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ORL

Fiche de révision

Dysphonie

Situation de départ 146Catégorie IItem R2C 88Item R2C 298Item R2C 241

Cette fiche vous apprend à régler la démarche devant une voix modifiée sur une horloge et sur un terrain, et à obtenir à temps le seul examen qui conclut, le regard sur le larynx. Elle suit le raisonnement : le délai qui décide, l'entretien, l'examen, les urgences respiratoires, les examens et l'imagerie, puis le traitement, les conseils et la transmission qui fait tenir le délai.

SommaireEnviron 14 min
  1. Une horloge et un terrain règlent la démarche
  2. L'ancienneté en semaines, et les consommations en cumul
  3. Écouter la voix, puis faire voir les cordes vocales
  4. Évaluer la respiration avant la voix
  5. Le seul examen qui conclut est un regard, et l'image vient après lui
  6. L'arrêt du tabac à cette consultation, et rien qui repousse l'examen
  7. Un seuil qui se donne à tout le monde, et moins parler plutôt que chuchoter
  8. 3 lignes en tête de la demande, et un délai qui appartient à quelqu'un
  9. À retenir pour la station

Une horloge et un terrain règlent la démarche

La démarche se règle sur une horloge et sur un terrain. Une voix modifiée depuis quelques jours, dans un contexte infectieux, sans autre signe, se surveille avec une date de réévaluation, et cette date s'écrit.

Une voix modifiée qui dure au-delà de quelques semaines impose de voir le larynx, quel que soit le terrain. Ce délai n'est pas une recommandation de confort : il sépare une lésion traitée d'une lésion étendue. Chez un fumeur, la première hypothèse est une lésion des cordes vocales, et elle est curable quand elle est vue tôt.

Les causes d'une voix modifiée, selon le tableau :

  • Une lésion tumorale.
  • Une lésion liée à l'usage de la voix, nodules ou polype, chez les professionnels et les enfants qui crient.
  • Une inflammation chronique, favorisée par le tabac, le reflux et les traitements inhalés.
  • Une immobilité d'une corde vocale.
  • Une atteinte neurologique.
  • Une cause hormonale.
  • Une dysphonie sans lésion, liée au forçage.

Les causes se rangent selon le tableau, et 2 d'entre elles demandent une précision. Une immobilité d'une corde vocale impose de chercher sur tout le trajet du nerf, du crâne au thorax, et une chirurgie récente du cou ou du thorax en est une cause directe. La dysphonie sans lésion, liée au forçage, est un diagnostic d'élimination et non un diagnostic de première intention : elle ne se retient qu'après examen.

Chez l'enfant, le tableau oriente autrement. Une dysphonie ancienne évoque des nodules ; une dysphonie avec gêne respiratoire est une urgence ; une dysphonie qui s'aggrave chez un jeune enfant impose une endoscopie.

Rien ne se conclut sans avoir vu le larynx. Le raisonnement confronte l'ancienneté à ce seuil de quelques semaines, quantifie le terrain tabagique et alcoolique, et cherche les signes d'extension. Il recherche aussi une chirurgie récente du cou ou du thorax, et envisage les traitements inhalés et le reflux.

L'ancienneté en semaines, et les consommations en cumul

La question qui décide est l'ancienneté, et elle se demande en semaines, pas en « ça fait un moment ». Une voix modifiée depuis quelques jours après une infection n'appartient pas au même monde qu'une voix modifiée depuis des semaines.

L'histoire de la voix se fait préciser : le mode d'installation, brutal ou progressif, le caractère continu ou fluctuant, l'évolution, et ce qui l'améliore, en particulier le repos vocal. Une voix qui s'aggrave régulièrement est un signal.

Le tabac et l'alcool se quantifient, en cumul, et ne se supposent pas. Ils se demandent y compris arrêtés depuis des années, le risque persistant longtemps. Les signes qui font sortir du cadre bénin se recherchent ensuite.

Les signes qui font sortir du cadre bénin :

  • Une gêne à avaler.
  • Une douleur qui remonte vers l'oreille d'un seul côté.
  • Une gêne respiratoire.
  • Un amaigrissement.
  • Une masse du cou.
  • Un crachat sanglant.

Le contexte professionnel se demande, parce que la voix est pour beaucoup l'outil du métier : combien d'heures par jour, dans quel bruit, et depuis quand la gêne empêche de travailler. Une dysphonie est alors un problème professionnel autant que médical.

Les antécédents peuvent désigner une cause directe : une intubation, une chirurgie du cou ou du thorax récente, un reflux, une maladie de la thyroïde, et un traitement inhalé pris au long cours, qui modifie la voix. Chez l'enfant se demandent l'ancienneté, un cri fréquent et une gêne respiratoire associée.

Écouter la voix, puis faire voir les cordes vocales

La voix s'examine en écoutant, et ce temps se saute le plus souvent. On fait parler, on fait compter, on fait tenir un son, et on décrit : voix soufflée, rauque, éteinte, bitonale. Le temps pendant lequel un son peut être tenu se mesure et se compare d'une consultation à l'autre.

