Fiche de révision
Corps étranger de l'oreille ou du nez
La nature de l'objet décide du délai, de la méthode et du risque, et on ne dispose que d'une tentative utile.
Sommaire
Entretien et interrogatoire
⚠️ La question qui commande tout est la nature de l'objet, et ce qu'un parent croit avoir vu n'est pas un constat. Il faut demander d'où vient l'objet, s'il en reste un identique, et si on peut le voir. ⚠️ Un jouet dont le logement de pile est ouvert change entièrement la conduite.
Ce qui se fait préciser : ⚠️ l'heure exacte de l'introduction, ⚠️ le côté, le nombre d'objets, et ce qui a déjà été tenté à la maison, qui explique souvent un saignement ou un enfoncement.
⚠️ Ce qui se demande et qu'on oublie : si l'enfant a mis quelque chose ailleurs. Un second objet, dans l'autre narine ou dans une oreille, est fréquent.
Ce qui se cherche devant un tableau sans histoire : ⚠️ un écoulement nasal d'un seul côté, épais et malodorant, ⚠️ une haleine fétide, une gêne à respirer d'un seul côté. Chez un enfant, ces signes sont un corps étranger jusqu'à preuve du contraire, parfois vieux de plusieurs semaines.
Dans l'oreille : une douleur, une baisse d'audition d'un seul côté, ⚠️ une sensation de mouvement, qui oriente vers un insecte vivant.
⚠️ Chez l'adulte et la personne âgée, une cause propre : un embout ou une partie d'appareil auditif restés dans le conduit, à demander explicitement.
À retenir
- Ce qu'un parent croit avoir vu n'est pas un constat.
- Un jouet dont le logement de pile est ouvert change la conduite.
- Un second objet, ailleurs, est fréquent et se cherche.
- Un écoulement nasal unilatéral fétide chez l'enfant est un corps étranger.
- Une partie d'appareil auditif restée dans le conduit se demande explicitement.
En pratique
- Nature de l'objet établie et vérifiée
- Objet identique demandé à voir
- Heure d'introduction et côté
- Nombre d'objets
- Tentatives déjà faites à la maison
- Autres orifices interrogés
- Écoulement unilatéral et haleine recherchés
- Appareil auditif chez l'adulte
Examen clinique
⚠️ Le premier temps n'est pas de regarder l'orifice concerné, c'est de vérifier la respiration. Un corps étranger nasal peut être inhalé, en particulier pendant une tentative de retrait chez un enfant qui pleure.
Ce qui se regarde ensuite : ⚠️ l'objet lui-même, décrit et non nommé : sa forme, sa surface, son éclat, sa distance à l'orifice, et l'existence de deux cercles concentriques sur sa face visible, qui est l'aspect d'une pile vue de face.
Ce qui s'examine dans le même temps : ⚠️ les deux narines et les deux oreilles, systématiquement, ⚠️ la bouche et la gorge, à la recherche d'un écoulement postérieur, et l'état de la muqueuse autour de l'objet, rouge, ulcérée ou saignante.
Dans l'oreille : ⚠️ l'état du tympan avant toute idée d'irrigation. Un tympan non vu interdit de rincer.
Ce qui se note : ⚠️ la distance de l'objet à l'orifice et la partie du conduit où il se trouve. Un objet situé au-delà du rétrécissement du conduit ne se retire pas au cabinet.
⚠️ Ce qui ne se fait pas pendant l'examen : toucher l'objet avec un instrument pour voir s'il bouge. Cette exploration est déjà une tentative, et elle consomme la seule dont on dispose.
À retenir
- Le premier temps est de vérifier la respiration.
- L'objet se décrit et ne se nomme pas.
- Deux cercles concentriques sur la face visible sont l'aspect d'une pile.
- Un tympan non vu interdit de rincer.
- Toucher l'objet pour voir s'il bouge est déjà une tentative.
En pratique
- Respiration vérifiée en premier
- Objet décrit précisément
- Aspect en double cercle recherché
- Deux narines et deux oreilles examinées
- Bouche et gorge examinées
- État de la muqueuse noté
- Tympan vu avant toute idée d'irrigation
- Distance à l'orifice notée
Synthèse paraclinique
Iconographie
⚠️ La plupart des corps étrangers de l'oreille et du nez ne demandent aucune imagerie : ils se voient. L'imagerie répond à trois questions précises et à aucune autre.
