Fiche de révision
Goitre ou nodule thyroïdien
Un nodule thyroïdien se juge sur trois choses qui ne sont pas lui : la thyréostimuline, les aires ganglionnaires et la voix.
Sommaire
Entretien et interrogatoire
Deux questions ouvrent l'entretien : depuis quand, et est-ce que cela grossit. Une masse cervicale stable depuis dix ans et une masse apparue en trois mois n'appartiennent pas au même monde.
Chercher les signes de compression, un par un, parce qu'ils ne se déclarent presque jamais : gêne à avaler, gêne à respirer surtout en position allongée, changement de la voix, toux persistante.
⚠️ Une modification de la voix est le signe le plus lourd de conséquence et le plus souvent attribué à autre chose, un rhume, l'âge, la fatigue. Elle se demande en toutes lettres et se juge en écoutant parler.
Chercher les signes de dysfonction dans les deux sens : d'un côté palpitations, amaigrissement avec appétit conservé, thermophobie, diarrhée, tremblement, insomnie ; de l'autre frilosité, prise de poids, constipation, ralentissement, peau sèche, crampes.
Chercher les facteurs de risque de cancer : irradiation cervicale dans l'enfance, antécédents familiaux de cancer thyroïdien ou de néoplasie endocrinienne multiple, âge inférieur à 20 ans ou supérieur à 70 ans, sexe masculin.
Reprendre l'ordonnance et les apports : amiodarone, lithium, produits de contraste iodés, compléments contenant de l'iode.
Demander ce qui inquiète : beaucoup viennent avec le mot cancer en tête sans oser le dire, et l'entretien change une fois qu'il est posé.
Retenir que la voix se demande et s'écoute, et qu'une masse qui grossit vite n'attend pas.
À retenir
- Depuis quand, et est-ce que cela grossit : deux questions qui ouvrent tout.
- Les signes de compression ne se déclarent presque jamais : ils se demandent un par un.
- Une modification de la voix est le signe le plus lourd et le plus souvent attribué à autre chose.
- Les facteurs de risque de cancer sont peu nombreux et se retiennent.
- Beaucoup viennent avec le mot cancer en tête sans oser le dire.
En pratique
- Ancienneté et vitesse de croissance
- Gêne à avaler, à respirer, en position allongée
- Modification de la voix
- Signes d'hyperthyroïdie
- Signes d'hypothyroïdie
- Irradiation cervicale et antécédents familiaux
- Ordonnance, iode et amiodarone
- Crainte exprimée par la personne
Examen clinique
L'examen se fait sur un cou dégagé, le patient assis, l'examinateur derrière lui, et il commence par l'inspection : demander de déglutir et regarder ce qui monte.
Palper avec les deux mains, à plat, en faisant déglutir : une masse thyroïdienne monte à la déglutition, une masse qui ne monte pas n'est pas thyroïdienne.
Décrire ce que l'on trouve avec les mots qui comptent : taille, siège, consistance, caractère unique ou multiple, mobilité par rapport aux plans profonds, sensibilité. Une consistance dure et une fixation aux plans profonds sont deux signes de gravité.
⚠️ L'examen ne s'arrête pas à la glande. Les aires ganglionnaires cervicales se palpent systématiquement, des chaînes jugulo-carotidiennes aux creux sus-claviculaires. Une adénopathie dure, fixée, indolore, change entièrement la conduite, et c'est l'oubli le plus fréquent de cet examen.
Écouter la voix pendant tout l'examen et faire dire une phrase longue : une dysphonie s'entend mieux qu'elle ne se raconte.
Chercher les signes de retentissement : circulation veineuse collatérale, gêne en position allongée, et la manœuvre qui recherche une gêne à l'élévation des bras.
Chercher les signes de dysfonction : tremblement fin, moiteur, tachycardie, réflexes, exophtalmie, œdème, peau sèche.
Retenir que les aires ganglionnaires font partie de l'examen d'une thyroïde, et qu'un examen qui les oublie n'a pas eu lieu.
À retenir
- Une masse thyroïdienne monte à la déglutition ; une masse qui ne monte pas n'en est pas une.
- Consistance dure et fixation aux plans profonds sont deux signes de gravité.
- Les aires ganglionnaires cervicales font partie de l'examen, et c'est l'oubli le plus fréquent.
- Une dysphonie s'entend mieux qu'elle ne se raconte.
- Les signes de dysfonction se cherchent dans les deux sens.
En pratique
- Cou dégagé, patient assis, examinateur derrière
- Inspection avec déglutition
- Palpation bimanuelle avec déglutition
- Taille, consistance, mobilité, nombre décrits
- Palpation complète des aires ganglionnaires
- Creux sus-claviculaires explorés
- Voix écoutée sur une phrase longue
- Signes de dysfonction et de compression
Synthèse paraclinique
⚠️ La thyréostimuline se dose en premier, et elle décide de la suite. C'est la règle de cette situation, et elle existe parce que l'ordre inverse conduit à ponctionner des nodules qu'il ne faut pas ponctionner.
Si elle est normale ou élevée : l'échographie cervicale caractérise le ou les nodules, et la cytoponction se discute selon leur aspect et leur taille.
