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Pneumologie

Fiche de révision

Toux

S'entraîner sur cette situation
Situation de départ 167Catégorie IItem R2C 204Item R2C 154

Cette fiche vous apprend, devant une toux fébrile, à lire la radiographie de thorax dans l'ordre, à reconnaître et situer une pneumonie, puis à décider du lieu de soin et de la réévaluation. Elle part de la durée de la toux, qui range les causes, passe par l'entretien et l'examen, lit le cliché en 2 temps, puis décide, traite et explique.

SommaireEnviron 11 min
  1. La durée range la toux, et certains signes font sortir du rang
  2. Faire décrire la toux, chiffrer le tabac et relire l'ordonnance
  3. Examiner la gravité d'abord, puis chercher le foyer
  4. Vérifier le cliché, puis décrire l'opacité
  5. Situer l'opacité, puis continuer à lire une fois qu'elle est trouvée
  6. Le score CRB 65 et la situation de la personne décident du lieu de soin
  7. Traiter, réévaluer à date fixe, et dire ce qui ne sert à rien
  8. À retenir pour la station

La durée range la toux, et certains signes font sortir du rang

La durée organise la démarche. Une toux aiguë dure 3 semaines au plus, une toux chronique 8 semaines ou plus, et la toux subaiguë se situe entre les 2. Rapporter la durée de la toux à sa classe est le premier temps du raisonnement.

Une toux aiguë isolée ne s'explore pas. Dans la très grande majorité des cas, elle est due à une infection respiratoire haute virale et guérit seule. Une radiographie se fait si l'examen est anormal, notamment devant un foyer de crépitants.

Une toux chronique ne guérira pas seule et s'explore : une radiographie de thorax et une spirométrie se font d'emblée. À radiographie normale chez le non-fumeur, les causes fréquentes sont cherchées avant les causes rares : le syndrome de toux des voies aériennes supérieures, c'est-à-dire l'écoulement nasal postérieur d'une rhinosinusite chronique, le reflux gastro-œsophagien, l'asthme, et les médicaments, inhibiteurs de l'enzyme de conversion et gliptines.

Certains signes font sortir de cette démarche et chercher une maladie sous-jacente : une altération de l'état général, une dyspnée d'effort, une hémoptysie, un syndrome infectieux, une dysphonie, une adénopathie cervicale. Une toux qui apparaît ou change chez un fumeur fait évoquer un cancer bronchique, et toute suspicion de cancer fait réaliser un scanner thoracique.

« Cette toux dure depuis plus de 8 semaines, la radiographie est normale et la personne ne fume pas : je cherche un écoulement nasal postérieur, un reflux, un asthme et un médicament. »

Faire décrire la toux, chiffrer le tabac et relire l'ordonnance

L'entretien date d'abord le début de la toux, puis fait préciser si elle est sèche ou productive, diurne ou nocturne. Ces caractères orientent la cause, et l'ordonnance se relit dans le même temps.

Chaque caractère a son orientation. Une toux productive oriente vers une BPCO ou une dilatation des bronches, une toux nocturne vers un asthme ou un reflux. Des brûlures qui remontent orientent vers un reflux, un écoulement postérieur vers une rhinosinusite chronique, une dysphonie vers une origine laryngée.

3 questions changent la conduite. Le tabac se chiffre, en paquets-années. Les traitements tussigènes, inhibiteurs de l'enzyme de conversion, sartans et gliptines, se cherchent en relisant l'ordonnance, et devant une toux chronique ils s'arrêtent pendant 4 semaines, comme le tabac.

La troisième question porte sur les signes de gravité : une altération de l'état général, un amaigrissement, une dyspnée d'effort, une hémoptysie, un syndrome infectieux, une toux qui apparaît ou change chez un fumeur, une dysphonie, une dysphagie ou une adénopathie cervicale. Leur présence fait sortir d'une toux banale.

« Toussez-vous surtout la nuit ? Avez-vous des brûlures qui remontent, ou l'impression que quelque chose coule au fond de la gorge ? »

« Combien de cigarettes fumez-vous par jour, et depuis combien d'années ? »

Examiner la gravité d'abord, puis chercher le foyer

L'examen cherche d'abord la gravité, puis le foyer. La fréquence respiratoire se compte, et elle entre avec la pression artérielle et la conscience dans le score CRB 65, qui décidera du lieu de soin.

L'auscultation compare les 2 côtés. Un foyer unilatéral de crépitants rend le tableau très évocateur de pneumonie, et l'imagerie confirme le diagnostic.