⚠️ La première est la plus importante : un objet suspect de pile bouton dont on n'est pas certain de la position, ou qu'on ne voit pas. Une radiographie de face montre un objet rond, dense, avec un liseré périphérique caractéristique, ⚠️ qui permet de distinguer une pile d'une pièce de monnaie. Cette distinction change le délai de prise en charge.
La deuxième : ⚠️ un doute sur une inhalation ou une ingestion, quand l'objet a disparu et que personne ne l'a retrouvé. La radiographie doit alors couvrir le trajet complet, du cou à l'abdomen, et un objet non radio-opaque ne s'y verra pas, ce qui n'écarte rien.
La troisième : une complication, une infection étendue, une atteinte de l'os, un objet ancien enclavé, où l'imagerie précise l'extension avant un geste.
⚠️ Ce qui ne se demande pas : une imagerie devant un objet visible, accessible et identifié. Elle retarde le retrait sans rien apporter, et ce retard est précisément ce qui nuit quand il s'agit d'une pile.
Un document qui vaut mieux qu'une image : ⚠️ l'objet jumeau, apporté par la famille.
À retenir
- La plupart de ces corps étrangers se voient et ne s'imagent pas.
- Une radiographie distingue une pile d'une pièce par son liseré.
- Cette distinction change le délai de prise en charge.
- Un objet non radio-opaque ne se voit pas et cela n'écarte rien.
- Imager un objet visible retarde le retrait sans rien apporter.
En pratique
- Aucune imagerie si objet visible et identifié
- Radiographie si doute sur une pile
- Liseré périphérique recherché
- Trajet complet couvert si doute sur ingestion
- Objet non radio-opaque non exclu par une image normale
- Imagerie avant geste sur objet ancien enclavé
Stratégie diagnostique
⚠️ Le diagnostic est facile quand l'histoire est connue, et il se manque entièrement quand elle ne l'est pas.
Le cas simple : un enfant vu introduire un objet, ou qui le dit. ⚠️ La démarche porte alors sur la nature de l'objet et non sur son existence.
⚠️ Le cas manqué, et il est fréquent : aucune histoire, et un tableau chronique. Un écoulement nasal d'un seul côté, épais, sale, malodorant, chez un enfant, est un corps étranger jusqu'à preuve du contraire, et il est traité comme une rhinite pendant des semaines. La règle est la latéralité : une rhinite est bilatérale.
Dans l'oreille : ⚠️ une douleur, un écoulement ou une baisse d'audition d'un seul côté sans otite évidente font regarder le conduit, et un objet ancien peut être caché sous du cérumen.
Le classement qui décide de la conduite : ⚠️ une pile, qui est une urgence ; un objet végétal, qui gonfle et se dégrade ; un objet vivant, qu'il faut immobiliser avant d'extraire ; un objet rond et lisse, difficile à saisir ; un objet acéré, à risque de plaie ; un aimant, dangereux s'il est multiple.
⚠️ Ce qui doit faire chercher plus loin : un enfant qui recommence. Un corps étranger répété interroge le contexte de vie et la surveillance, sans jugement et sans accusation.
À retenir
- La démarche porte sur la nature de l'objet, pas sur son existence.
- Un écoulement nasal unilatéral chez un enfant est un corps étranger.
- La règle est la latéralité : une rhinite est bilatérale.
- Un objet ancien de l'oreille peut être caché sous du cérumen.
- Un enfant qui recommence interroge le contexte, sans accusation.
En pratique
- Histoire d'introduction recherchée
- Latéralité de tout écoulement notée
- Odeur de l'écoulement recherchée
- Conduit auditif inspecté sous le cérumen
- Nature de l'objet classée
- Aimants multiples recherchés
- Répétition des épisodes prise en compte
Urgence vitale
Trois situations sortent du cadre du geste simple, et deux d'entre elles se comptent en heures.
⚠️ Une pile bouton. Au contact d'une muqueuse humide, elle produit un courant et une réaction chimique qui détruit les tissus en quelques heures. ⚠️ Le retrait est immédiat, de jour comme de nuit, et le doute suffit à imposer cette conduite. Les complications, perforation de la cloison, atteinte de l'os, sont définitives.
⚠️ Une inhalation. Un objet nasal peut passer dans les voies aériennes, ⚠️ et le risque augmente pendant une tentative de retrait chez un enfant qui pleure. Une toux brutale, une gêne respiratoire, un bruit anormal imposent la conduite de l'obstruction des voies aériennes, qui prime sur tout le reste.
⚠️ Des aimants multiples, dans le nez ou avalés : ils s'attirent à travers les parois et provoquent une perforation. La présence de plusieurs aimants est une urgence chirurgicale, même sans symptôme.
