Fiche de révision
Analyse de la bandelette urinaire
La bandelette urinaire répond vite et ne répond qu'à ce qu'on lui demande. Elle ne voit que l'albumine parmi les protéines, que l'hème parmi les causes d'urines rouges, et elle ne dira jamais si une bactérie rend malade.
Sommaire
Entretien et interrogatoire
Une bandelette se prescrit avec une question, et les quelques renseignements qui permettront de la lire se prennent avant, pas après.
Ce qui change la lecture des plages : les règles ou un saignement génital, qui font une hématurie qui n'en est pas ; un sondage ou une sonde à demeure, qui donne une leucocyturie constante ; un effort intense récent ; une fièvre, qui donne à elle seule une protéinurie transitoire.
Les traitements se demandent nommément : ceux qui colorent les urines, la vitamine C à forte dose qui fausse plusieurs plages, les antibiotiques en cours qui négativent une culture sans négativer la bandelette.
Les symptômes urinaires se cotent avant : brûlures, pollakiurie, impériosité, douleur lombaire, fièvre. ⚠️ C'est cette question qui décide de ce qu'on fera du résultat, et non le résultat lui-même : une bandelette positive chez quelqu'un qui n'a aucun symptôme ne se traite pas.
Le terrain, en quelques mots : diabète, hypertension, grossesse, immunodépression, âge, antécédent néphrologique ou urologique, geste urologique prévu.
⚠️ Chez la femme enceinte et avant un geste urologique, une bactériurie sans symptôme se traite : ce sont les deux exceptions qu'il faut connaître pour ne pas traiter tout le monde.
Retenir que la question à poser avant la bandelette est celle des symptômes, parce qu'elle décide de tout ce qui suit.
À retenir
- Règles, sondage, effort et fièvre changent la lecture des plages.
- La vitamine C à forte dose fausse plusieurs plages.
- C'est la présence de symptômes qui décide de ce qu'on fera du résultat.
- Grossesse et geste urologique prévu sont les deux exceptions qui font traiter sans symptôme.
En pratique
- Symptômes urinaires recherchés avant l'examen
- Règles ou saignement génital
- Sonde, sondage récent, effort intense
- Traitements colorants, vitamine C, antibiotiques
- Terrain : grossesse, diabète, geste urologique prévu
Examen clinique
L'examen qui accompagne une bandelette est court et il est toujours le même, parce qu'il cherche ce que la bandelette ne peut pas voir.
La pression artérielle, mesurée dans les règles. Devant une protéinurie ou une hématurie, elle fait partie du résultat : une néphropathie qui s'installe se dit souvent par elle avant de se dire autrement.
Les œdèmes, cherchés là où ils se voient d'abord : les chevilles chez le patient debout, les lombes chez le patient couché, les paupières au réveil. Un syndrome œdémateux avec une protéinurie abondante oriente d'emblée, et il se voit en dix secondes.
Le poids, comparé au précédent, qui quantifie ce que les œdèmes ne font qu'indiquer.
L'abdomen et les fosses lombaires : globe vésical, douleur lombaire provoquée, gros rein palpable. ⚠️ Un globe vésical chez un patient qui a une leucocyturie change entièrement la conduite : ce n'est pas une infection à traiter, c'est une rétention à drainer.
La température, parce qu'elle sépare une infection urinaire basse d'une atteinte du haut appareil.
L'aspect des urines se regarde, simplement, avant de tremper quoi que ce soit : couleur, trouble, dépôt, odeur. Des urines rouges avec une bandelette négative pour le sang ne sont pas du sang, et cela s'aperçoit sans aucun réactif.
Retenir que la pression artérielle et les œdèmes font partie du résultat de la bandelette, et non de son contexte.
À retenir
- La pression artérielle fait partie du résultat d'une protéinurie.
- Les œdèmes se cherchent aux chevilles, aux lombes et aux paupières.
- Un globe vésical avec leucocyturie est une rétention à drainer, pas une infection à traiter.
- Des urines rouges avec une plage sang négative ne contiennent pas de sang.
En pratique
- Pression artérielle mesurée dans les règles
- Recherche d'œdèmes déclives et palpébraux
- Poids comparé au précédent
- Recherche d'un globe vésical
- Fosses lombaires et température
- Aspect macroscopique des urines
Synthèse paraclinique
La bandelette oriente et ne conclut jamais. Chaque plage positive appelle un examen qui la confirme et la quantifie, et chaque plage négative a une limite qu'il faut connaître.
⚠️ La plage « protéines » ne détecte que l'albumine. Une protéinurie faite de chaînes légères, comme au cours d'un myélome, laisse la bandelette négative alors que le laboratoire trouve plusieurs grammes. C'est la limite la plus lourde de conséquences, et la seule façon de ne pas tomber dedans est de doser quand on a une raison de chercher.
Ce qui quantifie une protéinurie est le rapport de la protéinurie sur la créatininurie, sur un échantillon, qui a remplacé le recueil des vingt-quatre heures. Une protéinurie confirmée fait chercher une hématurie associée, doser l'albuminémie et la créatininémie, et fait discuter une électrophorèse des protéines quand la bandelette et le laboratoire ne disent pas la même chose.
