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Cardiologie

Fiche de révision

Palpitations

S'entraîner sur cette situation
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Cette fiche vous apprend à lire l'électrocardiogramme de palpitations dans l'ordre, à reconnaître le trouble du rythme qu'une tachycardie régulière peut cacher, et à dire ce que ce diagnostic change pour la personne. Elle part du tracé de la crise, qui fait le diagnostic, passe par l'entretien, l'examen et la tolérance, puis lit le tracé et finit sur le risque d'embolie et l'ancienneté du trouble.

SommaireEnviron 11 min
  1. Le tracé enregistré pendant la crise fait le diagnostic
  2. Faire montrer le rythme perçu, puis dater les accès
  3. Chercher le retentissement et le terrain, le pouls sous les doigts
  4. La tolérance décide de la minute suivante
  5. Lire le tracé dans un ordre fixe, qui protège
  6. À 150 par minute, chercher le flutter caché dans le QRS
  7. Nommer le trouble, puis dire ce qu'il change
  8. À retenir pour la station

Le tracé enregistré pendant la crise fait le diagnostic

Le diagnostic d'un trouble du rythme se pose sur le tracé de la crise. Un électrocardiogramme 12 dérivations enregistré pendant les palpitations en est la référence, et un trouble du rythme documenté pendant les symptômes apporte la preuve la plus forte du lien. Entre les crises, le tracé ne fait pas ce diagnostic : il cherche ce qui prédispose.

Sans tracé de crise, le raisonnement reste probabiliste. Une cardiopathie structurelle, une maladie électrique primitive, un électrocardiogramme anormal, un antécédent familial de mort subite, un âge avancé, des palpitations rapides ou mal tolérées orientent vers une origine arythmique. Ce sont les éléments qui font craindre un trouble du rythme quand personne ne l'a vu.

Une cause non arythmique, comme l'anxiété ou une attaque de panique, n'est alors que probable. Conclure à l'anxiété sur un bilan normal est l'erreur que ce raisonnement évite : tant que le rythme n'a pas été enregistré pendant les palpitations, la cause anxieuse se retient comme probable, pas comme établie.

Quand aucun tracé de crise n'existe, l'enregistrement se choisit sur la fréquence des accès, que l'entretien fait préciser. Chaque moyen a sa fenêtre : un Holter ne capterait pas des crises mensuelles, et l'enregistreur d'événements, déclenché par la personne, demande des accès assez longs pour être enregistrés.

Le moyen d'enregistrement, selon la fréquence des accès :

  • Le Holter, pour des palpitations quotidiennes à hebdomadaires.
  • L'enregistreur d'événements, pour des accès hebdomadaires à mensuels, assez longs et bien tolérés.
  • Le moniteur implantable, pour des accès mensuels à annuels, rares et mal tolérés.

Un enregistrement sans crise pendant sa durée n'écarte rien. Le compte rendu le dit, pour que personne ne le lise comme la preuve qu'aucun trouble du rythme n'existe.

« Le bilan est normal entre les crises, mais aucun tracé n'a été enregistré pendant les palpitations : je ne peux pas conclure à l'anxiété. »

« Vos crises sont mensuelles : un Holter ne les capterait pas, je propose un enregistreur d'événements. »

Faire montrer le rythme perçu, puis dater les accès

Quand le tracé de la crise manque, l'interrogatoire le remplace en partie. Le premier temps porte sur le rythme perçu, rapide ou non, régulier ou non, que la personne peut montrer. Le faire mimer, à voix haute ou en tapant des doigts sur la table, dit s'il est rapide et régulier mieux qu'une description.

Le mode de début et de fin oriente. Des palpitations qui commencent et finissent progressivement évoquent une tachycardie sinusale, un début brutal une tachycardie organisée. Demander depuis quand elles durent complète ce premier temps.

La durée et la fréquence des accès décident de l'enregistrement qui aura une chance de les capter, et c'est l'entretien qui fournit cette donnée. Les facteurs déclenchants, café, alcool ou toxiques, se recueillent dans le même temps.

« Pouvez-vous taper sur la table le rythme que vous sentez pendant la crise ? »

« Est-ce que cela démarre d'un coup, comme un interrupteur, ou progressivement ? »

Chercher le retentissement et le terrain, le pouls sous les doigts

Les signes qui accompagnent les palpitations disent leur retentissement. Un essoufflement, une syncope, une lipothymie, un vertige, une fatigue ou une douleur thoracique pendant les palpitations traduisent un retentissement hémodynamique. La syncope se demande, comme l'antécédent familial de mort subite.

Le terrain oriente aussi vers une arythmie : une cardiopathie connue, un antécédent familial de mort subite. Ces éléments rejoignent ceux qui, sans tracé de crise, font craindre une origine arythmique.

