Aller au contenu
Toutes les fiches

Fiche de révision

Découverte de bacilles acido-alcoolo-résistants (BAAR) sur un crachat

Un examen direct positif ne dit ni l'espèce ni la sensibilité. Il dit qu'un patient est contagieux maintenant, et cela suffit à décider de l'isolement et du signalement, qui n'attendent aucun autre résultat.

Situation de départ 188Catégorie IIItem R2C 159

Entretien et interrogatoire

L'interrogatoire qui suit un examen direct positif a deux objets, et le second est le plus urgent : savoir si le bacille risque d'être résistant, et savoir qui a été exposé.

⚠️ Trois questions font tout le risque de résistance : un traitement antituberculeux antérieur, même incomplet, même ancien ; un séjour ou une origine dans une région de forte prévalence de résistance ; un contage avec un cas connu comme résistant. Une seule réponse positive change le traitement, et ces questions se posent avant de prescrire quoi que ce soit.

L'histoire de la maladie donne la durée de contagiosité : toux, depuis quand, expectoration, fièvre, sueurs nocturnes, amaigrissement chiffré, anorexie. La date de début des symptômes fixe la période à explorer pour l'entourage, et elle se demande avec précision.

Le recensement des contacts se fait tout de suite : personnes du domicile, collègues de travail dans un espace partagé, voisins de chambre à l'hôpital, soignants. Les enfants et les personnes immunodéprimées se nomment séparément, parce qu'ils sont prioritaires.

Le terrain : infection par le virus de l'immunodéficience humaine, immunosuppresseurs, dénutrition, précarité, addictions, diabète, insuffisance rénale.

Les conditions de vie conditionnent l'observance autant que la contagion : logement, isolement social, couverture sociale, barrière de langue.

Retenir que la question du traitement antérieur vaut à elle seule le reste de l'interrogatoire.

Le piège

« J'ai déjà été soigné pour ça, il y a longtemps, mais j'ai arrêté au bout de deux mois. » Cette phrase change le traitement, et elle ne vient jamais spontanément : il faut demander, avec le nombre de mois.

À retenir

  • Un traitement antituberculeux antérieur, même incomplet, fait craindre une résistance.
  • L'origine géographique et le contage avec un cas résistant comptent autant.
  • La date de début des symptômes fixe la période à explorer pour l'entourage.
  • Enfants et immunodéprimés se recensent séparément, ils sont prioritaires.

En pratique

  • Traitement antituberculeux antérieur, durée réelle
  • Origine et séjours en région de forte résistance
  • Contage avec un cas résistant
  • Date de début des symptômes
  • Recensement des contacts, enfants et immunodéprimés d'abord
  • Terrain, immunodépression, conditions de vie

Examen clinique

L'examen cherche ce que le crachat ne dit pas : jusqu'où la maladie est allée, et si elle est ailleurs.

Le poids et sa variation sont le meilleur marqueur de retentissement, et ils se chiffrent : un amaigrissement rapporté sans chiffre ne vaut rien.

L'examen pulmonaire est souvent pauvre, et cela ne rassure pas : une caverne s'entend rarement. La discordance entre un examen normal et une radiographie très anormale est habituelle dans cette maladie.

Les localisations extrapulmonaires se cherchent systématiquement, parce qu'elles changent la durée du traitement et parfois le pronostic : adénopathies périphériques, en particulier cervicales ; douleur rachidienne, qui fait craindre une atteinte vertébrale ; signes neurologiques et raideur de nuque ; hépatosplénomégalie ; signes urinaires ; lésions cutanées.

⚠️ Une atteinte neuroméningée se cherche à chaque fois chez l'immunodéprimé, et sa recherche ne se remet pas au lendemain.

L'état général se cote : capacité à se lever, à s'alimenter, autonomie, état bucco-dentaire.

Ce qui se note et servira : la température, la fréquence respiratoire, la saturation, et le fait que le patient tousse ou non en présence d'un tiers.

Retenir que l'examen pulmonaire normal est la règle, et qu'il ne dit rien de la contagiosité.

À retenir

Adénopathie cervicale, douleur rachidienne, raideur de nuque : trois signes qui font sortir du poumon et changent le traitement. Ils se cherchent à l'examen du jour, pas au bilan de la semaine suivante.

À retenir

  • Le poids se chiffre : un amaigrissement sans chiffre ne vaut rien.
  • Un examen pulmonaire normal est habituel et ne rassure pas.
  • Les localisations extrapulmonaires changent la durée du traitement.
  • Chez l'immunodéprimé, l'atteinte neuroméningée se cherche à chaque fois.

