Cette fiche vous apprend à décider s'il faut prescrire un examen microbiologique de selles, à nommer sur la demande chaque recherche utile, puis à lire un résultat qui ne vaut que pour ce qui a été cherché. Elle suit ce chemin : la décision de prescrire, l'entretien et l'examen qui jugent la gravité, les recherches et le recueil, la lecture, puis le traitement, les conseils et le signalement.
SommaireEnviron 12 min
- La première décision est de savoir s'il faut prescrire
- L'interrogatoire décide de la prescription et de ce qu'elle nomme
- L'examen cherche la gravité, et la gravité n'attend aucun résultat
- Un examen de selles est une famille d'examens, et chacun se nomme
- Le recueil et la demande décident de ce que le laboratoire peut rendre
- Un positif se confronte au tableau, un négatif ne vaut que pour ce qui a été cherché
- La réhydratation est le traitement, l'antibiotique l'exception
- Protéger l'entourage, et signaler ce qui doit l'être
- À retenir pour la station
La première décision est de savoir s'il faut prescrire
La première décision n'est pas d'interpréter, mais de savoir s'il faut prescrire. La plupart des diarrhées aiguës guérissent seules en quelques jours, et l'examen ne change alors rien. Une diarrhée banale, brève, sans fièvre ni sang, chez une personne en bon état, ne fait pas prescrire.
Les exceptions qui font prescrire se retiennent, et elles tiennent en une liste courte. Chacune se cherche à l'entretien, et le chapitre suivant dit comment.
Ce qui fait prescrire l'examen :
- Du sang dans les selles.
- Une fièvre élevée ou persistante.
- Une durée qui dépasse quelques jours.
- Un retour de voyage, ou des cas groupés.
- Une prise d'antibiotique ou une hospitalisation récentes.
- Une immunodépression, un âge extrême ou une fragilité.
- Un métier exposant autrui.
Devant une diarrhée qui dure, la question n'est plus infectieuse. Elle relève d'une autre démarche que celle de cette fiche.
L'interrogatoire décide de la prescription et de ce qu'elle nomme
C'est l'interrogatoire qui décide s'il faut prescrire, et ce qu'il faut demander. Le laboratoire ne cherche que ce qu'on lui a nommé.
La diarrhée elle-même se décrit : son ancienneté, le nombre de selles, la présence de sang ou de glaires, la fièvre et la douleur. Du sang, une fièvre et des douleurs orientent vers une atteinte de la paroi et changent la prescription.
Le contexte commande la demande, et il se recherche point par point : un voyage récent et son lieu, un repas partagé suivi de cas groupés, une prise d'antibiotique dans les semaines précédentes, une hospitalisation récente, une immunodépression, un métier au contact d'aliments ou d'enfants. Ce dernier modifie la conduite collective.
Le terrain se précise : l'âge, une grossesse, une maladie chronique de l'intestin, et les traitements en cours. Le retentissement se recherche aussi : la soif, la diminution des urines, la perte de poids, le malaise en se levant, et chez l'enfant le refus de boire.
Avant de conclure, il reste à demander si le patient a déjà pris quelque chose : un antibiotique, un ralentisseur du transit, ou un traitement rapporté d'un voyage. Un ralentisseur du transit déjà pris change l'évaluation.
L'examen cherche la gravité, et la gravité n'attend aucun résultat
L'examen ne cherche pas la bactérie, il cherche la gravité, et c'est elle qui décide du lieu de soin avant tout résultat. La diarrhée tue par la déshydratation, et le résultat de l'examen de selles n'a aucune part dans cette urgence.
Ce qui se mesure : le poids, comparé au poids habituel, la pression artérielle debout et couchée, le pouls, la température et la diurèse. Chez l'enfant, la perte de poids en pourcentage est le meilleur indicateur, et elle se calcule. Les signes de déshydratation se cherchent ensuite : sécheresse des muqueuses, pli cutané persistant, yeux creux, somnolence ou irritabilité, et chez le nourrisson une fontanelle déprimée.
La gravité se reconnaît à une perte de poids rapide, une pression artérielle basse ou une chute en se levant, une accélération du pouls, une baisse de la diurèse, une somnolence ou une confusion, et chez le nourrisson à un refus de boire ou à une perte de poids importante. La réhydratation se fait alors sans attendre, par voie orale quand elle est possible, par voie veineuse quand elle ne l'est pas. Le poids, la diurèse et la conscience se surveillent, et l'absence d'amélioration à 48 heures fait revenir sur le diagnostic.
