Fiche de révision
Prescription et interprétation d'un audiogramme
La prescription fixe le test, le moment et la référence, et la lecture se fait à deux courbes.
Sommaire
Entretien et interrogatoire
⚠️ Ce que l'on demande avant de prescrire décide de ce que le tracé voudra dire.
Le mode d'installation : ⚠️ brutal ou progressif, d'un seul côté ou des deux, ⚠️ la combinaison brutale et unilatérale étant la seule qui presse.
Le retentissement réel : faire répéter, ⚠️ ne plus suivre quand plusieurs personnes parlent, monter le son, ⚠️ et renoncer à des situations où l'on entendait avant. Le dernier point est le plus informatif et il ne se dit jamais spontanément.
Les signes associés : ⚠️ un sifflement ou un bourdonnement, son caractère permanent ou seulement vespéral, ⚠️ un vertige, une douleur, un écoulement, une sensation d'oreille pleine.
Les expositions : ⚠️ le bruit au travail, sa durée en années, le port réel des protections, ⚠️ et les expositions hors du travail, musique amplifiée, tir, bricolage.
⚠️ Ce qui se demande et qu'on oublie : les traitements reçus pouvant abîmer l'oreille interne, ⚠️ les antécédents de surdité dans la famille, et les traumatismes crâniens.
⚠️ Et une question de prescription : existe-t-il un audiogramme antérieur, ⚠️ et où est le tracé. La mention « normal » dans un dossier ne remplace pas une courbe.
À retenir
- Brutal et d'un seul côté est la seule combinaison qui presse.
- Le renoncement à des situations où l'on entendait avant ne se dit jamais spontanément.
- Un sifflement permanent et un sifflement de fin de journée n'ont pas la même valeur.
- Le port réel des protections se demande, il ne se déduit pas de leur fourniture.
- La mention normal dans un dossier ne remplace pas une courbe.
En pratique
- Mode d'installation précisé
- Caractère uni ou bilatéral
- Retentissement sur les situations réelles
- Sifflement et son horaire
- Vertige, douleur, écoulement
- Exposition professionnelle et durée
- Expositions hors travail
- Audiogramme antérieur recherché
Examen clinique
⚠️ Deux gestes précèdent tout appareil, et ils donnent souvent la réponse.
⚠️ L'otoscopie d'abord : elle cherche ce qui bouche et ce qui se voit, ⚠️ un bouchon, une perforation, un tympan rétracté, un aspect d'épanchement derrière le tympan. ⚠️ Une anomalie trouvée n'est pas une anomalie responsable : le bouchon retiré et l'audition inchangée est une situation classique, et la conclusion doit alors changer.
⚠️ Les épreuves au diapason ensuite : ⚠️ elles séparent en une minute une gêne à la transmission d'une atteinte de l'oreille interne, sans appareil et sans rendez-vous. ⚠️ Elles ne remplacent pas l'audiogramme, elles orientent la prescription et permettent de contrôler que le tracé obtenu est cohérent. ⚠️ Un tracé qui contredit les diapasons se refait avant d'être interprété.
Ce que l'examen cherche encore : ⚠️ une atteinte des autres nerfs crâniens, un nystagmus, ⚠️ une masse cervicale ou une anomalie de la face, selon le contexte.
⚠️ Ce qui se note et sert plus tard : le côté, l'aspect exact du tympan, et la date, le compte rendu de l'examen suivant s'y comparant.
À retenir
- Deux diapasons donnent en une minute ce qu'un appareil confirmera plus tard.
- Une anomalie trouvée n'est pas une anomalie responsable.
- Un tracé qui contredit les diapasons se refait avant d'être interprété.
- L'otoscopie précède toujours la prescription.
- Le côté, l'aspect du tympan et la date se notent pour la comparaison suivante.
En pratique
- Otoscopie des deux côtés
- Bouchon ou perforation recherchés
- Aspect d'épanchement recherché
- Épreuves au diapason réalisées
- Cohérence diapasons et tracé vérifiée
- Autres nerfs crâniens examinés
- Nystagmus recherché
- Constatations datées et notées
Synthèse paraclinique
⚠️ Un audiogramme tonal se lit à deux courbes par oreille. ⚠️ La conduction aérienne dit qu'on entend mal, la conduction osseuse dit pourquoi. Lire la première seule, c'est n'avoir rien conclu.