En pratique

  • Poids et variation chiffrés
  • Examen pulmonaire, dont la normalité ne rassure pas
  • Recherche d'adénopathies périphériques
  • Recherche d'une atteinte rachidienne et neuroméningée
  • État général et état bucco-dentaire
  • Température, fréquence respiratoire, saturation

Synthèse paraclinique

Trois examens répondent à trois questions différentes, et aucun ne répond à la place d'un autre.

L'examen direct montre des bacilles acido-alcoolo-résistants. ⚠️ Il ne dit pas l'espèce : les mycobactéries non tuberculeuses donnent le même aspect. Ce qu'il dit, et il le dit seul, c'est que la charge bacillaire est élevée et le patient contagieux maintenant. Un examen direct négatif n'écarte rien.

Le test d'amplification des acides nucléiques répond en quelques heures à deux questions : l'appartenance au complexe tuberculosis, et la présence de mutations de résistance, en premier lieu à la rifampicine. ⚠️ Une résistance à la rifampicine détectée fait sortir du traitement standard et impose un avis spécialisé immédiat, sans attendre la culture.

La culture reste indispensable, malgré sa lenteur : elle identifie formellement l'espèce, elle rend l'antibiogramme complet, et elle sert de référence au suivi. Rien ne la remplace.

Ce qui s'y ajoute : trois recueils de crachats sur des jours différents, une sérologie du virus de l'immunodéficience humaine proposée à tous, un bilan hépatique et rénal avant traitement, une glycémie, et les prélèvements des sites extrapulmonaires suspects.

Ce qui ne se fait pas : attendre la culture pour isoler, et attendre la culture pour déclarer.

Retenir que l'examen direct décide de l'isolement, et la biologie moléculaire du traitement.

Le piège

Le compte rendu dit « complexe tuberculosis détecté » et l'on prescrit le schéma standard. La ligne suivante dit « mutation de résistance à la rifampicine détectée », et elle change tout. Un compte rendu se lit jusqu'en bas.

À retenir

  • L'examen direct ne dit pas l'espèce : les mycobactéries non tuberculeuses donnent le même aspect.
  • Un examen direct positif signe une charge bacillaire élevée et une contagiosité actuelle.
  • Le test moléculaire rend l'espèce et la résistance à la rifampicine en quelques heures.
  • La culture reste indispensable pour l'antibiogramme complet.
  • Une sérologie du virus de l'immunodéficience humaine se propose à tous.

En pratique

  • Examen direct interprété pour ce qu'il dit : la contagiosité
  • Test moléculaire : espèce et résistance à la rifampicine
  • Culture et antibiogramme complet demandés
  • Trois recueils de crachats sur des jours différents
  • Sérologie du virus de l'immunodéficience humaine proposée
  • Bilan hépatique, rénal et glycémie avant traitement

Iconographie

La radiographie de thorax accompagne toujours un examen direct positif, et elle sert moins au diagnostic, déjà fait, qu'à mesurer l'étendue et à suivre l'évolution.

Ce qui s'y cherche : des lésions des sommets et des segments postérieurs, des infiltrats, des nodules, et surtout des excavations. ⚠️ Une caverne signale une charge bacillaire élevée et une contagiosité importante : elle se cherche nommément et se décrit.

Un épanchement pleural, des adénopathies médiastinales, une miliaire faite de micronodules disséminés régulièrement : chacun oriente vers une forme particulière et vers un terrain.

Le scanner thoracique précise ce que la radiographie montre mal : l'étendue réelle, les excavations de petite taille, les adénopathies, les lésions associées. Il n'est pas nécessaire au diagnostic et se demande selon le doute et le terrain.

Le cliché sert de référence : c'est le premier point d'une courbe, et il faut qu'il existe pour que les suivants signifient quelque chose.

⚠️ Une radiographie normale n'écarte pas la maladie, en particulier chez l'immunodéprimé, chez qui les formes se présentent autrement.

Devant un point d'appel extrapulmonaire, l'imagerie suit le signe : rachis, encéphale, abdomen, appareil urinaire.

Retenir que la caverne est ce que l'on cherche en premier, parce qu'elle parle de contagiosité et pas seulement de gravité.

À retenir

Lésions des sommets, infiltrats, excavations : trois mots à chercher sur le cliché avant tout autre. Une caverne change la durée d'isolement et l'ampleur de l'enquête autour du cas.