⚠️ Si elle est basse, le nodule peut être fonctionnel, et un nodule qui fabrique de l'hormone ne se ponctionne pas : il se scintigraphie. Un nodule chaud est presque toujours bénin, et la cytologie y est inutile et trompeuse.
L'échographie cervicale est l'examen morphologique, et son compte rendu se lit pour ses descripteurs, pas seulement pour sa conclusion : taille dans les trois dimensions, contours, échogénicité, forme plus haute que large, microcalcifications, vascularisation, et l'état des aires ganglionnaires, qui figure toujours dans un bon compte rendu.
Les scores de risque échographique classent le nodule et fixent le seuil de taille à partir duquel la cytoponction se discute. Ils ne remplacent pas le contexte clinique.
La cytoponction rend un résultat classé, du non contributif au malin, et chaque classe porte une conduite. Un prélèvement non contributif se refait.
Ce qui ne se demande pas en routine : la thyroglobuline dans le bilan d'un nodule, et un scanner injecté avant une éventuelle prise en charge par l'iode.
Retenir que la thyréostimuline passe avant la cytoponction, et que cette phrase évite le geste inutile le plus fréquent de la situation.
À retenir
- La thyréostimuline se dose en premier et décide de la suite.
- Un nodule qui fabrique de l'hormone se scintigraphie, il ne se ponctionne pas.
- Le compte rendu d'échographie se lit pour ses descripteurs, pas pour sa seule conclusion.
- L'état des aires ganglionnaires figure dans un bon compte rendu échographique.
- Un prélèvement cytologique non contributif se refait.
En pratique
- Thyréostimuline dosée en premier
- Scintigraphie envisagée si thyréostimuline basse
- Échographie cervicale avec descripteurs complets
- Aires ganglionnaires évaluées à l'échographie
- Score de risque échographique noté
- Seuil de taille rapporté au score
- Cytoponction discutée et non systématique
- Résultat cytologique classé et daté
Iconographie
Stratégie diagnostique
La première question n'est pas « est-ce un cancer », c'est « la glande fonctionne-t-elle ». La thyréostimuline y répond, et elle sépare deux chemins qui n'ont presque rien en commun.
Thyréostimuline basse : nodule ou goitre fonctionnel, à confirmer par une scintigraphie. La question devient celle du traitement de l'hyperthyroïdie, non celle du cancer.
Thyréostimuline élevée : penser à une thyroïdite, dont le goitre est une présentation fréquente, et traiter l'hypothyroïdie.
Thyréostimuline normale, ce qui est le cas le plus fréquent : la question est morphologique. L'échographie classe le nodule, et la décision de ponctionner combine ce classement et la taille.
Ce qui fait sortir de la routine, quel que soit le reste : une croissance rapide, une consistance dure, une fixation, une adénopathie, une dysphonie, une paralysie récurrentielle, une irradiation cervicale ancienne, un antécédent familial de cancer médullaire.
Un goitre volumineux se juge aussi sur sa tolérance : gêne, plongée dans le thorax, retentissement respiratoire.
Les nodules multiples ne rassurent pas : la question se pose pour chacun selon ses caractéristiques, et non pour la glande en bloc.
Retenir que la fonction se détermine avant la morphologie, et que l'ordre inverse fait perdre du temps et fait faire des gestes inutiles.
À retenir
- La première question est celle de la fonction, pas celle du cancer.
- Thyréostimuline basse : scintigraphie, et non cytoponction.
- Thyréostimuline normale : la question devient morphologique.
- Une croissance rapide, une adénopathie ou une dysphonie font sortir de la routine.
- Des nodules multiples ne rassurent pas : chacun se juge pour lui-même.
En pratique
- Thyréostimuline obtenue avant toute décision
- Scintigraphie si thyréostimuline basse
- Échographie si thyréostimuline normale ou élevée
- Signes de gravité recherchés indépendamment
- Tolérance d'un goitre volumineux évaluée
- Chaque nodule jugé pour lui-même
- Facteurs de risque de cancer pris en compte
Urgence vitale
Stratégie de prise en charge
La grande majorité des nodules ne se traite pas, elle se surveille. Le dire tôt évite une inquiétude durable, et la surveillance a un rythme, une méthode et une fin, qui s'expliquent.
La surveillance repose sur l'examen clinique et l'échographie, à un rythme adapté au risque, et non sur la répétition de dosages hormonaux chez quelqu'un dont la fonction est normale.
Un nodule fonctionnel se traite comme une hyperthyroïdie : antithyroïdiens, puis traitement radical par iode ou chirurgie selon le contexte, l'âge et les préférences.
Une hypothyroïdie se substitue, avec une surveillance biologique espacée une fois l'équilibre atteint.
La chirurgie se discute devant une cytologie suspecte ou maligne, une compression, un goitre plongeant mal toléré, ou un nodule qui grossit malgré une surveillance bien conduite. Elle a des risques à expliquer avant, notamment sur la voix et sur les parathyroïdes.
