Cette fiche vous apprend à préparer une ponction lombaire dans le bon ordre, à la réaliser, puis à lire le liquide en rapportant le sucre au sang, pour ne pas prendre pour virale une méningite qui ne l'est pas. Elle suit le déroulé du geste : ce qui passe avant la ponction, ce que l'examen décide, les urgences, les contre-indications, la technique et les tubes, puis la lecture du liquide et ce qu'elle change au traitement.
SommaireEnviron 12 min
- L'antibiotique n'attend ni l'imagerie ni la ponction
- Ce que l'examen et l'interrogatoire décident avant le geste
- Le purpura fulminans fait traiter avant d'explorer, la gravité appelle la réanimation
- Vérifier les contre-indications avant le plateau, puis expliquer le geste
- Installer, repérer, piquer en asepsie, et destiner chaque tube
- Lire le liquide en entier, et le sucre avec le sang
- Un liquide clair dont le sucre est bas n'est pas viral
- Ne pas arrêter l'antibiotique, et couvrir ce que le terrain fait craindre
- À retenir pour la station
L'antibiotique n'attend ni l'imagerie ni la ponction
Devant une méningite présumée bactérienne, l'ordre des gestes est l'enjeu de la préparation. La ponction lombaire se fait en urgence, et dans la très grande majorité des cas avant l'antibiothérapie. Ce qui se prépare d'abord, c'est donc ce qui passe avant elle.
L'antibiotique passe avant la ponction devant un purpura fulminans, ou quand la prise en charge hospitalière ne peut pas avoir lieu dans les 60 minutes, notamment si l'imagerie risque de retarder l'antibiothérapie. Une imagerie indiquée avant la ponction ne diffère pas l'antibiotique : hémocultures, dexaméthasone et antibiotique d'abord, puis imagerie, puis ponction dès que possible.
La mise en route de l'antibiothérapie est une urgence absolue : dans l'heure qui suit l'arrivée à l'hôpital, au plus tard dans les 3 heures. Le délai se compte depuis l'arrivée, et il se cite. L'antibiothérapie précède la ponction quand la ponction est retardée.
L'ordre s'énonce en entier, et l'antibiotique n'y est pas différé par l'imagerie. La dexaméthasone y prend place avec la première injection d'antibiotique, et le chapitre du traitement dit ses conditions.
« Hémocultures, dexaméthasone et antibiotique d'abord, scanner ensuite, ponction dès qu'il est fait. »
Ce que l'examen et l'interrogatoire décident avant le geste
L'examen décide de l'ordre des gestes. Il cherche un syndrome méningé, des signes encéphalitiques et un purpura, sur une personne déshabillée. Le score de Glasgow et les pupilles se notent avant le geste.
Un syndrome encéphalitique impose une imagerie cérébrale en urgence avant la ponction, sans retarder l'antibiotique. Il associe des troubles de la conscience, un syndrome confusionnel, des signes de focalisation, des crises épileptiques ou des troubles neurovégétatifs. Un déficit focal relevé à l'examen se relie donc à l'indication d'imagerie.
L'imagerie cérébrale est indiquée avant la ponction dans 3 situations : des signes de localisation ou d'hypertension intracrânienne, des troubles de la conscience avec un score de Glasgow d'au plus 11, des crises épileptiques focales ou généralisées après l'âge de 5 ans. Aucune de ces indications ne diffère l'antibiotique.
Ce que la personne a pris avant de venir change la lecture du liquide. Les antibiotiques déjà pris se demandent, même de sa propre initiative, avec leur durée. Un reste d'ordonnance pris quelques jours peut décapiter une méningite bactérienne : le liquide s'éclaircit, la formule se panache, la culture se négative.
Le terrain qui expose à une listériose ou à une tuberculose se recherche aussi. L'âge avancé, la grossesse, le diabète, l'alcoolisme, un cancer, une cirrhose et l'immunodépression sont les situations où une listériose neuroméningée se discute particulièrement, et le traitement probabiliste doit alors la couvrir. L'automédication et le terrain se rapportent ensuite à la lecture du liquide.
