Fiche de révision
Traumatisme thoracique
Les côtes comptent moins que ce qu'il y a dessous, et la lésion la plus mortelle ne se diagnostique pas par l'image.
Sommaire
Entretien et interrogatoire
⚠️ Le mécanisme oriente vers les organes : un choc direct localisé fracture des côtes ; ⚠️ une décélération brutale menace les gros vaisseaux ; un écrasement menace les deux poumons ; un choc du volant menace le cœur.
Ce qui se fait préciser : ⚠️ la hauteur de la chute ou la vitesse, le point d'impact, le port de la ceinture, ⚠️ et la position au moment du choc.
Ce qui se demande sur les symptômes : ⚠️ une gêne à respirer et son évolution, une douleur et ce qui l'augmente, ⚠️ une difficulté à parler par phrases complètes, une toux avec du sang, une douleur à l'épaule.
⚠️ Ce qui se demande et qui change le pronostic : l'âge, ⚠️ une maladie respiratoire chronique, un tabagisme, une maladie du cœur, ⚠️ et un traitement anticoagulant. Un même nombre de côtes cassées n'a pas la même gravité à trente ans et à quatre-vingts.
Ce qui se demande sur le contexte : ⚠️ la cause de la chute, et le lieu de survenue, une chute de hauteur au travail relevant d'une déclaration.
⚠️ Et ce qui se demande chez l'enfant : la cohérence du récit, ⚠️ les fractures de côtes de l'enfant étant rares dans les traumatismes ordinaires et devant faire évoquer une maltraitance.
À retenir
- Le mécanisme oriente vers les organes menacés.
- Une décélération brutale menace les gros vaisseaux.
- Un même nombre de côtes cassées n'a pas la même gravité à trente ans et à quatre-vingts.
- Une chute de hauteur au travail relève d'une déclaration.
- Des fractures de côtes chez un enfant doivent faire évoquer une maltraitance.
En pratique
- Mécanisme et énergie
- Point d'impact et position
- Gêne respiratoire et son évolution
- Capacité à parler par phrases complètes
- Toux avec du sang
- Âge, maladies respiratoires et cardiaques
- Traitement anticoagulant
- Cause de la chute et contexte professionnel
Examen clinique
⚠️ L'examen commence sans toucher : la fréquence respiratoire comptée sur une minute, ⚠️ le tirage, la position choisie, la coloration, la capacité à finir une phrase. ⚠️ La fréquence respiratoire est la constante la plus prédictive et la plus souvent sautée.
Ce qui se regarde : ⚠️ la symétrie des mouvements du thorax, ⚠️ un segment qui s'enfonce à l'inspiration, des marques cutanées, une plaie soufflante.
Ce qui se palpe : ⚠️ les côtes une à une, le sternum, les clavicules, ⚠️ et un crépitement sous la peau, qui signe la présence d'air dans les tissus.
Ce qui s'ausculte et se percute : ⚠️ la comparaison des deux côtés, ⚠️ une diminution du murmure d'un côté, une matité qui évoque du liquide, un tympanisme qui évoque de l'air.
⚠️ Ce qui doit être reconnu sans aucun examen complémentaire : ⚠️ une détresse respiratoire avec un côté qui ne ventile pas, un thorax distendu, des veines du cou dilatées et une pression qui s'effondre. ⚠️ Ce tableau se traite immédiatement et l'imagerie viendra après.
Ce qui se cherche en plus : ⚠️ l'abdomen, ⚠️ le rachis, et les pouls aux quatre membres.
⚠️ Ce qui se note : la fréquence respiratoire, la saturation, l'auscultation par côté, et leur évolution.
À retenir
- La fréquence respiratoire est la constante la plus prédictive et la plus sautée.
- Un segment du thorax qui s'enfonce à l'inspiration est un signe de gravité.
- Un crépitement sous la peau signe la présence d'air dans les tissus.
- Un tableau de détresse avec veines du cou dilatées se traite avant toute image.
- On palpe aussi l'abdomen et le rachis chez un traumatisé du thorax.
En pratique
- Fréquence respiratoire comptée
- Tirage, position, coloration
- Symétrie des mouvements du thorax
- Segment paradoxal recherché
- Palpation des côtes et du sternum
- Emphysème sous-cutané recherché
- Auscultation et percussion comparatives
- Abdomen, rachis et pouls
Synthèse paraclinique
⚠️ Un traumatisme thoracique simple chez un patient jeune et bien portant ne demande aucun examen biologique.
Ce qui se demande chez un traumatisé : ⚠️ un groupe sanguin, une numération, un bilan de coagulation, un ionogramme, ⚠️ et des gaz du sang devant une gêne respiratoire ou une saturation limite.