L'abdomen s'examine à la recherche d'une douleur localisée, d'une défense, d'un météorisme important ou d'une absence de bruits. Un abdomen tendu et distendu chez un patient qui a reçu un antibiotique récemment est un tableau grave. Douloureux, avec une fièvre élevée, il fait évoquer l'autre urgence, une atteinte grave de la paroi du côlon, qui relève d'un avis chirurgical et d'une imagerie sans délai.
Ce qui se cherche ailleurs : une éruption, une atteinte articulaire, un ictère, et des signes de dénutrition dans les formes prolongées. Un examen rassurant conclut que le patient peut être traité à domicile, avec des consignes écrites et un délai de retour, et non que le problème est réglé.
Un examen de selles est une famille d'examens, et chacun se nomme
Un examen microbiologique de selles n'est pas un examen mais une famille d'examens, et chacun se demande séparément. Bactéries, parasites, virus, toxine : ce sont 4 demandes distinctes, et il faut nommer celles qu'on veut. Le mot « coproculture » ne recouvre pas tout.
Les 4 recherches, et ce que chacune demande :
- Les bactéries : la routine porte sur un petit nombre d'espèces, et les autres ne sont cherchées que si elles sont nommées sur la demande.
- Les parasites : un examen différent, sur plusieurs prélèvements faits à des jours différents, parce que l'élimination est irrégulière.
- La toxine : elle se demande devant une diarrhée survenant après un antibiotique ou une hospitalisation, et ne fait pas partie de l'examen bactériologique courant.
- Les virus : surtout chez le nourrisson et dans les épidémies collectives.
Une espèce non demandée n'est pas rendue, et un seul examen parasitologique négatif n'écarte pas une parasitose. C'est ce qui donne à la demande autant de poids qu'à la lecture.
Le contexte oriente la demande plus que la clinique. Une diarrhée après antibiotique fait chercher une toxine ; un retour de zone tropicale fait chercher des parasites en plus des bactéries ; des cas groupés font chercher les causes alimentaires.
Le recueil et la demande décident de ce que le laboratoire peut rendre
Le recueil décide de la valeur du résultat, et il se fait mal parce qu'on l'explique mal. Ce qui s'explique au patient : recueillir une selle émise dans un récipient propre prévu à cet effet, sans mélange avec les urines ni avec l'eau des toilettes, en quantité suffisante.
Le délai compte autant. Une selle molle ou liquide doit parvenir rapidement au laboratoire, certaines recherches perdant leur sensibilité avec le temps, et une conservation au froid est parfois demandée. Le laboratoire indique ses conditions, qui varient d'un laboratoire à l'autre, et elles se lisent avant de prescrire.
La recherche de parasites se répète sur plusieurs prélèvements faits à des jours différents : le patient reçoit plusieurs récipients et une explication claire. Chez l'enfant, la recherche d'œufs autour de l'anus se prélève autrement, le matin avant toute toilette, et non sur une selle.
La demande adressée au laboratoire est le principal endroit où l'information se perd. Un examen prescrit sans contexte donne un résultat partiel, et le prescripteur croit avoir écarté ce qui n'a pas été cherché. La demande porte donc la date de début, le voyage et sa destination, l'antibiotique en cours ou reçu et sa date, une hospitalisation récente, une immunodépression, et les recherches souhaitées, nommées une par une.
Le biologiste se questionne sur ce que son laboratoire cherche en routine et ce qu'il ne cherche que sur demande, et sur ses conditions de recueil et d'acheminement. Ce qui n'est pas nommé n'est pas cherché.
Un positif se confronte au tableau, un négatif ne vaut que pour ce qui a été cherché
Un résultat positif se confronte au tableau. Certaines bactéries et certains parasites peuvent être portés sans maladie, et leur présence n'établit pas à elle seule la responsabilité.
Un résultat négatif n'écarte rien : le prélèvement peut avoir été fait trop tard, mal conservé, ou après un antibiotique. Il ne vaut, de plus, que pour ce qui a été demandé.
Certaines situations suspendent la conclusion : un prélèvement fait après le début d'un antibiotique, un délai d'acheminement trop long, et un seul prélèvement quand une parasitose est suspectée. Les limites du résultat négatif s'énoncent alors avec lui.
