Cette fiche vous apprend à juger un cœur lent sur ce qu'il produit plutôt que sur son chiffre, à lire un tracé lent sur la relation entre les ondes, et à ne pas vous arrêter à l'ordonnance. Elle suit le raisonnement : les 2 questions qui ouvrent la situation, l'entretien, l'examen, la lecture du tracé, l'urgence, ce que le tracé ne montre pas, la décision, puis ce qui se dit au patient et ce qui se transmet.
SommaireEnviron 14 min
- 2 questions dans l'ordre : est-ce toléré, et où est le problème
- La tolérance d'abord, puis l'ordonnance ligne par ligne
- Regarder avant de mesurer, ausculter plutôt que lire un écran
- Lire le tracé en 3 temps, et le deuxième est celui qu'on saute
- Ce qui rend une bradycardie urgente, c'est ce qu'elle produit
- Ce que le tracé ne montre pas, et le bilan qui cherche ce qui se corrige
- Arrêter ce qui ralentit, sans renoncer à explorer
- Ce qui se dit au patient, et ce qui se transmet avant le chiffre
- À retenir pour la station
2 questions dans l'ordre : est-ce toléré, et où est le problème
Un cœur lent pose 2 questions, dans cet ordre : est-ce toléré, et où est le problème. La seconde contient une question de plus : ce cœur lent est-il normal pour cette personne. Un chiffre bas chez un sportif entraîné et le même chiffre chez une personne âgée qui tombe ne veulent pas dire la même chose.
La lenteur physiologique existe, et elle ne se traite pas : un sportif entraîné, le sommeil, un moment de repos. Elle est asymptomatique et s'accélère à l'effort, et l'absence d'accélération à l'effort est ce qui la distingue d'une maladie.
Les causes qui ne viennent pas du cœur sont dominées par les médicaments, de loin les premiers. Viennent ensuite une élévation du potassium, une maladie de la thyroïde, une hypothermie, une élévation de la pression dans le crâne, un malaise réflexe, des apnées du sommeil et une infection.
Les causes qui viennent du cœur sont au nombre de 4. Une défaillance du stimulateur naturel, fréquente avec l'âge ; un trouble de la conduction, dont le degré se lit sur la relation entre les ondes ; une atteinte récente du muscle cardiaque, en particulier de sa face inférieure ; une atteinte infiltrative ou inflammatoire.
Le raisonnement qui coûte cher est de s'arrêter à la cause médicamenteuse. Elle est présente dans la grande majorité des cas, et elle est rarement seule : un trouble de conduction de haut degré à complexes larges ne s'explique pas par elle.
Chez un sujet jeune, 3 causes se cherchent : une infection transmise par les tiques, une maladie inflammatoire, une cause génétique familiale. La première est réversible, ce qui fait tout l'intérêt de la penser.
La tolérance d'abord, puis l'ordonnance ligne par ligne
La question qui commande n'est pas le chiffre, c'est la tolérance : est-ce que cette lenteur produit des symptômes. Un cœur lent et muet et un cœur lent qui fait tomber n'appellent pas la même conduite.
Un malaise ou une perte de connaissance se fait décrire avec précision : avec ou sans signe annonciateur, sa durée, le retour à la conscience, les circonstances et l'existence de témoins. Une perte de connaissance brutale, sans prodrome, avec un retour immédiat à un état normal, oriente vers le cœur.
D'autres signes se cherchent autour : un essoufflement d'effort récent, une fatigue inhabituelle, une baisse des capacités, des chutes. Chez la personne âgée, une confusion en fait partie.
L'ordonnance se relit ligne par ligne, avec les dates de modification. Les médicaments qui ralentissent le cœur sont nombreux et ils s'additionnent, et une augmentation récente de dose est une information capitale. L'automédication se demande aussi.
Les collyres employés pour l'œil comptent, et presque personne ne les demande. Ils n'apparaissent pas sur l'ordonnance du cœur, et ils ralentissent.
Le terrain se demande ensuite : une maladie du rein, qui modifie l'élimination des médicaments, une maladie de la thyroïde, une maladie cardiaque connue, un sportif entraîné. 2 questions rares changent un diagnostic : une piqûre de tique et une éruption en anneau dans les mois précédents, et un séjour en montagne ou une exposition au froid.
Regarder avant de mesurer, ausculter plutôt que lire un écran
Le premier temps est de juger la tolérance, et il se fait en regardant : la coloration, les sueurs, la conscience, la respiration, les marbrures. Les mesures viennent après.
La fréquence se compte à l'auscultation, et non sur un appareil. Le pouls se compare à cette fréquence, puis viennent la pression artérielle couchée puis debout, la saturation et la température. Une différence entre la fréquence auscultée et le pouls perçu est une information, et un appareil peut compter faux devant certains rythmes.