⚠️ Ce qui se demande devant un choc direct du sternum ou du volant : un électrocardiogramme, ⚠️ et des marqueurs cardiaques selon le contexte, une contusion du cœur pouvant se manifester par un trouble du rythme.
⚠️ Ce qui s'interprète avec prudence : une saturation normale. ⚠️ Elle peut rester normale alors que le patient s'épuise, et c'est la fréquence respiratoire qui se dégrade en premier.
Ce qui se surveille : ⚠️ une numération répétée devant un épanchement de sang, et la fonction rénale.
⚠️ Ce qui n'est pas un examen et vaut mieux qu'un dosage : une mesure répétée de la fréquence respiratoire et de la saturation, horodatée. ⚠️ Une pente se voit, un chiffre ne dit rien.
À retenir
- Un traumatisme simple chez un patient jeune ne demande aucun examen biologique.
- Un choc du sternum fait faire un électrocardiogramme.
- Une saturation normale peut coexister avec un patient qui s'épuise.
- La fréquence respiratoire se dégrade en premier.
- Une pente se voit, un chiffre ne dit rien.
En pratique
- Aucun bilan si traumatisme simple
- Groupe, numération, coagulation si traumatisé
- Gaz du sang si gêne respiratoire
- Électrocardiogramme si choc sternal
- Marqueurs cardiaques selon le contexte
- Numération répétée si épanchement
- Fréquence respiratoire et saturation horodatées
Iconographie
⚠️ Le cliché de thorax se lit dans un ordre, et jamais en partant de ce qui saute aux yeux : ⚠️ une fracture visible attire l'œil et fait manquer le reste.
Le parcours : ⚠️ la trame des deux poumons, ⚠️ les bords du poumon et la plèvre, les culs-de-sac, le médiastin et sa largeur, les coupoles, et enfin les os.
⚠️ Ce qui limite un cliché et qui figure rarement en conclusion : la position. ⚠️ Un décollement pleural se répartit différemment chez un patient allongé et s'y voit mal, et l'absence d'anomalie sur un cliché couché a une valeur limitée.
⚠️ L'échographie au lit : elle détecte un décollement et un épanchement liquidien mieux qu'un cliché couché, ⚠️ elle se fait sans déplacer le patient, et elle est sous-utilisée.
⚠️ L'examen en coupes avec injection : il est l'examen de référence chez un traumatisé sévère ou après une décélération, ⚠️ et il montre ce que le cliché ne montre pas : contusions, petits décollements, lésions des gros vaisseaux, lésions du rachis et de l'abdomen.
⚠️ Ce qui doit être cherché sur le cliché et qui oriente : une fracture des premières côtes, ⚠️ signe d'énergie très élevée ; des fractures basses, qui font chercher une lésion sous le diaphragme ; un médiastin élargi, qui fait chercher une lésion vasculaire.
⚠️ Ce qui ne se demande jamais : une imagerie avant de traiter une détresse.
À retenir
- Une fracture visible attire l'œil et fait manquer le reste du cliché.
- La position dans laquelle le cliché a été pris limite ce qu'il montre.
- L'échographie au lit détecte mieux qu'un cliché couché et reste sous-utilisée.
- Une fracture des premières côtes signe une énergie très élevée.
- On n'image jamais avant de traiter une détresse.
En pratique
- Lecture ordonnée du cliché
- Position du cliché relevée
- Plèvre et culs-de-sac analysés
- Médiastin et sa largeur
- Échographie au lit envisagée
- Examen en coupes si décélération ou traumatisme sévère
- Premières côtes et côtes basses regardées
- Aucune imagerie avant traitement d'une détresse
Stratégie diagnostique
⚠️ La démarche se fait en deux temps qui ne se mélangent pas : d'abord ce qui tue en minutes et se reconnaît sans examen, ensuite ce qui se cherche.
Ce qui tue en minutes : ⚠️ un décollement pleural sous tension, ⚠️ un épanchement de sang massif, une plaie soufflante du thorax, un volet costal étendu, un épanchement autour du cœur qui le comprime. ⚠️ Ces tableaux se reconnaissent cliniquement.
Ce qui se cherche ensuite : ⚠️ des fractures de côtes, une contusion du poumon, ⚠️ qui s'aggrave dans les vingt-quatre premières heures, un décollement de petite taille, une contusion du cœur, ⚠️ une lésion des gros vaisseaux après décélération, une rupture du diaphragme, et une lésion de l'abdomen associée.
⚠️ Ce qui définit la gravité et qui n'est pas le nombre de côtes : l'âge, ⚠️ les maladies respiratoires préexistantes, le nombre de côtes chez une personne fragile, et l'existence d'un volet.