⚠️ Si les deux courbes sont superposées, rien ne gêne le passage du son : l'atteinte porte sur l'oreille interne. ⚠️ Si la conduction osseuse est meilleure que l'aérienne, le son est freiné avant l'oreille interne, et l'écart entre les deux mesure ce freinage. ⚠️ Si les deux sont abaissées avec un écart persistant, les deux mécanismes coexistent.
⚠️ La forme du tracé oriente ensuite la cause. ⚠️ Un creux isolé sur une bande de fréquences aiguës, avec une remontée au delà, bilatéral et symétrique, est la signature d'une exposition au bruit. ⚠️ Une pente qui descend régulièrement vers les aiguës sans remonter, et qui s'installe avec l'âge, oriente vers le vieillissement de l'oreille.
⚠️ L'audiométrie vocale est un autre examen et il se prescrit séparément : elle mesure la compréhension de mots et non la détection de sons. ⚠️ Une audition tonale conservée n'assure pas une compréhension conservée, et l'écart entre les deux est lui-même une information.
⚠️ La tympanométrie n'est pas un audiogramme : elle explore la mobilité du tympan, et complète sans remplacer.
À retenir
- Deux courbes superposées désignent l'oreille interne.
- Un écart entre osseuse et aérienne mesure un obstacle au passage du son.
- Un creux isolé sur les aiguës avec remontée signe l'exposition au bruit.
- Une pente régulière sans remontée oriente vers le vieillissement de l'oreille.
- La vocale mesure la compréhension, la tonale mesure la détection.
En pratique
- Deux courbes lues par oreille
- Écart aérien osseux mesuré
- Symétrie évaluée
- Forme du tracé décrite
- Creux isolé recherché
- Pente régulière recherchée
- Audiométrie vocale prescrite si besoin
- Tympanométrie interprétée à part
Iconographie
⚠️ Une atteinte de l'oreille interne asymétrique impose une imagerie, ⚠️ et c'est l'asymétrie qui la déclenche, pas la sévérité. Une atteinte profonde mais symétrique n'a pas la même conduite qu'une atteinte modérée d'un seul côté.
⚠️ Ce que l'on cherche : une lésion du nerf de l'audition ou de son trajet, que l'audiogramme ne peut pas voir. ⚠️ L'examen de référence explore le conduit auditif interne, et son indication se pose même quand l'audition semble stable.
⚠️ Ce qui doit alerter sur un tracé : un côté nettement moins bon que l'autre sans explication, ⚠️ un sifflement d'un seul côté, des réflexes absents d'un seul côté, ⚠️ et une compréhension effondrée sans rapport avec le niveau des seuils.
Ce qui ne relève pas de l'imagerie : ⚠️ une atteinte bilatérale et symétrique typique d'une exposition ou de l'âge, chez qui l'examen n'apporte rien.
⚠️ Ce qui se documente sur la demande : le côté atteint, la forme du tracé, et la question posée. ⚠️ Une demande écrite « surdité » sans le côté ni la question donne un compte rendu sans réponse.
Ce qui se vérifie ensuite : ⚠️ que le compte rendu répond à la question, et non qu'il conclut « pas d'anomalie ».
À retenir
- C'est l'asymétrie qui déclenche l'imagerie, pas la sévérité.
- Une atteinte bilatérale symétrique typique n'a rien à gagner à une imagerie.
- Une compréhension effondrée sans rapport avec les seuils doit alerter.
- Une demande sans côté ni question donne un compte rendu sans réponse.
- On vérifie que le compte rendu répond à la question posée.
En pratique
- Symétrie du tracé évaluée
- Sifflement unilatéral recherché
- Réflexes comparés d'un côté à l'autre
- Écart seuils et compréhension évalué
- Indication d'imagerie posée
- Côté précisé sur la demande
- Question écrite sur la demande
- Réponse à la question vérifiée
Stratégie diagnostique
⚠️ La démarche tient en trois questions posées dans cet ordre, et les inverser fait perdre du temps.