L'auscultation cherche 4 choses : la régularité, l'intensité variable du premier bruit, un souffle, des crépitants. L'examen cherche ensuite des signes d'insuffisance cardiaque, des marbrures, des extrémités froides, et des signes de maladie de la thyroïde : peau sèche, ralentissement, prise de poids.
Devant une chute, le malaise a pu produire un traumatisme. L'examen du crâne et du rachis et la recherche d'une fracture ne s'oublient pas.
L'heure de chaque série de constantes se note, et c'est ce qui manque le plus souvent. Une bradycardie se juge sur une évolution, et une seule mesure ne dit rien de sa stabilité.
Lire le tracé en 3 temps, et le deuxième est celui qu'on saute
Le document de ce champ est un tracé électrique, et il se lit dans un ordre. La fréquence ne dit rien du mécanisme : ce qui décide est la relation entre les ondes. Le stimulateur naturel est lent, ou le message ne passe plus.
Le premier temps est la fréquence des complexes. Le deuxième, celui qu'on saute, consiste à trouver les ondes P et à compter leur propre fréquence. Le troisième est la relation entre les 2 : chaque onde P est-elle suivie d'un complexe, à chaque battement, avec le même intervalle.
Ces 3 temps séparent 4 tableaux. Un stimulateur naturel lent, où chaque onde P reste suivie d'un complexe ; un allongement constant de l'intervalle ; un allongement progressif jusqu'à un complexe manquant ; et une indépendance complète des 2 rythmes, qui est un bloc complet.
La largeur des complexes change le pronostic. Un rythme de secours à complexes fins naît haut et reste relativement sûr ; un rythme de secours à complexes larges naît bas, il est lent, instable, et il peut s'arrêter.
Les tracés antérieurs se comparent au tracé du jour. Ils valent plus que tout ce qu'on écrira sur ce dernier, et un tracé de comparaison change une interprétation en quelques secondes.
Ce qui rend une bradycardie urgente, c'est ce qu'elle produit
Ce qui rend une bradycardie urgente n'est pas le chiffre, c'est ce qu'elle produit. Les signes de mauvaise tolérance sont une perte de connaissance, une pression artérielle basse, des marbrures et des extrémités froides, une confusion, une douleur thoracique, une insuffisance cardiaque aiguë. Un seul suffit.
Certains signes annoncent un arrêt, même sans symptôme actuel : un bloc complet, un rythme de secours à complexes larges, des pauses prolongées, une fréquence très basse. Le tracé peut donc rendre urgente une bradycardie encore muette.
Ce qui se fait immédiatement tient en quelques gestes : surveillance continue, voie veineuse, oxygène si besoin, arrêt de tout médicament qui ralentit, correction d'un trouble du potassium, et appel du cardiologue sans délai. Le patient ne reste pas seul, y compris pendant un transfert. Le matériel d'entraînement externe du cœur et le traitement médicamenteux d'attente se préparent, selon les protocoles.
L'erreur de conduite du champ est d'attendre l'élimination du médicament en surveillant. Devant un bloc complet mal toléré, l'attente n'est pas une conduite, et la surveillance sans moyen d'agir n'en est pas une non plus.
Toute perte de connaissance avec bradycardie fait hospitaliser. La question de la conduite automobile se pose dans le même temps.
Ce que le tracé ne montre pas, et le bilan qui cherche ce qui se corrige
Le tracé se lit aussi au-delà du rythme. Le segment ST et les ondes T se regardent, une atteinte récente du muscle cardiaque pouvant se révéler par une bradycardie, et des ondes T pointues et amples évoquent une élévation du potassium.
Ce qu'un tracé ne montre pas, ce sont les pauses. Un tracé normal chez quelqu'un qui a des malaises n'écarte rien, et l'enregistrement prolongé est ce qui tranche. Une surveillance continue du rythme, qui n'est pas un examen, vaut mieux que plusieurs : elle montre les pauses qu'aucun tracé de quelques secondes ne montrera.
Le bilan sert à trouver ce qui se corrige, et plusieurs causes se corrigent vite. Se demandent sans attendre un ionogramme avec le potassium, une créatinine avec l'estimation de la fonction rénale, une glycémie, une exploration de la thyroïde, et des marqueurs cardiaques selon le contexte.
Le potassium mérite d'être souligné. Son élévation ralentit le cœur, élargit les complexes et peut mimer un trouble de conduction, et elle se corrige en urgence. Elle est fréquente chez une personne âgée qui prend plusieurs médicaments et dont le rein va moins bien, et devant un cœur lent à complexes larges, le potassium se dose : la cause peut se corriger vite.
La fonction rénale mérite la même attention. Elle conditionne l'élimination de plusieurs médicaments qui ralentissent le cœur, et une dose inchangée peut devenir une surdose quand le rein baisse.