Toute personne qui consulte pour des palpitations a un interrogatoire, un examen clinique et un électrocardiogramme 12 dérivations. L'examen juge d'abord la tolérance, puis cherche une cardiopathie : un souffle, des signes d'insuffisance cardiaque.

Le pouls se palpe à la recherche d'une irrégularité, devant des palpitations comme devant un essoufflement, une syncope, un vertige ou une gêne thoracique, et un pouls irrégulier fait enregistrer un électrocardiogramme 12 dérivations. Il se prend pendant que la personne raconte : les palpitations reviennent parfois pendant la consultation, et c'est alors l'occasion d'enregistrer le tracé de la crise, qui fait le diagnostic.

Un examen normal entre les crises ne dit rien du trouble qui a donné les palpitations. Il juge la tolérance et cherche une cardiopathie, et ne remplace pas le tracé de la crise.

« Avez-vous perdu connaissance pendant une crise ? Quelqu'un est-il mort subitement, jeune, dans votre famille ? »

« Je prends votre pouls pendant que vous me racontez la crise. »

La tolérance décide de la minute suivante

La tolérance hémodynamique se juge avant toute discussion du diagnostic. Une instabilité fait traiter le rythme avant de l'avoir compris : une pression basse, une confusion, une douleur thoracique ou des signes d'insuffisance cardiaque aiguë font réduire le trouble par cardioversion électrique.

Quand l'instabilité menace, la cardioversion n'attend pas l'anticoagulation. Dans les recommandations britanniques, une instabilité hémodynamique menaçante due à une fibrillation atriale récente fait réaliser une cardioversion électrique en urgence, sans attendre l'anticoagulation. L'appel pour cette cardioversion fait partie de la prise en charge de l'urgence.

Des QRS larges font craindre une tachycardie ventriculaire. Une tachycardie dont les QRS dépassent 120 ms est une tachycardie ventriculaire par défaut, jusqu'à preuve du contraire, et elle se prend en charge comme telle tant que cette preuve n'est pas faite.

À l'inverse, une pression conservée, sans douleur thoracique ni signe d'insuffisance cardiaque, laisse le temps de décider. Ce temps ne dispense pas de décider : le diagnostic et ce qu'il change restent à établir, et c'est l'objet des chapitres qui suivent.

« Il est hypotendu et confus, en tachycardie : j'appelle pour une cardioversion électrique, sans attendre l'anticoagulation. »

Lire le tracé dans un ordre fixe, qui protège

Un tracé se lit dans un ordre fixe, et l'ordre protège : la régularité des intervalles RR, la fréquence, la largeur des QRS, puis l'activité auriculaire et son rapport aux QRS. Ces constats s'énoncent avant toute conclusion, et ils empêchent de nommer le trouble sur la première impression.

La largeur des QRS a un seuil. Une tachycardie à QRS larges se définit par des QRS de plus de 120 ms, et ce constat change la conduite, comme le chapitre précédent le dit.

L'activité auriculaire se cherche là où elle se cache, dans le QRS et dans l'onde T, et non seulement devant le QRS. Une fois trouvée, elle se rapporte à la fréquence ventriculaire : c'est le rapport entre les 2 fréquences qui dit comment le trouble est conduit.

Le tracé antérieur se lit en quelques secondes, et il dit si le trouble est récent. Un rythme sinusal normal quelques mois plus tôt date l'apparition du trouble : la comparaison avec le tracé du jour fait partie de la lecture.

À 150 par minute, chercher le flutter caché dans le QRS

Une fréquence ventriculaire d'environ 150 par minute doit faire penser au flutter. Devant une tachycardie supraventriculaire à cette fréquence, un flutter à conduction 2:1 est à envisager : l'activité auriculaire bat habituellement de 250 à 330 par minute, et une onde sur 2 est conduite.

Le tracé ressemble alors à une tachycardie sinusale sans onde P visible. L'onde conduite précède le QRS, l'autre se cache dans le QRS ou déforme l'onde T. L'absence d'onde P sinusale identifiable est le constat qui doit faire chercher plus loin.

Les ondes de flutter se cherchent là où elles se voient. Dans le flutter typique, elles forment des ondes régulières en dents de scie, sans retour à la ligne isoélectrique, négatives dans les dérivations inférieures et positives en V1, autour de 300 par minute. Ce sont donc les dérivations inférieures et V1 qui se regardent.

Quand elles restent cachées, l'adénosine les démasque. Elle ralentit la conduction nodale et crée un bloc intermittent qui laisse voir l'activité auriculaire, ondes de flutter comprises. Elle se donne sous surveillance.