« Avez-vous pris un antibiotique ces derniers jours, même un reste d'ordonnance ? »
« Raideur de nuque, déficit du membre supérieur droit : ce déficit impose une imagerie avant la ponction. »
Le purpura fulminans fait traiter avant d'explorer, la gravité appelle la réanimation
Certaines situations traitent avant d'explorer. Un purpura vasculaire fait évoquer une méningite à méningocoque. Le purpura fulminans associe un purpura extensif avec au moins un élément nécrotique ou ecchymotique de plus de 3 mm, un choc septique et une coagulation intravasculaire disséminée.
Devant un purpura fulminans, une céphalosporine de 3e génération s'injecte sans attendre, dès le domicile, de préférence la ceftriaxone, 1 g chez l'adulte. Elle se donne avant tout transfert et avant toute ponction.
La réanimation se concerte tôt. Un purpura extensif, un score de Glasgow d'au plus 8, des signes neurologiques focaux, une souffrance du tronc cérébral, un état de mal convulsif, une instabilité hémodynamique ou une détresse respiratoire font admettre en réanimation.
Dans les autres cas, la surveillance s'organise. La conscience et l'hémodynamique se surveillent d'heure en heure pendant la première journée, avec les pupilles, la survenue de convulsions et l'apparition d'un purpura.
« Purpura extensif : ceftriaxone tout de suite, puis transfert. »
Vérifier les contre-indications avant le plateau, puis expliquer le geste
Les contre-indications se vérifient avant de préparer le plateau. Elles portent sur l'hémostase et les plaquettes, sur un traitement anticoagulant, sur des signes d'engagement, sur l'hémodynamique et sur l'état cutané du site de ponction.
La ponction est contre-indiquée par :
- Un taux de prothrombine inférieur à 50 %.
- Un rapport du temps de céphaline activée (TCA) supérieur à 1,5.
- Des plaquettes inférieures à 50 000 par mm³.
- Un anticoagulant à dose efficace.
- Des signes d'engagement cérébral.
- Une instabilité hémodynamique.
- Une infection cutanée du site de ponction.
Le geste s'explique à la personne avant de l'installer. La position se décrit, et la sensation attendue aussi : une pression, pas une douleur vive.
« Installez-vous assis, dos rond, comme pour faire le gros dos ; vous sentirez une pression, pas une douleur vive. »
Installer, repérer, piquer en asepsie, et destiner chaque tube
Le geste a sa technique. La personne est assise et courbée en avant, ou couchée sur le côté. Le repérage porte sur l'espace intervertébral L4-L5, ou sur l'espace immédiatement sus ou sous-jacent. La ponction se réalise en asepsie stricte, avec de préférence une aiguille atraumatique, qui réduit le risque de syndrome post-ponction.
Le recueil comporte 4 tubes, et chacun a sa destination : la cytologie, la biochimie, la bactériologie, et un tube congelé à moins 20 °C pour la biologie moléculaire. Chaque tube reçoit au moins 10 gouttes.
Le sang se prélève dans le même temps que le liquide. Au moins une paire d'hémocultures se prélève en parallèle, et la glycémie, veineuse ou à défaut capillaire, sert à interpréter la glycorachie. Les résultats se communiquent à l'équipe dans l'heure qui suit la ponction.
Lire le liquide en entier, et le sucre avec le sang
Un liquide se lit en entier, et dans l'ordre. L'aspect, eau de roche ou trouble ; la cytologie et la formule ; la protéinorachie, qui dépasse ou non 1 g/L ; la glycorachie ; les lactates. Aucune ligne ne se lit seule, et le résultat s'énonce ligne par ligne, de l'aspect à la glycorachie.
La glycorachie n'a de sens que rapportée à la glycémie prélevée dans le même temps. Le compte rendu donne souvent les 2 valeurs sur 2 lignes, sans le rapport. Une glycorachie d'au plus 40 % de la glycémie est une hypoglycorachie, et elle se nomme.