Ce qui se cherche en premier change tout : un bruit respiratoire à l'inspiration, un tirage, une position assise obligatoire. Une voix modifiée avec un bruit respiratoire est une urgence des voies aériennes, pas un problème de voix.

Le cou et la bouche s'examinent méthodiquement. Les aires ganglionnaires du cou se palpent, ainsi que la thyroïde, dont une atteinte peut modifier la voix ou signer une extension. La bouche, la langue, le plancher de la bouche et l'état dentaire s'inspectent, dans un contexte de tabac et d'alcool.

Le reste de l'examen comprend les nerfs crâniens, l'auscultation des poumons et la recherche d'une cicatrice de chirurgie du cou. Ce qui se note est la description de la voix, datée, et non le mot dysphonie.

Ce que le médecin généraliste ne peut pas faire, il doit le demander : voir les cordes vocales. Aucune palpation, aucune auscultation, aucun examen général ne remplace ce regard, et c'est le seul examen qui conclut. L'organiser fait donc partie de l'examen clinique.

Évaluer la respiration avant la voix

3 situations sortent du champ de la consultation ordinaire. Une voix modifiée avec un bruit inspiratoire, un tirage ou une position assise obligatoire est une obstruction des voies aériennes, qui peut s'aggraver en minutes. L'examen de la gorge ne se fait alors ni n'importe où ni par n'importe qui, et l'orientation se fait vers une structure capable de sécuriser les voies aériennes.

Chez l'enfant, une voix modifiée d'installation rapide avec fièvre, gêne à avaler, salivation et position assise penchée en avant impose la même conduite. L'examen de la gorge y est proscrit en dehors d'un environnement adapté.

Une immobilité des 2 cordes vocales expose au même risque. Elle peut se révéler après une chirurgie du cou ou de la thyroïde, parfois à distance du geste, et cet antécédent se recherche.

Devant tout tableau aigu, la respiration s'évalue avant la voix. La saturation se mesure, un patient qui a choisi sa position ne s'allonge pas, et l'alerte se donne tôt.

Un enrouement de plus de quelques semaines chez un fumeur n'est pas une urgence, et devrait pourtant être traité comme prioritaire. Le délai avant l'examen du larynx est ce qui décide du pronostic, et il se compte en mois dans la réalité des parcours.

Le seul examen qui conclut est un regard, et l'image vient après lui

Le seul examen qui conclut n'est pas un examen de laboratoire, c'est un examen visuel du larynx. Il est simple, rapide, réalisé en consultation par le spécialiste, et le délai pour l'obtenir est la principale variable du pronostic dans ce champ.

D'autres examens se demandent selon le contexte : une exploration de la thyroïde, une atteinte thyroïdienne pouvant modifier la voix, et une numération avec un bilan général devant une altération de l'état général. Devant un enrouement de quelques jours après une infection, aucun bilan biologique ne se demande : l'enrouement se surveille et se réévalue à une date fixée.

Le spécialiste demande ce qui répond à une question précise : une analyse instrumentale de la voix, et une exploration électrique des muscles du larynx devant une immobilité d'une corde vocale. Cette exploration distingue une atteinte du nerf d'un blocage mécanique.

L'imagerie ne fait pas le diagnostic d'une dysphonie, et ne remplace pas l'examen direct du larynx. Elle répond à 2 questions, dont la première est méconnue : une corde vocale immobile impose d'explorer tout le trajet du nerf qui la commande, et ce nerf descend jusque dans le thorax du côté gauche. Une exploration limitée au cou laisse hors champ une partie des causes, dont certaines sont thoraciques : le champ demandé va de la base du crâne au thorax, parce qu'une voix modifiée peut venir de très loin du larynx. La seconde question est le bilan d'extension d'une lésion vue au larynx, que l'imagerie complète avec l'examen direct et le prélèvement, sans les remplacer.

L'imagerie ne se demande pas devant un enrouement récent d'allure infectieuse, ni avant que le larynx ait été vu, ni pour rassurer. Chez l'enfant, une dysphonie avec un bruit respiratoire impose une exploration des voies aériennes, et l'imagerie vient après l'endoscopie, pas avant.

Ce qui n'est pas un examen vaut parfois mieux que plusieurs : un enregistrement de la voix, daté, fait dans les mêmes conditions, documente une aggravation qu'aucun compte rendu ne documente, et il tient dans un téléphone. Les images de l'examen du larynx se conservent et se datent. La date à laquelle le larynx a été vu, avec le nom de qui l'a vu, s'écrit au dossier : sans elle, personne ne sait si l'examen a eu lieu.

L'arrêt du tabac à cette consultation, et rien qui repousse l'examen

Le premier traitement de la voix est l'arrêt du tabac. Le moment où quelqu'un consulte pour sa voix est un des rares où cette proposition est entendue : elle se fait à cette consultation, pas à la suivante, et elle s'accompagne.