Ce qui n'est pas une urgence : un objet inerte, visible, sans lésion de la muqueuse, chez un enfant calme. Il se retire dans de bonnes conditions, ce qui vaut mieux que vite.
Ce qui se fait dans tous les cas : ⚠️ regarder l'enfant respirer avant de regarder son nez.
À retenir
- Une pile détruit les tissus en quelques heures au contact d'une muqueuse.
- Le doute suffit à imposer un retrait immédiat.
- Le risque d'inhalation augmente pendant une tentative de retrait.
- Plusieurs aimants s'attirent à travers les parois et perforent.
- Regarder l'enfant respirer avant de regarder son nez.
En pratique
- Respiration évaluée en premier
- Nature de l'objet établie
- Retrait immédiat si pile suspectée
- Nombre d'aimants recherché
- Conduite de l'obstruction connue et prête
- Objet inerte retiré dans de bonnes conditions
Stratégie de prise en charge
⚠️ La décision qui compte n'est pas comment retirer, c'est où et par qui. Un objet visible, antérieur, chez un enfant qu'on peut immobiliser, se retire sur place. Tout le reste s'adresse, et adresser n'est pas un échec.
Ce qui fait adresser d'emblée : ⚠️ un enfant qui ne peut pas être maintenu, un objet non visible ou situé au-delà du rétrécissement du conduit, un saignement, une muqueuse très inflammatoire, un matériel inadapté, ⚠️ et l'échec d'une première tentative.
⚠️ Ce qui se dit sur l'anesthésie générale : elle n'est pas un aveu d'échec, elle est parfois la bonne première décision, et elle permet un geste unique, propre et complet.
Après le retrait : ⚠️ on réexamine, on vérifie qu'il ne reste rien, ⚠️ et on regarde l'autre côté et les oreilles.
Ce qui se prescrit et ce qui ne se prescrit pas : ⚠️ un traitement local ou général se discute selon l'état de la muqueuse et la durée de présence, et il n'est pas systématique après un retrait simple.
Ce qui se surveille et se dit à la famille : ⚠️ un saignement, une douleur qui persiste, un écoulement d'un seul côté, une gêne respiratoire, une fièvre.
⚠️ Après une pile : la surveillance est prolongée et spécialisée, les lésions pouvant évoluer après le retrait.
À retenir
- La décision qui compte est où et par qui, pas comment.
- Adresser n'est pas un échec.
- Une anesthésie générale est parfois la bonne première décision.
- Un traitement après retrait simple n'est pas systématique.
- Après une pile, la surveillance est prolongée et spécialisée.
En pratique
- Conditions du retrait sur place vérifiées
- Critères d'adressage appliqués
- Anesthésie générale envisagée sans réticence
- Réexamen après retrait
- Autre côté et oreilles vérifiés
- Traitement discuté et non systématique
- Consignes de surveillance données
- Surveillance spécialisée après une pile
Procédure et geste technique
⚠️ La règle qui gouverne tout le geste : on ne dispose que d'une tentative utile chez un enfant. La deuxième se fait sur une muqueuse qui saigne, un enfant qui se débat et un objet enfoncé plus loin.
Ce qui se prépare avant de toucher : ⚠️ une lumière frontale, un matériel choisi et à portée, un aide, et un enfant maintenu. ⚠️ Un enfant mal maintenu est une contre-indication, pas une difficulté à surmonter. Le geste s'explique à l'enfant avec les mots de son âge et au parent en entier.
Dans le nez : ⚠️ une expiration à pression positive, délivrée par la bouche de l'enfant, l'autre narine étant obturée, expulse un objet antérieur sans instrument. Elle se tente d'abord. Sinon, un crochet passé au-delà de l'objet, ou une aspiration. ⚠️ Une pince ne convient pas à un objet rond et lisse, qu'elle repousse.
Dans l'oreille : ⚠️ l'irrigation est possible si le tympan est vu et intact, ⚠️ et interdite devant un objet végétal, qui gonfle, ou une pile. Un insecte vivant s'immobilise avant d'être retiré, ce qui rend le geste supportable.
Après : ⚠️ réexaminer, noter la nature de l'objet, la durée de présence, le côté et l'état de la muqueuse, et remettre à la famille des consignes écrites.
À retenir
- On ne dispose que d'une tentative utile chez un enfant.
- Un enfant mal maintenu est une contre-indication, pas une difficulté.
- Une expiration à pression positive expulse un objet nasal antérieur sans instrument.
