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Biologie médicale

Fiche de révision

Prescription et interprétation d'un audiogramme

S'entraîner sur cette situation
Situation de départ 184Catégorie IIItem R2C 89

Cette fiche vous apprend à prescrire un audiogramme qui pourra conclure, puis à le lire à 2 courbes par oreille et à reconnaître ce qui suspend une conclusion. Elle suit le parcours de l'examen : ce qui se demande et s'examine avant, ce que fixe la prescription, la lecture et le raisonnement, l'imagerie, ce qui se dit au patient et ce qui se transmet.

SommaireEnviron 12 min
  1. Avant de prescrire, demander ce qui donnera son sens au tracé
  2. L'otoscopie et les diapasons, avant tout appareil
  3. Prescrire un audiogramme, c'est prescrire un test, un moment et une référence
  4. Lire 2 courbes par oreille, puis la forme du tracé
  5. 3 questions dans l'ordre, et ce qui suspend la conclusion
  6. L'asymétrie, et non la sévérité, fait demander l'imagerie
  7. Ce qui est perdu ne revient pas : décider la suite, faire porter la protection
  8. Faire circuler le tracé, et non sa conclusion
  9. À retenir pour la station

Avant de prescrire, demander ce qui donnera son sens au tracé

Ce que l'on demande avant de prescrire décide de ce que le tracé voudra dire. Le mode d'installation vient en premier : brutal ou progressif, d'un seul côté ou des 2. La combinaison brutale et unilatérale est la seule qui presse.

Se contenter de « il entend moins » ne suffit pas : ce qui compte est ce que la personne ne fait plus à cause de cela. Le retentissement réel se cherche dans des situations concrètes. Le renoncement à des situations où l'on entendait avant est la plus informative, et elle ne vient pas spontanément.

Les situations qui disent le retentissement réel :

  • Faire répéter.
  • Ne plus suivre quand plusieurs personnes parlent.
  • Monter le son.
  • Renoncer à des situations où l'on entendait avant.

Les signes associés se demandent un par un. Un sifflement ou un bourdonnement, et son caractère permanent ou seulement vespéral : un sifflement permanent et un sifflement de fin de journée n'ont pas la même valeur. Un vertige, une douleur, un écoulement et une sensation d'oreille pleine complètent la recherche.

Les expositions se demandent au travail et en dehors. Au travail, le bruit, sa durée en années et le port réel des protections, qui se demande et ne se déduit pas de leur fourniture. Hors du travail, la musique amplifiée, le tir et le bricolage.

Certaines questions s'oublient : les traitements reçus pouvant abîmer l'oreille interne, les antécédents de surdité dans la famille, les traumatismes crâniens. Une dernière question est une question de prescription : existe-t-il un audiogramme antérieur, et où est le tracé. La mention « normal » dans un dossier ne remplace pas une courbe.

L'otoscopie et les diapasons, avant tout appareil

2 gestes précèdent tout appareil, et ils donnent souvent la réponse. L'otoscopie vient d'abord, des 2 côtés, et elle précède la prescription. Elle cherche ce qui bouche et ce qui se voit : un bouchon, une perforation, un tympan rétracté, un aspect d'épanchement derrière le tympan.

Une anomalie trouvée n'est pas une anomalie responsable. Le bouchon retiré et l'audition inchangée est une situation classique, et la conclusion doit alors changer.

Les épreuves au diapason viennent ensuite. Elles séparent une gêne à la transmission d'une atteinte de l'oreille interne, sans appareil et sans rendez-vous. Elles ne remplacent pas l'audiogramme : elles orientent la prescription et permettent de contrôler que le tracé obtenu est cohérent. Un tracé qui contredit les diapasons se refait avant d'être interprété.

L'examen cherche encore, selon le contexte, une atteinte des autres nerfs crâniens, un nystagmus, une masse cervicale ou une anomalie de la face. Le côté, l'aspect exact du tympan et la date se notent, parce que le compte rendu de l'examen suivant s'y comparera.

Prescrire un audiogramme, c'est prescrire un test, un moment et une référence

Prescrire un audiogramme, c'est prescrire 3 choses : quel test, à quel moment, et par rapport à quoi. L'audiométrie elle-même est réalisée par un professionnel formé, dans une cabine insonorisée.