Certaines corrections améliorent vite : le forçage vocal, le chuchotement, qui force davantage que la voix normale, la déshydratation, un reflux quand il est documenté, et la technique d'un traitement inhalé, souvent mal utilisé. L'hydratation et l'environnement se revoient dans le même temps.

La rééducation orthophonique de la voix a une efficacité établie dans les troubles liés à l'usage, et elle est prescrite trop rarement. Elle demande la participation active de la personne, et son objectif se transmet. Une lésion des cordes vocales relève de la chirurgie, après examen et prélèvement, et non sur une simple impression.

Certaines prescriptions repoussent le seul examen qui conclut, et ne se font pas. Des cures répétées de traitement local ou général devant un enrouement qui dure en font partie, et aucune ne se prescrit sans examen du larynx. Un corticoïde donné pour retrouver la voix avant une échéance professionnelle masque et retarde.

Le volet professionnel fait partie du traitement : un aménagement du poste, une sonorisation, une reconnaissance en maladie professionnelle quand elle est justifiée, et un arrêt quand la voix ne peut pas se reposer autrement. Ce qui se programme ensuite est une date, et le délai maximal avant que le larynx soit vu.

Un seuil qui se donne à tout le monde, et moins parler plutôt que chuchoter

La phrase la plus utile est un seuil, et elle se donne à tout le monde : une voix modifiée qui dure plus de quelques semaines se fait examiner. Elle ne dépend ni de l'âge ni du tabac, et elle évite qu'un enrouement soit toléré pendant des mois.

Ce qui repose la voix est de moins parler, pas de parler plus bas. Le chuchotement force la voix davantage que la voix normale, et le repos vocal vrai s'explique. L'arrêt du tabac se propose dans le même temps.

Un professionnel de la voix change son quotidien par quelques gestes qui s'apprennent : boire régulièrement, ne pas parler dans le bruit, utiliser une sonorisation plutôt que forcer, faire des pauses vocales, et se taire complètement pendant une extinction de voix aiguë. L'environnement compte aussi : l'air sec, la climatisation, la poussière et la fumée abîment la muqueuse, et une pièce humidifiée change la journée d'un enseignant.

Chez l'enfant, les nodules viennent de l'usage, non d'une maladie. Le traitement passe par la façon de parler et non par une opération, et l'explication se donne aux parents.

Ce qui doit faire consulter sans attendre :

  • Une gêne à respirer.
  • Une gêne à avaler.
  • Une douleur d'oreille d'un seul côté.
  • Un crachat sanglant.
  • Une masse du cou.
  • Une voix modifiée qui dure.

3 lignes en tête de la demande, et un délai qui appartient à quelqu'un

Une demande d'examen du larynx porte en tête ce qui décide du délai : l'ancienneté en semaines, le tabac et l'alcool cumulés, et l'existence de signes d'extension. Sans ces 3 lignes, un enrouement ancien chez un fumeur obtient le même rendez-vous qu'un enrouement de quelques jours ; avec elles, le tri se fait bien.

Ce qui se transmet ensuite, après ces 3 lignes :

  • La description de la voix, datée.
  • Le temps de tenue d'un son.
  • L'usage professionnel de la voix.
  • Les traitements reçus, avec leurs durées.
  • Les antécédents de chirurgie du cou ou du thorax.

Ce qui manque le plus souvent est la date à laquelle le larynx a été vu, et par qui. Sans elle, chaque intervenant suppose que l'examen a eu lieu, et c'est exactement ainsi qu'une lésion évolue pendant des mois.

À l'orthophoniste se transmettent le diagnostic, l'objectif et ce qui est attendu de la personne, et non une demande de bilan. Au médecin du travail se transmettent l'usage vocal et les aménagements souhaités, avec l'accord de la personne.

Une ligne protège : le délai maximal accepté avant l'examen du larynx, écrit et daté, avec le nom de celui qui vérifiera qu'il a eu lieu. Un délai qui n'appartient à personne n'est pas tenu.

À retenir pour la station

Une voix modifiée qui dure au-delà de quelques semaines impose de voir le larynx, quel que soit le terrain : ce regard est le seul examen qui conclut, et le délai pour l'obtenir décide du pronostic. Demandez l'ancienneté en semaines et le tabac cumulé, y compris arrêté. Écoutez la voix, et cherchez d'abord un bruit inspiratoire ou un tirage : la respiration passe avant la voix. Devant une corde vocale immobile, l'exploration suit le nerf jusqu'au thorax. Proposez l'arrêt du tabac à cette consultation, déconseillez le chuchotement, et écrivez la date à laquelle le larynx a été vu, par qui, et le délai maximal accepté.

Sources

  1. 1

    ORL. Réussir son DFASM, Connaissances clés

    Collège français d'ORL et de chirurgie cervico-faciale. 5e édition (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Item 88 ; Item 298

    Appuie : Stratégie diagnostique, Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Urgence vitale, Synthèse paraclinique, Iconographie, Stratégie de prise en charge, Éducation et prévention, Communication interprofessionnelle

  2. 2
    Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)

    Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.

    Passages utilisés : Item 88 ; Item 298 ; Item 241

    Appuie : Stratégie diagnostique