⚠️ Où siège l'atteinte : transmission ou oreille interne, ⚠️ réponse donnée par les diapasons puis par l'écart entre les deux courbes.
⚠️ Depuis quand et de quel côté : une atteinte brutale d'un seul côté de l'oreille interne se traite sans attendre, ⚠️ une atteinte progressive bilatérale se documente et se surveille. Le délai et la latéralité décident du rythme, pas le niveau de perte.
⚠️ Quelle cause est compatible avec la forme du tracé : le creux isolé, la pente régulière, la courbe plate profonde, ⚠️ chacune orientant différemment, et l'histoire tranchant entre elles.
⚠️ Ce qui suspend la conclusion plutôt que de l'orienter : un tracé isolé sans référence antérieure, ⚠️ un tracé fait dans de mauvaises conditions, une discordance avec les diapasons, ⚠️ et une discordance entre la gêne rapportée et le niveau mesuré.
⚠️ Ce qui se dit alors : que l'examen se refait, ⚠️ et non que le patient exagère. Une gêne réelle avec un tracé tonal conservé existe, et elle s'explore par d'autres tests plutôt qu'elle ne se récuse.
À retenir
- Le délai et la latéralité décident du rythme, pas le niveau de perte.
- La forme du tracé oriente, l'histoire tranche.
- Un tracé isolé sans référence suspend la conclusion.
- Une gêne réelle avec un tracé conservé existe et s'explore.
- Une discordance conduit à refaire l'examen, pas à récuser le patient.
En pratique
- Siège de l'atteinte établi
- Délai précisé
- Latéralité précisée
- Forme du tracé confrontée à l'histoire
- Référence antérieure recherchée
- Conditions de réalisation vérifiées
- Discordances relevées
- Examen refait si nécessaire
Urgence vitale
Stratégie de prise en charge
⚠️ Prescrire un audiogramme, c'est prescrire trois choses : quel test, à quel moment, et par rapport à quoi.
⚠️ Quel test : tonal seul pour situer l'atteinte, ⚠️ vocal en plus dès qu'il s'agit de comprendre et non seulement d'entendre, tympanométrie quand l'oreille moyenne est en cause. ⚠️ Chez l'enfant, la méthode dépend de l'âge et de la coopération, et un test que l'enfant ne peut pas réaliser donne un résultat faussement normal.
⚠️ À quel moment : après un délai passé hors de toute exposition sonore. ⚠️ Une oreille qui sort du bruit récupère en partie dans les heures qui suivent, et une mesure prise à ce moment surestime la perte. ⚠️ Un examen fait en fin de poste ne peut pas conclure.
⚠️ Par rapport à quoi : une surveillance repose sur une série de tracés comparables, ⚠️ mêmes conditions, même appareil, et non sur une mesure isolée. ⚠️ Un tracé de référence perdu ne se reconstitue pas, et c'est le premier de la série qui a le plus de valeur.
Ce qui se décide ensuite : ⚠️ l'avis spécialisé sans délai devant une atteinte brutale d'un seul côté, ⚠️ l'appareillage discuté selon la gêne réelle et non selon le chiffre, et le suivi programmé avec sa périodicité.
⚠️ Ce qui ne se répare pas se dit : les cellules perdues ne reviennent pas, et l'action porte sur ce qui reste.
À retenir
- Prescrire un audiogramme, c'est prescrire un test, un moment et une référence.
- Un examen fait en fin de poste ne peut pas conclure.
- Une surveillance repose sur une série comparable, pas sur une mesure.
- Un test que l'enfant ne peut pas réaliser donne un faux résultat normal.
- L'appareillage se discute sur la gêne réelle et non sur le chiffre.
En pratique
- Test choisi selon la question
- Vocale ajoutée si la compréhension est en cause
- Méthode adaptée à l'âge
- Délai hors exposition respecté
- Conditions identiques d'un examen à l'autre
- Tracé antérieur récupéré ou déclaré absent
- Avis spécialisé sans délai si atteinte brutale unilatérale
- Périodicité du suivi fixée
Procédure et geste technique
Annonce et information
Éducation et prévention
⚠️ Une atteinte de l'oreille interne installée ne se répare pas, ⚠️ et c'est la seule phrase qui rend la prévention crédible. Tant qu'un patient croit que cela se soignera plus tard, aucune protection ne sera portée.