À retenir

  • Une excavation signale une charge bacillaire élevée et une forte contagiosité.
  • Le cliché initial sert de référence pour tout le suivi.
  • Le scanner n'est pas nécessaire au diagnostic.
  • Une radiographie normale n'écarte pas la maladie chez l'immunodéprimé.

En pratique

  • Radiographie de thorax systématique
  • Recherche nommée d'excavations
  • Recherche d'un épanchement, d'adénopathies, d'une miliaire
  • Scanner selon le doute et le terrain
  • Cliché conservé comme référence de suivi
  • Imagerie ciblée sur un point d'appel extrapulmonaire

Stratégie diagnostique

Sans objet pour cette situation : Le diagnostic n'est pas à construire : le laboratoire vient de le poser. Ce qui en tient lieu est l'interprétation hiérarchisée du résultat, décrite dans la section de synthèse paraclinique, et la distinction entre mycobactéries tuberculeuses et non tuberculeuses y figure.

Urgence vitale

Sans objet pour cette situation : L'urgence de cette situation est collective et non vitale : elle porte sur l'isolement et le signalement, traités dans la section de prise en charge. Les formes graves, miliaire et méningite tuberculeuse, relèvent des situations correspondantes.

Stratégie de prise en charge

Deux temps se séparent nettement, et les confondre fait perdre les deux.

⚠️ Le premier temps ne dépend d'aucun résultat supplémentaire : l'isolement. Chambre individuelle, porte fermée, si possible en pression négative ; appareil de protection respiratoire filtrant pour toute personne qui entre ; masque chirurgical pour le patient dès qu'il sort de la chambre ; limitation des allées et venues ; information affichée. Il aurait dû commencer sur la suspicion et non sur le résultat, et c'est le reproche le plus fréquent des enquêtes rétrospectives.

Le second temps est le traitement, et il dépend de la biologie moléculaire. En l'absence de résistance détectée, une association d'antituberculeux selon le schéma en vigueur, en une prise quotidienne à jeun, avec un bilan préthérapeutique et une éducation à l'observance.

⚠️ Si une résistance à la rifampicine est détectée, le schéma standard ne se débute pas : l'avis d'un centre de référence est demandé le jour même, et le traitement est construit avec lui.

La levée de l'isolement se décide sur des critères : durée de traitement efficace, amélioration clinique, et négativation des examens directs, selon les textes en vigueur. Elle ne se décide pas sur l'impression d'aller mieux.

L'observance est le déterminant du pronostic collectif : un traitement interrompu fabrique les résistances de demain, et il se soutient par un accompagnement organisé.

Retenir que l'isolement n'attend rien, et que le traitement attend le test moléculaire.

Urgence

Le patient a passé quatre jours dans une chambre partagée avant que le résultat n'arrive. L'isolement se met en place dans l'heure, et l'enquête remonte à la date de début des symptômes, pas à celle du prélèvement.

À retenir

  • L'isolement respiratoire ne dépend d'aucun résultat supplémentaire.
  • Il aurait dû commencer sur la suspicion, pas sur le résultat.
  • Une résistance à la rifampicine détectée interdit de débuter le schéma standard.
  • La levée de l'isolement se décide sur des critères, pas sur une impression.
  • Un traitement interrompu fabrique les résistances de demain.

En pratique

  • Isolement respiratoire mis en place immédiatement
  • Appareil de protection respiratoire pour les entrants
  • Masque chirurgical pour le patient hors de la chambre
  • Traitement différé jusqu'au résultat moléculaire
  • Avis d'un centre de référence si résistance détectée
  • Bilan préthérapeutique et éducation à l'observance
  • Critères de levée de l'isolement connus

Procédure et geste technique

Sans objet pour cette situation : Le recueil des crachats, l'expectoration induite et le tubage gastrique relèvent des procédures correspondantes. Ce qui appartient à cette situation est l'interprétation du résultat rendu et ce qu'il déclenche.

Annonce et information

Sans objet pour cette situation : L'annonce d'une maladie grave et transmissible est exclue du corpus par D44. Ce qui se dit au patient sur l'isolement, sa durée et l'enquête autour du cas figure dans les sections de prise en charge et d'éducation.

Éducation et prévention

Cette maladie se traite chez un patient et se prévient chez les autres, et les deux se jouent dans la même consultation.

L'observance est le cœur du sujet. Le traitement est long, les comprimés nombreux, et les patients vont mieux bien avant d'être guéris, ce qui est précisément le moment où l'on arrête. L'éducation porte là-dessus : dire d'emblée que l'amélioration viendra vite et qu'elle ne signifie rien, expliquer les effets indésirables à ne pas subir en silence, prévenir de la coloration des urines par la rifampicine, et organiser un accompagnement quand l'observance est menacée.

