire sur place. Tout le reste s'adresse, et adresser n'est pas un échec.
Les conditions du retrait sur place se vérifient avant le geste. Plusieurs situations font adresser d'emblée, et l'échec d'une première tentative en fait partie au même titre que ce qui se constate avant de commencer.
Ce qui fait adresser d'emblée :
- Un enfant qui ne peut pas être maintenu.
- Un objet non visible, ou situé au-delà du rétrécissement du conduit.
- Un saignement.
- Une muqueuse très inflammatoire.
- Un matériel inadapté.
- L'échec d'une première tentative.
L'anesthésie générale n'est pas un aveu d'échec, et elle est parfois la bonne première décision. Elle permet un geste unique, propre et complet, qui vaut mieux que des tentatives répétées au cabinet : elle s'envisage donc sans réticence.
Un traitement local ou général se discute selon l'état de la muqueuse et la durée de présence de l'objet. Il ne se prescrit pas d'office après un retrait simple.
Une seule tentative utile : préparer, choisir la méthode, réexaminer
La règle qui gouverne tout le geste : chez un enfant, on ne dispose que d'une tentative utile. La deuxième se fait sur une muqueuse qui saigne, un enfant qui se débat et un objet enfoncé plus loin. Savoir renoncer est donc une compétence, autant que savoir faire.
Tout se prépare avant de toucher : une lumière frontale, un matériel choisi et à portée, un aide, et un enfant maintenu. Un enfant mal maintenu est une contre-indication, pas une difficulté à surmonter. Le geste s'explique à l'enfant avec les mots de son âge, et au parent en entier.
Dans le nez, l'expiration à pression positive se tente d'abord. Délivrée par la bouche de l'enfant, l'autre narine étant obturée, elle expulse un objet antérieur sans instrument. À défaut, un crochet passé au-delà de l'objet ou une aspiration prennent le relais, l'instrument se choisissant selon la forme de l'objet : une pince ne convient pas à un objet rond et lisse, qu'elle repousse.
Dans l'oreille, l'irrigation n'est possible que si le tympan est vu et intact. Elle est interdite devant un objet végétal, qui gonfle, ou devant une pile. Un insecte vivant s'immobilise avant d'être retiré, ce qui rend le geste supportable.
Après le retrait, réexaminez : vérifiez qu'il ne reste rien, et regardez l'autre côté et les oreilles. Notez la nature de l'objet, la durée de présence, le côté et l'état de la muqueuse, et remettez à la famille des consignes écrites.
Les consignes disent ce qui se surveille : un saignement, une douleur qui persiste, un écoulement d'un seul côté, une gêne respiratoire, une fièvre. Après une pile, la surveillance est prolongée et spécialisée, les lésions pouvant évoluer après le retrait.
Parler des piles sans culpabiliser, et transmettre ce qui décide
Le message de prévention le plus utile ne porte pas sur la surveillance, il porte sur un objet précis : les piles boutons. Elles sont partout, dans les jouets lumineux, les télécommandes, les balances, les jeux de société, les bougies et les cartes musicales. Un couvercle qui s'ouvre sans outil est un objet à risque, et le dire concrètement vaut mieux que « faites attention ».
Les conseils sont concrets : ranger les piles neuves et usagées hors de portée, jeter immédiatement les piles usagées, vérifier que les logements se ferment par une vis. Toute famille doit entendre que si une pile est avalée ou introduite, on consulte immédiatement, sans attendre un symptôme, en emportant l'emballage ou une pile identique.
Un enfant qui met un objet dans son nez fait quelque chose de banal à son âge. Le rappel des règles se fait, l'accusation non : une famille culpabilisée consulte plus tard la fois suivante. Les gestes à éviter à la maison se disent aussi : ne pas essayer de retirer l'objet soi-même avec une pince à épiler ou un coton-tige, ne pas rincer une oreille, ne pas coucher l'enfant sur le dos pour regarder.
Ce qui doit faire consulter sans attendre :
- Une gêne à respirer.
- Un saignement.
- Une douleur qui augmente.
- Un écoulement d'un seul côté.
- Une pile suspectée.
Une transmission qui écrit « corps étranger nasal » ne dit pas ce qui décide : la nature de l'objet, l'heure d'introduction et le côté. Ces 3 données commandent le délai de prise en charge, et elles figurent en tête : quoi, depuis quand, de quel côté. Suivent ce qui a déjà été tenté et par qui, à la maison comme au cabinet, parce qu'une tentative antérieure change l'état de la muqueuse et la difficulté du geste, puis l'état de la respiration et la position exacte de l'objet.
Quand une pile est suspectée, cela s'écrit en majuscules dans l'appel. Cette seule phrase change l'heure du bloc, et une transmission qui la noie dans un paragraphe la fait manquer. L'objet jumeau ou son emballage s'apporte physiquement : il tranche ce que le regard ne tranche pas.
Après le geste se transmettent la nature de l'objet retiré, la durée réelle de présence, l'état de la muqueuse et les consignes remises. Une ligne s'adresse au médecin traitant : la date du contrôle et qui le fait, surtout après une pile, dont les lésions peuvent évoluer après le retrait. Un contrôle qui n'appartient à personne n'est pas fait.
À retenir pour la station
Établissez la nature de l'objet avant tout geste : ce qu'un parent croit avoir vu n'est pas un constat, et l'objet jumeau tranche entre une perle et une pile. Une pile bouton suspectée impose un retrait immédiat, de jour comme de nuit, et le doute suffit. Regardez l'enfant respirer avant son nez, examinez les 2 narines et les 2 oreilles, et décrivez l'objet sans le toucher. Chez un enfant, une seule tentative est utile : préparez la lumière, le matériel, l'aide et le maintien, ou adressez, ce qui n'est pas un échec. Pas de pince sur un objet rond et lisse, pas d'irrigation sans tympan vu ni devant un objet végétal. Un écoulement nasal d'un seul côté chez un enfant est un corps étranger jusqu'à preuve du contraire.
S'entraîner sur cette situation
Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.
Sources
ORL. Réussir son DFASM, Connaissances clés
Collège français d'ORL et de chirurgie cervico-faciale. 5e édition (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
- Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)
Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.
Les mêmes items du programme
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- OtalgieSituation de départ 153 / item commun 150
- OtorrhéeSituation de départ 154 / item commun 150
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- Détresse respiratoire aiguëSituation de départ 160 / item commun 359
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