⚠️ La lésion qui se révèle en retard : une contusion du poumon, ⚠️ peu visible au premier cliché et maximale un jour plus tard, ce qui impose une surveillance.
⚠️ Ce qui doit toujours faire reconsidérer : une aggravation respiratoire, une douleur qui augmente, ⚠️ et une fièvre à distance, qui évoque une complication pulmonaire.
À retenir
- Ce qui tue en minutes se reconnaît cliniquement.
- Une contusion du poumon s'aggrave dans les vingt-quatre premières heures.
- Elle est peu visible sur le premier cliché et maximale un jour plus tard.
- La gravité n'est pas le nombre de côtes, c'est l'âge et le terrain.
- Une fièvre à distance évoque une complication pulmonaire.
En pratique
- Tableaux immédiatement mortels écartés
- Fractures de côtes comptées
- Contusion pulmonaire envisagée
- Décélération et lésion vasculaire envisagées
- Abdomen et diaphragme évalués
- Terrain et âge pris en compte
- Surveillance des vingt-quatre premières heures
- Fièvre à distance recherchée
Urgence vitale
⚠️ Ce champ contient la seule situation du corpus où demander une imagerie est une faute : un décollement pleural sous tension.
⚠️ Il se reconnaît sans examen : une détresse respiratoire, un côté du thorax qui ne ventile pas et sonne creux, ⚠️ des veines du cou dilatées, une pression artérielle qui s'effondre, parfois un déplacement de la trachée. ⚠️ Le traitement est une décompression immédiate, et il précède toute image.
⚠️ Les autres urgences immédiates : un épanchement de sang massif, ⚠️ où le drainage et la transfusion se préparent ensemble ; une plaie soufflante, qui se couvre d'un pansement laissant échapper l'air ; un volet costal étendu avec détresse ; ⚠️ une compression du cœur par un épanchement, avec veines du cou dilatées et bruits du cœur assourdis.
⚠️ Ce qui aggrave et qui se prévient : le manque d'oxygène, la douleur non traitée, ⚠️ et l'immobilité.
Ce qui se fait devant tout traumatisé du thorax : ⚠️ compter la fréquence respiratoire, mesurer la saturation, ausculter les deux côtés, poser une voie veineuse, ⚠️ et réévaluer.
⚠️ Ce qui n'est pas une urgence et le devient : une contusion du poumon, ⚠️ qui atteint son maximum le lendemain, chez un patient qu'on aurait pu laisser partir.
À retenir
- C'est la seule situation où demander une imagerie est une faute.
- Le traitement d'une tension précède toute image.
- Une plaie soufflante se couvre d'un pansement laissant échapper l'air.
- Une compression du cœur donne des veines du cou dilatées et des bruits assourdis.
- Une contusion du poumon atteint son maximum le lendemain.
En pratique
- Détresse respiratoire reconnue
- Ventilation et sonorité comparées
- Veines du cou observées
- Pression artérielle mesurée
- Décompression immédiate si tension
- Drainage et transfusion préparés si épanchement massif
- Douleur traitée et oxygène donné
- Surveillance des vingt-quatre premières heures
Stratégie de prise en charge
⚠️ Le traitement des fractures de côtes est le traitement de la douleur, et il ne s'agit pas d'un traitement de confort : ⚠️ une douleur mal contrôlée empêche d'inspirer profondément et de tousser, ce qui conduit à un encombrement, à un affaissement des alvéoles puis à une pneumonie. ⚠️ C'est ainsi que ces fractures tuent.
Ce qui compose le traitement : ⚠️ une antalgie efficace, évaluée et réajustée, ⚠️ et pouvant relever de techniques régionales chez les patients fragiles ou les formes étendues, selon les recommandations en vigueur.
⚠️ Ce qui va avec et qui conditionne le résultat : la kinésithérapie respiratoire précoce, ⚠️ les exercices d'inspiration profonde, et la mobilisation. ⚠️ Un patient qui respire mal parce qu'il a mal ne guérit pas par le repos.
⚠️ Ce qui ne se fait pas : bander le thorax, ⚠️ ce qui limite l'expansion et aggrave ; prescrire un traitement qui bloque la toux ; laisser partir sans évaluer la douleur.
Ce qui décide de l'hospitalisation : ⚠️ l'âge, le nombre de côtes, une maladie respiratoire, ⚠️ une douleur non contrôlée par voie orale, et l'isolement.
Ce qui se surveille : ⚠️ la fréquence respiratoire, la saturation, la température, et l'efficacité de la toux.