Une méningite purulente a son profil. Elle associe une hypercytose supérieure à 20 par mm³, en général supérieure à 1 000, à nette prédominance de polynucléaires neutrophiles altérés, une protéinorachie supérieure à 1 g/L, une hypoglycorachie d'au plus 40 % de la glycémie et des lactates le plus souvent augmentés.
Une méningite à liquide clair a le sien. L'hypercytose va de 5 à 1 000 par mm³, en général au-delà de 100, à prédominance lymphocytaire ou panachée ; la protéinorachie est le plus souvent inférieure à 1 g/L, et la glycorachie normale ou basse selon la cause. La formule oriente, le sucre tranche : une glycorachie basse fait penser à Listeria ou à la tuberculose.
Les lactates et la procalcitonine aident quand la culture est muette. Des lactates dans le liquide inférieurs à 3,2 mmol/L rendent une méningite bactérienne peu probable, sans l'éliminer. Quand l'examen direct et la culture sont négatifs mais que la cytologie oriente vers une origine bactérienne, une procalcitonine sérique d'au moins 0,5 ng/mL chez l'adulte est plutôt en faveur d'une origine bactérienne.
« Liquide clair, à prédominance lymphocytaire, protéinorachie élevée : la formule est celle d'un liquide clair. »
« La glycorachie est à moins de 40 % de la glycémie prélevée en même temps : c'est une hypoglycorachie, et elle fait sortir de l'hypothèse virale. »
Ne pas arrêter l'antibiotique, et couvrir ce que le terrain fait craindre
Un liquide clair ne fait pas arrêter le traitement déjà commencé. Devant une glycorachie basse, le liquide reste compatible avec une méningite bactérienne, et l'antibiothérapie se poursuit. Sans documentation microbiologique, quand le diagnostic de méningite bactérienne reste envisagé, l'antibiothérapie initiale est maintenue à l'identique pendant 14 jours.
Le terrain décide de l'association. En présence d'arguments cliniques de listériose, le traitement associe une céphalosporine de 3e génération, l'amoxicilline et la gentamicine. Sans argument, une céphalosporine de 3e génération suffit chez l'adulte.
La dexaméthasone s'injecte immédiatement avant ou avec la première injection d'antibiotique, au plus tard dans les 12 heures qui la suivent, pour 4 jours. Elle est contre-indiquée en cas d'immunodépression, et elle ne s'utilise pas devant une forte suspicion de listériose.
« Je n'arrête pas l'antibiotique : le liquide reste compatible avec une méningite bactérienne, et j'ajoute l'amoxicilline pour couvrir Listeria. »
À retenir pour la station
L'antibiotique d'une méningite présumée bactérienne n'attend ni l'imagerie ni la ponction : hémocultures, dexaméthasone et antibiotique, puis imagerie quand elle est indiquée, puis ponction. Un purpura fulminans fait injecter la céphalosporine avant tout transfert. Les contre-indications se vérifient avant de préparer le plateau, et la glycémie se prélève dans le même temps que le liquide. Le liquide se lit en entier, et la glycorachie ne se lit que rapportée à la glycémie : une hypoglycorachie fait sortir de l'hypothèse virale. Un liquide clair à glycorachie basse fait évoquer une listériose, une tuberculose ou une méningite décapitée, et l'antibiothérapie ne s'arrête pas.
S'entraîner sur cette situation
Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.
Sources
- Neurologie (Ouvre un nouvel onglet)
Collège des enseignants de neurologie (CEN). 7e édition, Réussir ses EDN (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).
- Prise en charge des méningites bactériennes aiguës communautaires (à l'exclusion du nouveau-né). Actualisation 2017 de la conférence de consensus 2008 (Ouvre un nouvel onglet)
Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF). Actualisation 2017, texte court et version longue publiés en 2019 dans Médecine et maladies infectieuses, vol. 49, n° 6 ; diapositives du comité des référentiels approuvées le 19/09/2018.