Fiche de révision
Réalisation et interprétation d'un électrocardiogramme
Un électrocardiogramme se lit toujours dans le même ordre, et on continue à lire après avoir trouvé. Presque toutes les erreurs viennent d'avant le tracé : une électrode mal placée, une peau mal préparée, un étalonnage jamais regardé.
Sommaire
Entretien et interrogatoire
Un électrocardiogramme se lit avec la question qui l'a fait demander, et cette question se note sur le tracé lui-même.
L'indication d'abord : douleur thoracique, palpitations, malaise, dyspnée, surveillance d'un traitement, bilan d'une hypertension, avant une anesthésie. Le même tracé ne se lit pas de la même façon selon ce qu'on cherche.
⚠️ La question la plus utile est celle du tracé antérieur. Une anomalie ancienne et une anomalie nouvelle n'ont rien à voir, et le seul moyen de les séparer est de comparer. Un patient qui dit avoir déjà eu un électrocardiogramme fait gagner plus qu'un examen complémentaire.
Les traitements se demandent nommément : ce qui ralentit le cœur, ce qui allonge l'intervalle QT, les antiarythmiques, les diurétiques et tout ce qui touche au potassium.
Le contexte du moment compte : l'heure du symptôme, s'il persiste ou s'il a cessé, l'effort, la douleur, la fièvre, un vomissement récent.
Les antécédents utiles tiennent en trois lignes : cardiopathie connue, stimulateur ou défibrillateur implanté, dialyse, mort subite dans la famille avant cinquante ans.
Retenir que la date du tracé précédent est le renseignement le plus rentable de tout l'interrogatoire.
À retenir
- Le même tracé ne se lit pas de la même façon selon la question posée.
- Une anomalie ancienne et une anomalie nouvelle n'ont rien à voir.
- Les traitements qui ralentissent le cœur ou allongent le QT se demandent nommément.
- Un stimulateur implanté change entièrement la lecture.
En pratique
- Indication de l'examen
- Existence et date d'un tracé antérieur
- Traitements bradycardisants et allongeant le QT
- Heure du symptôme, persistant ou résolu
- Cardiopathie connue, matériel implanté
- Mort subite familiale précoce
Examen clinique
L'examen qui entoure un électrocardiogramme sert deux fois : à placer les électrodes, et à vérifier que le tracé dit la même chose que le patient.
Les repères se palpent, ils ne s'estiment pas. L'angle sternal conduit à la deuxième côte, donc au deuxième espace intercostal, et l'on descend de proche en proche jusqu'au quatrième, où se posent les deux premières précordiales de part et d'autre du sternum. La ligne médioclaviculaire et la ligne axillaire moyenne se repèrent sur le patient, pas sur une idée de la poitrine.
⚠️ Chez la femme, les électrodes se posent sous le sein et non dessus. Le sein déplace le signal, et un déplacement de deux espaces intercostaux suffit à faire apparaître ou disparaître des ondes.
La fréquence se prend au pouls avant l'enregistrement, et se compare à celle du tracé : une différence signe une arythmie qui ne se transmet pas à toutes les contractions.
La pression artérielle, l'auscultation et la recherche de signes d'insuffisance cardiaque complètent, parce qu'un tracé s'interprète avec un patient.
Ce qui se regarde avant de coller : pilosité, sueur, crème, lésions cutanées, matériel implanté sous la peau.
Retenir que les repères se comptent à partir de l'angle sternal, et que compter coûte dix secondes.
À retenir
- Les repères se palpent à partir de l'angle sternal, ils ne s'estiment pas.
- Chez la femme, les électrodes se posent sous le sein.
- Deux espaces intercostaux d'écart suffisent à changer le tracé.
- La fréquence prise au pouls se compare à celle du tracé.
En pratique
- Repérage de l'angle sternal et comptage des espaces
- Ligne médioclaviculaire et ligne axillaire moyenne repérées
- Électrodes sous le sein chez la femme
- Fréquence prise au pouls et comparée au tracé
- État cutané et matériel implanté
Synthèse paraclinique
Un électrocardiogramme ne se lit jamais seul, et deux examens l'accompagnent presque toujours.
Le ionogramme sanguin, parce que le potassium se voit sur le tracé avant de se voir sur le patient : des ondes T amples et pointues, un élargissement progressif des complexes, puis un rythme qui devient inclassable. Un tracé bizarre chez un insuffisant rénal ou un dialysé est une kaliémie jusqu'à preuve du contraire.
Le dosage de la troponine, devant une douleur thoracique, avec une règle simple : il ne remplace pas le tracé et ne le contredit pas. Un sus-décalage n'attend aucun dosage, et une troponine normale à la première heure n'écarte rien.
⚠️ Un électrocardiogramme normal n'écarte pas une maladie coronarienne, ni même un infarctus en cours. Il vaut pour l'instant où il est pris, et c'est sa répétition qui informe : devant une douleur qui persiste, le tracé se refait.