⚠️ Ce qui protège réellement : une protection portée sans interruption pendant toute l'exposition. ⚠️ Retirée quelques minutes par heure pour échanger un mot, elle perd l'essentiel de son effet, parce que le temps sans protection pèse beaucoup plus que sa durée ne le laisse croire.
Ce qui se vérifie plutôt que de se supposer : ⚠️ si la protection est disponible, adaptée, et portée en pratique, ⚠️ et ce qui empêche de la porter, inconfort, besoin de communiquer, habitude de l'atelier.
⚠️ Ce qui se dit sur les expositions hors du travail : elles s'ajoutent à celles du travail, ⚠️ musique amplifiée au casque, concerts, tir, outils. Un salarié protégé au poste et exposé le reste du temps ne l'est pas.
⚠️ Ce qui alerte et doit faire consulter : un sifflement qui devient permanent, ⚠️ une baisse brutale d'un seul côté, une gêne nouvelle à comprendre dans le bruit.
Ce qui se propose enfin : ⚠️ un suivi audiométrique régulier, et la conservation des tracés par le patient lui-même, ⚠️ qui est souvent le seul à ne pas les perdre.
À retenir
- Tant que le patient croit que cela se soignera, aucune protection ne sera portée.
- Une protection retirée quelques minutes par heure perd l'essentiel de son effet.
- Ce qui empêche de porter la protection se demande.
- Les expositions hors du travail s'ajoutent à celles du travail.
- Le patient qui conserve ses tracés est souvent le seul à ne pas les perdre.
En pratique
- Caractère irréversible expliqué
- Port continu de la protection expliqué
- Disponibilité et confort vérifiés
- Obstacles au port explorés
- Expositions hors travail abordées
- Signes devant faire consulter donnés
- Suivi audiométrique proposé
- Conservation des tracés par le patient
Communication interprofessionnelle
⚠️ Un audiogramme circule entre plusieurs professionnels, ⚠️ et c'est le tracé qui doit circuler, pas sa conclusion. Une ligne « audiogramme normal » dans un dossier ne permet aucune comparaison dix ans plus tard.
Ce qui se transmet avec la demande : ⚠️ le côté, l'ancienneté, le mode d'installation, ⚠️ le résultat des diapasons, l'exposition au bruit et sa durée, ⚠️ et la question posée. Une demande sans question donne un tracé sans interprétation.
Ce qui se transmet en retour : ⚠️ le tracé lui-même et les conditions de sa réalisation, ⚠️ notamment le délai écoulé depuis la dernière exposition sonore, information sans laquelle le tracé ne s'interprète pas.
⚠️ Ce qui se coordonne avec le médecin du travail : la surveillance périodique, l'accès aux tracés antérieurs, ⚠️ et l'adaptation du poste quand elle s'impose. ⚠️ Le médecin traitant et le médecin du travail ne partagent pas le même dossier, et ce qui n'est pas transmis explicitement n'existe pas pour l'autre.
Ce qui se transmet au patient : ⚠️ une copie de son tracé, avec la date et les conditions.
⚠️ Et ce qui s'écrit dans le dossier : où se trouve le tracé de référence, ⚠️ ou le fait qu'il est introuvable, ce qui est une information en soi.
À retenir
- C'est le tracé qui circule, pas sa conclusion.
- Une demande sans question donne un tracé sans interprétation.
- Le délai depuis la dernière exposition sonore fait partie du résultat.
- Médecin traitant et médecin du travail ne partagent pas le même dossier.
- Écrire qu'un tracé de référence est introuvable est une information en soi.
En pratique
- Côté et ancienneté sur la demande
- Résultat des diapasons joint
- Exposition et durée mentionnées
- Question posée par écrit
- Tracé transmis et non sa conclusion
- Conditions de réalisation jointes
- Coordination avec le médecin du travail
- Copie du tracé remise au patient