- Une pince repousse un objet rond et lisse au lieu de le saisir.
- L'irrigation est interdite devant un objet végétal ou une pile.
En pratique
- Lumière, matériel et aide prêts
- Enfant maintenu correctement
- Geste expliqué à l'enfant et au parent
- Pression positive tentée en premier dans le nez
- Instrument choisi selon la forme de l'objet
- Tympan vu avant toute irrigation
- Insecte immobilisé avant extraction
- Réexamen et notation complète
Annonce et information
Éducation et prévention
⚠️ Le message de prévention le plus utile ne porte pas sur la surveillance, il porte sur un objet précis : les piles boutons. Elles sont partout : jouets lumineux, télécommandes, balances, jeux de société, bougies, cartes musicales. ⚠️ Un couvercle qui s'ouvre sans outil est un objet à risque, et le dire concrètement vaut mieux que « faites attention ».
Ce qui se conseille : ⚠️ ranger les piles neuves et usagées hors de portée, jeter immédiatement les piles usagées, vérifier que les logements se ferment par une vis.
⚠️ Ce qui doit être dit à toute famille : si une pile est avalée ou introduite, on consulte immédiatement, sans attendre un symptôme, et on emporte l'emballage ou une pile identique.
Ce qui se dit sans culpabiliser : ⚠️ un enfant qui met un objet dans son nez fait quelque chose de banal à son âge. Le rappel des règles se fait, l'accusation non, et une famille culpabilisée consulte plus tard la fois suivante.
Ce qui se dit sur les gestes à la maison : ⚠️ ne pas essayer de retirer soi-même avec une pince à épiler ou un coton-tige, ne pas rincer une oreille, ne pas coucher l'enfant sur le dos pour regarder.
⚠️ Ce qui doit faire consulter sans attendre : une gêne à respirer, un saignement, une douleur qui augmente, un écoulement d'un seul côté, une pile suspectée.
À retenir
- Le message le plus utile porte sur les piles boutons, pas sur la surveillance.
- Un couvercle qui s'ouvre sans outil est un objet à risque.
- Si une pile est en cause, on consulte sans attendre un symptôme.
- Un enfant qui met un objet dans son nez fait quelque chose de banal.
- Une famille culpabilisée consulte plus tard la fois suivante.
En pratique
- Piles boutons nommées et localisées dans la maison
- Rangement et élimination expliqués
- Logements à vis vérifiés
- Conduite immédiate en cas de pile expliquée
- Objet jumeau à apporter
- Gestes à ne pas faire à la maison
- Absence de culpabilisation
- Signes devant faire consulter sans attendre
Communication interprofessionnelle
⚠️ Une transmission qui écrit « corps étranger nasal » ne dit pas ce qui décide : la nature de l'objet, l'heure d'introduction et le côté. Ces trois données commandent le délai de prise en charge, et elles doivent figurer en tête.
Ce qui se transmet aussi : ⚠️ ce qui a déjà été tenté et par qui, à la maison comme au cabinet, ⚠️ parce qu'une tentative antérieure change l'état de la muqueuse et la difficulté du geste ; l'état de la respiration ; la position exacte de l'objet.
⚠️ Ce qui doit être écrit en majuscules dans l'appel quand c'est le cas : une pile est suspectée. Cette seule phrase change l'heure du bloc, et une transmission qui la noie dans un paragraphe la fait manquer.
Ce qui s'apporte physiquement : ⚠️ l'objet jumeau ou son emballage. Il tranche ce que le regard ne tranche pas.
Après le geste : la nature de l'objet retiré, la durée réelle de présence, l'état de la muqueuse, et les consignes remises.
⚠️ Et une ligne pour le médecin traitant : la date du contrôle et par qui il est fait, surtout après une pile, dont les lésions peuvent évoluer après le retrait. Un contrôle qui n'appartient à personne n'est pas fait.
À retenir
- La nature, l'heure et le côté commandent le délai de prise en charge.
- Une tentative antérieure change l'état de la muqueuse et la difficulté du geste.
- Une pile suspectée change l'heure du bloc et doit être dite en une phrase.
- L'objet jumeau tranche ce que le regard ne tranche pas.
- Un contrôle qui n'appartient à personne n'est pas fait.
En pratique
- Nature de l'objet transmise
- Heure d'introduction
- Côté
- Tentatives antérieures et par qui
- État de la respiration
- Position exacte de l'objet
- Suspicion de pile énoncée en une phrase
- Date et responsable du contrôle nommés