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Oncologie

Fiche de révision

Tumeurs malignes sur pièce opératoire / biopsie

Situation de départ 181Catégorie IIItem R2C 292Item R2C 294Item R2C 293

Cette fiche vous apprend à tirer une décision d'un compte rendu de tumeur maligne : savoir de quel geste il vient, lire chacun des éléments qui commandent une décision, et réclamer celui qui manque. Elle suit le dossier jusqu'à la réunion de concertation, sans oublier les urgences qui n'attendent pas celle-ci, puis l'annonce et ce qui circule entre les acteurs.

SommaireEnviron 12 min
  1. Biopsie ou pièce opératoire : savoir de quel geste vient le compte rendu
  2. Chaque élément du compte rendu commande une décision
  3. Le compte rendu ne dit rien du reste du corps
  4. La preuve d'abord, puis 3 questions
  5. Les complications qui n'attendent pas la réunion
  6. Une réunion qui décide sur un dossier complet
  7. L'annonce suit un dispositif, et elle ne s'improvise pas
  8. Chaque passage du dossier est un endroit où il peut s'arrêter
  9. À retenir pour la station

Biopsie ou pièce opératoire : savoir de quel geste vient le compte rendu

Avant de lire un compte rendu de tumeur maligne, il faut savoir de quel geste il provient, parce que la valeur de chaque ligne en dépend. Une biopsie affirme, elle ne mesure pas : elle établit la nature de la lésion sur un fragment, mais elle ne dit rien de l'extension réelle ni de l'état des limites.

Une pièce opératoire mesure : elle donne la taille, les limites, l'extension aux structures voisines, et l'état des ganglions prélevés. Les décisions qui dépendent de l'une et de l'autre ne sont pas les mêmes, et confondre les 2 conduit à traiter sur une information qu'on n'a pas.

Reprenez avec le patient ce qu'il a compris du geste, ce qu'on lui a dit avant, et ce qu'il souhaite savoir. Certains veulent tout, d'autres veulent la décision sans le détail, et cela se demande plutôt que de se supposer.

Rassemblez ensuite le contexte du patient : les antécédents personnels et familiaux, une notion de cancer antérieur ou de traitement antérieur du même site, l'état général et l'autonomie, les traitements en cours, et les projets qui pèsent sur la décision. Vérifiez enfin ce qui ne l'est pas à chaque fois : que le compte rendu porte le bon nom, le bon site et la bonne date.

Chaque élément du compte rendu commande une décision

Un compte rendu de tumeur maligne se lit comme une liste d'éléments dont chacun commande une décision. Aucun n'est décoratif, et un élément manquant se réclame, il ne se suppose pas. Si l'un manque, la décision est suspendue, et le demander n'est pas une formalité.

Le type détermine toute la stratégie : 2 tumeurs du même organe ne se traitent pas de la même façon si leur type diffère. Le grade dit l'agressivité de ce que l'on voit au microscope, et il pèse sur le pronostic et parfois sur l'indication d'un traitement complémentaire.

L'état des limites de la pièce dit si la tumeur atteint ou non le bord de ce qui a été retiré. Une limite atteinte peut faire reprendre un geste, et c'est la ligne que les cliniciens cherchent en premier. La présence de cellules tumorales dans les vaisseaux ou les nerfs modifie, elle, le risque de récidive.

L'extension aux structures voisines et l'état des ganglions examinés se relèvent ensemble. Le nombre de ganglions atteints se rapporte au nombre de ganglions examinés, et le second chiffre est aussi important que le premier.

Les phrases de limite du compte rendu se lisent à chaque fois, et elles échappent : matériel écrasé, orientation impossible, limites non évaluables. Elles ôtent sa valeur à une partie de la lecture.

Le compte rendu ne dit rien du reste du corps

Le compte rendu décrit ce qui a été retiré ou prélevé : il ne dit rien du reste du corps. L'extension à distance relève de l'imagerie, et la confusion entre les 2 est fréquente.

Confrontez la taille mesurée sur la pièce et la taille estimée en imagerie, le siège décrit et le siège opéré, et le nombre de lésions. Sur les images, vérifiez la présence d'un repère posé lors du geste, et comparez avec les images antérieures, qui changent parfois l'interprétation d'une lésion stable.

Une discordance doit arrêter la décision : une imagerie qui décrit une lésion et un compte rendu qui n'en trouve pas, ou l'inverse. Elle se résout par une lecture conjointe des 2 documents, pas par un choix entre eux.