Ce qui ne se fait pas : traiter un nodule bénin par hormone dans l'espoir de le faire diminuer, opérer un goitre asymptomatique de petite taille, ou surveiller indéfiniment un nodule stable sans jamais réévaluer l'intérêt de la surveillance.
Le suivi appartient au médecin traitant une fois le plan posé, avec des critères écrits de retour vers le spécialiste.
Retenir que la surveillance est un traitement, à condition d'avoir un rythme et une fin écrits.
À retenir
- La grande majorité des nodules se surveille et ne se traite pas.
- La surveillance repose sur la clinique et l'échographie, pas sur des dosages répétés.
- Les risques de la chirurgie sur la voix s'expliquent avant l'intervention.
- Traiter un nodule bénin par hormone pour le faire diminuer n'a pas sa place.
- Une surveillance sans rythme ni fin écrits n'est pas une surveillance.
En pratique
- Caractère bénin expliqué quand il l'est
- Rythme de surveillance écrit
- Critères de retour vers le spécialiste écrits
- Traitement d'une dysfonction adapté
- Indications chirurgicales posées avec le spécialiste
- Risques opératoires expliqués avant
- Hormonothérapie freinatrice écartée
- Suivi partagé avec le médecin traitant
Procédure et geste technique
Annonce et information
Éducation et prévention
Le premier message est que la plupart des nodules sont bénins, et il se donne dès la première consultation, avant même les résultats. Beaucoup de personnes vivent des semaines avec le mot cancer en tête, et la fréquence de la bénignité est une information vraie qui soulage.
Expliquer ce que chaque examen va apporter et ce qu'il n'apportera pas : une échographie décrit et ne conclut pas, une prise de sang mesure la fonction et ne dit rien du risque de cancer, une ponction rend une classe et parfois rien du tout.
Dire ce qui doit faire reconsulter sans attendre : une masse qui grossit vite, une voix qui change, une gêne à avaler ou à respirer, une masse dure apparue dans le cou. Ces motifs se donnent par écrit, y compris quand tout est rassurant.
Expliquer l'intérêt et les limites de la surveillance : elle sert à repérer un changement, elle a un rythme, et l'absence de changement est une bonne nouvelle qui se dit à chaque fois.
Éviter les compléments contenant de l'iode, souvent pris sans le savoir, et signaler tout traitement contenant de l'iode ou de l'amiodarone.
Chez la femme en âge de procréer, rappeler que la fonction thyroïdienne se surveille pendant la grossesse et que le sujet se signale au médecin qui suivra la grossesse.
Retenir que dire la fréquence de la bénignité dès la première consultation est le geste le plus utile de cette situation.
À retenir
- La plupart des nodules sont bénins, et le dire dès la première consultation soulage.
- Chaque examen a un rôle précis, et l'expliquer évite des attentes déçues.
- Les motifs de reconsultation se donnent par écrit même quand tout est rassurant.
- L'absence de changement est une bonne nouvelle qui se dit à chaque contrôle.
- Les compléments contenant de l'iode se signalent.
En pratique
- Fréquence de la bénignité expliquée d'emblée
- Rôle de chaque examen expliqué
- Motifs de reconsultation remis par écrit
- Rythme de surveillance expliqué
- Résultats rendus et expliqués systématiquement
- Apports d'iode et amiodarone signalés
- Surveillance en cas de grossesse rappelée
Communication interprofessionnelle
Ce qui se transmet en premier est la thyréostimuline avec sa date, parce qu'elle décide de l'examen suivant. Une demande d'échographie ou de cytoponction qui ne la mentionne pas expose à un geste inutile.
La demande d'échographie se rédige avec ce qui a été palpé : siège, taille estimée, consistance, et l'état des aires ganglionnaires. Le radiologue cherche mieux quand il sait ce qui a été trouvé.
Ce qui se transmet à l'endocrinologue : l'ancienneté, la vitesse de croissance, les signes de compression et la voix, les facteurs de risque, la fonction, le compte rendu d'échographie joint en entier, et la question posée.
⚠️ Le compte rendu d'échographie se joint et ne se résume pas. Sa conclusion ne contient pas tous les descripteurs, et c'est sur eux que la décision se prend.
Ce qui se transmet au chirurgien comprend l'état de la voix avant l'intervention, documenté, parce qu'une dysphonie postopératoire ne s'interprète pas sans ce point de départ.
Le médecin traitant reçoit le plan de surveillance avec son rythme, les critères de retour, et ce qui ne doit pas être recontrôlé.
Retenir qu'une demande d'examen thyroïdien sans la thyréostimuline est une demande incomplète.
À retenir
- La thyréostimuline et sa date se transmettent en premier.
- Une demande d'échographie dit ce qui a été palpé.
- Le compte rendu d'échographie se joint en entier, ses descripteurs comptent.
- L'état de la voix avant chirurgie se documente et se transmet.
- Le plan de surveillance transmis dit aussi ce qui ne doit pas être recontrôlé.
En pratique
- Thyréostimuline et sa date transmises
- Description de la palpation jointe
- Aires ganglionnaires décrites
- État de la voix documenté
- Compte rendu d'échographie joint en entier
- Facteurs de risque transmis
- Question posée explicitement
- Plan de surveillance transmis au traitant