Les mesures que le patient applique lui-même : tousser dans un mouchoir jeté aussitôt, aérer, porter un masque en présence d'autrui pendant la période contagieuse, et ne pas recevoir d'enfant ni de personne immunodéprimée tant que l'isolement dure.

⚠️ Le dépistage de l'entourage n'est pas une formalité : il se fait selon un protocole, avec un premier temps immédiat et un second à distance, parce qu'une infection récente met des semaines à devenir détectable.

La vaccination protège l'enfant des formes graves et non l'adulte de la contagion : elle se discute selon les recommandations en vigueur et selon le milieu.

Ce qui se dit sur la gratuité et la confidentialité lève un obstacle réel : la prise en charge est totale, et la déclaration ne nomme pas le patient au public.

Retenir que le patient qui va mieux au bout de trois semaines est le patient qui arrête.

À retenir

Une infection récente met des semaines à devenir détectable : un dépistage négatif chez un contact ne clôt rien, et le second temps de l'enquête est celui qui trouve.

À retenir

  • Les patients vont mieux bien avant d'être guéris, et c'est là qu'ils arrêtent.
  • Prévenir de la coloration des urines évite un arrêt de traitement.
  • Le dépistage de l'entourage se fait en deux temps, immédiat puis à distance.
  • La vaccination protège l'enfant des formes graves, pas l'adulte de la contagion.
  • Dire la gratuité et la confidentialité lève un obstacle réel.

En pratique

  • Éducation à l'observance et durée annoncée
  • Effets indésirables expliqués, coloration des urines comprise
  • Mesures d'hygiène respiratoire à domicile
  • Éviction des enfants et des immunodéprimés pendant l'isolement
  • Dépistage de l'entourage en deux temps
  • Vaccination discutée selon les recommandations
  • Gratuité et confidentialité expliquées

Communication interprofessionnelle

Ce résultat met en mouvement une chaîne de personnes, et chacune doit être prévenue par quelqu'un de nommé, dans un ordre qui se tient.

L'équipe de soins d'abord, parce qu'elle entre dans la chambre : la consigne d'isolement se dit à voix haute, s'affiche, et elle est plus efficace quand elle est expliquée que quand elle est affichée seule.

L'équipe d'hygiène, qui organise les modalités matérielles et recense les expositions survenues avant le résultat.

⚠️ La déclaration obligatoire à l'autorité sanitaire, qui a deux volets distincts : un signalement sans délai, qui déclenche l'enquête autour du cas, et une notification à visée épidémiologique. Le premier est urgent, le second ne l'est pas, et les confondre retarde l'enquête.

Le centre de lutte antituberculeuse conduit l'enquête et le dépistage de l'entourage. La liste des contacts, avec la date de début des symptômes, lui est transmise : c'est la donnée qui définit la période à explorer.

Le laboratoire reste un interlocuteur : lui dire ce que l'on cherche, lui demander la culture et l'antibiogramme complet, et lui signaler le contexte de résistance possible.

Le médecin traitant reçoit le compte rendu et prendra le relais de l'observance.

Retenir que le signalement et la notification ne sont pas la même chose, et que seul le premier est urgent.

Le piège

Remplir la notification épidémiologique et croire que l'enquête est lancée : ce sont deux circuits. Le signalement se fait sans délai et par téléphone, et c'est lui qui met le centre de lutte en mouvement.

À retenir

  • La consigne d'isolement se dit et s'explique, pas seulement s'affiche.
  • Le signalement sans délai déclenche l'enquête ; la notification est épidémiologique.
  • Le centre de lutte antituberculeuse conduit le dépistage de l'entourage.
  • La date de début des symptômes définit la période à explorer.
  • Le laboratoire se pilote : culture, antibiogramme, contexte de résistance.

En pratique

  • Consigne d'isolement dite à l'équipe et expliquée
  • Équipe d'hygiène prévenue
  • Signalement sans délai à l'autorité sanitaire
  • Notification épidémiologique effectuée
  • Liste des contacts et date de début transmises
  • Culture et antibiogramme demandés au laboratoire
  • Compte rendu au médecin traitant

Sources

  • R2C, item 159 : Tuberculose de l'adulte et de l'enfant
  • Collège des universitaires de maladies infectieuses et tropicales, chapitre « Tuberculose »
  • Recommandations et textes en vigueur sur le diagnostic de la tuberculose, les tests d'amplification des acides nucléiques, l'isolement respiratoire et la déclaration obligatoire. La date de la version consultée fait partie de la source