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ORL

Fiche de révision

Rhinorrhée

Situation de départ 155Catégorie IItem R2C 148Item R2C 188Item R2C 298

Cette fiche vous apprend à séparer le banal du suspect devant un nez qui coule par une seule question, la latéralité, puis à chercher selon l'âge ce qui ne se rattrape pas. Elle suit le raisonnement : la règle de latéralité, l'entretien, l'examen des 2 fosses nasales, les 3 urgences, les rares examens utiles, puis le traitement, ce qui s'explique au patient et ce qui se transmet.

SommaireEnviron 14 min
  1. Des 2 côtés ou d'un seul : la latéralité commande, l'âge oriente
  2. La latéralité d'abord, puis l'aspect, le traumatisme et les pulvérisations
  3. Examiner les 2 fosses avec un spéculum, puis le fond de la gorge
  4. Un champ banal, et 3 situations qui ne le sont pas
  5. Le plus souvent aucun examen, et le regard du spécialiste avant l'image
  6. Le lavage du nez se montre, et l'antibiotique ne suit pas la couleur
  7. Décrire l'évolution normale à l'avance, et montrer le geste
  8. La latéralité en première ligne du courrier, et une date d'avis
  9. À retenir pour la station

Des 2 côtés ou d'un seul : la latéralité commande, l'âge oriente

La latéralité commande, et l'âge oriente. Un nez qui coule des 2 côtés est le plus souvent banal ; un nez qui coule d'un seul côté ne l'est pas. C'est d'un seul côté qu'est le risque.

Des 2 côtés et de façon aiguë, 2 causes dominent. La première est une infection virale, dont l'écoulement devient épais et coloré au fil des jours sans que cela signifie une infection bactérienne. La seconde est une allergie, avec des éternuements en salves, des démangeaisons et des yeux qui piquent.

Des 2 côtés et de façon chronique, les causes sont plus nombreuses : une allergie persistante, une rhinite non allergique, dont une forme survient en mangeant et une autre chez la personne âgée, sans démangeaison, et une cause médicamenteuse. Une rhinite fabriquée par des pulvérisations qui débouchent s'y ajoute, et le cercle s'installe en quelques jours d'usage.

Une polypose s'évoque devant une obstruction des 2 côtés avec perte de l'odorat. Elle est souvent associée à un asthme et à une intolérance aux anti-inflammatoires.

D'un seul côté, ce qui se cherche dépend de l'âge et du contexte. Chez l'enfant, c'est un corps étranger jusqu'à preuve du contraire, surtout si l'écoulement est épais et sent mauvais. Chez l'adulte, c'est une lésion des fosses nasales, surtout avec du sang, une obstruction, une exposition professionnelle ancienne. Après un traumatisme, c'est un écoulement clair qui augmente en penchant la tête, qui fait penser au liquide qui entoure le cerveau.

Certains signes font reconsidérer le diagnostic, quel que soit le tableau : une perte de l'odorat qui persiste, des maux de tête inhabituels, un saignement répété du même côté. Ils se cherchent qu'un seul côté coule ou les 2.

La latéralité d'abord, puis l'aspect, le traumatisme et les pulvérisations

La première question est la latéralité, et elle est le plus souvent oubliée : des 2 côtés ou d'un seul. Cette seule réponse divise le champ entre le banal et le suspect.

L'écoulement se fait ensuite préciser. Son ancienneté, son aspect, clair, épais ou coloré, strié de sang ou non, la présence d'une odeur, et son caractère permanent ou saisonnier se demandent un par un.

Devant un écoulement clair, 2 questions se posent : un traumatisme du crâne, même survenu quelques jours plus tôt, et un écoulement qui augmente quand la tête se penche en avant. Ces questions sont simples, et elles sont le plus souvent omises.