D'autres examens se demandent selon le contexte : le dosage d'un médicament quand il existe, une recherche d'infection, et une sérologie de la maladie transmise par les tiques chez un sujet jeune avec un trouble de conduction. C'est une cause réversible, et régulièrement manquée.
Arrêter ce qui ralentit, sans renoncer à explorer
La première décision est un retrait, et elle est juste : arrêter ce qui ralentit. Elle ne suffit pas, à elle seule, pour renoncer à explorer. Ce qui se corrige vient ensuite : le potassium, la thyroïde, une infection, une hypothermie, et une posologie devenue excessive parce que le rein a baissé.
La stimulation définitive se décide sur 3 critères : le caractère symptomatique, le degré du trouble, et son caractère réversible ou non, selon les recommandations. Un trouble de haut degré, symptomatique et non réversible, relève d'un stimulateur, et le retard à poser cette indication expose à une mort subite.
La réintroduction éventuelle du médicament après implantation se discute avec le patient, car un stimulateur permet parfois de reprendre un traitement nécessaire au cœur. Cette perspective se dit, elle rassure, et elle est rarement expliquée.
La liste des médicaments interdits ou à surveiller se met à jour, s'écrit et se remet, comme le dossier partagé. Se programment enfin un contrôle du dispositif, une réévaluation de la fonction rénale, et une décision écrite sur la conduite automobile.
Ce qui se dit au patient, et ce qui se transmet avant le chiffre
La première information porte sur ce qui doit alerter, et elle se dit en termes concrets : un malaise sans signe annonciateur, une perte de connaissance, un essoufflement nouveau à l'effort, une chute inexpliquée. Ces événements se signalent, ils ne s'attribuent pas à l'âge.
Plusieurs traitements ralentissent le cœur et s'additionnent, y compris des collyres pour les yeux, et toute nouvelle prescription doit en tenir compte : une liste écrite, gardée et montrée à chaque soignant, évite un accident. Une gastro-entérite, une forte chaleur ou un diurétique augmenté font baisser le rein, et un médicament bien toléré depuis des années peut alors devenir dangereux. Savoir consulter dans ces circonstances évite un passage aux urgences.
À qui porte un stimulateur, 3 choses se disent : les contrôles réguliers, la carte à garder sur soi, et les situations à signaler, sans dramatiser l'usage des appareils du quotidien. Sur la conduite, une perte de connaissance impose des règles : elles existent, elles se disent clairement, et le traitement permet souvent de reprendre.
Ce qui doit faire appeler sans attendre :
- Une perte de connaissance.
- Un malaise avec pâleur et sueurs.
- Un essoufflement au repos.
- Une douleur de poitrine.
Une transmission commence par la tolérance et non par le chiffre : le patient est-il conscient, quelle est sa pression, a-t-il perdu connaissance. Ces 3 données décident du délai. Suivent la description du tracé et non sa conclusion, la fréquence des complexes et celle des ondes P, la largeur des complexes, l'ordonnance complète avec les dates de modification, la fonction rénale et le potassium.
Le tracé lui-même se joint, avec les tracés antérieurs quand ils existent : il vaut mieux qu'une description. Ce qui manque le plus souvent est la date d'augmentation de la dose du médicament suspect : elle relie un traitement à un symptôme, et sans elle le lien reste une hypothèse.
Chaque destinataire reçoit ce dont il a besoin. Le pharmacien reçoit les molécules arrêtées et la raison, pour qu'un équivalent ne soit pas délivré ; le médecin traitant reçoit ce qui a été corrigé, ce qui doit être surveillé, la date du contrôle de la fonction rénale et la décision prise sur la conduite. Un médicament retenu comme responsable s'écrit en clair au dossier et sur un document remis, sinon il sera repris ailleurs.
À retenir pour la station
Jugez un cœur lent sur ce qu'il produit, pas sur son chiffre : un seul signe de mauvaise tolérance suffit à le rendre urgent. Comptez la fréquence à l'auscultation, pas sur l'écran. Lisez le tracé dans l'ordre : les complexes, puis les ondes P comptées pour elles-mêmes, puis leur relation ; une indépendance complète est un bloc complet, et des complexes larges signent un relais bas qui peut s'arrêter. Arrêtez ce qui ralentit, collyres compris, sans vous arrêter à l'ordonnance : un bloc complet à complexes larges ne s'explique pas par elle, et l'attente n'est pas une conduite. Dosez le potassium, surveillez le rythme en continu, et ne laissez pas le patient seul.
S'entraîner sur cette situation
Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.
Sources
Médecine cardiovasculaire
Collège national des enseignants de cardiologie (CNEC) ; Société française de cardiologie (SFC). 3e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
- Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)
Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.
Les mêmes items du programme
- Malaise / perte de connaissanceSituation de départ 50 / item commun 231
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- Prescrire des anti-inflammatoires non-stéroïdiens (AINS)Situation de départ 249 / item commun 325