Le test se choisit selon la question. Le tonal seul situe l'atteinte ; le vocal s'y ajoute dès qu'il s'agit de comprendre et non seulement d'entendre ; la tympanométrie se prescrit quand l'oreille moyenne est en cause. Chez l'enfant, la méthode dépend de l'âge et de la coopération, et un test que l'enfant ne peut pas réaliser donne un résultat faussement normal.

Le moment : après un délai passé hors de toute exposition sonore. Une oreille qui sort du bruit récupère en partie dans les heures qui suivent, et une mesure prise à ce moment surestime la perte. Un examen fait en fin de poste ne peut pas conclure.

La référence : une surveillance repose sur une série de tracés comparables, faits dans les mêmes conditions et sur le même appareil, et non sur une mesure isolée. Un tracé de référence perdu ne se reconstitue pas. Le tracé antérieur se récupère donc, ou son absence se déclare.

Lire 2 courbes par oreille, puis la forme du tracé

Un audiogramme tonal se lit à 2 courbes par oreille. La conduction aérienne dit qu'on entend mal, la conduction osseuse dit pourquoi. Lire la première seule, c'est n'avoir rien conclu.

La relation entre les 2 courbes situe l'atteinte. Superposées, elles disent que rien ne gêne le passage du son : l'atteinte porte sur l'oreille interne. Une conduction osseuse meilleure que l'aérienne dit que le son est freiné avant l'oreille interne, et l'écart entre les 2 mesure ce freinage. Les 2 abaissées avec un écart persistant disent que les 2 mécanismes coexistent.

La forme du tracé oriente ensuite la cause, et sa symétrie s'évalue. Un creux isolé sur une bande de fréquences aiguës, avec une remontée au-delà, bilatéral et symétrique, est la signature d'une exposition au bruit. Une pente qui descend régulièrement vers les aiguës sans remonter, et qui s'installe avec l'âge, oriente vers le vieillissement de l'oreille.

L'audiométrie vocale est un autre examen, et elle se prescrit séparément : elle mesure la compréhension de mots et non la détection de sons. Une audition tonale conservée n'assure pas une compréhension conservée, et l'écart entre les 2 est lui-même une information.

La tympanométrie n'est pas un audiogramme. Elle explore la mobilité du tympan, s'interprète à part, et complète sans remplacer.

3 questions dans l'ordre, et ce qui suspend la conclusion

La démarche tient en 3 questions posées dans cet ordre, et les inverser fait perdre du temps. La première est le siège de l'atteinte, transmission ou oreille interne : les diapasons répondent, puis l'écart entre les 2 courbes.

La deuxième question est depuis quand, et de quel côté. Une atteinte brutale de l'oreille interne d'un seul côté se traite sans attendre ; une atteinte progressive et bilatérale se documente et se surveille. Le délai et la latéralité décident du rythme, pas le niveau de perte.

La troisième est la cause compatible avec la forme du tracé. Le creux isolé, la pente régulière et la courbe plate profonde orientent chacun différemment. La forme oriente, l'histoire tranche.

Certains éléments suspendent la conclusion plutôt que de l'orienter : un tracé isolé sans référence antérieure, un tracé fait dans de mauvaises conditions, une discordance avec les diapasons, une discordance entre la gêne rapportée et le niveau mesuré. Les conditions de réalisation se vérifient donc, et les discordances se relèvent.

Ce qui se dit alors, c'est que l'examen se refait, et non que le patient exagère. Une gêne réelle avec un tracé tonal conservé existe, et elle s'explore par d'autres tests plutôt qu'elle ne se récuse.

L'asymétrie, et non la sévérité, fait demander l'imagerie

Une atteinte de l'oreille interne asymétrique impose une imagerie, et c'est l'asymétrie qui la déclenche, pas la sévérité. Une atteinte profonde mais symétrique n'a pas la même conduite qu'une atteinte modérée d'un seul côté.

L'imagerie cherche une lésion du nerf de l'audition ou de son trajet, que l'audiogramme ne peut pas voir. L'examen de référence explore le conduit auditif interne, et son indication se pose même quand l'audition semble stable.

Ce qui doit alerter sur un tracé :

  • Un côté nettement moins bon que l'autre, sans explication.
  • Un sifflement d'un seul côté.
  • Des réflexes absents d'un seul côté.
  • Une compréhension effondrée sans rapport avec le niveau des seuils.

Une atteinte bilatérale et symétrique, typique d'une exposition ou de l'âge, ne relève pas de l'imagerie, et l'examen n'y apporte rien. La symétrie du tracé et les réflexes se comparent donc d'un côté à l'autre avant de poser l'indication.

