Cette fiche vous apprend à réaliser une bandelette urinaire sur une urine fraîche en respectant sa notice, à la lire plage par plage, et à dire ce que chaque plage détecte et ne détecte pas avant de décider. Elle suit le geste puis la lecture : la préparation, l'immersion et la lecture, la plage protéines et la protéinurie qu'elle ne voit pas, la plage sang, les plages de l'infection, et ce qui ne se traite pas.
SommaireEnviron 7 min
- Une bandelette mal faite rend un résultat faux qui ressemble à un résultat
- Tremper, égoutter, tenir à plat, et lire chaque plage à son temps
- La plage protéines ne voit que l'albumine
- La dissociation désigne des chaînes légères, et le dossier un myélome
- La plage sang voit l'hème, et non les hématies
- Les plages de l'infection ont leurs limites
- Une leucocyturie sans symptôme ne se traite pas
- À retenir pour la station
Une bandelette mal faite rend un résultat faux qui ressemble à un résultat
Une bandelette mal faite rend un résultat faux qui ressemble à un résultat. Ses plages sont des carrés de papier imprégnés de réactifs, qui changent de couleur selon ce que contient l'urine. Chaque plage a sa propre réaction : leucocyte estérase, nitrites, albumine, activité peroxydasique.
Le geste se prépare, et la préparation commence par l'urine. Elle est fraîchement émise, recueillie dans un récipient propre mais pas nécessairement stérile, identifiée et datée : vérifiez l'identité et l'heure du recueil sur le flacon. Une bandelette lue sur une urine ancienne rend, elle aussi, un résultat faux.
Les bandelettes se vérifient ensuite : elles ne sont pas périmées, et leur flacon a été conservé fermé. L'identité, l'heure du recueil et la péremption se vérifient ainsi avant le geste.
Tremper, égoutter, tenir à plat, et lire chaque plage à son temps
Le geste se fait dans l'ordre, et la position de la bandelette compte. Tenue à plat, elle empêche les réactifs de couler d'une plage à l'autre.
Le geste, dans l'ordre :
- Tremper brièvement la bandelette, toutes les plages immergées.
- Égoutter sur le bord du récipient.
- Tenir la bandelette à plat.
- Lire chaque plage au temps indiqué par la notice, sous un bon éclairage, en comparant à la gamme colorée.
Chaque plage a sa réaction et son temps, que donne la notice du flacon. Une lecture faite trop tôt ou trop tard n'est pas interprétable.
Le résultat s'énonce plage par plage, protéines, sang, leucocytes et nitrites compris, et la plage protéines se confronte au dosage de la protéinurie, pour noter une dissociation. La traçabilité du résultat au dossier accompagne le geste.
« Urine de ce matin, recueillie il y a un quart d'heure ; bandelettes non périmées, flacon fermé. Je trempe, j'égoutte, et je lis chaque plage à son temps. »
La plage protéines ne voit que l'albumine
Le seuil de détection de la plage protéines est de 50 à 100 mg/L, et seule l'albumine y répond. Ni les chaînes légères d'immunoglobulines ni les autres protéines de bas poids moléculaire ne la font virer. Des traces ou 1 croix, soit moins de 0,3 g/L, sont considérées comme non significatives.
Une protéinurie dosée au laboratoire avec une bandelette négative n'est donc pas une contradiction : elle oriente. Cette dissociation doit faire évoquer la présence de chaînes légères dans les urines. Conclure à l'absence de protéinurie sur une plage protéines négative est l'erreur que cette lecture évite.
« La plage protéines est négative, alors que le laboratoire mesure une protéinurie importante : la bandelette ne voit que l'albumine, cette protéinurie est probablement faite de chaînes légères. »
La dissociation désigne des chaînes légères, et le dossier un myélome
La dissociation désigne une protéinurie qui n'est pas de l'albumine. Une protéinurie de surcharge se voit quand des chaînes légères sont produites en excès, au cours d'un myélome ou d'une amylose AL, ou quand de la myoglobine ou de l'hémoglobine sont libérées. L'électrophorèse des protéines urinaires en précise la composition.
