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Infectiologie

Fiche de révision

Bactérie multirésistante à l'antibiogramme

S'entraîner sur cette situation
Situation de départ 187Catégorie IIItem R2C 177Item R2C 4Item R2C 157

Cette fiche vous apprend à distinguer porter une bactérie résistante et en être malade, à lire un antibiogramme sans le prendre pour une ordonnance, et à transmettre un portage sans en faire une mise à l'écart. Elle part de cette distinction, puis suit l'interrogatoire, l'examen, la lecture du résultat, la décision de traiter ou non, l'urgence chez le porteur, ce qui se dit au patient et ce qui se transmet au service qui l'accueille.

SommaireEnviron 13 min
  1. Porter une bactérie n'est pas en être malade
  2. Avant de lire le résultat, 2 questions
  3. L'examen tranche entre porter et être infecté
  4. Un antibiogramme se lit en 3 temps, et le premier n'est pas le tableau
  5. Ne pas traiter est une décision, et elle s'accompagne
  6. Le porteur qui fait une infection grave
  7. Dire au patient qu'il n'est pas dangereux, et prévenir la résistance suivante
  8. Une information de portage vaut par le moment où elle arrive
  9. À retenir pour la station

Porter une bactérie n'est pas en être malade

Porter une bactérie et être malade de cette bactérie sont 2 choses différentes, et presque toutes les erreurs du champ viennent de leur confusion. La question n'est donc pas « quelle bactérie » mais « ce patient est-il infecté ». 3 situations se distinguent, et elles se traitent différemment.

Les 3 situations, et la conduite de chacune :

  • Le portage, ou colonisation : la bactérie est présente sans provoquer de maladie, le patient n'a ni fièvre, ni signe local qui progresse, ni retentissement, et on ne traite pas.
  • L'infection : la bactérie est présente et le patient en est malade, avec des signes cliniques concordants et un prélèvement pertinent ; on traite, en visant le site et avec la molécule la plus étroite qui reste active.
  • La contamination : la bactérie vient du prélèvement lui-même, flore cutanée, matériel ou technique ; on ne traite pas, et on refait le prélèvement dans de bonnes conditions si la question reste posée.

Ce qui fait basculer d'une catégorie à l'autre est la clinique, pas le laboratoire. Un même résultat chez 2 patients conduit à 2 conduites opposées : le tri se fait au lit, pas sur le compte rendu.

Le dossier dit laquelle des 3 situations a été retenue, sur quel argument, et à quelle date. Sans cette phrase, le médecin suivant relit un résultat de laboratoire seul, et il traite.

Une règle de prescription se tient en amont : on ne prélève que si le résultat peut changer la conduite. L'utilité d'un prélèvement s'évalue avant de le faire, pas devant son résultat.

Avant de lire le résultat, 2 questions

Avant de lire un résultat de laboratoire, 2 questions en décident le sens : le patient est-il malade, et pourquoi a-t-on prélevé. Lire un résultat sans savoir pourquoi le prélèvement a été fait est le premier piège, car le motif détermine ce que le résultat vaut.

Pour répondre à la première, se cherchent une fièvre et des frissons, une douleur nouvelle ou qui augmente, un signe local qui s'étend, une altération de l'état général, et depuis quand. Pour la seconde, il faut savoir qui a demandé l'examen et pour quelle raison. Un prélèvement fait par habitude, sur une odeur ou sur un aspect trouble, produit un résultat qui n'aurait pas dû exister, et ce résultat crée ensuite une pression à traiter.

Les facteurs de portage se recherchent : une hospitalisation récente, en France ou à l'étranger, un séjour en établissement de long séjour, des antibiothérapies répétées, un matériel implanté, une sonde, un cathéter, et un portage déjà connu. La liste des antibiotiques déjà reçus et les allergies se relisent avant toute décision.

Ce qui se demande au patient change tout : ce qu'on lui a déjà dit de ce portage, et ce qu'il en a compris. Beaucoup ont retenu qu'ils étaient dangereux pour leurs proches, ce qui est faux et se corrige.

L'examen tranche entre porter et être infecté

C'est l'examen qui tranche entre porter et être infecté, pas le laboratoire. Un résultat identique conduit à 2 conduites opposées selon ce que l'on trouve au lit du patient.

En faveur d'une infection se cherchent une fièvre mesurée et non rapportée, une accélération du pouls, avec la pression artérielle relevée, un signe local qui progresse d'un jour à l'autre, une douleur qui augmente, et un retentissement général. Autour d'un matériel s'examinent le point d'entrée, le trajet et la douleur à la pression.

Une plaie s'examine contre la mesure précédente : sa taille, son fond, ses bords, la peau autour, la recherche d'un décollement et celle d'un contact osseux. Une odeur qui disparaît après nettoyage n'est pas un signe d'infection.