Le dossier porte ce qui a été cherché, ce qui ne l'a pas été, et la conclusion retenue. Un résultat négatif sans la liste de ce qui a été demandé induit le lecteur suivant en erreur.
La réhydratation est le traitement, l'antibiotique l'exception
Le traitement d'une diarrhée aiguë est la réhydratation, et l'antibiotique est l'exception. Ce qui se prescrit à chaque fois : une réhydratation adaptée, une alimentation reprise rapidement et non suspendue, et des consignes écrites de retour.
Un antibiotique s'envisage devant un tableau sévère, du sang avec une fièvre élevée, un terrain fragile ou une immunodépression, et certains résultats précis. Dans plusieurs situations, un antibiotique est au contraire déconseillé, et cette nuance se vérifie avant de prescrire.
Devant une diarrhée liée à un antibiotique, l'antibiotique en cause s'arrête quand c'est possible, et le traitement suit le résultat ; l'arrêt est la mesure la plus efficace. Un ralentisseur du transit ne se donne pas en présence de sang ou d'une fièvre élevée, car il peut aggraver.
L'état se réévalue à 48 heures. La réévaluation porte aussi sur l'utilité de poursuivre ou d'arrêter un traitement engagé.
Protéger l'entourage, et signaler ce qui doit l'être
La transmission se fait par les mains et par ce qu'on avale, et l'essentiel des conseils tient à ces 2 voies. Le lavage des mains, après les toilettes et avant de cuisiner, arrête la plupart des transmissions familiales.
Ce qui se dit à chaque patient :
- Se laver les mains après être allé aux toilettes et avant de préparer un repas.
- Ne pas préparer les repas des autres tant que dure la diarrhée.
- Utiliser un linge et des serviettes séparés.
Une éviction de la collectivité est nécessaire dans certaines situations et pour certains métiers, notamment au contact d'aliments, de jeunes enfants ou de personnes fragiles, et sa durée dépend de la cause. Les mesures et leur durée se transmettent à la collectivité concernée : crèche, école, établissement.
Avant un voyage, se disent la prudence sur l'eau, les crudités et les aliments crus, et la vaccination quand elle existe. Une diarrhée au retour se signale plutôt qu'elle ne s'attend.
La réhydratation s'explique : comment la préparer, et à quel rythme la donner. Chez le nourrisson, elle se donne par petites quantités répétées.
Les signes qui doivent faire revenir se donnent par écrit : du sang, une fièvre élevée, un refus de boire, une somnolence, une absence d'amélioration. Le délai au bout duquel il faut consulter s'écrit avec eux.
Le signalement s'organise, et il se néglige. Des cas groupés après un même repas imposent une déclaration, transmise sans délai à la personne chargée de la veille sanitaire, et certaines maladies se déclarent quel que soit le nombre de cas. La déclaration est une obligation et non une option, et le réflexe se perd dès que le patient va mieux.
À retenir pour la station
Ne prescrivez un examen de selles que si la liste le justifie : sang, fièvre élevée ou persistante, durée, voyage, cas groupés, antibiotique ou hospitalisation récents, terrain fragile, métier exposant autrui. Nommez chaque recherche sur la demande, avec le contexte : bactéries, parasites sur plusieurs prélèvements, toxine après un antibiotique ou une hospitalisation, virus. Un positif se confronte au tableau, un négatif ne vaut que pour ce qui a été cherché. Jugez la gravité sur la déshydratation et l'abdomen, pas sur le résultat, et réhydratez d'abord. L'antibiotique reste l'exception, le ralentisseur du transit s'écarte devant du sang ou une fièvre élevée, et les cas groupés après un même repas se déclarent.
Sources
- Arrêté du 2 septembre 2020 portant modification de diverses dispositions relatives au régime des études en vue du premier et du deuxième cycle des études médicales et à l'organisation des épreuves classantes nationales (Ouvre un nouvel onglet)
Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ; ministère des armées ; ministère des solidarités et de la santé. Annexe 1, programme de connaissances du deuxième cycle (items), texte publié au JORF n°0221 du 10 septembre 2020.
- PILLY Étudiant 2023 (Ouvre un nouvel onglet)
Collège des universitaires de maladies infectieuses et tropicales (CMIT). 2e édition, réforme R2C (Alinéa Plus).