Le bilan d'extension se planifie avant la décision. Sa nature dépend du type et du site, et il n'est pas forcément le même pour tous les cancers. Le faire après avoir décidé du traitement est un ordre inversé. Documentez aussi la date des examens sur lesquels la décision s'appuie, une imagerie ancienne ne décrivant plus l'état actuel.

La preuve d'abord, puis 3 questions

La règle qui fonde tout le champ : le diagnostic de cancer est anatomopathologique. Une image, un marqueur sanguin ou une conviction clinique ne suffisent pas, et un traitement lourd ne se commence pas sans preuve. L'exception est la situation où le prélèvement est impossible ou dangereux, et cette exception se discute collectivement, elle ne s'improvise pas.

Le raisonnement se construit en 3 questions. De quoi s'agit-il : le type et le grade, donnés par le compte rendu. Jusqu'où cela va : l'extension locale par le compte rendu, l'extension à distance par l'imagerie, les 2 se combinant en un stade, qui est ce sur quoi la décision se prend.

La troisième question est aussi décisive que les 2 autres : qui est le patient. Son état général, ses autres maladies, ce qu'il peut supporter et ce qu'il souhaite comptent, et un stade identique ne conduit pas à la même décision chez 2 personnes différentes.

Certains manques suspendent la décision plutôt que de l'orienter. Ce sont un compte rendu incomplet, une discordance non résolue, un bilan d'extension manquant, ou l'absence d'analyses dont dépend le choix du traitement. On ne traite donc pas avant que le dossier soit complet, mais on n'attend pas non plus la totalité des analyses moléculaires pour organiser la suite.

Quand une biopsie ne montre pas de tumeur alors que tout l'évoque, c'est un échantillonnage insuffisant jusqu'à preuve du contraire. La biopsie se reprend.

Les complications qui n'attendent pas la réunion

Un diagnostic de cancer n'est pas une urgence en soi, mais certaines de ses complications le sont. Elles se cherchent au moment où le compte rendu arrive, pas plus tard, et sans attendre la réunion de décision.

Ce qui doit être identifié sans attendre la réunion de décision :

  • Une compression d'un organe ou d'un axe vasculaire.
  • Une compression de la moelle épinière, devant un déficit d'installation rapide.
  • Une obstruction d'un conduit.
  • Un saignement actif.
  • Une hypercalcémie symptomatique.
  • Un syndrome infectieux chez un patient dont les défenses sont diminuées.

Ces situations sont traîtresses parce qu'elles surviennent chez un patient dont le dossier est en cours de constitution. L'attente d'une décision collective sert alors de raison de ne rien faire, et une urgence ne s'inscrit pas à l'ordre du jour d'une réunion.

Traitez l'urgence selon ses propres règles, prévenez l'équipe qui suit le patient, et documentez le geste et son horaire. Au patient et à ses proches, dites que ce traitement immédiat ne préjuge pas de la stratégie, qui reste à décider. Un patient qui rentre chez lui en attendant la décision repart avec les signes qui doivent le faire revenir, et un numéro pour appeler.

Une réunion qui décide sur un dossier complet

La décision se prend en réunion de concertation pluridisciplinaire, et un dossier incomplet y fait perdre du temps à chaque fois. Le dossier porte le compte rendu complet, le bilan d'extension, l'état général et les autres maladies, les traitements en cours, et ce que le patient a exprimé. Ce dernier point manque le plus souvent.

De la réunion sort une proposition, avec ses arguments, les alternatives, et le nom de qui l'annonce. Une proposition sans annonceur désigné n'arrive pas au patient. Se mettent ensuite en place un temps d'accompagnement dédié, un document remis au patient qui reprend le plan, et l'information du médecin traitant.

Les conséquences prévisibles du traitement se préparent avant lui, et elles s'oublient. Chez un patient jeune, la question de la fertilité se pose avant le traitement et non après, parce qu'après il est trop tard.

Du matériel se conserve au moment du geste, pour les analyses que l'on ne demande pas encore. Une analyse décidée des mois plus tard sur une tumeur entièrement consommée ne peut pas être faite, et cette contrainte se pense en salle, pas au moment de la demande.

Documentez enfin la date de la réunion, la proposition, et la décision effectivement prise avec le patient. La proposition et la décision peuvent différer, et le dossier garde les 2.