« Tachycardie régulière à 150 par minute, QRS fins, sans onde P sinusale : je cherche un flutter à conduction 2:1 dans les dérivations inférieures et en V1. »

« La ligne de base n'est pas isoélectrique en D2, D3 et aVF : ce sont des ondes de flutter à 300 par minute, une sur 2 cachée dans le QRS. »

Nommer le trouble, puis dire ce qu'il change

Nommer le trouble ne suffit pas. Un flutter fait courir le risque thromboembolique d'une fibrillation atriale, et son ancienneté conditionne la suite : le nommer sans dire ni l'un ni l'autre ne change rien pour la personne. Dire aussi ce qu'on ne cherche pas, une cause de tachycardie sinusale, montre que la lecture a été comprise.

Le risque thromboembolique s'évalue par un score, flutter compris. Le score CHA2DS2-VASc évalue le risque d'accident vasculaire cérébral dans la fibrillation atriale comme dans le flutter atrial. Une anticoagulation orale directe se propose à partir d'un score de 2, et se discute chez l'homme dont le score est de 1, en tenant compte du risque hémorragique.

L'ancienneté décide de ce qui peut être fait. Dans les recommandations britanniques, sans instabilité menaçante, une fibrillation atriale apparue depuis moins de 48 heures peut relever d'un contrôle du rythme ou de la fréquence. Au-delà de 48 heures, ou quand l'ancienneté est incertaine, le contrôle de la fréquence se propose d'abord.

Une cardioversion programmée se prépare. Pour une fibrillation atriale de plus de 48 heures, elle se fait après anticoagulation ou guidée par une échographie transœsophagienne, 2 stratégies jugées d'efficacité équivalente. L'ancienneté des palpitations se rapporte donc à la stratégie dès que le trouble est nommé.

« C'est un flutter à conduction 2:1, et non une tachycardie sinusale : je ne cherche pas de fièvre ni d'anémie, mais je dois évaluer le risque d'embolie. »

« Ce flutter dure depuis plusieurs jours et il est bien toléré : j'évalue le risque d'embolie, et la réduction ne se discutera qu'après anticoagulation ou échographie transœsophagienne. »

À retenir pour la station

Sans tracé enregistré pendant la crise, une cause anxieuse n'est que probable. Faites montrer le rythme perçu, et demandez la syncope et la mort subite dans la famille. Jugez la tolérance avant de discuter le diagnostic : une instabilité menaçante fait choquer sans attendre l'anticoagulation, et des QRS larges font traiter comme une tachycardie ventriculaire. Lisez le tracé dans l'ordre : régularité, fréquence, largeur des QRS, activité auriculaire. Devant une tachycardie régulière à environ 150 par minute, cherchez un flutter dans les dérivations inférieures et en V1, et comparez au tracé antérieur. Puis dites ce que le diagnostic change : le risque thromboembolique, évalué comme dans une fibrillation atriale, et l'ancienneté, qui oriente la stratégie.

S'entraîner sur cette situation

Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.

Sources

  1. 1
    2019 ESC Guidelines for the management of patients with supraventricular tachycardia (Ouvre un nouvel onglet)

    European Society of Cardiology (ESC). European Heart Journal, 2020, vol. 41, n° 5, p. 655 à 720 (doi:10.1093/eurheartj/ehz467).

    Passages utilisés : 3, Definitions and classification ; 9.1.1.3, P/QRS relationship ; 9.1.2, Table 8, adenosine ; 9.2, Wide QRS tachycardias

    Appuie : Iconographie, Urgence vitale

  2. 2
    Management of patients with palpitations: a position paper from the European Heart Rhythm Association (Ouvre un nouvel onglet)

    European Heart Rhythm Association (EHRA). EP Europace, 2011, vol. 13, n° 7, p. 920 à 934 (doi:10.1093/europace/eur130).

    Passages utilisés : History ; Diagnostic strategy ; Aetiological classification ; Table 3, Table 4 et Table 9

    Appuie : Stratégie diagnostique, Synthèse paraclinique, Entretien et interrogatoire, Examen clinique

  3. 3
    Atrial fibrillation: diagnosis and management (Ouvre un nouvel onglet)

    National Institute for Health and Care Excellence (NICE). NICE guideline NG196, publiée le 27/04/2021, mise à jour le 30/06/2021.

    Passages utilisés : 1.1.1 ; 1.2.1 ; 1.6.3 et 1.6.4 ; 1.7.18 ; 1.8.1 et 1.8.2

    Appuie : Examen clinique, Urgence vitale, Stratégie de prise en charge

  4. 4

    Médecine cardiovasculaire

    Collège national des enseignants de cardiologie (CNEC) ; Société française de cardiologie (SFC). 3e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Item 231 ; Item 232

    Appuie : Iconographie