Devant une plaie de jambe, les pouls du pied manquent dans la grande majorité des dossiers. Une plaie qui ne cicatrise pas pose d'abord une question de vascularisation, et une compression posée sans cette réponse peut aggraver.

Ce qui se note sert la fois suivante : une mesure, une photographie datée, et un examen comparatif. L'évolution d'un jour à l'autre vaut plus que l'aspect d'un jour.

Un antibiogramme se lit en 3 temps, et le premier n'est pas le tableau

Un antibiogramme se lit en 3 temps, et le premier ne concerne pas le tableau. Il répond à la question « avec quoi », pas à la question « faut-il » : un antibiogramme n'est pas une indication de traiter.

Premier temps, le prélèvement : d'où vient-il, et comment a-t-il été fait. Un écouvillonnage de surface d'une plaie chronique pousse la flore qui vit là, et une culture avec plusieurs espèces sans qu'aucune domine décrit une flore et non un agent responsable. Un prélèvement profond, fait après nettoyage, n'a pas la même valeur qu'un écouvillon.

Deuxième temps, le profil entier et non la ligne isolée. Une résistance qui touche plusieurs familles à la fois traduit un mécanisme unique, le plus souvent une enzyme qui détruit toute une famille, et non l'addition de résistances indépendantes. Lire le profil rend les résultats cohérents et prévisibles, et une ligne qui ne colle pas au mécanisme fait suspecter une erreur technique.

Troisième temps seulement, les molécules actives, qui ne s'interprètent que rapportées au site. Une molécule active sur la boîte doit encore atteindre l'endroit où elle doit agir, os, urines, système nerveux central, et la concentration obtenue diffère selon le site.

La catégorie intermédiaire ne signifie pas « un peu efficace ». Elle renvoie à des conditions d'emploi particulières.

Ne pas traiter est une décision, et elle s'accompagne

La décision la plus fréquente est de ne pas traiter, et c'est une décision, pas une abstention. Elle s'écrit, elle se motive, et elle s'accompagne de ce qu'on fait à la place. Ce qui remplace l'antibiotique se prescrit à sa place, ce n'est pas rien.

Dans une colonisation de plaie, l'antibiotique est remplacé par le nettoyage et le retrait des tissus non viables, un pansement adapté à l'exsudat, la décharge de l'appui, la recherche d'une cause vasculaire, et l'équilibre des maladies associées. Dans un portage urinaire sans signe, il l'est par le retrait ou le changement du dispositif s'il n'est plus utile, et par la surveillance.

Les précautions d'hygiène s'appliquent quoi qu'il arrive. Ne pas traiter ne veut pas dire ne rien faire : la bactérie se transmet par les mains et le matériel, qu'elle rende malade ou non. La mesure d'hygiène ne devient pas pour autant une mise à l'écart.

Quand le traitement est justifié, 3 règles le gouvernent : la molécule la plus étroite qui reste active, une durée fixée dès le premier jour et non au fil des visites, et une réévaluation programmée. Prolonger sans décider est la faute la plus banale du champ.

Une conséquence collective s'énonce aussi : chaque traitement inutile sélectionne la résistance suivante. Ce que le prescripteur d'aujourd'hui prescrit détermine ce que le prescripteur de demain aura encore à sa disposition.

Le porteur qui fait une infection grave

Le portage n'est pas une urgence, mais un patient porteur peut faire une infection grave, et le portage connu change alors le traitement d'emblée. Il se recherche donc dans le dossier dès que la gravité est là.

L'urgence se définit par une fièvre avec une pression basse, une accélération du pouls, des marbrures, une confusion, une baisse de la diurèse. Le délai prime alors sur toute autre considération, et l'ordre est fixe : des prélèvements avant l'antibiotique quand ils ne retardent pas, puis un traitement immédiat, puis la recherche du foyer.

Le portage connu change le choix initial du traitement, parce qu'un traitement habituel a de fortes chances d'être inefficace sur la bactérie que le patient porte déjà. C'est la seule circonstance où le résultat de portage sert directement au soin de ce patient, et elle justifie à elle seule que l'information soit disponible et transmise.

Le traitement initial se réévalue à 48 heures, une fois les résultats connus, et c'est ce qui s'oublie. Un traitement large commencé en urgence et qui n'est pas réduit ensuite est une faute aussi coûteuse que l'absence de traitement. L'heure des prélèvements, l'heure de la première dose et la date de la réévaluation se notent.

Dire au patient qu'il n'est pas dangereux, et prévenir la résistance suivante

Un patient qui apprend qu'il porte une bactérie résistante entend le plus souvent qu'il est dangereux, et cette phrase-là, personne ne la lui a dite. La corriger est le premier temps de l'information : il porte cette bactérie sans en être malade, ce portage ne se traite pas, et il disparaît souvent avec le temps.