Ce qui se programme : ⚠️ une réévaluation à quelques jours, et la déclaration s'il s'agit d'un accident du travail.
À retenir
- Le traitement de la douleur n'est pas un traitement de confort.
- C'est par la pneumonie que ces fractures tuent.
- Un patient qui respire mal parce qu'il a mal ne guérit pas par le repos.
- Bander le thorax limite l'expansion et aggrave.
- Une douleur non contrôlée par voie orale est un critère d'hospitalisation.
En pratique
- Antalgie évaluée et réajustée
- Technique régionale envisagée si fragilité
- Kinésithérapie respiratoire précoce
- Exercices d'inspiration profonde
- Aucun bandage thoracique
- Aucun blocage de la toux
- Critères d'hospitalisation appliqués
- Réévaluation datée et déclaration si accident du travail
Procédure et geste technique
Annonce et information
Éducation et prévention
⚠️ Ce qui se dit au patient qui rentre avec des côtes cassées tient en une phrase contre-intuitive : ⚠️ il faut respirer profondément et tousser, même si cela fait mal, et le traitement de la douleur est là pour rendre cela possible. ⚠️ Un patient qui respire superficiellement pour éviter la douleur fabrique sa complication.
Ce qui s'explique concrètement : ⚠️ prendre les antalgiques avant que la douleur revienne et non quand elle est installée, ⚠️ faire plusieurs inspirations profondes toutes les heures, serrer un coussin contre le thorax pour tousser, ⚠️ et se lever et marcher.
⚠️ Ce qui se déconseille formellement : bander le thorax, ⚠️ et rester couché toute la journée.
Ce qui se dit sur la durée : ⚠️ la douleur dure plusieurs semaines, ⚠️ elle est maximale dans les premiers jours puis diminue, et l'annoncer évite les consultations d'inquiétude.
⚠️ Ce qui doit faire revenir sans attendre : une gêne à respirer, une douleur qui augmente au lieu de diminuer, ⚠️ de la fièvre, des crachats colorés, un malaise.
Ce qui relève de la prévention : ⚠️ la sécurité des échelles et des travaux en hauteur, la ceinture, ⚠️ et chez la personne âgée, la prévention des chutes et l'évaluation osseuse après une fracture pour un traumatisme minime.
À retenir
- Il faut respirer profondément et tousser, même si cela fait mal.
- Le traitement de la douleur est là pour rendre cela possible.
- Un patient qui respire superficiellement fabrique sa complication.
- On prend les antalgiques avant que la douleur revienne.
- Bander le thorax et rester couché sont formellement déconseillés.
En pratique
- Nécessité de respirer profondément expliquée
- Prise anticipée des antalgiques
- Exercices horaires d'inspiration
- Technique du coussin pour tousser
- Lever et marche encouragés
- Bandage et alitement déconseillés
- Durée de la douleur annoncée
- Signes devant faire revenir sans attendre
Communication interprofessionnelle
⚠️ Une transmission commence par la respiration et non par les os : la fréquence respiratoire, la saturation, la capacité à parler, ⚠️ et leur évolution. Le nombre de côtes vient après.
Ce qui se transmet ensuite : ⚠️ le mécanisme et l'énergie, ⚠️ la position dans laquelle le cliché a été réalisé, les résultats et leurs limites, le terrain respiratoire, et l'antalgie donnée avec son efficacité.
⚠️ Ce qui manque presque toujours et qui compte : l'évaluation de la douleur et son effet sur la respiration. ⚠️ Une douleur cotée sans dire si le patient peut inspirer profondément ne renseigne pas, et c'est cette capacité qui prédit la complication.
Au médecin traitant : ⚠️ la consigne de respirer profondément, la date de réévaluation, ⚠️ et les signes qui doivent faire revenir.
Au kinésithérapeute : ⚠️ l'objectif et le nombre de côtes atteintes, et non une simple demande de séances.
⚠️ Et une ligne administrative qui protège le patient : quand le traumatisme est survenu au travail, le dire et engager la déclaration. ⚠️ Une déclaration non faite au moment des faits est difficile à obtenir ensuite.
À retenir
- Une transmission commence par la respiration et non par les os.
- La position du cliché se transmet avec le résultat.
- Une douleur cotée sans dire si le patient peut inspirer ne renseigne pas.
- C'est cette capacité qui prédit la complication.
- Une déclaration d'accident du travail non faite au moment des faits s'obtient mal ensuite.
En pratique
- Fréquence respiratoire et saturation en tête
- Évolution transmise
- Mécanisme et énergie
- Position du cliché précisée
- Limites des examens
- Terrain respiratoire
- Antalgie et effet sur l'inspiration
- Déclaration engagée si accident du travail