Le dossier oriente vers un myélome quand s'y ajoutent une insuffisance rénale inexpliquée, une anémie, une hypercalcémie ou une atteinte osseuse. Ce sont les critères CRAB, qui définissent un myélome symptomatique, et ils se cherchent dans le dossier.
L'immunofixation des protéines sériques et urinaires identifie l'immunoglobuline monoclonale et confirme les chaînes légères. Elle se complète du dosage des chaînes légères libres sériques, qui oriente vite le diagnostic : une néphropathie à cylindres myélomateux est peu probable sous 500 mg/L de chaînes légères libres sériques.
« Protéinurie sans albumine, insuffisance rénale inexpliquée, anémie et calcémie élevée chez un homme âgé : j'évoque un myélome et je demande une immunofixation. »
La plage sang voit l'hème, et non les hématies
La plage sang détecte une activité peroxydasique des hémoprotéines, dès 5 hématies par mm³. Une hémoglobinurie, une myoglobinurie ou une porphyrie la rendent positive sans aucune hématie.
L'hématurie se confirme donc au laboratoire, par un examen cytologique quantitatif des urines, au-delà de 10 hématies par mm³. Une plage sang positive, même à l'état de traces, se fait confirmer avant de parler d'hématurie.
« Sang à l'état de traces : la plage détecte l'hème, je fais confirmer par un examen cytologique des urines. »
Les plages de l'infection ont leurs limites
La leucocyte estérase se détecte à partir de 10 000 leucocytes par mL, les nitrites à partir d'environ 100 000 unités formant colonie (UFC) par mL. Les nitrites supposent une bactérie qui réduit les nitrates. Ils manquent avec les bactéries sans nitrate réductase, comme Staphylococcus saprophyticus, les streptocoques et les entérocoques, ou avec une bactériurie faible.
La valeur d'une bandelette négative dépend de la personne. Chez la femme sans immunodépression, une bandelette sans leucocytes ni nitrites a une valeur prédictive négative de plus de 95 %. Chez l'homme, une bandelette positive a une valeur prédictive positive de plus de 90 %, mais une bandelette négative n'élimine pas l'infection.
Une leucocyturie sans symptôme ne se traite pas
Une leucocyturie sans symptôme n'est pas une infection. La colonisation urinaire est l'isolement d'une bactérie dans l'urine, avec ou sans leucocyturie, sans signe urinaire, fièvre ni syndrome inflammatoire : c'est un commensalisme. C'est la recherche de signes urinaires qui décide du traitement, et non la bandelette.
Une colonisation ne se traite qu'avant un geste invasif sur les voies urinaires et chez la femme enceinte. Traiter une bandelette, et non une personne, expose aux effets indésirables et aux résistances sans bénéfice. L'absence de traitement se dit, et elle se justifie.
« Leucocytes positifs sans nitrites chez un patient sans aucun signe urinaire ni fièvre : je ne traite pas. »
À retenir pour la station
Vérifiez l'identité, l'heure du recueil et la péremption, trempez brièvement, égouttez, tenez la bandelette à plat et lisez chaque plage à son temps : une lecture hors délai rend un résultat faux. La plage protéines ne voit que l'albumine : négative devant une protéinurie dosée, elle fait évoquer des chaînes légères, et un myélome quand le dossier ajoute une insuffisance rénale, une anémie ou une hypercalcémie. La plage sang voit l'hème, et l'hématurie se confirme au laboratoire. Chez l'homme, une bandelette négative n'élimine pas une infection. Et une leucocyturie sans symptôme ne se traite pas, hors grossesse et geste urologique invasif.
S'entraîner sur cette situation
Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.
Sources
- Manuel de néphrologie (Ouvre un nouvel onglet)
Collège universitaire des enseignants de néphrologie (CUEN). 11e édition, 2025 à 2026 (Ellipses, collection Les référentiels EDN).
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