⚠️ La plage « sang » détecte l'hème, pas les hématies. Elle est donc positive devant une hémoglobinurie et devant une myoglobinurie, où il n'y a aucun globule rouge. Seul l'examen microscopique compte les hématies, et il distingue en outre les cylindres et les hématies déformées, qui signent une origine rénale.
Devant une leucocyturie, l'examen cytobactériologique compte les leucocytes, identifie le germe et rend l'antibiogramme. Il ne dit pas si le patient est malade : c'est la clinique qui le dit.
Retenir que la bandelette négative pour les protéines n'exclut pas une protéinurie.
À retenir
- La plage protéines ne détecte que l'albumine : elle ignore les chaînes légères.
- Le rapport protéinurie sur créatininurie a remplacé le recueil des vingt-quatre heures.
- La plage sang détecte l'hème : hémoglobinurie et myoglobinurie la rendent positive.
- Seul l'examen microscopique compte les hématies et voit les cylindres.
- L'examen cytobactériologique identifie le germe et ne dit pas si le patient est malade.
En pratique
- Rapport protéinurie sur créatininurie devant toute protéinurie
- Dosage pondéral si discordance avec la bandelette
- Examen microscopique devant une plage sang positive
- Recherche de cylindres et d'hématies déformées
- Examen cytobactériologique devant une leucocyturie symptomatique
- Créatininémie et albuminémie associées
Iconographie
Stratégie diagnostique
Une bandelette se lit plage par plage, et chaque plage ouvre une démarche différente. Les lire ensemble comme un tout est la façon ordinaire de se tromper.
Devant une protéinurie, la première question est de savoir si elle est permanente. Une protéinurie transitoire accompagne la fièvre, l'effort et l'insuffisance cardiaque, et disparaît avec elles. Une protéinurie permanente se quantifie, puis se qualifie : abondante avec des œdèmes et une albuminémie basse, elle constitue un syndrome néphrotique ; associée à une hématurie, elle oriente vers le glomérule.
Devant une hématurie, l'âge et le contexte partagent le champ en deux. Après cinquante ans, une hématurie est une tumeur urothéliale jusqu'à preuve du contraire, surtout chez un fumeur, et elle s'explore même quand elle est isolée et indolore. Avant, les causes urologiques, lithiase et infection, et les causes rénales se discutent selon les signes d'accompagnement.
⚠️ Une hématurie microscopique isolée et persistante s'explore aussi. Le fait qu'elle ne se voie pas ne la rend pas bénigne.
Devant une leucocyturie, la question n'est pas quel germe mais qui est malade. Une leucocyturie sans germe fait chercher une tuberculose urinaire, une néphropathie interstitielle, une infection décapitée par un antibiotique.
Devant des nitrites, se souvenir qu'ils manquent quand le germe ne les produit pas et quand les urines n'ont pas séjourné assez longtemps dans la vessie.
Retenir que la même bandelette n'ouvre pas la même enquête selon l'âge.
À retenir
- Chaque plage ouvre une démarche différente : les lire comme un tout trompe.
- Une protéinurie transitoire accompagne la fièvre, l'effort et l'insuffisance cardiaque.
- Après cinquante ans, une hématurie est une tumeur jusqu'à preuve du contraire.
- Une hématurie microscopique isolée et persistante s'explore aussi.
- Des nitrites absents n'excluent pas une infection.
En pratique
- Chaque plage interprétée séparément
- Caractère permanent ou transitoire d'une protéinurie
- Recherche d'un syndrome néphrotique
- Âge et tabac devant une hématurie
- Leucocyturie sans germe : causes à part
- Limites de la plage nitrites
Urgence vitale
Stratégie de prise en charge
Une bandelette positive ne se traite pas : c'est un patient qui se traite. La distinction paraît évidente et c'est pourtant là que se produit l'essentiel des prescriptions inutiles.
⚠️ Une bactériurie sans symptôme ne se traite pas. Chez la personne âgée, chez le patient sondé, chez le diabétique, la colonisation est fréquente et son traitement n'apporte rien : il sélectionne des résistances et expose aux effets indésirables. Deux exceptions, et il faut les connaître par cœur : la grossesse, et la préparation d'un geste urologique invasif.
Devant une infection urinaire symptomatique, la conduite dépend du tableau et du terrain, et elle est décrite avec les situations d'infection urinaire. Ce qui relève d'ici est de ne pas confondre le résultat et l'indication.
Devant une protéinurie confirmée, ce qui se fait sans attendre l'avis spécialisé : mesurer et traiter la pression artérielle, évaluer la fonction rénale, chercher un diabète, et adresser au néphrologue selon le niveau de protéinurie, l'existence d'une hématurie associée et la vitesse de dégradation.
Devant une hématurie, l'orientation est urologique ou néphrologique selon le contexte, et elle ne se diffère pas au motif que le saignement a cessé.
Ce qui se note au dossier : le résultat plage par plage, l'heure, les conditions du recueil, et la décision prise avec son motif, y compris quand cette décision est de ne rien faire.