La calcémie, la fonction thyroïdienne et la recherche de toxiques se demandent devant des anomalies de la repolarisation ou du QT que rien d'autre n'explique.
Ce qui ne se demande pas : une batterie systématique devant un tracé normal chez un patient asymptomatique.
Retenir que le tracé vaut pour la minute où il est pris, et que le répéter coûte trois minutes.
À retenir
- Le potassium se voit sur le tracé avant de se voir sur le patient.
- Un tracé bizarre chez un dialysé est une kaliémie jusqu'à preuve du contraire.
- Un sus-décalage n'attend aucun dosage de troponine.
- Un électrocardiogramme normal n'écarte pas une maladie coronarienne.
- C'est la répétition du tracé qui informe, pas le premier.
En pratique
- Ionogramme devant toute anomalie inexpliquée
- Troponine devant une douleur thoracique, sans attendre pour un sus-décalage
- Tracé répété si la douleur persiste
- Calcémie, thyroïde et toxiques si anomalie du QT
- Aucun bilan systématique devant un tracé normal chez un asymptomatique
Iconographie
Stratégie diagnostique
Un tracé se lit toujours dans le même ordre, et l'ordre est ce qui protège. Celui qui commence par ce qui l'a frappé s'arrête à ce qui l'a frappé.
D'abord ce qui n'est pas le patient : le nom, la date, l'heure, la vitesse de déroulement et l'amplitude d'étalonnage. Un tracé enregistré à une autre vitesse se lit faux dans tous ses intervalles, et le repère est imprimé sur le papier.
Puis, dans l'ordre : le rythme, sinusal ou non ; la fréquence ; la régularité ; l'axe ; l'onde P et sa relation aux complexes ; l'intervalle PR ; la largeur et l'aspect des complexes ; le segment ST ; l'onde T ; l'intervalle QT corrigé.
⚠️ On continue à lire après avoir trouvé. C'est la règle la plus utile et la plus souvent enfreinte : la première anomalie capte l'attention et la seconde, souvent plus grave, passe inaperçue.
La comparaison au tracé antérieur vient en dernier et change parfois toutes les conclusions : un bloc de branche ancien n'est pas un bloc de branche nouveau.
Ce qui se conclut : un tracé normal se dit normal, sans réserve inutile. Un tracé anormal se décrit avant d'être nommé, parce que la description survit à l'erreur de nom.
⚠️ L'interprétation automatique de l'appareil se lit après la sienne, jamais avant : elle se trompe, et elle oriente celui qui l'a lue en premier.
Retenir que l'ordre de lecture ne se choisit pas, et qu'il se récite.
À retenir
- La vitesse et l'étalonnage se vérifient avant toute mesure.
- L'ordre de lecture est fixe : rythme, fréquence, axe, P, PR, QRS, ST, T, QT.
- On continue à lire après avoir trouvé.
- Un tracé anormal se décrit avant d'être nommé.
- L'interprétation automatique se lit après la sienne, jamais avant.
En pratique
- Identité, date, heure vérifiées
- Vitesse et étalonnage vérifiés
- Rythme, fréquence, régularité, axe
- Onde P, intervalle PR, complexes
- Segment ST, onde T, intervalle QT
- Lecture poursuivie après la première anomalie
- Comparaison au tracé antérieur
Urgence vitale
Quelques tracés ne se rangent pas dans un dossier : ils se montrent tout de suite. Les reconnaître ne demande pas d'être cardiologue, et les manquer coûte cher.
Le sus-décalage du segment ST dans un territoire cohérent, avec son image en miroir : c'est une occlusion coronaire, et le délai jusqu'à la reperfusion est ce qui décide du pronostic. Rien n'est attendu, ni dosage, ni avis.
Les troubles de conduction de haut degré : un bloc auriculoventriculaire complet, une bradycardie extrême, une pause. Le patient peut aller bien à l'instant où on le voit.
Les tachycardies à complexes larges sont des tachycardies ventriculaires jusqu'à preuve du contraire, y compris chez un patient qui parle et se tient assis.
⚠️ Les signes d'hyperkaliémie se traitent avant la biologie qui les confirmera.
Les tracés qui annoncent une mort subite : un intervalle QT très allongé, un aspect de préexcitation avec une tachycardie irrégulière, certains aspects de repolarisation en précordiales droites.
Ce qui se fait devant l'un d'eux : surveillance sous scope, voie veineuse, défibrillateur à portée, et appel immédiat du cardiologue avec le tracé sous les yeux.
Retenir que le tracé se montre à quelqu'un avant d'être rangé, chaque fois qu'il inquiète.
À retenir
- Un sus-décalage n'attend ni dosage ni avis : le délai décide du pronostic.
- Une tachycardie à complexes larges est ventriculaire jusqu'à preuve du contraire.