Ce qui accompagne l'écoulement oriente. Des éternuements en salves et des démangeaisons du nez et des yeux orientent vers l'allergie. Une perte de l'odorat, une obstruction, des maux de tête et une gêne à respirer se demandent aussi.

Les pulvérisations nasales qui débouchent se recherchent, parce qu'elles sont une cause fabriquée. Leur durée réelle et le nombre de flacons se quantifient : elles sont souvent achetées sans ordonnance et employées depuis des mois.

Le contexte se demande selon l'âge. Chez l'adulte, une exposition professionnelle aux poussières de bois expose à une lésion rare, d'un seul côté, reconnue comme maladie professionnelle, et dont le délai d'apparition se compte en décennies. Chez l'enfant, un geste de l'enfant vers son nez et la notion d'un objet se recherchent.

Examiner les 2 fosses avec un spéculum, puis le fond de la gorge

Le nez s'examine, et il s'examine mal. Un simple relèvement de la pointe du nez ne montre presque rien : il faut un spéculum et une source de lumière, et regarder les 2 fosses nasales, même quand une seule coule.

Ce qui se voit dans chaque fosse décrit la cause. La muqueuse est pâle et gonflée dans l'allergie, rouge dans l'infection. La cloison s'examine, et l'on cherche des formations molles, grisâtres, indolores, qui sont des polypes, un corps étranger, une lésion bourgeonnante ou saignante, et l'origine de l'écoulement.

Le fond de la gorge se regarde aussi, et c'est le temps qui manque le plus souvent. Un écoulement postérieur s'y voit, et il explique une toux chronique que personne ne rattache au nez.

L'examen s'étend au-delà du nez. Les yeux, conjonctives et paupières, s'examinent, les points douloureux du visage se palpent, et les aires ganglionnaires du cou se palpent chez l'adulte. Les poumons s'auscultent, une rhinite allergique s'accompagnant souvent d'un asthme.

Devant un écoulement clair d'un seul côté, on ne bouche pas, on ne mèche pas, et on adresse. Ce qui se note est le côté, l'aspect, l'état de la muqueuse, et ce qui a été vu dans chaque fosse.

Un champ banal, et 3 situations qui ne le sont pas

Le champ est banal, et il contient 3 situations qui ne le sont pas. La première est un écoulement clair d'un seul côté après un traumatisme du crâne : il peut s'agir du liquide qui entoure le cerveau, et la communication ouverte expose à une méningite.

Devant cet écoulement, rien ne s'introduit et rien ne se bouche dans le nez, et le mouchage fort est proscrit. L'avis est immédiat.

La deuxième est une complication d'une infection des sinus. L'infection peut passer dans l'orbite et vers l'intérieur du crâne, et elle est plus fréquente chez l'enfant. Elle impose une hospitalisation immédiate, et l'imagerie se fait sans délai.

Les signes qui font reconnaître la complication d'une infection des sinus :

  • Un œdème de la paupière avec fièvre.
  • Une douleur à la mobilisation de l'œil.
  • Une saillie de l'œil.
  • Une vision double.
  • Des maux de tête intenses.
  • Des vomissements.
  • Une somnolence.

La troisième est une rhinorrhée fébrile chez un immunodéprimé ou un diabétique déséquilibré, avec une douleur du visage, une zone noirâtre dans le nez ou sur le palais. C'est une infection grave et rapidement extensive, dont le pronostic dépend du délai.

Devant tout tableau fébrile, les yeux se regardent, avec leurs mouvements et la paupière, la température se prend et la conscience s'examine. Ce qui n'est pas une urgence : un écoulement coloré après quelques jours d'un rhume, chez quelqu'un qui va bien.

Le plus souvent aucun examen, et le regard du spécialiste avant l'image

Une rhinorrhée aiguë des 2 côtés ne demande aucun examen, et la plupart des rhinorrhées chroniques non plus. Aucune imagerie ne se demande devant une rhinorrhée aiguë, ni pour confirmer une sinusite banale. Un prélèvement bactériologique de l'écoulement dans une rhinite banale ne se demande pas non plus : il trouve des germes de passage et fait prescrire un antibiotique inutile.