Retenir que la seule question qui compte devant une bandelette positive est de savoir si le patient a des symptômes.
À retenir
- Une bactériurie sans symptôme ne se traite pas.
- Deux exceptions à connaître : la grossesse et la préparation d'un geste urologique.
- Traiter la colonisation sélectionne des résistances sans bénéfice.
- Devant une protéinurie confirmée, la pression artérielle se traite sans attendre.
- Une décision de ne rien faire se note avec son motif.
En pratique
- Présence de symptômes vérifiée avant toute prescription
- Grossesse et geste urologique recherchés
- Pression artérielle traitée devant une protéinurie
- Fonction rénale évaluée
- Orientation néphrologique ou urologique posée
- Résultat, heure et décision notés au dossier
Procédure et geste technique
La bandelette est fiable si trois choses sont respectées : le recueil, l'immersion, et le temps de lecture. Chacune, mal faite, produit un résultat faux qui aura l'air vrai.
Le recueil. Urines fraîches, de moins de deux heures, dans un récipient propre et sec. Le milieu du jet, après toilette, réduit la contamination périnéale. Le premier jet du matin est le plus concentré et donc le plus sensible. Chez un patient sondé, le prélèvement se fait sur le site prévu de la tubulure, jamais dans le sac collecteur, dont le contenu ne représente rien.
Le matériel. Boîte fermée, conservée à l'abri de l'humidité et de la lumière, date de péremption vérifiée : une bandelette humide donne des résultats faux dans les deux sens. Ne jamais toucher les plages avec les doigts.
Le geste. Immerger la bandelette entièrement et brièvement, toutes les plages à la fois, retirer aussitôt, égoutter le long du bord du flacon, puis tenir la bandelette à l'horizontale pour que les réactifs ne coulent pas d'une plage sur l'autre.
⚠️ La lecture se fait au temps indiqué pour chaque plage, en comparant à l'échelle imprimée sur la boîte, sous un bon éclairage. Lue trop tard, la plage leucocytes vire et la plage glucose faiblit : le résultat devient faux sans prévenir.
La trace. Noter chaque plage, l'heure et les conditions de recueil. Jeter la bandelette, refermer la boîte aussitôt.
Retenir que le résultat d'une bandelette lue à contretemps est une donnée fausse, pas une donnée approximative.
À retenir
- Urines fraîches de moins de deux heures, milieu du jet après toilette.
- Chez un patient sondé, jamais dans le sac collecteur.
- Immersion complète et brève, égouttage, bandelette tenue à l'horizontale.
- La lecture se fait au temps indiqué, plage par plage.
- Lue trop tard, la plage leucocytes vire et le résultat devient faux.
En pratique
- Urines fraîches, milieu du jet, récipient propre
- Boîte fermée, sèche, date de péremption vérifiée
- Immersion complète et brève de toutes les plages
- Égouttage et bandelette tenue à l'horizontale
- Lecture au temps indiqué, sous bon éclairage
- Comparaison à l'échelle de la boîte
- Résultat plage par plage, heure et conditions notés
Annonce et information
Éducation et prévention
La bandelette est un outil de dépistage avant d'être un outil de diagnostic, et ce qu'elle dépiste dépend entièrement de qui on la fait passer.
Chez le diabétique et chez l'hypertendu, la recherche périodique d'une protéinurie fait partie du suivi : elle repère une atteinte rénale des années avant que la créatinine ne bouge. ⚠️ Chez le diabétique, la bandelette ordinaire n'est pas assez sensible pour la microalbuminurie, qui se dose au laboratoire : c'est une limite du dépistage et non une raison de l'abandonner.
Chez la femme enceinte, la recherche de protéines et de sucre à chaque consultation est un dépistage systématique, et la protéinurie qui apparaît en seconde moitié de grossesse avec une hypertension fait sortir de la surveillance ordinaire.
Chez le patient qui s'autosurveille, l'éducation porte sur les trois conditions techniques et sur ce que le résultat ne dit pas. Une bandelette rassurante ne dispense pas de consulter devant des symptômes, et c'est le message le plus important à faire passer.
Ce qui se dit à tous : boire suffisamment sans excès, ne pas retenir ses mictions, et consulter devant des urines rouges, même une seule fois, même si elles redeviennent claires.
Retenir que le dépistage n'a de valeur que chez ceux qui ont une raison d'être dépistés.
À retenir
- Chez le diabétique et l'hypertendu, la protéinurie se cherche périodiquement.
- La bandelette ordinaire ne détecte pas la microalbuminurie.
- Chez la femme enceinte, protéines et sucre se cherchent à chaque consultation.
- Une bandelette rassurante ne dispense pas de consulter devant des symptômes.
- Des urines rouges se montrent même une seule fois, même redevenues claires.
En pratique
- Dépistage périodique chez le diabétique et l'hypertendu
- Microalbuminurie dosée au laboratoire
- Dépistage à chaque consultation de grossesse
- Conditions techniques expliquées en autosurveillance
- Consultation devant des urines rouges, même transitoires