Devant une toux aiguë, l'examen regarde aussi en haut : il inspecte les fosses nasales, les conduits auditifs et les tympans, la cavité buccale et la gorge, et ausculte le cœur et les poumons. Une toux d'origine haute se voit souvent là.

« Foyer de crépitants de la base droite, reste de l'auscultation normal. »

Vérifier le cliché, puis décrire l'opacité

Un cliché se lit dans un ordre fixe, et cet ordre empêche de s'arrêter à ce qui saute aux yeux. L'identité et la date d'abord, puis la qualité : le centrage, l'inspiration, la pénétration. Ces vérifications autorisent à croire le reste de la lecture.

Un cliché mal inspiré ou mal pénétré fait voir des opacités qui n'existent pas. C'est pourquoi l'identité et la qualité se vérifient avant l'opacité.

L'opacité se décrit, puis se classe : sa densité, ses limites, la présence d'un bronchogramme aérien. Une opacité confluente, à bords flous, parcourue par un bronchogramme aérien est un syndrome alvéolaire : l'air reste dans les bronches quand les alvéoles se remplissent. Systématisée, elle respecte les limites d'un segment ou d'un lobe.

Une imagerie thoracique confirme une pneumonie : une radiographie de face, ou une échographie par un opérateur formé. La radiographie montre une opacité systématisée de type alvéolaire, confluente à bords flous avec bronchogramme aérien, ou des opacités infiltratives non systématisées.

« Cliché de face, bien centré et bien inspiré : opacité alvéolaire droite avec bronchogramme aérien, limitée en haut par la petite scissure, bord droit du cœur effacé, ce qui la situe dans le lobe moyen. »

Situer l'opacité, puis continuer à lire une fois qu'elle est trouvée

Le signe de la silhouette situe l'opacité. 2 opacités de même tonalité situées dans le même plan s'effacent, et dans 2 plans différents elles gardent leur bord. Un bord droit du cœur effacé place donc l'opacité à son contact, dans le lobe moyen ; resté visible, il la place en arrière du cœur, dans le lobe inférieur droit, qui efface la coupole quand il est atteint à la base. Une limite supérieure nette et horizontale, sur la petite scissure, borde elle aussi le lobe moyen.

La lecture continue une fois l'opacité trouvée. Les sommets, les culs-de-sac, la région rétrocardiaque et le dessous des coupoles sont les zones que l'œil saute une fois qu'il a trouvé quelque chose ; le champ opposé et le médiastin se regardent ensuite. S'arrêter à l'opacité sans regarder le reste du cliché est l'erreur que cet ordre évite.

La conclusion relie l'image au tableau clinique. Une image nommée sans être reliée au tableau ne permet de rien décider, et c'est cette conclusion qui ouvre la décision du lieu de soin.

L'imagerie a ses délais et ses limites. Dans une pneumonie traitée en ambulatoire, elle est souhaitable dans un délai de moins de 3 jours, sans retarder l'antibiothérapie quand la présomption est forte ; normale et lue par un professionnel entraîné, elle fait reconsidérer le diagnostic. Une radiographie douteuse ou non interprétable fait demander un scanner thoracique.

« Les sommets, les culs-de-sac, la région rétrocardiaque et le dessous des coupoles sont libres, et le champ gauche est normal. »

Le score CRB 65 et la situation de la personne décident du lieu de soin

La première décision est le lieu de soin. Elle se prend sur le score CRB 65, sur les signes de gravité et sur la situation de la personne.

Les 4 critères du score CRB 65 :

  • Une confusion.
  • Une fréquence respiratoire d'au moins 30 par minute.
  • Une pression systolique inférieure à 90 mmHg ou diastolique d'au plus 60 mmHg.
  • Un âge d'au moins 65 ans.

Le score CRB 65 compte 4 critères. Sans aucun critère, un traitement ambulatoire est possible, si rien d'autre ne l'interdit ; avec 1 critère ou plus, la personne est évaluée à l'hôpital.

Certains signes font recommander l'hospitalisation : une altération de la conscience, une systolique inférieure à 90 mmHg, une fréquence cardiaque supérieure à 120 par minute, une fréquence respiratoire supérieure à 30 par minute, une température inférieure à 35 °C ou d'au moins 40 °C, une complication. La situation de la personne compte aussi : un isolement social ou une inobservance prévisible font hospitaliser. À l'hôpital, les examens biologiques et microbiologiques se discutent ensuite selon la gravité.