La demande porte le côté atteint, la forme du tracé et la question posée. Une demande écrite « surdité » sans le côté ni la question donne un compte rendu sans réponse. Ce qui se vérifie ensuite, c'est que le compte rendu répond à la question, et non qu'il conclut « pas d'anomalie ».

Ce qui est perdu ne revient pas : décider la suite, faire porter la protection

La suite tient en 3 décisions. L'avis spécialisé se demande sans délai devant une atteinte brutale d'un seul côté. L'appareillage se discute selon la gêne réelle et non selon le chiffre, et le suivi se programme avec sa périodicité.

Une atteinte de l'oreille interne installée ne se répare pas : les cellules perdues ne reviennent pas, et l'action porte sur ce qui reste. C'est la seule phrase qui rend la prévention crédible. Tant qu'un patient croit que cela se soignera plus tard, aucune protection ne sera portée.

Ce qui protège réellement, c'est une protection portée sans interruption pendant toute l'exposition. Retirée quelques minutes par heure pour échanger un mot, elle perd l'essentiel de son effet, parce que le temps sans protection pèse beaucoup plus que sa durée ne le laisse croire.

Le port se vérifie plutôt qu'il ne se suppose : la protection est-elle disponible, adaptée, portée en pratique, et qu'est-ce qui empêche de la porter. L'inconfort, le besoin de communiquer et l'habitude de l'atelier sont les obstacles à explorer.

Les expositions hors du travail s'ajoutent à celles du travail : musique amplifiée au casque, concerts, tir, outils. Un salarié protégé au poste et exposé le reste du temps ne l'est pas.

Certains signes doivent faire consulter : un sifflement qui devient permanent, une baisse brutale d'un seul côté, une gêne nouvelle à comprendre dans le bruit. Se proposent enfin un suivi audiométrique régulier et la conservation des tracés par le patient lui-même, qui est souvent le seul à ne pas les perdre.

Faire circuler le tracé, et non sa conclusion

Un audiogramme circule entre plusieurs professionnels, et c'est le tracé qui doit circuler, pas sa conclusion. Une ligne « audiogramme normal » dans un dossier ne permet aucune comparaison des années plus tard.

La demande transmet ce qui permettra d'interpréter : le côté, l'ancienneté, le mode d'installation, le résultat des diapasons, l'exposition au bruit et sa durée, et la question posée par écrit. Une demande sans question donne un tracé sans interprétation.

En retour se transmettent le tracé lui-même et les conditions de sa réalisation, notamment le délai écoulé depuis la dernière exposition sonore. Sans les conditions de réalisation, le tracé ne s'interprète pas.

Avec le médecin du travail se coordonnent la surveillance périodique, l'accès aux tracés antérieurs et l'adaptation du poste quand elle s'impose. Le médecin traitant et le médecin du travail ne partagent pas le même dossier, et ce qui n'est pas transmis explicitement n'existe pas pour l'autre.

Le patient reçoit une copie de son tracé, avec la date et les conditions. Le dossier, lui, dit où se trouve le tracé de référence, ou qu'il est introuvable, ce qui est une information en soi.

À retenir pour la station

Avant de prescrire, demandez le mode d'installation, le retentissement réel et l'existence d'un tracé antérieur, puis faites l'otoscopie et les diapasons. Prescrire un audiogramme, c'est prescrire un test, un moment et une référence : un examen fait en fin de poste ne peut pas conclure, et un tracé isolé sans référence suspend la conclusion. Lisez les 2 courbes de chaque oreille, puis la forme du tracé : le creux isolé avec remontée signe le bruit, la pente régulière l'âge. L'asymétrie, et non la sévérité, fait demander l'imagerie. Ce qui est perdu ne revient pas, et la protection portée sans interruption est ce qui protège. Transmettez le tracé et ses conditions, pas sa conclusion.

S'entraîner sur cette situation

Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.

Sources

  1. 1

    ORL. Réussir son DFASM, Connaissances clés

    Collège français d'ORL et de chirurgie cervico-faciale. 5e édition (Elsevier Masson, collection Les référentiels des Collèges).

    Passages utilisés : Item 89

    Appuie : Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Stratégie de prise en charge, Synthèse paraclinique, Stratégie diagnostique, Iconographie, Éducation et prévention, Communication interprofessionnelle

  2. 2
    Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)

    Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.

    Passages utilisés : Item 89

    Appuie : Synthèse paraclinique, Stratégie diagnostique, Stratégie de prise en charge