Devant une suspicion d'allergie, des tests cutanés ou un dosage des anticorps dirigés contre des allergènes ciblés se demandent, orientés par l'interrogatoire et non en dépistage large. Un test positif sans symptôme concordant ne prouve rien, et c'est l'erreur la plus fréquente de ce champ : un dépistage large produit des résultats positifs sans concordance clinique, qui créent des évictions inutiles.

Devant un écoulement clair d'un seul côté après un traumatisme, l'aspect clair ne suffit pas. Une analyse du liquide à la recherche d'un marqueur spécifique affirme qu'il s'agit du liquide entourant le cerveau. Sur un terrain particulier, d'autres bilans se demandent : un bilan respiratoire devant une polypose associée à un asthme et à une intolérance aux anti-inflammatoires, un bilan immunitaire devant des infections répétées.

Les images des sinus montrent des anomalies chez une grande part des personnes qui n'ont aucun symptôme, et une image anormale sans concordance clinique fait traiter des gens qui vont bien. L'imagerie se réserve donc à quelques situations.

Ce qui justifie une imagerie :

  • Une rhinorrhée d'un seul côté persistante chez l'adulte, surtout avec du sang, une obstruction et une exposition professionnelle.
  • Une complication d'une infection des sinus, avec œdème de la paupière, atteinte des mouvements de l'œil, maux de tête intenses ou signes neurologiques, où elle est urgente.
  • Un écoulement clair après un traumatisme, pour chercher la brèche.
  • Un bilan avant chirurgie.

La demande d'imagerie porte la question posée. Une demande sans question reçoit une description d'anomalies banales, et le compte rendu devient un motif de traitement. L'examen des fosses nasales par le spécialiste précède l'imagerie : il voit ce qu'aucune coupe ne montre, et il permet un prélèvement dirigé.

Une masse du nez ne se biopsie pas avant d'avoir été imagée, le risque hémorragique étant majeur. Et ce qui n'est pas un examen en remplace beaucoup : la liste des pulvérisations employées, avec leur durée réelle, explique à elle seule une part des obstructions chroniques.

Le lavage du nez se montre, et l'antibiotique ne suit pas la couleur

Le traitement le plus efficace de ce champ ne se prescrit pas, il se montre : le lavage du nez au sérum salé, fait correctement, en quantité suffisante, plusieurs fois par jour. Mal fait, il ne sert à rien, et il est le plus souvent mal fait. Le montrer une fois en consultation est le geste le plus rentable du champ.

Ce qui ne se prescrit pas :

  • Un antibiotique devant un écoulement coloré sans autre signe.
  • Une pulvérisation qui débouche au-delà de quelques jours, et qui ne se renouvelle pas.
  • Un traitement local dont on n'a pas vérifié la durée d'usage antérieure.

Devant une allergie, l'éviction se fait quand elle est possible, avec un traitement local adapté, dont l'efficacité dépend d'une prise régulière et non à la demande. Une orientation spécialisée permet de discuter une désensibilisation.

Devant une rhinite fabriquée par les pulvérisations, le traitement est le sevrage. Il faut prévenir de l'aggravation transitoire, sans quoi le patient reprend le flacon le lendemain.

Devant une polypose, un traitement local prolongé et un avis spécialisé se proposent, avec la recherche d'un asthme associé. Devant un écoulement d'un seul côté chez l'enfant, on cherche un objet, et on ne traite pas une rhinite. Ce qui se programme ensuite est une date de réévaluation, et un délai avant l'examen spécialisé quand l'écoulement est unilatéral.