« CRB 65 à 0, sans signe de gravité et bien entouré : je propose un traitement à domicile par amoxicilline, et je le revois à 48 heures. »

Traiter, réévaluer à date fixe, et dire ce qui ne sert à rien

L'antibiotique est probabiliste, et choisi selon les comorbidités. En ambulatoire, l'amoxicilline est le premier choix chez l'adulte sans comorbidité, l'amoxicilline associée à l'acide clavulanique en cas de comorbidité. La durée totale dépend de la stabilité clinique : 3 jours si tous les critères de stabilité sont réunis à J3, 5 jours s'ils le sont entre J3 et J5, et 7 jours dans les autres cas non compliqués.

La réévaluation fait la qualité de la prise en charge. Quel que soit le lieu de soin, la personne est réévaluée cliniquement à 48 à 72 heures du début de l'antibiotique, et elle doit pouvoir contacter un médecin si son état se dégrade avant. Une absence d'amélioration à 72 heures fait demander un scanner thoracique.

Le contrôle d'imagerie ne se fait pas d'office. Il n'est pas recommandé après une évolution favorable sans facteur de risque de cancer. Il vise un cancer passé inaperçu : un scanner se propose au moins 2 mois après chez une personne de 50 ans ou plus qui fume ou a fumé 20 paquets-années ou plus, sevrée depuis moins de 15 ans, et il se discute avec elle en décision partagée.

Une toux virale ne demande ni antibiotique ni antitussif. Sans infection bactérienne avérée, un antibiotique n'apporte aucun bénéfice dans la toux aiguë, et les antitussifs ont un rapport bénéfice risque défavorable, avec des effets indésirables parfois graves. L'expliquer évite une prescription inutile.

La toux est une occasion d'aborder le tabac. Le tabagisme est arrêté et une aide au sevrage définitif est apportée à toute personne qui tousse et fume.

« Si vous respirez moins bien, si vous êtes confus ou si la fièvre ne baisse pas d'ici là, vous appelez ce numéro. »

« Cette toux est due à un virus : un antibiotique ne la raccourcirait pas, et un sirop contre la toux n'a pas fait la preuve de son efficacité. »

À retenir pour la station

Rangez la toux par sa durée : une toux aiguë isolée ne s'explore pas, une toux de 8 semaines ou plus demande une radiographie et une spirométrie. Lisez le cliché dans l'ordre : identité, date et qualité, puis l'opacité, son bronchogramme aérien, et sa place donnée par le signe de la silhouette. Une fois l'opacité trouvée, regardez encore les sommets, les culs-de-sac, la région rétrocardiaque et le dessous des coupoles. Reliez l'image au tableau, puis décidez du lieu de soin sur le score CRB 65, les signes de gravité et la situation de la personne. Toute prescription d'antibiotique s'accompagne d'une réévaluation à 48 à 72 heures et d'un moyen de joindre un médecin avant.

S'entraîner sur cette situation

Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.

Sources

  1. 1
    Référentiel du Collège des enseignants de pneumologie (Ouvre un nouvel onglet)

    Collège des enseignants de pneumologie (CEP). 9e édition, pour la préparation des épreuves dématérialisées nationales (S-Editions).

    Passages utilisés : Item 154, infections respiratoires basses ; Item 204, toux chez l'adulte

    Appuie : Stratégie diagnostique, Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Iconographie, Stratégie de prise en charge, Éducation et prévention

  2. 2
    Actualisation des recommandations de prise en charge des pneumonies aiguës communautaires chez l'adulte par la Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF) et la Société de pneumologie de langue française (SPLF) (Ouvre un nouvel onglet)

    Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF) et Société de pneumologie de langue française (SPLF), avec la SRLF, la SFM, la SFR et la SFMU. Médecine et Maladies Infectieuses Formation, 2025 (doi:10.1016/j.mmifmc.2025.01.065), qui actualise les recommandations de 2010.

    Passages utilisés : Tableaux 5 et 11, antibiothérapie ambulatoire et critères de stabilité ; Durée de traitement antibiotique ; Imagerie thoracique, diagnostic et contrôle

    Appuie : Examen clinique, Iconographie, Stratégie de prise en charge

  3. 3
    Antibiothérapie par voie générale dans les infections respiratoires basses de l'adulte. Pneumonie aiguë communautaire. Exacerbations de bronchopneumopathie chronique obstructive (Ouvre un nouvel onglet)

    Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), SPILF et Société de pneumologie de langue française. Mise au point, juillet 2010.

    Passages utilisés : Figure 1, prise en charge en ambulatoire ou à l'hôpital ; Tableau 1, score CRB 65 ; 2.2.3, principes de l'antibiothérapie

    Appuie : Stratégie de prise en charge