Sur les proches, une phrase évite des mois d'isolement volontaire : un lavage des mains suffit à la maison, il n'y a pas de mise à l'écart familiale, aucune éviction n'est nécessaire, et les enfants et petits-enfants peuvent être embrassés. Ces gestes du quotidien se disent aussi à l'entourage.

Les mesures à l'hôpital s'expliquent : à quoi servent les gants et la surblouse, qui elles protègent, et que la porte fermée ne signifie pas une punition. Pour tout séjour futur, il doit signaler ce portage à chaque hospitalisation, et il repart avec un écrit qui le mentionne, parce qu'il sera souvent le seul porteur de cette information.

Un nom de bactérie ne se dit pas sans explication, ni une phrase qui laisse entendre que le patient est responsable. Annoncer ce nom sans dire ce que cela change pour la famille laisse un silence, et ce silence est entendu comme un danger.

La prévention de la résistance ne se joue pas au moment du résultat, elle se joue à chaque prescription antérieure. 4 gestes protègent le mieux, et ils valent plus que toute mesure de barrière : ne pas prescrire quand ce n'est pas indiqué, choisir la molécule la plus étroite qui fonctionne, fixer une durée dès le premier jour, et réévaluer.

Au patient, 3 messages sur les antibiotiques se donnent. Un antibiotique ne traite pas une infection due à un virus ; une durée s'arrête quand elle est prévue et non quand on se sent mieux ; un reste de boîte ne se reprend pas plus tard et ne se donne pas à un proche.

Ce qui se transmet aux soignants et s'organise dans l'établissement :

  • L'hygiène des mains par friction avant et après chaque contact, la mesure la plus efficace et la moins respectée.
  • Le port des gants et de la surblouse pour les soins, et le matériel dédié au patient.
  • Le dépistage des patients à risque à l'admission.
  • Le signalement dans le dossier, et l'alerte automatique à la réadmission.

Une information de portage vaut par le moment où elle arrive

Une information de portage vaut par le moment où elle arrive. Transmise avant le transfert, elle permet de choisir la chambre ; transmise avec le courrier de sortie, elle arrive quand le patient est déjà installé, et le choix n'existe plus.

Ce qui se transmet au service receveur, dans cet ordre :

  1. Qui appelle, et de quel service.
  2. Le nom du patient et le motif du transfert.
  3. Ce qui a été trouvé, et sur quel prélèvement.
  4. S'il s'agit d'un portage ou d'une infection.
  5. Les précautions à mettre en place.
  6. Ce que cela ne change pas, le point qui manque le plus souvent.

Ce qui se demande à l'interlocuteur compte autant que ce qui se dit. Il se demande ce dont il a besoin pour organiser l'accueil, et ce qu'il a retenu, en lui demandant de le redire.

L'oral se double d'un écrit envoyé avant l'arrivée : le résultat du laboratoire et une ligne dans le courrier de transfert. Qui informe le patient, et quand, se convient explicitement : un patient qui découvre la surblouse en arrivant comprend qu'on lui a caché quelque chose. L'équipe d'hygiène de chaque établissement et le médecin traitant sont informés par ailleurs.

À retenir pour la station

Distinguez portage, infection et contamination : c'est la clinique qui tranche, pas le laboratoire, et un même résultat conduit à 2 conduites opposées. Avant de lire, demandez si le patient est malade et pourquoi on a prélevé. Lisez l'antibiogramme en 3 temps, le prélèvement, le profil entier, puis les molécules rapportées au site : il dit avec quoi traiter, pas s'il faut traiter. Ne pas traiter est une décision écrite, accompagnée de soins locaux et des précautions d'hygiène, qui ne deviennent pas une mise à l'écart. Chez un porteur connu en état grave, le portage change le choix initial. Transmettez le portage avant le transfert, avec ce qu'il ne change pas.

S'entraîner sur cette situation

Ce que chacune fait travailler, et le temps qu'elle prend.

Sources

  1. 1
    PILLY Étudiant 2023 (Ouvre un nouvel onglet)

    Collège des universitaires de maladies infectieuses et tropicales (CMIT). 2e édition, réforme R2C (Alinéa Plus).

    Passages utilisés : Item 177 ; Item 4 ; Item 157

    Appuie : Stratégie diagnostique, Entretien et interrogatoire, Examen clinique, Synthèse paraclinique, Stratégie de prise en charge, Urgence vitale, Annonce et information, Éducation et prévention, Communication interprofessionnelle

  2. 2
    Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)

    Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.

    Passages utilisés : Item 177 ; Item 4 ; Item 157

    Appuie : Synthèse paraclinique, Stratégie de prise en charge, Urgence vitale, Éducation et prévention, Communication interprofessionnelle