Décrire l'évolution normale à l'avance, et montrer le geste

Le message qui évite le plus de prescriptions inutiles est une description de l'évolution normale. Un rhume dure une bonne semaine, l'écoulement devient épais et coloré au bout de quelques jours, et ce changement de couleur fait partie de la guérison et non d'une complication. Le dire à l'avance évite la consultation qui suit ce changement de couleur.

Le lavage du nez s'explique et se montre : la position, le volume, la fréquence, et le fait que quelques pulvérisations ne servent à rien. Ce geste montré une fois change son efficacité.

Sur les pulvérisations qui débouchent, 3 choses se disent. Elles soulagent vite et rebouchent davantage à l'arrêt ; le cercle s'installe en quelques jours ; une aggravation à l'arrêt est attendue et transitoire.

Chez l'allergique, l'éviction se rend concrète, literie, animaux, aération, et le traitement se prend régulièrement plutôt qu'à la demande. Chez l'enfant, le mouchage s'apprend, et les rhumes répétés en collectivité sont normaux ; ce qui ne l'est pas est un écoulement d'un seul côté.

Ce qui doit faire consulter sans attendre :

  • Un écoulement d'un seul côté qui dure.
  • Du sang répété du même côté.
  • Un œil gonflé avec de la fièvre.
  • Des maux de tête inhabituels.
  • Une perte de l'odorat qui persiste.

La latéralité en première ligne du courrier, et une date d'avis

La première ligne d'un courrier décide du délai, et c'est la latéralité : un seul côté ou les 2. Sans elle, une rhinite banale et une lésion se ressemblent sur le papier, alors que c'est la donnée qui distingue le banal du suspect.

Ce qui se transmet ensuite : l'ancienneté, l'aspect et la présence de sang, l'état de l'odorat, les traitements employés avec leur durée réelle, pulvérisations comprises, et l'exposition professionnelle. Ce qui manque le plus souvent est la durée réelle d'usage des pulvérisations qui débouchent : elle explique le tableau dans une part des cas, et elle n'apparaît pas dans les ordonnances parce que le produit s'achète sans.

Au spécialiste se transmettent la question posée en une phrase, et la mention explicite de ce qui a été vu dans chaque fosse nasale, ou du fait qu'elles n'ont pas pu être examinées correctement. Au médecin du travail se transmettent l'exposition aux poussières de bois quand elle existe, avec l'accord de la personne, et la mention du suivi auquel elle donne droit.

Une ligne protège : quand l'écoulement est d'un seul côté, la date avant laquelle l'examen spécialisé doit avoir eu lieu s'écrit. Une rhinorrhée unilatérale sans date d'avis reste traitée comme une rhinite pendant des années.

À retenir pour la station

Demandez d'abord si le nez coule d'un seul côté ou des 2 : des 2 côtés, le tableau est le plus souvent banal ; d'un seul côté, cherchez un objet chez l'enfant, une lésion chez l'adulte, une brèche après un traumatisme. Recherchez les pulvérisations qui débouchent, avec leur durée réelle. Examinez les 2 fosses avec un spéculum et une lumière, et regardez le fond de la gorge. Devant un écoulement clair après un choc, ne bouchez rien et adressez ; devant une rhinorrhée fébrile, regardez les yeux. Ne demandez ni imagerie ni prélèvement devant une rhinite aiguë, et ne prescrivez pas d'antibiotique sur la seule couleur. Montrez le lavage du nez, et écrivez la latéralité en première ligne du courrier.

Sources

  1. 1

    ORL. Réussir son DFASM, Connaissances clés

    Collège français d'ORL et de chirurgie cervico-faciale. 5e édition (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Item 148 ; Item 188

    Appuie : Stratégie diagnostique, Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Urgence vitale, Synthèse paraclinique, Iconographie, Stratégie de prise en charge, Éducation et prévention, Communication interprofessionnelle

  2. 2
    Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)

    Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.

    Passages utilisés : Item 148 ; Item 188 ; Item 298

    Appuie : Stratégie diagnostique, Stratégie de prise en charge