- Les signes d'hyperkaliémie se traitent avant la biologie.
- Un patient qui va bien peut porter un tracé qui ne le permet pas longtemps.
En pratique
- Recherche d'un sus-décalage et de son miroir
- Recherche d'un trouble de conduction de haut degré
- Tachycardie à complexes larges considérée comme ventriculaire
- Signes d'hyperkaliémie
- Mesure du QT corrigé
- Scope, voie veineuse, défibrillateur à portée
- Appel du cardiologue avec le tracé
Stratégie de prise en charge
Procédure et geste technique
Presque toutes les erreurs d'un électrocardiogramme se commettent avant l'enregistrement, et elles se voient rarement sur le tracé.
Ce qui se dit au patient tient en trois phrases : le déroulement, la nécessité de rester immobile et de respirer normalement, et le fait que l'examen n'envoie rien dans le corps et ne fait pas mal. La dernière compte plus qu'on ne croit : beaucoup de patients pensent recevoir un courant.
L'installation. Torse dénudé, allongé, bras et jambes relâchés le long du corps, pièce tempérée. Un patient qui frissonne donne un tracé illisible, et un patient à demi assis donne un axe faux.
La préparation de la peau : rasage si la pilosité empêche le contact, dégraissage à l'alcool, séchage. C'est le geste que l'on saute et qui produit le plus de tracés à refaire.
Les électrodes des membres suivent un code de couleurs universel, une par membre, sur des reliefs osseux plutôt que sur les masses musculaires. Les précordiales se posent après avoir compté les espaces intercostaux, de la quatrième à la sixième position, en suivant les repères palpés.
⚠️ Avant de lancer, on vérifie l'étalonnage : la vitesse de déroulement, l'amplitude de référence, et le signal de calibration imprimé au début du tracé.
Après l'enregistrement : regarder la qualité avant de laisser partir le patient, refaire si la ligne de base ondule ou si les parasites masquent quelque chose, puis dater, signer, noter l'indication.
Retenir que le tracé se regarde avant que le patient se rhabille.
À retenir
- Dire au patient que l'examen n'envoie rien et ne fait pas mal.
- Un patient qui frissonne ou reste assis donne un tracé faux.
- La préparation de la peau est le geste sauté qui fait le plus refaire.
- Les précordiales se posent après avoir compté les espaces intercostaux.
- L'étalonnage se vérifie avant de lancer l'enregistrement.
En pratique
- Explication au patient : déroulement, immobilité, innocuité
- Installation allongée, torse dénudé, pièce tempérée
- Préparation cutanée : rasage si besoin, dégraissage
- Électrodes des membres selon le code de couleurs
- Précordiales posées après comptage des espaces
- Étalonnage et vitesse vérifiés
- Qualité du tracé contrôlée avant le départ du patient
- Tracé daté, signé, indication notée
Annonce et information
Éducation et prévention
Communication interprofessionnelle
Un électrocardiogramme est un document qui voyage, et sa valeur tient autant à ce qui est écrit dessus qu'à ce qui est enregistré.
Quatre mentions le rendent utilisable plus tard : le nom, la date, l'heure, et l'indication qui l'a fait faire. Un tracé sans heure, devant une douleur thoracique, ne se compare à rien.
Quand un avis est demandé, le tracé part avec la question, et la question tient en une phrase : ce qu'a le patient, depuis quand, et ce qui inquiète sur le tracé. Envoyer une image sans contexte fait perdre un aller-retour, et parfois davantage.
⚠️ Devant un tracé d'urgence, on parle avant d'envoyer. L'appel précède la transmission, parce qu'un cardiologue qui attend une image la regarde tout de suite, et qu'une image qui arrive sans avoir été annoncée attend son tour.
La transmission par messagerie sécurisée est la règle : un tracé est une donnée de santé, et il ne circule pas par un canal ordinaire.
Ce qui se transmet au médecin traitant : le tracé lui-même, l'interprétation qui en a été faite, et ce qui a été écarté. Une lecture qui ne dit pas ce qu'elle a cherché sera refaite.
Le tracé antérieur se réclame activement : au patient, à son médecin, à l'établissement précédent.
Retenir que le tracé s'annonce avant d'être envoyé.
À retenir
- Nom, date, heure et indication rendent un tracé utilisable plus tard.
- Le tracé part avec la question, jamais seul.
- Devant une urgence, l'appel précède la transmission.
- Un tracé est une donnée de santé et circule par messagerie sécurisée.
- Une lecture qui ne dit pas ce qu'elle a cherché sera refaite.
En pratique
- Nom, date, heure et indication portés sur le tracé
- Question formulée en une phrase avec l'avis demandé
- Appel avant transmission devant une urgence
- Messagerie sécurisée pour la transmission
- Interprétation et éléments écartés transmis
- Tracé antérieur réclamé activement