L'annonce suit un dispositif, et elle ne s'improvise pas

L'annonce d'un cancer obéit à un dispositif organisé, qui comporte un temps médical, un temps d'accompagnement et l'accès à des soins de support. Ce n'est pas une conversation improvisée à la fin d'une consultation.

L'annonce se prépare : savoir ce qu'on va dire et ce qu'on ne sait pas encore, disposer du dossier, avoir du temps, et être dans un lieu où l'on ne sera pas interrompu. En ouvrant, demandez ce que la personne sait déjà et ce qu'elle veut savoir, et proposez la présence d'un proche.

Dites le mot de la maladie, sans le contourner, puis ce qui est prévu et le calendrier. Une annonce sans plan laisse la personne seule avec le mot. Ne dites ni un pronostic chiffré non demandé, ni une certitude qu'on n'a pas, ni une comparaison avec un autre patient.

Avant de terminer, vérifiez ce que la personne a retenu, en lui demandant de le redire. Ce qui est entendu après le mot du diagnostic est très partiel, et une consultation de reprise est prévue pour cela. Remettez un écrit qui reprend le plan, le nom d'un référent et un moyen de joindre.

Chaque passage du dossier est un endroit où il peut s'arrêter

Ce dossier circule entre de nombreuses personnes, et chaque passage est un endroit où il peut s'arrêter. Au pathologiste, transmettez avec le prélèvement le contexte clinique et la question posée, l'orientation de la pièce quand elle compte, et les antécédents de traitement du même site, qui changent la lecture. Un prélèvement sans renseignement donne un compte rendu plus pauvre.

Quand le compte rendu ne suffit pas, appelez plutôt que de refaire une demande écrite. Une question précise permet souvent une réponse sur les lames déjà faites. En réunion, ce sont les documents qui se transmettent, et non leur résumé, avec ce que le patient souhaite.

Le médecin traitant reçoit le compte rendu, la décision, le calendrier, et ce qui a été dit au patient, pour qu'il ne découvre pas la situation devant lui. L'équipe soignante, elle, apprend ce que le patient sait : sans cette information, une phrase de couloir fait l'annonce à la place du médecin.

Écrivez dans le dossier les éléments manquants, qui doit les obtenir, et pour quand. Les 3, pas seulement le premier : sans nom ni date, une demande d'analyse complémentaire est une intention.

À retenir pour la station

Sachez de quel geste vient le compte rendu : une biopsie affirme la nature, une pièce opératoire la mesure aussi. Relevez le type, le grade, les limites, les emboles, l'extension et les ganglions atteints sur examinés, et réclamez ce qui manque : une limite non évaluable n'est pas une limite saine. Le compte rendu ne dit rien du reste du corps, et le bilan d'extension précède la décision. Un traitement lourd ne se commence pas sans preuve anatomopathologique, sauf exception discutée collectivement. Cherchez dès l'arrivée du compte rendu les complications qui n'attendent pas la réunion. Annoncez selon le dispositif, avec un plan, et écrivez ce qui manque, qui l'obtient et pour quand.

Sources

  1. 1

    Anatomie et cytologie pathologiques. Rôle clé dans le diagnostic, l'évaluation pronostique et le traitement

    Collège français des pathologistes (CoPath). 4e édition (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Item 293 ; Chapitre sur le compte rendu

    Appuie : Entretien et interrogatoire, Synthèse paraclinique, Iconographie, Stratégie diagnostique, Communication interprofessionnelle

  2. 2

    Cancérologie

    Collège national des enseignants en cancérologie (CNEC). 4e édition actualisée, R2C (Éditions Med-Line, collection Référentiels EDN, R2C).

    Passages utilisés : Item 292 ; Item 294

    Appuie : Iconographie, Stratégie diagnostique, Stratégie de prise en charge, Annonce et information, Communication interprofessionnelle

  3. 3
    Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)

    Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.

    Passages utilisés : Item 292 ; Item 294 ; Item 293

    Appuie : Synthèse paraclinique, Iconographie, Stratégie diagnostique, Stratégie de prise en charge, Annonce et information, Communication interprofessionnelle

  4. 4
    Évolution du dispositif d'annonce d'un cancer (Ouvre un nouvel onglet)

    Institut national du cancer (INCa). Référentiel organisationnel, septembre 2019, qui fait évoluer les recommandations nationales de 2005.

    Passages utilisés : Préambule : les spécificités du dispositif d'annonce ; Temps d'accompagnement soignant

    Appuie : Stratégie de prise en charge, Annonce et information